Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)

Malcolm X s'adressant à une foule

Malcolm X s’adressant à une foule

Les émeutes raciales sont au centre de l’intérêt donné à la question de la violence. La question des moyens, des méthodes, ressurgit à chaque nouvelle émeute. L’émeute est tel le pouls du mouvement. À chaque nouvelle émeute, le doute s’empare du mouvement des droits civiques et de ses soutiens. Chaque nouvelle émeute est une occasion pour les soutiens de l’auto-défense de passer à l’acte. Mais qu’en est-il dans les discours de Malcolm ?

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La figure clivée du colonisé entre différence et ressemblance

Colonisé sauvage

Colonisé régénéré (mimétisme)

Colonisé civilisé

«Il est en effet évident que le Malgache peut parfaitement supporter de ne pas être un Blanc. Un Malgache est un Malgache; ou plutôt non, un Malgache n’est pas un Malgache : il existe absolument sa « malgacherie ». S’il est Malgache, c’est parce que le Blanc arrive, et si, à un moment donné de son histoire, il a été amené à se poser la question de savoir s’il était un homme ou pas, c’est parce qu’on lui contestait cette réalité d’homme. Autrement dit, je commence à souffrir de ne pas être un Blanc dans la mesure où l’homme blanc m’impose une discrimination, fait de moi un colonisé, m’extorque toute valeur, toute originalité, me dit que je parasite le monde,  qu’il faut que je me mette le plus rapidement possible au pas du monde blanc, « que je suis une bête brute, que mon peuple et moi sommes comme un fumier ambulant hideusement prometteur de canne tendre et de coton soyeux, que je n’ai rien à faire au monde ». Alors j’essaierai tout simplement de me faire blanc, c’est-à-dire j’obligerai le Blanc à reconnaître mon humanité.»

Frantz Fanon, Du prétendu complexe de dépendance du colonisé – Peau Noire, masques blancs, 1952, p. 79

«Le Noir est à la fois le sauvage (le cannibale) et pourtant le plus obéissant et le plus célébré des serviteurs (le porteur de nourriture) ; il est l’incarnation de la sexualité ramante, le primitif, le simple d’esprit et pourtant le menteur  et le manipulateur des forces sociales le plus accompli du monde. À chaque fois, ce qui est dramatisé est une séparation – entre les races, les cultures et les histoires, au sein des histoires -, une séparation entre un avant et un après qui répète obsessivement le moment mythique de la disjonction. […] Le fantasme colonial […] propose une téléologie – dans certaines conditions de domination coloniale et de contrôle, l’indigène est progressivement réformable. De l’autre, toutefois, il affiche effectivement la «séparation», il la rend plus visible. C’est la visibilité de cette séparation qui, en déniant au colonisé toute capacité d’autogouvernement, d’indépendance, de modes occidentaux de civilité, donne son autorité à la version et à la mission officielles du pouvoir coloniale.»

Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.

«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. »

Ibid, p. 148

Zone Verte – Green Zone – métaphore de la cité coloniale

La zone verte de Baghdad est tout à la fois un havre de paix dans un monde de chaos, une enclave inaccessible, une vision du futur Irak vu par la mission civilisatrice des USA. Cette expression zone verte se retrouve également dans des projets d’urbanisme tel que dans la ville de Berlin où il désigne une zone spéciale dans la ville où la qualité de vie environnementale y est garanti. C’est la matrice même de la ville coloniale en réalité qui crée simultanément des havres de paix irréels nécessitant la relégation de tous les problèmes en dehors et en miroir la création d’enclaves de chaos, de zones rouges, tel le ghetto de Gaza.

  • video REPORTERS. Bagdad : Au coeur de la zone verte – zone verte … – Récit vidéo de journalistes en Zone Verte en Irak. Les producteurs de propagande par la production, sélection de l’information forgeant les représentations et donnant le matériel adéquat à l’idéologie racontent leurs difficultés et la Zone Verte.
  • Le contrôle de la « zone verte » de Bagdad donné aux Irakiens | France 24 – Dans cet article de propagande sur le transfert de contrôle de la zone verte aux irakiens voulant faire croire à une souveraineté Irakienne, en réalité fantoche, la vidéo d’illustration est celle des bombardements israeliens sur le ghetto de Gaza. Le message est clair : la zone verte perdure dont la contrepartie est l’existence des zones rouge sang tel l’emblématique ghetto de Gaza…
  • La bulle coloniale de la Zone Verte en Irak – Lors des conversations à table, un protocole non explicite était observé. Il était toujours adéquat de rendre hommage à «la mission», c’est-à-dire la campagne de l’administration Bush pour transformer l’Irak en une démocratie pacifique, moderne et séculière, qui conviendrait à chacun, quelle que soit l’ethnie ou la confession à laquelle il appartient. Les tirades sur la façon dont Saddam avait ruiné le pays et les descriptions sur comment on allait le ressusciter étaient aussi les bienvenues.
  • Baghdad Green Zone – The Green Zone — also called « The Bubble » – is the hub of the vision for the New Iraq. It is almost self-sufficient, and staff working there can be treated in the compound’s hospital or run safely in its grounds. When they leave, it is by armored car with an armed military escort.
  • Umweltzone, la zone verte de Berlin – À partir du premier janvier 2008, l’accès des voitures au centre de Berlin sera réglementé. L’objectif est de réduire la pollution dans le centre de la ville.