Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)

février 12, 2012 · Posted in Politique, Travaux · 1 Comment 

« Et le procès fait à la violence c’est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu’à l’héroïsme.»

Jean Genet, Violence et brutalité, 2 Septembre 1977

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience : « nous, nous qui avons tout, on est pour la paix … » Je sais ce que je dois leur crier, à ceux là : «  les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous !  Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscient que n’en aura jamais le désespéré qui a prit des armes pour essayer de sortir de son désespoir ». »

Abbé Pierre

La pensée de Malcolm X, fondatrice de la Black Revolution1, a la plupart du temps été présentée comme tout à la fois celle d’un haineux, anti-américain, raciste anti-blanc, extrémiste, révolutionnaire, noir du ghetto du nord, islamiste etc. Ce n’est vraisemblablement qu’à la suite du film de Spike Lee sur la vie de Malcolm X en 1992, que ce dernier fut reconnu comme une figure majeure du mouvement africain-américain.

Il m’a semblé nécessaire d’étudier de près la position de Malcolm X sur la thématique de la violence. Par la suite, c’est la thématique de la violence elle-même qu’il m’a fallu étudier. En effet, loin d’être univoque, la violence est ambivalente, paradoxale, complexe, et loin de se réduire à une opposition entre guerre contre les blancs ou paix, elle est partie prenante d’une vision politique. Il s’agit alors de problématiser la violence et d’en déceler les significations et implications dans les discours de l’un ou de l’autre et les motivations de ces orientations.

La discussion que je propose ne s’inscrit pas tout à fait dans le cadre américain. En effet, le cadre de réception de Malcolm X en France a forgé son image autant que sa position supposée vis-à-vis du problème du racisme. Mon premier postulat est que la manière dont le contexte africain-américain est compris en France n’est pas tant celui de l’histoire des USA, mais celle des Africains-américains. Au sens que les Africains-américains sont interprétés comme une minorité racisée (Noire et, ou Afro-descendante) dans un contexte métropolitain (la France hexagonale ou les USA), post-esclavagiste et post-colonial. D’où mon second postulat qu’il est plus intéressant, pour nous, de comprendre la réception de leur Histoire en France par la caisse de résonance qu’est le problème racial en France, plutôt que par un intérêt pour les USA en eux-mêmes. Cette interprétation n’est pas sans poser de problèmes pour les historiens ou sociologues qui oscille entre l’analogie, la comparaison, la parabole ou la continuité, pour aborder ces deux situations. En sociologie, le terme même de ghetto, importé, dans les années 802, en référence explicite à la situation des africains-américains aux USA, continue de faire débat3. Plus généralement, c’est la notion même de société post-coloniale qui fait débat en France. L’enjeu est notamment de savoir si l’on peut, au nom du continuum colonial assimiler la situation des africains-américains dans les USA des années 60 avec les populations racisées de France métropolitaine de ce début de siècle.

En pratique, je me suis appuyé sur les discours et la biographie de Malcolm X traduits en français et publiés en France. Il s’agit de deux ouvrages : L’Autobiographie par Alex Haley, imprégnée de considérations explicitement politiques de la part de Malcolm X ; et Le Pouvoir Noir, recueil des plus célèbres discours de Malcolm X. Ces textes s’étalent sur une période de 2 ans, de 1963 à 1965, dans la vie de Malcolm. Les changements majeurs dans sa réflexion au cours de cette période suivant sa rupture avec Nation of Islam et son retour du Hajj en 1964. À partir de là, il sortira de l’apolitisme et prendra position en faveur de la lutte contre la ségrégation et pour le droit de vote des Africains-américains dans les États du Sud. Il rejettera le nationalisme séparatiste, le racisme noir, et adoptera l’universalisme Noir et anticolonial. L’essentiel des discours présentés sont de cette seconde période. Le Malcolm que nous présenterons sera, de fait, celui d’après Nation of Islam.

Pour aborder le problème de la violence, nous commencerons avec le plus intime, en abordant la façon dont Malcolm X pense sa propre mort. Puis nous examinerons le phénomène violent que sont les émeutes raciales qui furent l’objet de nombreux commentaires de la part de Malcolm. Ce qui nous amènera à étudier sa critique de la philosophie de la non-violence au cœur du mouvement des droits civiques. Les orientations politiques qu’implique la doctrine de la non-violence sur la Black revolution devront être analysées. Enfin nous concluerons sur la problématique de la violence chez Malcolm X.

Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :

  1. Introduction
  2. Penser sa propre mort
  3. Les émeutes raciales
  4. Enjeux de la stratégie de la non-violence
  5. Condamner la non-violence
  6. Conclusion
  1. Nous retiendrons l’appellation Black Revolution en lieu et place du dominant Mouvement pour les droits civiques parce que le dernier oriente directement la lecture de cette lutte dans un sens intégrationniste, alors que le premier a été employé aussi bien par des intégrationnistes comme Martin Luther King dans le sens d’une réforme radicale, que par des nationalistes tel Malcolm X où elle a pris le sens d’une lutte de libération nationale []
  2. Jeremy ROBINE, SOS RACISME ET LES « GHETTOS DES BANLIEUES » : CONSTRUCTION ET UTILISATIONS D’UNE REPRÉSENTATION, Hérodote, n°113, 2004/2, p. 134-151 []
  3. Michel KOKOREFF, Ghettos et marginalité urbaine, Lectures croisées de Didier Lapeyronnie et Loïc Wacquant, Revue française de sociologie, 50-3, 2009, p. 553-572 []

Mercredi 24 mars 2010 – Cinéma – Décoloniser les imaginaires

mars 23, 2010 · Posted in Pensées · Comment 

A ne pas manquer : mercredi 24 mars 2010, de 16h à 22h30, au Centre Georges Pompidou, dans le cadre du festival du cinéma du réel, une thématique « Décoloniser les imaginaires » nous emmenera dans les luttes décoloniales Noires, Panafricaines et Algériennes.

De l’Algérie aux Black Panthers

Algérie, année zéro

Marceline Loridan Ivens, Jean-Pierre Sergent – 40′ – France – Prod: Capi films – 1962

Documentaire sur les débuts de l’indépendance algérienne filmé au cours de l’été 1962 à Alger. Le film fut interdit en France et en Algérie mais obtint le Grand prix du festival international de Leipzig en 1965. Par amitié, la société de production Images de France, leur envoya un opérateur, Bruno Muel, qui déclara plus tard : « Pour qui avait été appelé en Algérie (pour moi, 1956-58) participer à un film sur l’indépendance était une victoire sur l’horreur, le mensonge et l’absurde. Ce fut en outre le début de mon engagement par le cinéma. »

Eldridge Cleaver, Black Panther

William Klein – 75′ – Algérie 1969

Cleaver justifie non seulement son combat, mais la forme particulière que prend ce combat à ce moment précis de la vie de Cleaver – c’està- dire l’exil. Cleaver ne fuit pas la prison mais la « liquidation » pure et simple. Question de vie ou de mort. L’Algérie a accueilli Cleaver. [...] Très beaux moments du film lorsque la caméra suit Cleaver déambulant dans les ruelles de la Casbah – et semant la bonne parole au hasard des rencontres (il y a du prédicateur en Cleaver). Car l’exil est aussi lutte – transport de la lutte ailleurs. (Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur, 14/12/1970)

Séances

Angela Davis

Jean Genet parle d’Angela Davis

Carole Roussopoulos – 8′ – France – Prod: Carole Roussopoulos – 1970

Le 16 octobre 1970, au Hôtel Cecil à Paris, le groupe Video Out (Carole et Paul Roussopoulos) filme la déclaration de Jean Genet enregistrée après l’annonce de l’arrestation d’Angela Davis, militante du Black Panther Party et enseignante de philosophie aux Etats-Unis.Jean Genet dénonce violemment la politique raciste des Etats-Unis. À la demande du réalisateur de l’O.R.T.F, il reprendra deux fois la lecture de son texte. image L’émission sera finalement censurée.

Angela Davis : Portrait of a Revolutionary

Yolande Du Luart – 60′ – États-Unis – 1972

Le film prend Angela Davis en pleine lutte. Yolande du Luart, avec les élèves du groupe cinéma de l’UCLA (University of California, Los Angeles), a suivi Angela Davis, professeur de philo chargée de la chaire de philosophie européenne et spécialiste du marxisme. Elle l’a suivie dans ses cours et hors ses cours – meetings, manifs, discours -, insistant sur un seul aspect d’Angela Davis, la militante. Aspect qui résume, il est vrai, tout Angela Davis, puisque, de son propre aveu, Angela Davis se considère en état de mobilisation permanente et que le militantisme est toute sa vie. (Jean-Louis Bory, Le Nouvel Observateur, 21/02/1972)

Séances

  • Mercredi 24 mars 2010 à 18h45 Cinéma 2

Le Panafricain

Le Festival Panafricain d’Alger

William Klein – 112′ – Algérie – 1969

Au coeur d’un festival resté dans les annales, le film se nourrit d’archives des luttes d’indépendance et d’entretiens avec des représentants de mouvements de libération et d’écrivains africains. William Klein suit les principales étapes du festival qui fut qualifié d’« opéra du tiers-monde » à sa manière particulière : le spectateur est plongé au milieu de l’action, particulièrement dans les images du défilé des troupes lors de l’ouverture du festival et celles du saxophoniste Archie Shepp improvisant en compagnie de musiciens algériens.

Séances

Messieurs et encore messieurs, et toujours messieurs les députés

août 20, 2009 · Posted in Pensées, Textes · 3 Comments 

Cet article fait partie du dossier sur la burqa. Il documente l’affirmation selon laquelle l’avant-garde du combat contre la burqa est constituée d’une petite élite  de députés sexistes et souchistes sous leurs airs bonhomme de patriarche.

Il suffit ainsi pour confirmer notre intuition de jeter un coup d’oeil à la liste des députés ayant présenté, le 9 juin 2009, la proposition de résolution N°1725, tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national1.

En la comparant à la mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes2, nous sommes surpris de ne la voir composée que par 30 députés pour près de 58 pour celle concernant le voile intégral. Un phénomène touchant rappelons-le moins de 400 femmes en France pour 1,3 million de femmes qui « vivent chaque jour dans la violence de leur conjoint. ». Et nous n’y retrouvons que 4 députés membres des deux groupes. Dans la mission d’évaluation sur les violences faites aux femmes nous y retrouvons 19 femmes, soit près des 2/3. Dans celle concernant le voile intégral seulement 9 femmes… Pour une revendication prétendument féministe, le voile intégral mobilise peu les femmes. Et pour des mâles députés se revendiquant pour l’égalité hommes-femmes, je les trouve bien peu soucieux du sort concret des femmes… Cette mission a débouché sur 65 propositions afin de combattre les violences vécues par les femmes au sein du foyer, dans l’espace publique  mais également au travail. Ce qu’elle peut nous apprendre sur le voile intégral c’est que ce sont les femmes désocialisées, c’est-à-dire isolées ou exclues de la sphère publique, qui sont le plus touchées. Or la loi prohibant le voile intégral a pour but d’exclure de la sphère publique ces femmes, les fragilisant encore davantage.

Nous avons donc d’un côté une commission d’enquête contre le voile intégral, dirigée par 2 hommes, composée par un très grand nombre de députés, mais avec une très faible minorité de femmes, dont le but n’est certainement pas d’améliorer la condition de la femme; et de l’autre une mission d’évaluation composée d’un faible nombre de députés au regard de la tâche à accomplir, dirigée par une femme et proposant une série de mesures concrètes luttant pour l’égalité hommes-femmes. Le plus grave c’est que son rapport rendu  le 7 juillet 2009, n’a eu que très peu d’échos et a certainement subit l’ombre du débat sur le voile intégral3. Nous n’avons entendu aucune des féministes institutionnelles s’exprimer sur le sujet, ou au mieux leur parole n’a pas été relayée par les médias.

Des députés patriarches…

Ainsi ces prétendus défenseurs de la femme que sont les députés UMP Jacques Myard, Pierre Lellouche, Lionel Luca et Thierry Mariani ont tous voté contre la réforme de l’IVG et de la contraception du 5/12/2000 et contre le PACS.  «Si je me bats au quotidien pour le droit des femmes en Afghanistan, vous comprendrez bien que je souhaiterais que toutes les femmes en France aient droit à leur corps et à leur personne», c’est ce qu’affirme par ailleurs Pierre Lellouche, le député UMP, un des 58 co-signataires de la proposition de résolution et ancien représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan 4 puisqu’il y a désormais été remplacé par Thierry Mariani5. Au regard de ses prises de positions politiques, ce pour quoi au quotidien il se bat relève plutôt de la justification de l’occupation française de ce pays. Nous pouvons légitimement penser que la démarche de Thierry Mariani relève de la même logique ;

Jacques Myard, Pierre Lellouche, Lionel Luca ont également signé la pétition homophobe de Michel Pinton des maires contre le CUS (PaCS). Lors d’un débat sur le PaCS, tandis que la Garde des Sceaux assurait que les couples homosexuels n’adopteront pas, Pierre Lellouche s’est écrié : « Alors, stérilisez-les ! »6 .

Jacques Myard avait affirmé dans sa proposition de loi que les femmes portant un voile intégral se trouvaient « dans l’impossibilité d’établir le moindre contact humain en dehors de sa famille. » Il aurait du s’en réjouir puisque ce prétendu défenseur de l’émancipation de la femme préside le groupe parlementaire à fort relent patriarcal : « Oser la famille ».

Représentants de circonscriptions rurales, Dominique Souchet et Véronique Besse du MPF, parti ostensiblement défenseur de la souchitude et du patriarcat7, se sont également associés à la démarche pour « faire de la prévention »8.

Ce sont ceux qui combattaient le droit à l’avortement, le droit à l’union civile quelque soit l’orientation sexuelle, qui se prétendent aujourd’hui les héraults des valeurs de la République face aux femmes musulmanes portant un voile intégral. Les femmes sont tellement au centre de leurs préoccupations qu’ils se sont évertués à combattre les lois défendant leur dignité. Pourquoi alors penser que cette proposition de loi qu’ils s’apprêtent à présenter ne serait pas le prolongement d’un tel combat sexiste ?

Des députés souchistes…

D’ailleurs parmi ces députés qui en préambule de la proposition prétendent reconnaître la diversité, nous trouvons également des fervents défenseurs de la souchitude et de la France coloniale. Ainsi les députés Jacques Myard, Pierre Lellouche, Lionel Luca et Thierry Mariani ont voté le 22 janvier 2002 contre la proposition de loi relative à la reconnaissance du 19 mars comme Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du  Maroc et de Tunisie. Jacques Myard avait justifié son vote de défense de l’ère coloniale en expliquant que selon lui la proposition de loi « est une manœuvre politicienne ayant pour objectif de tenter de recréer le mythe du peuple de gauche, prétendument progressiste et juste. »9. L’ironie c’est qu’il essaye désormais de faire croire au mythe du peuple « De Souche », prétendument progressiste et juste envers les femmes depuis sa genèse éludant la réalité historique du patriarcat en France et les luttes féministes contre cette France là. C’est donc sur ces députés là que nous nous attarderons donc quelque temps par ordre croissant de degré de souchisme ostensible…

Je vous épargne le suspens en vous annonçant que le rapporteur de la commission, André Gérin, et Jacques Myard, le précurseur de la lutte contre la burqa sont également ses plus éminents représentants.

Lionel Luca, le nettoyeur ethnique

Lionel Luca (UMP, Alpes-Maritimes), défendait ainsi un référendum sur la peine de mort proposé par Charles Pasqua 10 peu de temps après le « 11 septembre » pour lutter contre le terrorisme sous un climat délétère de suspicion de tout musulman d’être un terroriste potentiel.

Il avait également intimer aux siffleurs du match France/Tunisie de «faire leur valise pour réintégrer le pays de leurs origines»11 probablement afin de bien leur faire comprendre, avec une certaine morgue coloniale, qu’ils ne sont pas tout à fait des citoyens comme les autres. D’ailleurs il avait estimé que sans «la colonisation, ni Léon Bertrand ni Azouz Begag ne seraient ministres de la République française». Lionel Luca avait déjà remarqué que «ceux qui aux Antilles font toute sorte d’amalgames avec l’esclavage ne crachent pas sur le RMI des anciens colonisateurs !».

Nous retrouvons également sa trace sur le site du parti d’extrême-droite MNR, dans des initiatives communes avec Bruno Mégret, ou encore dans toutes les propositions de loi visant à réduire l’accession à la nationalité française.12

Thierry Mariani, le pourfendeur des immigré-e-s et de leurs enfants

Comme l’affirme la revue Pro-Choix 13 « Plus anti-immigrés qu’autre chose, ses multiples assauts contre le PaCS ont visé principalement l’ouverture du contrat aux étrangers. » Mariani craint par dessus tout la régularisation des sans-papiers : « on en est à se demander si vous n’attendez pas, pour réagir, que les intéressés puissent conclure un ‘PACS blanc’ afin d’obtenir leur régularisation »14; « et je ne parle pas des conséquences du PaCS sur l’immigration. » ; « le PaCS sera en réalité la voiture-balai des régularisations de sans-papiers, et cela nous ne pouvons l’accepter ». Il a proposé une loi visant à supprimer toute possibilité d’acquérir la nationalité française aux étrangers coupables de crime ou de trafic de stupéfiants renforçant ainsi une justice donc à double vitesse qui condamne doublement les enfants d’immigrés. Des personnes socialisés en France qui ne pourront jamais devenir des citoyens. « Lors du premier tour de l’élection présidentielle 2002, il a recommandé à ses élus de soutenir Nicolas Miguet, ancien proche de Jean-Marie Le Pen, dans sa quête des 500 signatures ». Et plus récemment c’est lui l’auteur du fameux amendement ADN incluant des tests ADN pour les candidats au regroupement familial15.

Jacques Myard, la fierté de la France réac

Jacques Myard  n’est pas un  novice dans la matière. Comme il s’en orgueillit lui-même il avait déjà proposé l’interdiction du voile intégral dans une proposition de loi prétendant viser « à lutter contre les atteintes à la dignité de la femme résultant de certaines pratiques religieuses » présentée à l’Assemblée Nationale le 23 septembre 2008.

Dans l’introduction le ton est donné puisque que la loi discriminatoire d’interdiction du voile islamique à l’école aurait permis « l’apaisement dans les écoles minées depuis des années par des polémiques prosélytes et idéologiques. » Mais de quelles polémiques prosélytes et idéologiques parle-t-il ? Nous aurions espéré qu’il s’agisse des multiples réformes visant à dépecer l’école publique…

Mais cette loi ne se limitait pas à une interdiction. Elle prévoyait une peine d’emprisonnement de 2 mois ferme et 15 000 euros d’amende pour toute personne n’ayant pas le « le visage découvert » ainsi que « l’incitation à violer ledit principe ». Sans compter qu’elle incluait une discrimination envers les étrangers qui se verraient en plus punir d’une expulsion du territoire natonal. Il suffit donc de soutenir les militants au visage masqué de « Génération Précaire »16 pour écoper de 2 mois d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Si en plus vous êtes étranger, c’est l’expulsion ! Et puis ceux qui défendront le droit pour les femmes de se couvrir ou non le visage selon leur souhait se verront également punir par la loi… Et le pire dans toute l’histoire, c’est que ce sont les femmes subissant le port du voile intégral qui se verraient sanctionné doublement ! Inciter à ne plus sortir de chez elles, à la moindre incartade, en plus de la répression patriarcal domestique elles devront affronter la répression policière d’Etat (raciste)17.

A propos des grèves en Guadeloupe, il avait mis les pieds dans le plat des stéréotypes racistes concernant les noirs en affirmant: « Il faut être ferme, parce que je crois qu’il y a un petit coté aussi où en Guadeloupe, les grèves durent parce que ça permet de participer à un coté mani-festif »18.

Ce prétendu défenseur de la dignité humaine s’est également positionné contre l’application des droits de l’Homme pour les sans-papiers : « Notre justice se trompe lourdement lorsqu’elle fait prévaloir l’existence des droits fondamentaux de l’homme – dont le mariage – que personne ne peut nier, sur le devoir non moins fondamental d’être en situation régulière sur le territoire français pour exercer ces mêmes droits. »

Jacques Myard a expliqué l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles de 2002 non pas par une montée de la xénophobie, mais en premier lieu par une sanction des « 68ards attardés »19.. Sa volonté de chatouiller les relents xénophobes ne fait pas de secret puisque comme le FN, Jacques Myard signale et publie les nationalités des personnes dont il a, comme maire, accepté ou refusé le certificat d’hébergement. Il s’est également distingué pour avoir défendu un durcissement d’acquisition de la nationalité française « afin de lutter contre le terrorisme »20.  Dans un interview au journal d’extrême droite Minute, il avait expliqué que l’immigration est la cause des tensions en banlieue : « Il faut répéter sans cesse que nous ne sommes pas à la fin de l’immigration mais que nous en sommes au tout début ! Sauf à être aveugle, inconscient, et à ne pas regarder la réalité du monde tel qu’elle est, il faut reprendre cette législation [Ndlr: sur les certificats d'accueil des étrangers] car il en va des tensions internes que nous allons connaître dans nos banlieues. » Il a également défendu un durcissement des conditions de séjour des étrangers au motif que « nous sommes en train de laisser venir sur notre territoire des populations qui importent leurs propres valeurs, qui ne sont pas toujours les nôtres, et surtout qui importent leurs conflits »21.  Sa position suprématiste « De Souche » ne fait là aucun doute.

Le problème de la France avait-il affirmé était que les hommes politiques français «n’ont eu de cesse de dénigrer leur pays ». Nous comprenons donc que lorsqu’il dénigrent les femmes musulmanes, il ne pense pas dénigrer des citoyennes de son pays, puisqu’au fond ce ne sont pas des françaises « De Souche » n’est-ce pas ? Pour couronner le tout il avait affirmé que la reconnaissance des droits des minorités conduisait notamment au « mouvement terroriste corse » ainsi qu’au PACS, l’union des homosexuels et la charte des langues régionales !22

André Gérin, le barbare de la République

Si nous nous en tenons à la définition de Claude-Lévi Strauss sur le barbare (le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie), alors André Gérin est probablement le barbare de la République. Pour André Gerin qui dirige la mission d’information une « crise de civilisation » guette la France, charriant « guerre civile » et « barbarie »23. Mais de quelle barbarie s’agit-il ? Entre qui se déroule cette guerre civile ? Qui menace la civilisation ?

Dans son livre Les Ghettos de la République, il donne des réponses à ces questions en reprennant à son compte le discours raciste de Chirac sur « le bruit et l’odeur »  : « Prenons le débat sur l’immigration. Droite et gauche ont agi de la même façon depuis trente ans en noyant le poisson ou en évitant de dire la réalité. On a refusé de reconnaître que des différences importantes existaient dans les modes de vie, les cultures et les traditions entre le monde musulman et la culture judéo-chrétienne. Tout le monde s’est tu. Après avoir évoqué dans un discours de 1991 les fameuses « odeurs », Jacques Chirac a dû pratiquement se renier et s’excuser d’avoir usé d’un tel terme. Cela lui a valu une campagne de dénigrement incroyable. Pourtant il n’avait dit que la vérité. Mais nous étions incapables de l’entendre. Moi-même j’ai dû dire à l’époque « il parle comme le Front national » »24.

Sa défense du souchisme se fait encore plus explicite lorsqu’il affirme son patriotisme en expliquant que « l’identité de la France est fondamentale et elle a besoin d’un combat républicain gauche/droite ». Mais nous craignons que ce combat républicain ne soit, au regard des propos cités plus haut, qu’un combat en faveur d’une République souchiste. Son nationalisme est manifeste lorsqu’il affirme que « Nous sommes fiers d’être Français » en se basant sur l’idée d’une « égalité entre l’homme et la femme » acquise et non à porter comme projet d’une société encore à venir délégitimant les luttes féministes dans la « culture judéo-chrétienne » puisque déjà égalitaire, au profit d’un féminisme racialisé exclusif au « monde musulman » intrinsèquement patriarcal.

Pour lui en tout cas tout ça se déroule sous fond de « diatribe anti-occident, d’un racisme anti-blanc, anti-France. »25. Ses propos dénoncent toute forme de contestation des problèmes que causent le nationalisme français,  le racisme et l’impérialisme Occidentaliste. Lutter contre le nationalisme et vous êtes anti-France. Lutter contre le racisme et vous êtes anti-blanc. Lutter contre l’impérialisme Occidentaliste et vous êtes anti-occident. Cette proposition de loi synthétisant les débats publics autour des musulmans en France enseigne à l’ensemble des citoyens, sous couvert de laïcité et de féminisme, la défense du nationalisme, du racisme et de l’impérialisme.

Lire la conclusion de l’article.

  1. http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion1725.asp []
  2. http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i1799-t1.asp []
  3. RAPPORT D’INFORMATION, N° 1799, FAIT AU NOM DE LA MISSION D’ÉVALUATION DE LA POLITIQUE DE PRÉVENTION ET DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES []
  4. http://www.liberation.fr/societe/0101574845-burqa-a-chacun-de-se-positionner-sur-la-laicite []
  5. http://www.liberation.fr/politiques/0101580400-thierry-mariani-succede-a-lellouche []
  6. http://www.prochoix.org/pages.action/legislatives/lellouche.html []
  7. http://www.pourlafrance.fr/charte-du-mpf.html []
  8. http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-07-02/port-de-la-burqa-l-assemblee-nationale-installe-une-mission-d-information/920/0/357500 []
  9. http://www.prochoix.org/pages.action/legislatives/myard.html []
  10. Communiqué de presse, 13 mars 2002 []
  11. http://www.liberation.fr/politiques/0101148643-du-bruit-et-une-odeur-de-demagogie []
  12. http://racismeordinaire.over-blog.com/article-1387524.html []
  13. http://www.prochoix.org/pages.action/legislatives/mariani.html []
  14. Assemblée nationale. 13 oct 1998, 1ère séance – Question sur les étrangers en situation irrégulière. []
  15. http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/La-loi-Hortefeux-est-passee-101637/ []
  16. http://www.generation-precaire.org/spip.php?article186 []
  17. http://www.rfi.fr/actufr/articles/064/article_35579.asp []
  18. http://lmsi.net/spip.php?article868 []
  19. « Le 1er tour des présidentielles est indubitablement une surprise, mais il n’est en rien l’effet du hasard. En premier lieu, il est une sanction sans appel des soixante-huitard attardés qui depuis 5 ans gèrent la France avec le succès que l’on connaît » []
  20. Question au gouvernement publiée au JO le : 22/10/2001 []
  21. Minute, 12 décembre 2001 []
  22. 2000-08-28 France Quo Vadis ? []
  23. 20 minutes, 2 juillet []
  24. La Riposte (12/07/2009), La croisade de Gerin contre la burqa : une aubaine pour la droite []
  25. Extrait de la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national et d’une lettre qu’il a adressé au premier ministre []

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