Contagion du virus palestinien

Depuis le début de l’attaque militaire israëlienne dans la bande de Ghaza, la minorité arabe de France est clairement suspecte. C’est sur on attends son coup de poignard dans le dos, ou plutot dans la kippa. C’est bien connu les musulmans euhh les beurs euhh les arabes euhh les palestiniens n’aiment pas les juifs ! Ou l’inverse !

En tout cas le mot d’ordre a été donné par Mme Fadela Amara, ministre de la Ville, « certains » veulent du mal aux juifs… Mais qui sont ces certains ? En tout cas ce qui est certain, c’est que les musulmans de banlieue, (ou plutôt la banlieue des musulmans ?), sont des certains potentiels. Et certainement, que le conflit Israëlo-Palestinien, n’est pas la question de tous les français, mais seulement de certains, ceux qui sont plus Mohamed ou David que Philippe ou Pierre[1]… Certains ressentent de l’émotion, mais Mme Amaraen appelle à la raison : comprenez au cynisme. D’ailleurs c’est bien pour ça que c’est elle qu’on interviewe.

En effet, ça ne mérite pas le déplacement de M. Kouchner, ministre des affaires étrangères, vu que c’est un problème interne… Si si, je vous assure, depuis qu’une entreprise appellée Communautarisme Inc. a importé le conflit Israelo-Palestinien en France, les arabes ont été contaminé par la haine anti juive tandis que les juifs sont pris d’un amour irraisonnée pour Israël. Les arabes sont bien sûr les habitants des quartiers populaires dont Mme Amara est chargée. Et c’est donc à elle que revient cette tâche de décontamination, de nettoyage (au kärcher ?) de ces « certains »…

Mais cette fausse neutralité des médias, de la classe politique, de l’Etat français, est bien vite démentie lorsque l’on ne voit invité à des plateaux télé que rabbins sommés de représenter Israel et islamologues modérément supportant modérément les palestiniens. Lorsque les représentants des partis politiques se taisent sur le sujet, et lorsque Mme Amara invite des associations des quartiers populaires et une association juive pour signer un manifeste en faveur de la paix. On croirait que Gaza est une banlieue française et que Sderot est le centre-ville bourgeois d’à côté qui se plait de l’insécurité permanente de ses bruyants voisins…

Soyons sérieux, le conflit Israëlo-Palestinien mérite une vraie politique, des actes forts en faveur d’une paix juste et durable et du respects des droits humains, et non pas une mascarade visant à déplacer le problème sur une partie de la population française. Rappelons que la France a participé à la création de l’Etat d’Israël, l’équipe en centrale nucléaire qui lui ont servit à s’armer, est partenaire économique privilégié par l’UE, finance par le biais de l’UE des hopitaux et écoles palestiniennes, et donc s’est elle-même exportée dans le conflit et non l’inverse !

Tandis que les représentants de l’O.N.U sont choqués par la situation à Ghaza, en France, on se regarde le nombril et on fait tout pour regarder ce qui se passe. On préfère comme d’habitude monter les uns contre les autres… Et que l’on s’étonne pas si à la prochaine attaque israëlienne, des français juifs et arabes soient victimes d’actes racistes de ces fameux certains. A force de présenter le conflit Israëlo-Palestinien comme une problématique exclusivement entre juifs et arabes, on a finit par en persuader les populations…

Les actes racistes anti-juives contre des synagogues survenu ces dernières semaines doivent être considérés comme un problème raciste et non plus comme une question sociale liée aux quartiers populaires. N’oublions pas que le colonel Dreyfus, français juif, a subi une campagne de diffamation violente se basant sur un fond raciste anti-juif profondément ancré en France, à une époque où ni l’Etat d’Israël, ni l’immigration maghrébine n’existaient.

[1] 2 parmi les plus grands antisémites mondiaux sont des « patriotes » français « de souche » et ont livré à la gestapo, plusieurs milliers de citoyens français de confession juive, tziganes, ou simples dissidents politiques. Il s’agit de M. Pierre Laval et du Maréchal Philippe Pétain !

Pour aller plus loin :

Islam, Nation et Individualisme

Les changements historiques irrémédiables en Tunisie

Le voile bourgeonne en Tunisie comme les mini-juppes en France au printemps… Non pas que les mini-juppes ne bourgeonnent pas à Tunis… Mais le voile islamique gagne du terrain. Et lorsque l’on dit voile, on oublie tout ce que ça entraine. Evitement de tout individu de sexe masculin, habits ayant pour but de cacher le maximum des formes féminines et pression implicite sur les non-voilées. (Je ne rentre pas dans le cas du voile intégré comme accessoire de mode). Car en Tunisie, il y a un concept avec lequel on ne transige pas : on est tous musulman. Mais le mur se fissure…

De nombreuses personnes osent aujourd’hui revendiquer la laicité pour la Tunisie. Un acte politique. La politique c’est pourtant tabou. Soyons honnête, parmi ces laïques un grand nombre de déistes, athés, agnostiques ou en tout cas non-musulman. Bien sûr, parmi eux un grand nombre de musulmans également, mais surtout de ceux qui se disent non-pratiquant. Pourtant ils ne semblent pas avoir peur. S’ils étaient sages ils devraient pourtant vu le contexte de soit-disant réislamisation et l’intransigeance du pouvoir.

Ne peut-on pas être musulman et revendiquer la laïcité ? Peut-être bien que c’est compatible, mais quel intérêt de revendiquer une telle chose dans un pays ou les mosquées cadrillent le territoire de la République de façon plus fine que les écoles, où l’Islam est enseigné en maternelle, et où on emploie quotidiennement des formules islamiques. Bien sûr, beaucoup les emploient dans un contexte laïque. Mais quand l’on vous corrige quand vous avez dit beslema ou 3aslema au lieu de salam alikoum, là vous pouvez être sur qu’implicitement être un arabe implique être musulman.

La communauté des musulmans, oumma, n’a pas cessé d’exister. On s’appelle frères entre hommes et soeurs entre femmes, vendredi on ne vends ni ne bois d’alcool. La nouvelle radio à vocation religieuse, Zitouna, fait un tabac chez les taxis. On évite de blasphémer… La patrie, ça vient après. Les taxis c’est la tunisie populaire. Le taxi il s’en tappe, il met Zitouna, et il t’emmerde. Le taxi exige de toi que tu lui dises « salam alikoum » comme un musulman. Il en a rien à cirer que 3aslema soit la tradition tunisienne, salam alikoum c’est pur, donc mieux.

L’Etat a beau être nationaliste et tenter d’insuffler l’amour de la patrie par tous les pors de la peau du citoyen, rien à faire, l’oumma reste la référence populaire. On se dit bien plus volontiers tunisien arabe non-musulman dans les beaux quartiers que dans un quartier populaire.

Le prophète des musulmans Mohammed, a été le premier à introduire l’individualisme instutionnalisé chez les Arabes en brisant le tribalisme polythéiste. Aujourd’hui celles qui portent le voile répètent son exemple. D’autant qu’elles ne sont pas des femmes soumises : elles font des études, travaillent, et ne se taisent pas devant un homme. Elles s’opposent à la doctrine officielle et rien ne leur résiste. D’ailleurs comment voulez-vous que les gens montrent leur individualité sinon ?

La consommation de masse, la mode, et la religion sont les trois choses qu’une tunisienne apprends dès toute petite. La société la veut bonne épouse. Elle se veut heureuse, elle veut voir ses désirs comblées. Les traditions tunisiennes c’est de la nostalgie comme ils disent, c’est bon mais archaïque. Et lorsque la frustration apparaît, ou simplement que la consommation de masse ne suffit pas, la tradition étant discréditée, et la politique inaccessible, il ne reste plus la religion. Débattre, discuter, remettre en question l’ordre établi est facile avec la religion. Qui t’empêchera d’être musulman comme tu le souhaites ? D’ailleurs les français musulmans ne se trompent pas de combat lorsqu’ils disent (hypocritement et lachement) que la Tunisie empêche la liberté de culte. C’est une valeur étrangère à la Tunisie, au monde Arabe. Classiquement tout le monde doit adopter la religion de son clan, sa tribu, sa Nation. Quelle idée choquante de choisir et pratiquer la religion de son choix de la façon que l’on veut ?! On ne nait plus musulman, on le devient. Quelle forme absolue d’individualisme ! La politique, plus subversive encore, n’a pas de légitimité traditionnelle, et peut donc encore être proscrite.

Cependant depuis que l’individualisme a gagné la religion, tout change. Les laïques, alliance de ceux qui ne veulent pas attendre le paradis pour vivre comme ils l’entendent, ont entrepris également leur oeuvre d’émancipation collective. Bourguiba est mort, Ben Ali a construit la mosquée Abidine et autorisée la radio Zitouna, alors les citoyens sont libres aujourd’hui quand ils choisissent la laïcité. Ils ne le font pas parce que c’est dans l’air du temps, mais par initiative individuelle. Et de cette initiative, auparavant naissait simplement l’acte individuel, isolé du groupe. Aujourd’hui les laïques n’ont pas peur de s’unir pour afficher leur existence et la défendre.

Les structures classiques arabes se fissurent, le clan, la tribu… Et même le Parti ! Aujourd’hui triomphent des conceptions de l’individu libérées de l’ancien mythe de l’unité collective. La classe moyenne a une maison, une voiture, la parabole, la télé, le téléphone portable et mange à sa faim. Elle peut même se payer des loisirs, des voyages. Et ce n’est pas une religion qui y changera quelque chose quoiqu’en pensent les khouenjiya. Peut-être que l’alcool passera dans le marché noir, qu’en publique la norme islamique s’affirmera comme la loi. Mais ça ne changera en rien les mentalités, et les désirs de consommation, de sexy, et de réussite, de tous les tunisiens. Aujourd’hui d’anciennes femmes émancipées du temps de la décolonisation se convertisse en masse à un Islam bourgeois des salons. Demain qui sait ce que les enfants des bigots, constatant la complète schizophrénie de leur parents, inventeront ?

Il n’y a qu’un mouvement qui soit obsolète. Celui qui veut réprimer cette formidable poussée de liberté, de volonté de s’affirmer comme individu, de création de communautés de semblables hors des liens traditionnels arabes. Celui qui veut imposée sa vision de l’Islam par décret, qu’elle soit modérée ou ancestrale. Celui où la politique est le monopole des sages chefs et de leurs savants conseillers. Cette époque historique agonise. L’ironie c’est que plus leur politique réussit dans ses objectifs d’allier valeurs ancestrales et modernité, plus la société évolue dans le sens où leur disparition apparaît comme ineluctable.

Le problème pour moi, c’est que je fais partie de ces obsolètes. Je suis certes parmi les obsolètes dissidents. Il n’en reste pas moins qu’en Tunisie et en France, je suis une curiosité historique. Se rendront-ils compte de celà et décreteront-ils que je suis une impossibilité puis m’anihilerons ? Peu importe, c’est un danger que je veux courir car je suis du coté de la transformation sociale et du progrès, et je vous invite à me rejoindre.