Colonialisme français : entre assimilation et association
Ma selection de liens du 27/01/2010 au 28/01/2010:
- Franc-maçonnerie – Colonisation 1930 : Assimilation-Association – Diagne – Au convent GODF de 1923, la commission conventuelle affirmait : « On ne peut s’arrêter ni à une rigide politique d’association, ni à une politique simpliste de brusque et complète assimilation ». Cette commission préconisait donc, en pleine ambiguïté, «.qu’une politique souple de large association soit appliquée aux indigènes en vue de leur assimilation progressive et complète, posée en principe de base ».
- Entre « assimilation » et « décivilisation » : l’imitation et le projet colonial républicain – La notion d’imitation a été au cœur du projet colonial de la 3ème République. Dans les dernières années du xixe siècle, l’imitation est convoquée dans la polémique entre « assimilation » et « association » ; dans les années 1920 et 1930, elle est au centre de la « sociologie coloniale » de René Maunier. L’imitation est enfin et surtout objet de préoccupations de la part de l’administration coloniale. Dans la mesure où celle-ci se donne pour tâche de reproduire le grand partage entre « indigènes » et « citoyens », elle doit faire face à une double contrainte posée par l’existence de phénomènes mimétiques : si l’imitation est l’instrument privilégié de la « mission civilisatrice », elle remet en cause la dichotomie colonisateur/colonisé au fondement de la domination coloniale produisant des « décivilisés » européens et des « évolués » indigènes.
La figure clivée du colonisé entre différence et ressemblance
«Il est en effet évident que le Malgache peut parfaitement supporter de ne pas être un Blanc. Un Malgache est un Malgache; ou plutôt non, un Malgache n’est pas un Malgache : il existe absolument sa « malgacherie ». S’il est Malgache, c’est parce que le Blanc arrive, et si, à un moment donné de son histoire, il a été amené à se poser la question de savoir s’il était un homme ou pas, c’est parce qu’on lui contestait cette réalité d’homme. Autrement dit, je commence à souffrir de ne pas être un Blanc dans la mesure où l’homme blanc m’impose une discrimination, fait de moi un colonisé, m’extorque toute valeur, toute originalité, me dit que je parasite le monde, qu’il faut que je me mette le plus rapidement possible au pas du monde blanc, « que je suis une bête brute, que mon peuple et moi sommes comme un fumier ambulant hideusement prometteur de canne tendre et de coton soyeux, que je n’ai rien à faire au monde ». Alors j’essaierai tout simplement de me faire blanc, c’est-à-dire j’obligerai le Blanc à reconnaître mon humanité.»
Frantz Fanon, Du prétendu complexe de dépendance du colonisé – Peau Noire, masques blancs, 1952, p. 79
«Le Noir est à la fois le sauvage (le cannibale) et pourtant le plus obéissant et le plus célébré des serviteurs (le porteur de nourriture) ; il est l’incarnation de la sexualité ramante, le primitif, le simple d’esprit et pourtant le menteur et le manipulateur des forces sociales le plus accompli du monde. À chaque fois, ce qui est dramatisé est une séparation – entre les races, les cultures et les histoires, au sein des histoires -, une séparation entre un avant et un après qui répète obsessivement le moment mythique de la disjonction. [...] Le fantasme colonial [...] propose une téléologie – dans certaines conditions de domination coloniale et de contrôle, l’indigène est progressivement réformable. De l’autre, toutefois, il affiche effectivement la «séparation», il la rend plus visible. C’est la visibilité de cette séparation qui, en déniant au colonisé toute capacité d’autogouvernement, d’indépendance, de modes occidentaux de civilité, donne son autorité à la version et à la mission officielles du pouvoir coloniale.»
Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.
«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. »
Ibid, p. 148
L’idée que la République française se fait de la dignité de la femme

Sarkozy, le Républicain à Versailles
Nicolas Sarkozy, le président de la République, l’homme qui a exploité son couple et donc sa femme à des fins électorales, a expliqué devant le Congrès lundi que le voile intégral n’est pas «l’idée que la République française se fait de la dignité de la femme». Ce genre de propos donneur de leçon laissant sous-entendre que la République contiendrait en elle-même l’idée d’égalité hommes femmes nécessite un petit rappel historique !
Contrairement à ce qui est souvent prétendu la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ne fait absolument pas mention des femmes. Si les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, rien en ce qui concerne les femmes…
Cet oubli vient fort à propos, puisque dans cette République les femmes ne sont sorties de la minorité dans le couple qu’en 1965 en et n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1944 ! Et ce n’est qu’en 1983 que les discriminations sexistes sont interdites… Une République dans laquelle 50% de la population, les femmes, ne représentent que 18,5% des sièges à l’Assemblée Nationale. Mais revenons-en à la genèse de la République, et voyons comment elle consacre l’homme blanc bourgeois comme seul citoyen, et le citoyen comme le seul homme blanc bourgeois…

Olympe de Gouges guillotinée
Olympe de Gouges guillotinée par la République le 3 novembre 1793.
Elle fut l’auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs. Le procureur de la Commune de Paris, Pierre-Gaspard Chaumette, applaudissant à l’exécution de plusieurs femmes et fustigeant leur mémoire, évoque cette « femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes, abandonna les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes [...] Tous ces êtres immoraux ont été anéantis sous le fer vengeur des lois. Et vous voudriez les imiter ? Non ! Vous sentirez que vous ne serez vraiment intéressantes et dignes d’estime que lorsque vous serez ce que la nature a voulu que vous fussiez. Nous voulons que les femmes soient respectées c’est pourquoi nous les forcerons à se respecter elles-mêmes. »

- La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962
La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962 (Christelle Taraud)
« L’orientalisme impose […] une image de féminité oisive, passive et offerte qui n’est pas anecdotique. Elle traduit l’idée qu’en Orient il serait encore possible de retrouver le paradis perdu, c’est-à-dire un rapport entre les hommes et les femmes qui soit “naturel” et “simple”, conforme à la traditionnelle domination masculine. »
« Entre l’imaginaire érotique des Orientalistes et la réalité prostitutionnelle des journaux de reportage, s’intercale une gamme infinie de représentations : cartes postales de “Mauresques”, films coloniaux, qui propose presque toujours une lecture essentialiste du rapport homme-femme, en conformité avec la domination masculine. »

Portrait d'une algérienne dévoilée de force 1960 © Marc Garanger
De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes.
« Ainsi, le corps des musulmanes, écartelé au nom des nobles principes de la République, s’est peu à peu défiguré, perverti en banal objet médiatique, figure repoussoir d’une idéologie franco-centrée décidément incapable de penser l’altérité et de penser sa responsabilité dans ce qui fait l’autre et son identité contrariée. »
« Les Ni Putes Ni Soumises ? un ersatz de féminisme, stigmatisant et excluant et les « putes » et les « soumises » (entendez : les voilées), valorisant ce faisant une « féminité » conforme aux normes dominantes, et confortant les politiques de discrimination « républicaines » à l’endroit de ces deux catégories hérétiques de femmes. »

Djamila Bouhired
Djamila Bouhired, militante de la cause nationale algérienne, torturée par les forces coloniales d’occupation françaises
« Elle a été frappée à coup de balle, qui lui est sortie par le sein; les tortionnaires ont appliqué la gégène sur la plaie, et précisément sur tout ce qu’elle pouvait avoir de désirable en tant que femme ; ils l’ont au préalable déshabillée : ils lui ont brûlé les aréoles des seins, et brûlé à l’électricité les lèvres du sexe, et comme elle n’a pas parlé ils se sont acharnés à l’humilier par la souffrance et les attouchements ignobles, comme si dès lors qu’elle était soupçonnée ou pouvait être utile au renseignement elle perdait sa dignité d’humaine pour être considérée comme un objet d’amusement sexuel et de souffrance. »

90 000 viols par an en France, que fait la République ?
Selon Amnesty International, 50 000 à 90 000 femmes ont été violées en France. En France, le « devoir conjugal » a été aboli en 1990 et le viol entre conjoints est condamnable depuis 1990. Avant 1990, non seulement la femme ne pouvait pas poursuivre le violeur s’il s’agit de son mari, mais en plus si elle ne se laissait pas faire elle pouvait être condamnée en justice pour manquement au «devoir conjugal » !
Dans 74 % des cas de viol, la victime connaît ou connaissait son agresseur. Le violeur n’est très majoritairement ni étranger, ni célibataire (vivant seul), ni asocial, ni impulsif. Dans la plupart des cas, il est parfaitement intégré à la société, marié (ou vivant maritalement) avec des enfants.
Vous retrouverez plus d’information sur les chiffres des viols en France.


