L’aliénation, une philosophie mise en musique…

septembre 10, 2010 · Posted in Citations, Pensées · Comment 

Comme l’âme platonicienne qui saurait reconnaître la vérité qu’elle ne peut pas connaître, quoiqu’ignorant ce que nous sommes nous savons que nous ne le sommes pas. En ce sens, nous ne sommes pas ce que nous sommes. Ce que nous sommes, c’est chose uniquement que nous ayons à être. Notre essence — ce par quoi nous serions ce que nous sommes — est au devant de nous hors de nous. Notre existence est fourvoyée loin de notre essence. Dans notre vie présente nous sommes donc expatriés de notre vraie vie, qui est encore à venir. Au sens où Hegel dit alors que nous n’avons pas notre chez nous dans notre vie, nous sommes exilés, nous sommes des étrangers : nous sommes aliénés. (Car telle est l’étymologie latine alienus, étranger.) Étrangeté au monde, étrangeté aux autres, étrangeté à soi tel est le sens fondamental de l’aliénation, et telle est l’origine de la philosophie. Car la philosophie naît précisément d’une insoumission à cette forme indigente de vivre. C’est au nom d’une vie régénérée que la vie est toujours mise en question par la philosophie, comme si vivre n’avait immémorialement été qu’une forme aliénée de vivre. Si la vie fut toujours inculpée et parfois diffamée par la philosophie, comme Nietzsche en fait le reproche à Platon, ce fut donc toujours par amour de la vie, et pour honorer la vie. Toute philosophie naît donc du sentiment d’une plénitude perdue ou d’une plénitude promise, que la vie se passe inutilement à regretter ou s’épuise vainement à poursuivre. Toute philosophie naît donc en exil, c’est à dire dans l’aliénation. C’est pourquoi la question métaphysique fondamentale est toujours celle de l’origine. Car là où il y aurait un chez nous, c’est là que nous voulons retourner. D’où sommes nous éloignés, nous qui nous sentons loin de la vie ? D’où avons-nous été bannis ? D’où vient que nous n’ayons pas oublié ce dont pourtant nous n’avons plus la mémoire, ou que nous ayons l’idée de ce dont nous n’eûmes jamais l’expérience ? Quel fut le chemin de cet exode ? Comment le retrouver? Comment nous mettre en marche? Par quelle conversion refaire ce qu’avait défait quelle procession ? Toute philosophie a donc pour but de nous faire réintégrer notre propre vie, de réunir notre existence à notre essence. A la médiation qui nous aliène elle s’oppose donc comme la médiation qui nous libère.

Nicolas Grimaldi, Aliénation et liberté, Masson, 1972.

Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.
Karl Marx, XIème thèse sur Feuerbach, 1845

La théologie de libération du Père François Houtard

juin 10, 2010 · Posted in Liens · 1 Comment 

Le sociologue et prêtre catholique François Houtart est un des penseurs de la théologie de libération. Voici quelques uns de ses textes concernant notamment les rapports entre religion, théologie et transformation sociale :

  • Analyse marxiste et foi chrétienne – 1ère partie : Le Père et sociologue François Houtart présente certains concepts clés du marxisme qui font le plus de difficultés aux croyants : le matérialisme historique, l’analyse marxiste des fonctions sociales de la religion, l’athéisme.
  • Analyse marxiste et foi chrétienne – 2ème partie : Analyse par François Houtart du facteur religieux dans le mode de production capitaliste.
  • L’état actuel de la théologie de la libération en Amérique latine – La théologie de la libération prend comme point de départ la situation des opprimés. C’est ce qu’on appelle un « lieu théologique », c’est-à-dire la perspective au départ de laquelle se construit le discours sur Dieu. Un Dieu d’amour ne peut exister avec l’injustice, l’exploitation, la guerre. Donc, comme le disait un théologien récemment, il s’agit d’une théologie qui ne se demande pas si Dieu existe, mais où il se trouve ? C’est la réalité des luttes sociales et l’engagement des chrétiens, en faveur de la justice, qui forment la base de l’élaboration de la pensée et du discours.
  • De nouveaux défis pour la théologie de la libération – Mémoire des luttes – La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui se prétend hors du temps. Ce que l’on pourrait appeler une théologie sur la Lune…
  • Echanges et Synergie asbl – François Houtart – On ne doit pas idéaliser le vaudou comme s’il était un système parfait par rapport à une histoire de désir d’émancipation constante, mais on doit voir le vaudou comme un partenaire à l’intérieur de cette grande résistance dans le monde entier face à ce qui écrase, et la nature, et les être humains.
  • François Houtart, Sociologie de la religion – Cairn.info – François Houtart nous livre son credo personnel : la perspective sociologique, qui étudie la religion comme fait social, comme construction culturelle liée à une certaine formation sociale, n’est pas contradictoire avec la foi religieuse. On peut étudier sociologiquement les religions, comme les philosophies, l’art ou tout autre produit culturel humain. Cela ne contredit pas un point de vue théologique : dans l’hypothèse de l’existence de Dieu, tout ce qui est observable est la façon dont les groupes humains se le représentent, s’organisent pour le culte, etc. Ce n’est pas à la sociologie de se prononcer sur l’existence de Dieu…
  • HOUTART, François, Religion et modes de production précapitalistes- Cet ouvrage mérite certainement d’être pris en sérieuse considération. Il vaut comme synthèse d’études utilisant une grille d’analyse marxiste pour l’analyse des religions. Il illustre également, à bien des égards, la fécondité des hypothèses qui peuvent être faites à partir d’une sociologie qui s’inspire du materialisme historique.
  • Construire un nouveau sujet historique – Mémoire des luttes – L’enjeu est véritablement la construction d’un nouveau sujet historique, qui a été la classe ouvrière pendant le XIXe et le XXe siècle. Il est en train de se faire sa place aujourd’hui, mais le nouveau sujet historique est un sujet plus réel, précisément parce que nous nous trouvons devant la nécessité d’une convergence d’existences. C’est un sujet pluriel, populaire et démocratique. Ce sera quelque chose à discuter plus tard.

Mes signets du 20/09/2009 au 23/09/2009

septembre 23, 2009 · Posted in Liens · Comment 

Ma selection de liens du 20/09/2009 au 23/09/2009:

  • Les poupées Barbie de l’Islam light : exhibitionnisme et érotisme victimaires – Actualité, | Oumma.com – L’homme français du XXIe siècle doit arrêter de se projeter comme l’émancipateur en puissance de la « femme musulmane », que celle-ci porte voile ou pas, la réduisant à n’être finalement qu’un objet de ses fantasmes sexuels et pulsions érotisantes.
  • Sémites, ou la fiction de l’Autre – Selon un très vieux préjugé, Juifs et Arabes, juifs et musulmans, s’ils sont «ennemis», sont avant tout des «frères» partageant un rapport commun au monde, à la religion et aux texte sacrés. Cette unité se manifeste dans la fiction du «Sémite». Se fondant sur une lecture deSemites: Race, Religion, Literature de Gil Anidjar, Warren Montag soutient que, si cette unité fictionnelle est avant tout le fruit de l’opération par laquelle le christianisme – dont la laïcité ne serait que l’un des derniers avatars – s’est construit un Autre, elle est peut-être également susceptible d’une récupération politique, problématique mais féconde, par ceux qu’elle est censée désigner.
  • Pouvoir / Savoir – Peut-être faut-il renoncer à croire que le pouvoir rend fou et qu’en retour la renonciation au pouvoir est une des conditions auxquelles on peut devenir savant. Il faut plutôt admettre que le pouvoir produit du savoir ( et pas simplement en le favorisant parce qu’il le sert ou en l’appliquant parce qu’il est utile); que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre; qu’il n’y a pas de relation de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir.

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