Siffler la Marseillaise : un délit d’ingratitude ?

La France a encore une fois été humilié au stade de France lors d’un match de football entre une équipe d’un pays du Maghreb ancien colonisé et d’origine de grands nombres de français descendants d’immigrés. Le motif suprême de l’humiliation : l’hymne national français, que Mme la ministre Christine Boutin souhaitait abolir, y a été sifflé. Encore une fois c’est le tollé dans les rangs des hommes d’Etat. M. Le Premier ministre propose d’interrompre les matchs lorsque les hymnes nationaux sont sifflés. Et c’est l’entraîneur de la très « De Souche » équipe de rugby national, qui propose de discriminer les pays du Maghreb en ne jouant pas avec eux.

Les hommes politiques renoueraient donc-ils avec l’amour de la patrie et le nationalisme ? N’est-il plus permis de critiquer son propre pays ? Ou alors est-ce plutôt qu’il n’est pas permis de critiquer le pays qui nous accueille mais dont on reste fondamentalement un étranger ? D’ailleurs ces « soit-disant » français ne sont-ils pas suspects de trahison lorsqu’ils soutiennent le pays de leur parents contre le « généreux » pays qui les a « accueilli » ? Ils devraient apparamment se montrer bien reconnaissant de l’honneur qui leur est fait. Au lieu de ça ils profitent des avantages de la France, et rejettent ce qui ne leur plaît pas. A peu près comme tous les autres citoyens. Des citoyens qui n’ont de cesse de parler de leur pays comme d’un pays à la trâine, d’un pays de fénéants. Ce droit à la critique, garanti par les droits de l’Homme, dont la France se voit comme la patrie mère ne s’applique apparamment à tous de la même façon. Pour avoir le droit de critiquer apparamment il faut montrer patte blanche…

Frédéric Lefebvre, éminent membre de la très patriote UMP, explique que les français d’origine tunisienne ont été adoptés par la France et qu’en conséquence ils lui doivent le respect. C’est évident l’enfant abandonné et adopté par une nouvelle famille lui doit le respect. La France a recueilli les orphelins tunisiens, ces mal-famés dont personne ne voulait, et les a traité comme ses propres enfants. Nan mais on croit rêver… Les français d’origine tunisienne apprécieront… Sont-ils des enfants illégitimes ? Sont-ils des enfants adoptés ? Avoir une mère et un père tunisien est-ce moins honorable qu’avoir des parents français ?

Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, n’a pas joué lui sur la fibre nationaliste mais sur la République. Un idéal qu’il est interdit de critiquer. Ces français selon M. Hammadi devraient être reconnaissant car il est à l’opposé de celui de Ben Ali. Pourtant M. Ben Ali est le président d’une République également. Et c’est là qu’on comprends, la République française est elle pure, intouchable, et ces nouveaux citoyens devraient être reconnaissant de vivre dans un pays où ils sont égaux, libre et la fraternité règne. Du moins dans l’idéal. Car dans cet idéal républicain, les citoyens descendants d’immigrés semblent devoir rester moins égaux, moins libre et se contenter de ce qu’ils ont.

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Premières impressions en vrac en Tunisie…

Aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Un terminal destiné aux charters, aux destinations pas cher. A ceux qui voyagent souvent dans l’année ou ceux qui font un voyage occasionnel mais qui n’ont pas une fortune à dépenser. En gros les pays du Sud. Et aussi des irlandais pour le coup.

Je repère facilement les tunisiens ou ceux en partance pour la Tunisie. Ils n’ont pas l’air stressé. Ils prenent leur temps mais sont à l’aguet. Alors que le vol n’a même pas été affiché, il a suffit d’une annonce pour qu’il soit tous sur le coup. Et moi il m’a suffit d’un coup de fil pour me faire doubler dans la file. Un avant gout de la Tunisie.

Pour le moment je n’ai pas vu grand chose. Je suis rentré chez la famille. Chez ma tante maternelle. Mon cousin Skander m’a attendu à l’aéroport. C’est quand même mieux que de prendre le RER ou un taxi :)

C’est quoi cette manie qu’ont les tunisiens de se dévaloriser par rapport à la France ? Tel est parti en France faire ses études. Tel compte y aller. Tel calque ses habitudes de consommation sur ceux de la France, matte les émissions française et s’imagine que les chanteuses stars de la chanson française s’appelle Jennyfer, Nolwenn et Amel Bent.

Le foot est devenu encore plus présent aujourd’hui qu’hier et c’est peu de le dire. Le foot est l’espace de discussion libre et démocratique. Tout le monde peut parler de foot, soutenir l’équipe de son choix, la voire gagner ou perdre, huer les dirigeants d’un club, ses entraîneurs, et même sa propre équipe. En France quand quelqu’un hue l’équipe française on remet en cause sa francité. Ici le patriotisme n’est pas une valeur à la mode. Et tant mieux.

Quand je suis venu ici je me suis dit il faut que je vive tunisien. Exit donc les habitudes françaises. Mais quand j’ai commencé à appliquer ça pour les goûts en terme de bouffe j’ai remarqué mon erreur. Quand est-ce qu’un produit ou une façon d’être est française ? Je ne veux pas faire l’erreur des imbéciles pensant que tout ce qui est moderne n’est pas tunisien. Penser que la modernité c’est français, c’est le summum du culturalisme, et oserais-je, du racisme. Je ferais donc comme les autres, en préférant le produit plus tunisien quand j’aurais le choix, mais pas systématiquement. Par exemple j’ai vu un pot de Danette, la crème, un produit typiquement français, au goût d’Assida Sgougou, un dessert typiquement tunisien. Au final ça donne un produit totalement tunisien selon moi !

Ici coté politique, on prépare les présidentielles de 2009 et les municipales de 2008. Bien entendu le président sera reconduit dans ses fonctions. Ce qui sera intéressant ça sera la campagne. Un test de popularité en quelque sorte. Pour les municipales ça parle de démocratie locale. Utiliser la ville comme cellule de base de la démocratie. Ca me semble évident. Maintenant, entre les discours et la réalité, il faut savoir faire la part des choses. C’est ça aussi le monde arabe et plus particulièrement la Tunisie. Philosopher veut d’ailleurs dire en tunisien être verbeux pour noyer le poisson. En regardant le film Halfaouine, j’ai vu les grandes différences entre hier et aujourd’hui mais aussi la continuité ainsi que l’exception tunisoise. Le quartier de La Goulette est nettement moins pittoresque et ressemble davantage à la Goutte d’Or à Paris… Un quartier pittoresque certes, mais historiquement mal famé .

J’ai aussi vu un bout de misère, avec une dame d’age mure, qui demandait l’aumone, et aussi du pain. Elle le revends à ce qu’il paraît pour nourrir son enfant handicapé. Elle était habillé de vêtements d’été. Ici il fait assez froid, aux environs de 10° et les gens n’ont pas tous le chauffage central loin de là. Il fait donc un peu humide dans les maisons et on reste habillé à la maison. D’ailleurs je m’habille encore davantage dans mon appart loué à Sidi Bou Said que lorsque je sors.

La France parait bien loin. Elle renvoie une image d’elle-même épurée, très inspirée de l’image qu’elle voulait donner pendant l’époque coloniale, et aussi celle des médias. C’est dommage parce que sa principale richesse justement c’est de ne pas être un pays homogène culturellement. Ici en Tunisie, un pays de 10 millions d’habitants, il y a des rivalités entre habitants de régions différentes voire de wilaya (départements) différents. Et socialement aussi, les différentes classes sociales se cotoient voire se mélangent à diverses endroits.

Rien à voir là avec la France, où la ligne de démarcation sociale est un mur infranchissable, et ou la ligne de demarcation ethnique me semblait plus que problématique. Ici que des arabes, je ne suis moins une originalité qu’en France, alors même que je n’ai quasiment vécu qu’en France. Je suis ici le « de France », on va s’imaginer que je suis riche et bizarrement que je suis une caillera. Ici, on n’aime pas trop les parvenus. Ceux qui sont riches sans avoir la culture. Alors même qu’avoir une voiture constitue une nécessité pour tout jeune homme voulant être un bon parti, et vivre l’amour tout simplement. Ici la France c’est de plus en plus le pays de l’argent, la démystification est en bonne marche. Je pense que d’ici quelques années, seuls les vieux auront gardé en eux l’image d’une France entourée d’un aura civilisationnel.