Lettre à mon frère Hamza de la Maison des Potes de St Etienne

Hamza Ould Mohamed, président de la Maison des Potes de Saint-Etienne

Salam Hamza,

j’ai lu l’article de la journaliste Sylvia ZAPPI sur ce que tu as subi à l’université d’automne des Maisons des potes, association du réseau de SOS Racisme. Cette fédération se sert allègrement des quartiers comme un faire-valoir. Elle aime à cantonner les quartiers dans le cliché du jeune beur à casquette qui ne désire qu’une chose, se faire aimer de la France. Cette maison des potes, n’est pas la notre assurément… Mais toi, à St Etienne, tu as su en faire quelque chose de neuf. Tu as su, en toute autonomie avec tes potes, mobiliser 400 jeunes des quartiers de St Etienne. Tu as su faire en sorte que les quartiers se l’approprient pour en faire leur maison. Celle de leur dignité retrouvée et inchaAllah de leur libération.

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Le tiers-monde libérateur du joug sioniste…

Herman Kofi Bailey

Herman Kofi Bailey

Herman Kofi Bailey pour le SNCC sous la présidence de Stokely Carmichael ou Rap H. Brown (Jamil al-Amin)

Le tournant antisioniste de SNCC (Student National Coordination Comitee) crééra une crise interne dont l’organisation ne sortira pas. Les Noirs et Juifs libéraux étant soient sionistes soient attachés au soutien sioniste notamment au financement de SNCC. Notamment James Forman qui fera en sorte de se débarrasser de Stokely Carmichael et de Rap H. Brown et de tous ceux qui les suivaient.

Attention à éviter le contresens antisémite. Il ne s’agit pas de dénoncer ici le judaisme mais le sionisme en tant qu’idéologie politique dont les Noirs Américains cherchaient aussi à se débarrasser parce que les Juifs sionistes contrôlaient les institutions noires.

Pour en finir avec le fraternalisme de l’égalité réelle

Egalité entre humains et non-humains (District 9)

Dans un texte intitulé «Pour en finir avec le paternalisme de la discrimination positive», Faouzi Lamdaoui, ancien secrétaire national à l’égalité du Parti socialiste, vice-président de l’agglomération d’Argenteuil-Bezons, s’en prend à l’affirmative action. Dans un premier temps, il se contente de sortir des banalités déjà « vues à la télé » et estampillées républicainement correctes. D’abord, il  fait le coup classique de l’opposition entre les USA, pays du «communautarisme», et la France qui, je cite, « n’est pas et ne sera jamais un pays communautariste. Son histoire, ses traditions, ses garde-fous institutionnels l’en préservent ». Gageons que cette histoire, ces traditions et ces garde-fous dont ils parlent sont ceux du racisme d’État… Au passage, il ne nous épargne pas le sempiternel sermon sur les effets pervers de l’affirmative action. Ensuite, il requalifie l’affirmative action en discrimination positive pour mieux la mettre en pièce par la suite.

Mais l’originalité commence lorsqu’exploitant sa sensibilité de descendant de colonisé de façon peu républicaine, il compare l’affirmative action aux stratégies de cooptation coloniales et de constitution d’une caste d’indigènes domestiqués : les évolués. Ce ne serait qu’une stratégie paternaliste laissant sur le carreau la masse des indigènes qui n’auront pas évolués. Il serait intéressant de se demander qui est le parrain, chose qu’il ne fait malheureusement pas… Son dernier paragraphe sonne par ailleurs comme un mot-d’ordre décolonial : « La société n’a nul besoin d’intégration. Elle a besoin d’égalité.» Cette analyse d’inspiration anticolonialiste appliquée à la métropole ne peut pas manquer de nous interpeller. Cependant le fait que ce soit de la part un cadre du PS devrait éveiller nos soupçons. Aussi arabe et descendant de colonisés qu’il soit, c’est aussi un cadre du PS avec toute la formation intellectuelle et pratique que cela suppose.

Quelle est donc cette égalité qu’il prône ? Le premier indice dans le texte est son allégeance appuyée à son mentor, François Hollande, au travers du soutien à une solidarité intergénérationnelle… Les arabes, noirs, musulmans et autres basanés des quartiers seraient-ils d’éternels jeunes ayant besoin de la solidarité de la vieille France ? Adroite parabole pour dire en somme que la France de souche ancienne devrait se porter au secours de la France de jeune branche ? Le second indice se trouve un peu plus haut dans le texte quand il dit  que «la société française a besoin non point de paternalisme, mais de « fraternalisme », comme l’avait formulé Aimé Césaire.».  Mais quel est ce fameux fraternalisme dont parle Aimé Césaire ? Me rappelant sa célèbre Lettre à Maurice Thorez du 24 octobre 1956 où il annonce sa démission du Parti Communiste Français en dénonçant, entre autres choses, son fraternalisme, j’en extrais le passage où il décrit cette notion :

Il faut dire en passant que les communistes français ont été à bonne école. Celle de Staline. Et Staline est bel et bien celui qui a réintroduit dans la pensée socialiste, la notion de peuples « avancés » et de peuples « attardés ». Et s’il parle du devoir du peuple avancé (en l’espèce les Grands Russes) d’aider les peuples arriérés à rattraper leur retard, je ne sache pas que le paternalisme colonialiste proclame une autre prétention. Dans le cas de Staline et de ses sectateurs, ce n’est peut-être pas de paternalisme qu’il s’agit. Mais c’est à coup sûr de quelque chose qui lui ressemble à s’y méprendre. Inventons le mot : c’est du « fraternalisme ». Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. Or c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus.

Vous avez bien lu, le fraternalisme ne se différencie du paternalisme que par son aspect gauchiste… Le fraternalisme en mots d’ordre c’est par exemple des slogans humanistes mais creux tels que « travailleurs français-immigrés, même patron, même combat » ou même leurs variantes plus modernes d’« égalité réelle » et de « lutte contre toutes les formes de discriminations » qui dissimulent, voire nient, la centralité du racisme dans l’exploitation, les inégalités et les discriminations. En bref, le fraternalisme consiste à nier le caractère systémique du racisme en déployant un voile, que dis-je, une burqa, sur les conséquences sociales de l’appartenance à une couleur noire, une origine colonisée et une religion, l’islam. Il se croit indemne du racisme puisqu’il ne « fait pas de différences », qu’il ne prends pas en compte les origines, couleurs et religions ! Il faudra un jour leur expliquer que nous n’avons pas besoin d’un père ou d’un frère car nous avons déjà nos frères et nos parents ! Nous n’avons nul besoin d’un paternalisme, d’un fraternalisme, d’un maternalisme ou d’un sororisme Républicain bon teint… Mais alors que voulons-nous ? Je vous laisse avec la réponse, porteuse d’espoir incha Allah, d’Aimé Césaire :

Nous voulons que nos sociétés s’élèvent à un degré supérieur de développement, mais d’ elles-mêmes, par croissance interne, par nécessité intérieure, par progrès organique, sans que rien d’extérieur vienne gauchir cette croissance, ou l’altérer ou la compromettre.

Dans ces conditions on comprend que nous ne puissions donner à personne délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous ; que nous ne puissions désormais accepter que qui que ce soit, fût-ce le meilleur de nos amis, se porte fort pour nous. Si le but de toute politique progressiste est de rendre un jour leur liberté aux peuples colonisés, au moins faut-il que l’action quotidienne des partis progressistes n’entre pas en contradiction avec la fin recherchée et ne détruise pas tous les jours les bases mêmes, les bases organisationnelles comme les bases psychologiques de cette future liberté, lesquelles se ramènent à un seul postulat : le droit à l’initiative.

Pour ceux qui n’auraient pas compris, je le dis autrement et dans des mots qui sont les miens. Il faut en finir avec les accusations de communautarisme, de séparatisme et autres vilainies qui sapent les bases de notre liberté future incha Allah… Notre droit à l’initiative, c’est leur devoir de reconnaissance de nos luttes sans conditions. Y compris la condition contenue dans le chantage gauchiste de « la diversité contre l’égalité ».  Car nous ne pouvons nous permettre le luxe de rechigner à conquérir  l’action positive ! L’action positive est aujourd’hui nécessaire même si elle est loin d’être suffisante. Au lieu de s’y limiter, partons de là pour construire un projet et une stratégie politique qui posent sérieusement le problème du racisme systémique de la République Française anti-communautariste.