Soirées érudites sur Frantz Fanon à Paris en mars 2011

16 mars, L’actualité de la pensée de Frantz Fanon

Mercredi 16 mars 2011 – 19h30 – Mercredi 16 mars 2011 – 22h00
La Fondation Frantz Fanon, la Société Louise Michel, les éditions de la découverte et la librairie du 104 vous invitent à une conférence autour de la pensée de Frantz Fanon. Frantz Fanon, analyste de la domination coloniale et combattant de la liberté, est mort il y a cinquante ans, laissant une œuvre originale et puissante, une déconstruction fondatrice de l’idéologie de la domination qui n’a rien perdu de son actualité.
Pour en débattre, interviendront : Immanuel Wallerstein, Achille Mbembé, Mireille Fanon Mendès-France et Olivier Besancenot.
La rencontre aura lieu à l’Atelier 3 – 104 / 11 bis, rue Curial ,75019 Paris / 104 rue d’Aubervilliers. métro : lignes 2, 5, 7 stations Stalingrad (bd de la Villette, sortie n°2) Riquet ou Crimée

18 mars, Aliche Cherki sur Frantz Fanon

L’association Le Café-débat à Palaiseau vous invite à la brasserie « Le Balto », 42 avenue de Stalingrad à partir de 20h30 le vendredi 18 mars 2011à un débat sur le thème Frantz Fanon, auteur de « Peau noire, masques blancs », « Les damnés de la terre » : un humanisme à redécouvrir avec Alice CHERKI, psychiatre.

Si vous souhaitez dîner sur place, à partir de 19h, avant le débat, réservez au 01 69 20 02 04, brasserie « Le Balto ». Pour toute information complémentaire : « Café-débat à Palaiseau » chez Mme Françoise Teillagorry

141 rue Marceau 91120 Palaiseau 01 69 31 39 26 cafedebats.palaiseau@gmail.com

3, 10, 17, 24 et 31 mars : De la grande nuit au jour nouveau : Fanon et la décolonisation par Seloua LUSTE BOULBINA

18h30-20h30
Centre Parisien d’Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris
Jeu 3 mars, Jeu 10 mars, Jeu 17 mars : Salle 1
Jeu 24 mars : Salle 2
Jeu 31 mars : Salle 1
Séminaire organisé dans le cadre du programme « 2011, année des Outre-Mer » et avec le soutien du Centre Parisien d’Études Critiques.

Quelle consistance Fanon donne-t-il à l’idée de décolonisation ?
« Les derniers seront les premiers ». Pour Fanon, « la décolonisation est la vérification de cette phrase ». Faisant des spectateurs de leur propre vie les acteurs de leur propre existence, la décolonisation apparaît comme un processus qui modifie profondément l’être de l’homme, et fait naître une subjectivité nouvelle. Ce n’est donc pas seulement à l’aune des phénomènes objectifs de la domination mais à l’échelle subjective de l’aliénation que Fanon, que ce soit en Martinique ou en Algérie, découvre et dévoile la colonie, toujours plus ou moins racialisée, et le passage de frontières qui est constitutif de la décolonisation des esprits comme des pays. C’est ce passage, qui éloigne tant des masques que de la damnation, qui sera étudié ici. Pour cela, chez Fanon, il faut s’éloigner d’une certaine Europe.

Ces séances sont corrélées au séminaire « Sujet, subjectivation, désubjectivation », placé sous la responsabilité de Martine Leibovici, du Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques (CSPRP) de l’Université Paris 7.

Intervenants :
– Jeudi 3 mars : Seloua Luste Boulbina
– Jeudi 10 mars : Matthieu Renault (Université Paris 7)
– Jeudi 17 mars : Seloua Luste Boulbina
– Jeudi 24 mars : Sonia Dayan-Hezbrun (Université Paris 7)
– Jeudi 31 mars : Seloua Luste Boulbina

Colonialisme français : entre assimilation et association

Ma selection de liens du 27/01/2010 au 28/01/2010:

  • Franc-maçonnerie – Colonisation 1930 : Assimilation-Association – Diagne – Au convent GODF de 1923, la commission conventuelle affirmait : « On ne peut s’arrêter ni à une rigide politique d’association, ni à une politique simpliste de brusque et complète assimilation ». Cette commission préconisait donc, en pleine ambiguïté, «.qu’une politique souple de large association soit appliquée aux indigènes en vue de leur assimilation progressive et complète, posée en principe de base ».
  • Entre « assimilation » et « décivilisation » : l’imitation et le projet colonial républicain – La notion d’imitation a été au cœur du projet colonial de la 3ème République. Dans les dernières années du xixe siècle, l’imitation est convoquée dans la polémique entre « assimilation » et « association » ; dans les années 1920 et 1930, elle est au centre de la « sociologie coloniale » de René Maunier. L’imitation est enfin et surtout objet de préoccupations de la part de l’administration coloniale. Dans la mesure où celle-ci se donne pour tâche de reproduire le grand partage entre « indigènes » et « citoyens », elle doit faire face à une double contrainte posée par l’existence de phénomènes mimétiques : si l’imitation est l’instrument privilégié de la « mission civilisatrice », elle remet en cause la dichotomie colonisateur/colonisé au fondement de la domination coloniale produisant des « décivilisés » européens et des « évolués » indigènes.

Fête de l’Humanité ou le bonheur illusoire des blancs

La fête de l’Humanité est le moment et l’espace de rencontre annuel de toutes les gauches radicales, anti-capitalistes, et de transformation sociale que connait la France et plus particulièrement l’Ile-de-France où elle se déroule. C’est à la fois un moment festif et politique. Festif par la pléthore de concerts au prix, il faut l’avouer, modique au vu de la quantité de concerts, de 18€ ((prix modique qui du même temps écarte définitivement l’argument selon lequel il n’y aurait pas de discrimination raciale mais simplement économique)). Ce prix comparé à un simple concert ou à un autre festival apparaît presque dérisoire, mais il n’est pas une simple participation aux frais ou un don, c’est un coût qu’on espère bien rentabiliser ((vous m’excuserez l’expression capitaliste)) entre les festivités musicales et les moments plus politiques entre conférences et stands… Enfin la majorité de ses 600 000 visiteurs ((http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_de_l%27Humanit%C3%A9)) sont plus attirés par le côté festif, avouons-le.

Le prolétariat en France est en partie, et de façon non négligeable, composé des habitants des quartiers populaires. Ceux-là sont désormais souvent des immigrés ou descendants d’immigrés postcoloniaux. Les organisateurs de la fête de l’Humanité, voulant probablement surfer sur le courant diversité, ont d’ailleurs très bien saisit l’intérêt d’exploiter le filon.

La race dans la promotion de la fête : programmation, affiche et clip

En regardant cette affiche, je me suis dis : tiens ils ont mis une Marianne noire. C’est ce qui a lancé ma réflexion et aiguisé mon sens de l’observation sur le sujet de la race. Cette mise en avant d’une Marianne noire a nécessairement un sens, et je me suis attelé à le déceler le sens de la mise en avant dans la race, en premier lieu dans l’affiche elle-même ainsi que dans l’ensemble des moyens de promotion que sont l’affiche, la programmation et le clip.

Affiche de la Marianne noire

Affiche de la Marianne noire

Puisque ce festival est avant tout musical, nous regardons en premier lieu dans la programmation musicale afin d’y déceler une touche de ce qu’on a communément fait d’appeler diversité et que je qualifie de personnes racisées car identifiées par leur race ((oui je sais la race biologique n’existe pas, je parle là de la perception de l’appartenance à une race)). L’affiche présente également les 15 stars du festival découpé en 3 niveaux. Nous y retrouvons 3 artistes racisés, ici noirs : Keziah Jones, Casey et B. James. Keziah Jones est au second niveau, tandis que Casey et B.James au troisième niveau. Keziah Jones est un artiste nigérian catégorisé comme musique du monde et qui n’est pas malgré sa couleur de peau marqué ethniquement, en effet son cœur de public n’est ni les noirs, ni les africains et encore moins les habitants des quartiers populaires. Casey et B.James, eux en revanche, font partie de la mouvance rap français, que l’on peut même qualifier de hardcore mais avec une très forte coloration politique et une teinte plutôt underground. Cette année donc, pas d’artistes massivement populaires dans les quartiers populaires contrairement aux années précédentes donc où nous avons pu retrouver Kerry James ou Diam’s. En 2008 ((http://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_de_l%27Humanit%C3%A9#Sc.C3.A8ne_Zebrock_.2F_Avant-Garde)) il y avait même un plateau Rap richement fourni en groupes qui montent…

Liberté guidant le peuple dEugène Delacroix

Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix

Revenons donc à cette Marianne noire. L’affiche présente une femme noire pieds nu tenant une guitarre à la main et le drapeau rouge sur un fond de festivaliers en ombres en référence à la peinture d’Eugène Delacroix « La liberté guidant le peuple ((http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Libert%C3%A9_guidant_le_peuple)). En apparence seule la couleur de peau de la Marianne a changé. Mais ce n’est qu’une apparence bien qu’en elle soit significative et nous y reviendrons. Les différences sont cependant notables avec l’original. D’une part et ce qui m’a le plus surpris c’est la pacification, nulle trace de combat, de lutte, des morts et des fusils. Et Marianne ne tient plus de fusil et n’a plus les seins nus. Je ne peux m’empêcher de faire un rapport avec la race de la femme. Dans l’imaginaire colonial et raciste nous savons que la femme noire est fortement sexuelle, d’une sexualité et d’une bestialité effrayante. Peut-être fallait-il couvrir ses seins et supprimer le fusil pour cette raison ? Supprimer le combat, la lutte et les morts est aussi une façon d’étouffer dans l’œuf d’éventuelles images de guerre des races. Puisque derrière une Marianne noire, il faudrait nécessairement trouver des noirs, même en minorité… Un noir qui tient un fusil ou un sabre, c’est autrement plus effrayant qu’un communard dans l’imaginaire… Gavroche lui-même disparaît. En faire un garçon arabe aurait été dans la même logique de changement de couleur de peau, mais ça n’est pas le cas. Je ne vais pas être parano et supposer un enième complot colonialiste du patriarcat blanc contre le garçon arabe… Et finalement le drapeau français est remplacé par le drapeau socialiste. Le drapeau français ne disparaît cependant pas, puisque la couleur blanche est associée à son haut, et le bleu à sa jupe. Cette femme noire n’est pas une immigrée, elle ne porte pas de vêtements traditionnels africains qui pourraient l’identifier comme telle, ce qui pourtant est le cas de nombreuses femmes noires. Elle n’est pas non plus voilée, ce qui est également le cas de nombreuses femmes noires. Son habit l’identifie en dehors de ces 2 réalités sociales. Je ne dis pas que des femmes noires ne peuvent pas s’habiller comme ça, ce que je dis c’est que cette femme noire n’est pas identifiable, à première vue, comme une habitante des quartiers populaires issue de l’immigration africaine ((Subsaharienne et maghrébine )) . Ses vêtements tendent à la présenter comme une femme noire assimilée à la communauté culturelle dominante. La guitarre électrique, instrument portant sa propre connotation sociale, renforce cette présomption. La boucle d’oreille créole ne trompe ici personne quant à l’ appartenance culturelle de la Marianne noire à la communauté française perçue comme blanche. Je ressens donc une gène en regardant cette affiche, celle d’une forme d’injonction à s’assimiler pour être perçu comme français. En tout cas cette femme noire n’est pas identifiable comme originaire des quartiers populaires et ce n’est clairement pas le but de cette affiche. Je remarque donc une disjonction entre le culturel et le biologique dans la représentation de la race, seule la différence biologique est représentée ici, ainsi qu’un soupçon de masquage ou d’euphémisation de l’identité racisée. Cette Marianne noire ne corresponds donc pas à une volonté de cibler les femmes noires en tant que groupe social, ni les habitants des quartiers populaires et les racisés, et encore moins les immigrés postcoloniaux et leurs descendants.

Pour appuyer encore mon propos, si l’on jette un coup d’œil au clip de promotion de la fête ((http://www.humanite.fr/fete-article.html?id_article=2748572&f=14618)) nous avons encore un faisceau de présomptions qui appuye notre hypothèse. On y retrouve dans un décors glauque en France deux enfants noirs imitant la mélodie d’un rythme rock bien connu tout en mimant le geste de jouer de la guitarre.  es enfants noirs qui sont, selon moi, présenté en tant qu’exoticité noir et non pas en tant qu’enfants des quartiers populaires descendants d’immigrants postcoloniaux.Comprenez-moi, je ne nie en rien que des noirs puissent aimer le rock, jouer de la guitarre électrique, s’habiller baba-cool. Mais c’est clairement faire l’impasse sur le fait que l’ensemble de ces références culturelles en France sont clairement celles de catégories sociales où les noirs sont en grande partie absent.

En réalité la catégorie noire représentée dans la promotion de la fête de l’Humanité est tout sauf celle des descendants des immigrés postcoloniaux d’Afrique subsaharienne habitant les quartiers populaires. C’est un procédé de communication instrumentalisant la race comme la satisfaction du désir d’exoticité, en terme plus conventionnel l’ouverture au monde, des visiteurs de la fête, identifiés comme blancs.

Les racisés dans la fête de l’Humanité

Partant de cette première hypothèse j’ai gardé un oeil ouvert pendant tout le trajet jusqu’à la fête et lorsque j’y suis arrivé. Tout d’abord la fête se déroule à la Courneuve, banlieue parisienne qui ferait une belle illustration de la France des Indigènes. C’est particulièrement visible dimanche, le jour du marché avec les parents immigrés, leurs enfants, et quelques jeunes couples. En celà les visiteurs contrastent totalement avec le paysage. Les organisateurs de la fête d’ailleurs semblent complètement ignorer l’environnement entourer la fête de l’Humanité. Une fois qu’on y entre on se rends compte que c’est un îlot blanc dans une banlieue rouge mais surtout noire, marron et jaune. Cette blancheur contraste également avec le personnel en contact jusqu’à l’arrivée à la fête. Entre  parmi les habitants de la Courneuve, les employés de la RATP, les jeunes gens qui distribuent des flyers  ou même qui vendent des places d’entrées, on retrouve de nombreux racisés si ce n’est une majorité de racisés ! Mais également à l’intérieur de la fête parmi les vigiles et es vendeurs dans les stands commerciaux de nourriture. La fête de l’Humanité n’échappe donc pas à cette assignation des êtres humains à des fonctions sociales en fonction de leur apparence physique ou de leur culture, ce qu’on appelle racisation. Elle l’exacerbe même car le discours craché par les haut-parleurs, affiché en caractères gigantesques sur les banderoles et autres affiches mais également les bribes de discours très anti-capitaliste et humaniste des visiteurs de la fête font croire à une grande fraternité, à un espace où l’utopie serait déjà un peu réalisée.

Au lieu de celà la problématique raciale s’en retrouve davantage renforcée. Elle l’est d’autant plus que lorsqu’on est de citoyenneté française mais que ça ne se voit pas, comprendre lorsqu’on est non-blanc, on ne trouve rien qui nous ressemble dans les différents stands de la zone France. Il faut aller à l’étranger, c’est-à-dire au Village du Monde, pour commencer à sentir des odeurs familières de nourriture, voire des visages qui pourraient être ceux de nos parents, de nos frères, sœurs et enfants mais aussi de nos voisins dans les quartiers populaires. En sortant de l’espace France, que j’ai renommé ainsi parce que c’est l’espace où l’on retrouve les stands de toutes les régions de France. Mais cet espace pourrait très bien s’appeler Métropole vu qu’il est au centre, qu’il concentre les stands principaux que sont l’Agora, l’espace du journal l’Humanité, le salon du Livre, et des représentants d’autres acteurs de la société. C’est en sortant de la Métropole vers une extrémité de la fête de l’Humanité que l’on retrouve le Village du Monde. Et c’est dans ce village exotique que nous retrouvons les associations de quartiers et antiracistes tel que le MRAP ou le Forum Social des Quartiers Populaires. La gréographie de la fête ne ments pas, pas plus que sa démographie ou sa communication. Nous n’y existons pas. Bien sûr que l’on retrouve des indigènes  des quartiers populaires parmi les visiteurs de la fête mais c’est justement ce qui fait le plus mal. D’en voir mais que ceux qui organisent cette fête ne les considèrent simplement pas.

Le discours de cloture de la fête, par Patrick le Hyaric, directeur du journal l’Humanité, mentionne les quartiers populaires dans cet extrait de discours :

« L’hôte de l’Elysée, qui se déguise en petit policier, avait promis une ère de sécurité, n’hésitant pas à stigmatiser les jeunes et les étrangers de nos quartiers populaires, ce qui semble avoir beaucoup plu à une partie des électeurs du Front national. » ((http://patricklehyaric.net/2009/09/14/ensemble-nous-ne-les-lacherons-pas/))

Cette mention ne sert qu’à contrer la promesse sarkozytste d' »ère de sécurité ». Or ce discours comme sa contradition n’est pas destiné à ses habitants mais à ceux des zones pavillonnaires pour qui l’insécurité est un thème politique majeur. Plus grave les stigmatisés par Sarkozy sont les « les jeunes et les étrangers », nommant étrangers les résidents français travailleurs immigrés ce qui en soit est déjà problématique, et faisant l’impasse sur le fait que ce ne sont pas tous les jeunes qui sont stigmatisés, mais essentiellement les non-blancs. Ce discours adressé aux habitants blancs des pavillons tente de les rassurer tout en continuant à nommer les habitants des quartiers populaires de telle façon qu’elle souligne leur extériorité à la nation par le terme étrangers, et donc in fine à leur refuser le droit à la citoyenneté, ainsi qu’en passant sous silence le caractère raciale de cette stigmatisation.

Les musulmans cultu-r-els dans la fête

Vous me trouverez un peu sévère si je ne vous rappelle pas quelques faits. La fête de l’Humanité ces 2 dernières années se déroule pendant le mois de Ramadan. Le mois sacré des musulmans c’est le mois le plus important de l’année pour les musulmans culturels et cultuels, c’est un mois de jeune et de réjouissances.Tous les jours de ce mois au coucher du soleil, les musulmans rompent le jeune, pour des raisons religieuses mais aussi culturelles. Tout comme de nombreux français chrétiens d’origine fêtent Noël, ou que d’autres achètent du muguet le 1er mai. Il faut reconnaître que la fête de l’Humanité tombe en plein Ramadan , qui plus est pendant ses 10 dernières jours les plus importants, est un hasard. Mais ce qui n’est pas un hasard c’est que, par exemple, rien n’est fait pour faciliter aux jeuneurs de venir à la fête. L’exemple le plus criant est la seule conférence officielle sur les quartiers populaires se déroule entre 20H et 21h et donc chevauche pile-poile le moment de rupture du jeune vers 20H20. En fait tout se passe presque comme si on décourageait un segment de la population, composante de premier plan des quartiers populaires, de se rendre à la fête de l’Humanité. Cette population ce sont les musulmans cultu-r-els ((car musulmans culturels et cultuels sont difficilement différenciables d’un point de vue laïque et ne le sont pas du tout et d’un point de vue social car ils existent avant tout en tant que groupe)). Rien pour signaler l’heure de rupture du jeune. Aucun espace dédié collectif pour le repas de l’Iftar ((repas de la rupture du jeune)). Un espace qui serait consacré à ce repas et qui serait ouvert aux musulmans cultu-r-els ou simplement aux curieux. Aucune garantie que la nourriture fournie soit conforme aux principes rituels musulman d’abbatage si ce n’est la parole de ceux qui vous la vendent. Et bien entendu aucun espace dédié à la prière ((c’est le seul point qui ne concernent que les musulmans cultuels)) J’entends les critiques sur la laïcité mais les communistes sont-ils en premier lieu pour l’égalité ou contre l’existence des pratiquants ? Il n’est pas exigé des communistes qu’ils établissent l’Islam en norme ou qu’ils cessent de critiquer la religion. Mais il est simplement demandé de prendre en compte l’existence de personnes pratiquant un culte ou faisant partie d’une culture et considérant ce culte ou cette culture comme partie intégrante d’eux-mêmes et dont l’abandon n’est pas négociable. L’absence de prise en compte du Ramadan ((entre autres fait cultu-r-els des musulmans)) , alors même que la fête de l’Humanité se présente comme une fête politique, traitant notamment des quartiers populaires et de leur population, est une discrimination systémique à l’encontre des musulmans cultu-r-els. L’adage communiste « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » aurait du prévaloir sur ce racisme structurel. J’entends déjà les anticléricaux hurler la religion c’est l’opium du peuple ou encore Ni Dieu Ni Maître. Moi je dis que lorsque la promotion d’un opium bien réel, l’alcool, se fait avec un maître le profit ((par exemple avec le sponsoring de Pernod-Ricard)), quand on connaît le fléau que représente l’alcoolisme ((L’alcool, une drogue sous-estimée)) et son industrie ((L’ALCOOL ET LES MULTINATIONALES)) on n’a pas de leçons à donner aux croyants. Mais de façon plus prosaïque tous ceux qui sont entrés à cette fête ont payé leur place et de ce fait un traitement non-discriminatoire des visiteurs s’imposent car même si la fête de l’Humanité n’est pas un service public elle n’en reste pas moins un espace publique.

Des arguments peuvent être opposés à cette dénonciation du racisme tels que l’impératif économique, l’argument selon lesquels les racisés ne représenteraient qu’une infime partie des visiteurs, ou le principe de laïcité poussé à son paroxysme, ainsi que l’absence d’une volonté raciste affichée explicitement… Ces réserves ne peuvent être retenu lorsqu’il y a un manquement manifeste à l’obligation morale et légale de non-discrimination.  Ce qu’il faut exiger de la fête de l’Humanité et de tous les autres espaces publiques c’est de manifester leur volonté manifeste de lutter activement contre le racisme systémique à l’œuvre dans leur espace.

Cette Marianne noire ne corresponds donc pas à une volonté de cibler les habitants des quartiers populaires et les racisés, en particulier les noirs ou les immigrés postcoloniaux et leurs descendants. A quoi corresponds donc cette volonté de communiquer sur la raCette Marianne noire ne corresponds donc pas à une volonté de cibler les habitants des quartiers populaires et les racisés, en particulier les noirs ou les immigrés postcoloniaux et leurs descendants. A quoi corresponds donc cette volonté de communiquer sur la race ? ce ?

L’idée que la République française se fait de la dignité de la femme

Sarkozy, le Républicain à Versailles

Sarkozy, le Républicain à Versailles

Nicolas Sarkozy, le président de la République, l’homme qui a exploité son couple et donc sa femme à des fins électorales, a expliqué devant le Congrès lundi que le voile intégral n’est pas «l’idée que la République française se fait de la dignité de la femme». Ce genre de propos donneur de leçon laissant sous-entendre que la République contiendrait en elle-même l’idée d’égalité hommes femmes nécessite un petit rappel historique !

Contrairement à ce qui est souvent prétendu la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ne fait absolument pas mention des femmes. Si les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, rien en ce qui concerne les femmes…

Cet oubli vient fort à propos, puisque dans cette République les femmes ne sont sorties de la minorité dans le couple qu’en 1965 en et n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1944 ! Et ce n’est qu’en 1983 que les discriminations sexistes sont interditesUne République dans laquelle 50% de la population, les femmes, ne représentent que 18,5% des sièges à l’Assemblée Nationale. Mais revenons-en à la genèse de la République, et voyons comment elle consacre l’homme blanc bourgeois comme seul citoyen, et le citoyen comme le seul homme blanc bourgeois…

Olympe de Gouges guillotinée

Olympe de Gouges guillotinée

Olympe de Gouges guillotinée par la République le 3 novembre 1793.

Elle fut l’auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs. Le procureur de la Commune de Paris, Pierre-Gaspard Chaumette, applaudissant à l’exécution de plusieurs femmes et fustigeant leur mémoire, évoque cette « femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes, abandonna les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes […] Tous ces êtres immoraux ont été anéantis sous le fer vengeur des lois. Et vous voudriez les imiter ? Non ! Vous sentirez que vous ne serez vraiment intéressantes et dignes d’estime que lorsque vous serez ce que la nature a voulu que vous fussiez. Nous voulons que les femmes soient respectées c’est pourquoi nous les forcerons à se respecter elles-mêmes. »

La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962
La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962

La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962 (Christelle Taraud)

« L’orientalisme impose […] une image de féminité oisive, passive et offerte qui n’est pas anecdotique. Elle traduit l’idée qu’en Orient il serait encore possible de retrouver le paradis perdu, c’est-à-dire un rapport entre les hommes et les femmes qui soit “naturel” et “simple”, conforme à la traditionnelle domination masculine. »

« Entre l’imaginaire érotique des Orientalistes et la réalité prostitutionnelle des journaux de reportage, s’intercale une gamme infinie de représentations : cartes postales de “Mauresques”, films coloniaux, qui propose presque toujours une lecture essentialiste du rapport homme-femme, en conformité avec la domination masculine. »

Portrait d'une algérienne dévoilée de force 1960 © Marc Garanger

Portrait d'une algérienne dévoilée de force 1960 © Marc Garanger

De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes.

« Ainsi, le corps des musulmanes, écartelé au nom des nobles principes de la République, s’est peu à peu défiguré, perverti en banal objet médiatique, figure repoussoir d’une idéologie franco-centrée décidément incapable de penser l’altérité et de penser sa responsabilité dans ce qui fait l’autre et son identité contrariée. »

« Les Ni Putes Ni Soumises ? un ersatz de féminisme, stigmatisant et excluant et les « putes » et les « soumises » (entendez : les voilées), valorisant ce faisant une « féminité » conforme aux normes dominantes, et confortant les politiques de discrimination « républicaines » à l’endroit de ces deux catégories hérétiques de femmes. »


Djamila Bouhired

Djamila Bouhired

Djamila Bouhired, militante de la cause nationale algérienne, torturée par les forces coloniales d’occupation françaises

« Elle a été frappée à coup de balle, qui lui est sortie par le sein; les tortionnaires ont appliqué la gégène sur la plaie, et précisément sur tout ce qu’elle pouvait avoir de désirable en tant que femme ; ils l’ont au préalable déshabillée : ils lui ont brûlé les aréoles des seins, et brûlé à l’électricité les lèvres du sexe, et comme elle n’a pas parlé ils se sont acharnés à l’humilier par la souffrance et les attouchements ignobles, comme si dès lors qu’elle était soupçonnée ou pouvait être utile au renseignement elle perdait sa dignité d’humaine pour être considérée comme un objet d’amusement sexuel et de souffrance. »

90 000 viols par an en France, que fait l'Etat ?

90 000 viols par an en France, que fait la République ?

Selon Amnesty International, 50 000 à 90 000 femmes ont été violées en France. En France, le « devoir conjugal » a été aboli en 1990 et le viol entre conjoints est condamnable depuis 1990.  Avant 1990, non seulement la femme ne pouvait pas poursuivre le violeur s’il s’agit de son mari, mais en plus si elle ne se laissait pas faire elle pouvait être condamnée en justice pour manquement au «devoir conjugal » !

Dans 74 % des cas de viol, la victime connaît ou connaissait son agresseur. Le violeur n’est très majoritairement ni étranger, ni célibataire (vivant seul), ni asocial, ni impulsif. Dans la plupart des cas, il est parfaitement intégré à la société, marié (ou vivant maritalement) avec des enfants.
Vous retrouverez plus d’information sur les chiffres des viols en France.

La création de la Blanchitude (Tim Wise)

Ci-dessous la transcription du discours vidéo de Tim Wise ci-dessus que j’ai traduit et sous-titré. Il relève des « White Studies »  et de la volonté d’étudier les Blancs comme un groupe ethnique comme les autres et non comme une norme, ainsi que l’Histoire de sa formation et son rapport particulier (de domination) aux autres groupes ethniques.  Ce texte ainsi que la vidéo sont sous contrat Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France License.

Tim Wise à propos du Privilège Blanc : « La création de la Blanchitude »

Si vous connaissiez l’histoire du concept de Blanchitude. Si vous connaissiez toute l’histoire du concept de la race Blanche d’où elle est venu, dans quel but et pour quelles raisons. Vous sauriez que c’était un piège et qu’il a fonctionné avec brio.

Vous verriez qu’avant le milieu des années 1600 dans les colonies qui deviendront par la suite les Etats Unis la race Blanche n’existait pas. Les nôtres d’origine européennes ne se définissaient pas en ces termes jamais vraiment jusqu’à ce moment. En réalité, dans les vieux pays d’Europe, nous passions le plus clair de notre temps à nous entretuer. Nous ne nous aimions pas les uns les autres. Nous n’étions pas une grande et heureuse famille. La partie de ma famille qui venait d’Ecosse. Diable ! Ils ne souciaient pas de combattre les gens en dehors d’Ecosse. Les gens des hautes terres, et ceux des basses terres s’écharpaient les uns les autres. Il n’y avait donc pas de race Blanche. Mais dans les colonies qui deviendront par la suite les Etats-Unis, qu’avons-nous vu apparaître dans les années 1660 et 1670 ?

Nous avons commencé à regarder du côté des serfs africains, alors que nombre d’entre eux n’étaient pas encore des esclaves. Ils n’étaient pas nécessairement condamner à l’esclavage définitivement. Certains étaient asservis tout comme de nombreux européens pauvres, pour des périodes de 7 à 11 ans. Ils pouvaient s’affranchir et devenir des travailleurs libres, du moins en principe. Prenez conscience, comme l’ont fait les serfs blancs, des Européens, qui n’avaient pas encore été qualifiés de Blancs qu’ils avaient beaucoup de choses en commun (NdT: avec les Noirs) comme le fait de se faire tous entuber par les mêmes élites et donc qu’ils s’uniraient, plus que nos manuels d’Histoire nous l’ont appris, pour formenter une rebellion contre l’élite afin d’essayer d’obtenir de meilleures conditions pour eux-mêmes sur des critères de besoins et de justice économique.

Et que fait l’élite quand elle voit qu’elle est encerclée par un grand nombre de personnes noires et blanches qui sont sans le soup, sans terres et paysans ? Vous devez faire une de ces 2 choes : soit vous les tuez tous. Mais vous ne pouvez pas faire ça, car sinon qui fera le travail ? Les riches ne vont pas travailler. Ils doivent faire en sorte que ce soit les pauvres qui travaillent. L’idée c’était de rester une personne oisive dans ces temps là. C’était l’objectif et non celui de travailler.

Donc vous ne pouviez pas tous les tuer. Vous ne vouliez pas tous les tuer. Vous auriez du construire votre propre épargne, construire votre propre maison. Non… Cueillir votre propre tabac, récoltez votre propre coton. Non… Vous n’allez rien faire de tout ça. Donc vous ne pouvez pas les tuer, mais vous pouvez les coopter. C’est ainsi que l’élite en Virginie dans les colonies, par exemple, commença à donner des carottes aux personnes d’origine européenne en disant quelque chose comme :
« Vous savez, nous allons vous laissez un peu de terres. Pas trop, juste un petit peu, et nous allons arrêtez de vous asservir. Maintenant vous êtes un travailleur libre ! Et en même temps, puisque vous être un travailleur libre, vous aurez 50 acres de terre. Donc nous allons négocier avec vous. Nous allons vous laissez participer aux affaires. Nous allons vous laissez témoigner dans les tribunaux. Et le meilleur… Nous allons vous embrigader dans la surveillance des esclaves, pour les faire marcher droit. »
L’idée c’était : vous continuez à vous faire entuber. Nous continuons à ne pas vous aimer. Nous n’allons toujours pas réellement vous émancipez ou changez votre situation de dépendance, mais nous allons faire de vous des membres honoraires de cette équipe et vous allez nous aider à remettre ces personnes (NdT: les Noirs) à terre. Et comme ça ils auront un petit gout du pouvoir. Et effectivement diviser ces coalitions (NdT: entre Noirs et Blancs) a permis de mieux régner. Ces rébellions se sont éteintes quasi instantanément.

Bien plus tard à l’époque de la guerre civile (NdT: américaine). Les riches blancs du sud, d’où je viens, s’organisairent et reconnaissairent ouvertement que la raison pour laquelle ils voulaient faire sécession de l’Union la seule et unique raison pour laquelle ils prenaient parole publiquement, était de maintenir et d’étendre l’esclavage et la suprémacie Blanche. Pas seulement où ils existaient déjà, mais également dans les territoires nouvellement acquis, en réalité des territoires volés, depuis le Mexique jusqu’à l’ouest. C’est ce qu’ils ont dit ! Aujourd’hui on ment à propos de ça, on dit que ce n’était pas à propos de l’esclavage, que c’était une question des droits des Etats. Oui, précisément le droit des Etats de conserver leurs esclaves ! Mais à cette époque, ils n’en avaient pas honte. Ils n’ont donc pas essayé de s’en cacher. Ils le disaient ouvertement. Mais encore une fois, les riches ne voulaient pas faire le boulot, vous plaisantez ? Non… Ils allaient s’arranger pour que les pauvres se battent pour eux. Mais les pauvres ne possédaient même pas d’esclaves. Réfléchissez. Comment feriez-vous en sorte que des pauvres qui ne possèdent même pas leur tricot, alors ne parlons pas des esclaves, aille se battre pour que vous conserviez vos esclaves ? Vous devez les convaincre que leur couleur de peau est plus importante que leur intérêt économique.

Parceque, réfléchissez-y… Si je suis un fermier que vous devez payer 1$ par jour ou 2$ par semaine pour que je travaille dans votre ferme et que je cueillie ce tabac et récolte ce coton alors que vous pouvez obtenir d’un Noir qu’il le fasse gratuitement parce que vous le possédez. Qui aura le boulot ? Pas moi… En d’autres mots, l’esclavage permettait de diminuer les salaires et les salaires structurent les revenus de la classe ouvrière Blanche, ou d’une personne à faible revenu. Mais on leur disait : « Si ces personnes sont libres, ils vont prendre votre job ». Non idiot. Ils ont déjà ton job. C’est ça le truc. Ainsi dans une certaine mesure, la classe ouvrière Blanche est handicapé par le privilège Blanc. Mais relativement avantagé, correct ? Profiter d’un coup de pouce, se voir accorder l’adhésion au club, mais en terme absolu, être économiquement soumis par ce qui justement leur donne le sentiment de supériorité. Vous voyez l’ironie ?

A l’heure actuelle, ça n’a pas changé. Ce n’est pas de l’histoire ancienne. Aujourd’hui nous avons des personnes qui s’agitent dans tous les sens insistant pour que nous fermions les frontières avec le Mexique, parce que si nous le faisons pas les salaires de la classe ouvrière va continuer à baisser. Impliquant que la seule raison pour laquelle les travailleurs sont payés au lance-pierre dans ce pays c’est parce que les frontières sont ouvertes. Mais si vous croyez ça, vous devez alors croire que si les frontières étaient fermées alors ces propriétaires de capital et d’industrie diront juste : « Hé bien, vous nous avez démasqué, tenez une augmentation. »
Croyons-nous réellement que la seule chose qui retient les patrons de mieux payer les gens est la présence d’une main d’oeuvre bon marché peu qualifié originaire du sud de cette frontière artificielle ? Est-ce c’est ça vraiment que nous croyons ? Nous savons que si cette frontière est fermée, elle ne le sera pas pour le capital. Elle ne sera pas pour les biens. Si vous avez une frontière qui peut être franchie par le capital, recherchant le plus haut taux de retour sur investissement ou des biens à la recherche du prix le plus haut, alors que les travailleurs sont enchaînés à leur pays d’origine, comment ça peut-être bénéfique pour les travailleurs ? Par définition, ça ne l’est pas. Par définition, ça éventre la classe ouvrière.

Diviser pour mieux régner Mais le meilleur exemple de tout ça, c’est peut-être dans l’ère contemporaine dans la région de la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina. Là vous avez deux communautés qui ont été les plus durement touchées. Lower ninth ward, en majorité une communauté Noire, 94% d’Africains-américains, un taux de pauvreté de près de 40% officiellement, massivement une communauté de la classe ouvrière. Et juste de l’autre coté du canal, St. BernardParish, Chalmette, 95% Blanche, également de la classe ouvrière, des fort taux de pauvreté. Economiquement très similaire, et à la fin de la journée, et dans ces premiers jours de Septembre 2005 ils étaient encore plus semblables qu’ils l’avaient probablement compris. Parce qu’ils ont tous eu leur vies brisées, ils ont tous eu toutes leurs affaires foutues en l’air. Tous eu tous leurs bien détruits.

Mais si vous aviez demandé à Chalmette, et je l’ai fait ! Qui était la cause de leurs problèmes dans la région de la Nouvelle-Orléans avant cette innondation, ils vous auraient pointé du doigts les Noirs de l’autre coté du canal, et vous auraient dit : les Noirs. Ils n’auraient pas dit les Noirs mais auraient dit : Là-bas, c’est eux le problème. 70% des Blancs à Saint Bernard Parish votaient pour David Duke, un neo-Nazi suprémaciste Blanc, anciennement à la tête du plus grand groupe du Ku Klux Klan aux Etats-Unis, lorsqu’il se présentait au poste de Gouverneur en 1991. 7 personnes sur 10 votaient fièrement pour lui, parce qu’il accusait les Noirs pour tous leurs problèmes, et ils l’ont cru.

Où est l’ironie ? L’ironie c’est que ces Blancs qui blamaient les Noirs pour leurs problèmes, au moment même où ils blamaient les Noirs pour leur situation dans la région de la Nouvelle Orléans dans laquelle ils vivaient, personne n’a relevé le fait que ces élites politiciennes Blanches de Baton Rouge (NdT: Capital de la Louisiane) ou de Washington, avaient comme devoir de sécuriser leurs vies, de s’assurer que les fonds publics étaient dépensés de la bonne façon, et qu’ils étaient dépensés tout court. Ces policitiens majoritairement Blancs, et faisant majoritairement partie de l’élite, n’ont rien fait jusqu’au dernier moment, et ce n’était pas seulement des Noirs du lower ninth ward dont ils ne se souciaient pas. Ils n’auraient pas consacré la moindre minute de leur temps pour ces travailleurs Blancs pauvres non plus.

Et pourtant lorsque les gens de Chalmette, ceux de St. Bernard parish revinrent après les innondations; au premier conseil municipal de St. Bernard Parish après les innondations; alors que les lampes ne fonctionnaient même pas encore; que les canalisations d’eaux n’étaient pas branchées la première chose à régler fut de voter une ordonance disant que vous n’avez pas le droit de louer une propriété à St. Bernard Parish à quiconque n’étant pas de votre famille par le sang. Je vous laisse imaginer pourquoi une telle loi fut votée. Cette loi n’avait jamais existé auparavant. Mais maintenant que la zone avait été vidée, et que vous ne saviez pas qui pourraient revenir, c’était une sacrée bonne manière d’éviter de voir les Noirs arriver, n’est-ce pas ?

Parce que si vous êtes à 95% des Blancs, et que vous votez une ordonance qui dit que… vous ne pouvez pas dire « Aucun Noir ne sera accepté »; vous ne pouvez pas dire « Interdit aux Noirs ». Mais c’était une façon ingénieuse de contourner la loi. Bon, ils se sont fait avoir. Il y a eu une menace de poursuite en justice, et ils ont aboli l’ordonnance. Maintenant, mon idée est de vous montrer qu’encore une fois « diviser pour mieux régner » fonctionne.

Ces Blancs à Chalmette devraient marcher jusqu’à l’autre coté du canal et tendre la main aux Noirs pour entamer une longue marche avec eux sur Baton Rouge, sur Washington D.C. et marcher vers les technocrates et reconnaitre que leurs intérêts sont communs. Mais la Blanchitude, et la supercherie de la Blanchitude, a piégé ces sans-le-sous Blancs dans la croyance qu’ils ont plus en commun avec les riches blancs de St. Charles Avenue qui n’ont rien perdu dans cette innondation qu’ils n’ont en commun avec leurs voisins Noirs de la classe ouvrière.

Tim Wise

Ratonnades et chasseurs de skinheads dans les années 80

Je me rappelle petit en primaire, on parlait de jeunes qui s’étaient fait marave dans Paris, et on racontait qu’on devait pas sortir le soir tard à Paris quand on était un basané sous peine de se faire agresser… Les ratonnades ne sont plus aussi visibles mais elles existent encore comme en atteste cette chronologie.

En ces temps de formation de milices dites d’auto-défense, voici un magnifique documentaire sur les bandes de punks antifaf composés d’arabes, de noirs et de blancs qui faisaient passer un sale quart d’heure aux fascistes. Ca se passait il y a déjà plus de 20 ans…

Un documentaire de 80 minutes sur les bandes de chasseurs de skins des années 80 à Paris.

Mes signets du 04/05/2009 au 12/05/2009

Ma selection de liens du 04/05/2009 au 12/05/2009:

  • Réflexions sur un fait divers – Les mots sont importants (lmsi.net) – Les préjugés antisémites n’existaient pas ; Dieudonné les a inventés ; les jeunes de banlieue se sont mis à y croire ; et ils ont tué Ilan Halimi. Les citoyens étaient tous égaux, preuve que nous étions en République ; l’appel des Indigènes est venu prétendre le contraire ; et les jeunes de banlieue (toujours eux) se croient discriminés et se vengent sur les Blancs et sur les Juifs. Elle est pas belle, la vie ?
  • La mémoire refoulée de l’Occident, par Alain Gresh (Le Monde diplomatique) – Que “notre histoire commence avec les Grecs”, voilà, écrivait Lavisse dans ses Instructions (5), ce qu’il faut apprendre aux élèves des écoles secondaires, et sans qu’ils s’en aperçoivent. Notre histoire commence avec les Grecs, qui ont inventé la liberté et la démocratie, qui nous ont apporté le beau et le goût de l’universel. Nous sommes les héritiers de la seule civilisation qui ait offert au monde l’“expression parfaite et comme idéale de la liberté”. Voilà pourquoi notre histoire doit commencer avec les Grecs. A cette première croyance est venue s’en ajouter une autre, aussi forte que la première : “Les Grecs ne sont pas comme les autres.” Comment d’ailleurs le pourraient-ils alors qu’ils sont au commencement de notre histoire ? Deux propositions essentielles pour une mythologie nationale qui fait le plein des humanistes traditionnels et des historiens férus de nation (6).
  • Islam et capitalisme, par John M. Hobson (Le Monde diplomatique) – Au lieu d’écrire L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, on aurait écrit L’Ethique musulmane et l’esprit du capitalisme, qui aurait démontré de manière définitive pourquoi seul l’islam était capable d’accompagner des progrès économiques importants et pourquoi l’Europe resterait prisonnière de sa stagnation guerrière. Ou nous aurions pu souscrire aux propos d’un contemporain, Saïd Al-Andaloussi, suivi plus tard par Ibn Khaldoun : le fait que l’Europe occupe une région tempérée froide signifiait que ses peuples étaient ignorants, manquaient de curiosité scientifique et resteraient attardés.
  • Chronique ordinaire de la gentrification dans le 19e arrondissement de Paris – NON FIDES Journal anarchiste apériodique – La « culture » pourtant si chère aux élites et aux urbanistes n’apporte pas le logement décent, elle ne donne pas des papiers, elle ne donne pas à manger à la fin du mois, elle n’essuie pas la sueur et ne paye pas mieux les travailleurs exploités, ni ceux qui tentent de résister à l’enfer du travail.

Notes de lecture de l’Occident Décroché de Jean-Loup Amselle

Amselle, Jean-Loup. – L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

Amselle, Jean-Loup. – L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

Je traînais dans la médiathèque de l’INT (Telecom SudParis maintenant…), cherchant un bouquin dans le style de Fanon, Foucault et compagnie… Et là je vois mis en avant, avec tous ses livres (pipo) sur le management, et des bouquins sur la dernière techno à la mode, ce livre de Jean-Loup Amselle, professeur à l’EHESS… Au départ dubitatif, je lis la 4ème de couv. Toujours pas convaincu, mais quand même la couv est bien jolie, je parcours quelques pages. Finalement, je me dis tiens celui là il a l’air d’être important, et je le prends… L’Occident décroché, Enquête sur les postcolonialismes.

Et en effet. Ce bouquin est le seul que j’ai jamais lu qui parlait de sujets tel que le postcolonialisme et la French School (postmodernes français : Foucault, Deleuze, Guattari etc.). En fait, j’avais pris connaissance du livre d’Edward Saïd :  L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident.  Et ce livre, l’Occident Décroché, était en train de me dire que ce livre, que je pensais unique en son genre, était l’initiateur d’un mouvement culturel et politique majeur. Un mouvement qui allait remettre en cause toute la prétention universaliste de la pensée Occidentale…

Comme ce n’est pas un livre qui développe une thèse, mais plutot commente des auteurs et des oeuvres, et leurs apports sur l’histoire des idées, alors je ne pense pas en faire une fiche de lecture classique. Je vais plutôt restituer dans cet article l’ensemble de mes notes.

J’ai essentiellement pris des notes concernant certains auteurs et leur pays respectif avec un court commentaire sur la théorie qu’ils développent d’après le point de vue de Jean-Loup Amselle .

P16. Edward Saïd est le premier nom cité qui m’interpelle. Il donne en bas de page une référence à l’interview de Saïd sur sa vie personnelle et en quoi elle a impacté son œuvre (MARS, n°4, 1994, p. 7-24) et une autre à son œuvre parlant d’hybridité et d’identité dans « A contre-voie » (Le Serpent à Plumes, 2002) dont le titre originelle est Out of Place. Un titre bien évocateur. Jean-Loup Amselle explique que Saïd s’est inspiré de Foucault pour développer ses idées que l’Orient était une idée de l’Occident, une essentialisation à des fins de domination.  Il entreprend par la suite une critique de Foucault, de son ethnocentrisme et de son relativisme. Pour ma part, je ne peux m’empêcher quand je lis Foucault, de voir à quel point son expérience en Tunisie l’a impacté. La culture en Tunisie est à la fois émancipatrice et oppressive, je ne dis pas qu’il existe une culture émancipatrice et une autre oppressive, non ! La même œuvre peut être les deux. Elle peut porter un message explicite progressiste tout en étant de façon latente aliénante. D’autre part, c’est une société où les instruments de la surveillance et de la punition n’ont pas besoin d’institution d’Etat explicite comme la police pour exister. J’ai l’intuition que cette expérience d’une société où les mécanismes de la surveillance, du savoir oppressif, de la punition étaient tellement apparent, qu’il a pu développer par la suite une analyse qu’il a ensuite appliqué au modèle français où ces formes d’oppressions étaient tout bonnement niés si ce n’est légitimer en tout cas dissimulées et tacites.

p22. Deleuze et Guattari, ceux qui ont servit de socle à la théorie postcoloniale, se sont eux mêmes basés sur un nomadisme largement fantasmé des sociétés pour concevoir l’idée de déterritorialisation…

p23. Les immigrés postcoloniaux sont condamnés au mimicry (Homi Bhabha) i.e. à s’intégrer par une parodie de la culture occidentale. Je dirais même un artefact, une forme complètement stéréotypée et fantasmée de l’identité occidentale vue comme étant supérieure.

p23. Jean-Loup Amselle fait la critique occidentale intégrationniste classique : « Mettre en avant l’hybridité actuelles des cultures du monde, c’est donc refuser toute possibilité de communication entre elles au cours de l’histoire ». Il pose sa position : à partir de là je prends conscience que l’auteur a un parti pris, et s’oppose frontalement à ces auteurs postcoloniaux qu’il entends faire découvrir. Je me demande alors pourquoi il en parle ? Je comprends plus tard, avec le chapitre sur le décrochage juif, qu’il est déchiré, entre cette identité juive qui l’oppose à l’idée d’assimilation et son vécu celui d’un occidental fervent. Les postmodernes de la French School sont Lyotard, Derrida, Baudrillard, Foucault, Deleuze et Guattari. La liste est dressée, comme le menu que le livre s’apprête à servir.

p27. Hannah Arendt est pour Amselle la première auteure du postcolonialisme. En celà, à mon sens, il n’a pas tort. Cependant il contribue à la création d’une idéologie faisant croire à une critique de l’Occident en son propre sein sans contacts avec l’extérieur : la déconstruction de l’Occident est l’oeuvre de l’Occident.  Et il fait remonter cette critique à celle de la révolution française par Edmund Burke. Ne pas mentionner la judéité d’Hannah Arendt me semble là faire partie du problème. Elle était autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Occident… Et suite au génocide des juifs en Europe durant la seconde guerre mondiale, je comprends qu’elle ne se sente pas très occidentale…

p28. Fanon Damnés de la Terre, à lire… J’avais lu : Peaux noirs, masques blancs. Mais on m’a dit que les Damnés de la Terre était plus sympa à lire. Le salut de l’humanité ne vient que de l’émancipation des damnés de la Terre. C’est ainsi qu’Amselle décrit la thèse de Fanon. Je ne comprends pas bien en quoi il n’est pas d’accord. Sûrement qu’il trouve ça trop réducteur et trop limité aux « miséreux » ?

p29. Première mention du subalternisme indien, notion essentielle de ce livre. Il le fait remonter à Gramsci, Foucault et E. P. Thomson. Ce dernier auteur je ne le connaissais pas.  Je me demande pourquoi il spécifie indien. Aurait-il dit français pour parler des lumières ? Maintenant que je m’intéresse à ce champs théorique, je trouve que le subalternisme est une théorie s’appliquant à toutes les sociétés colonisés ou sous hégémonie Occidentale où les marxistes se refusaient à voir l’aliénation qu’ils subissaient.

p32. « Cette manifestation artistique et intellectuelle conteste ainsi la prétention de l’Europe à l’universalisme, sa volonté d’essentialiser l’évènement de la démocratie et des droits de l’homme en en faisant un récit mythique et sans tenir compte, entre contrepartie, de la violence subie par les peuples colonisés. »Génial ! Mais quels sont les oeuvres de cette manifestation artistique ? Parce que là je ne vois de l’intellectuel…

p43. L’abbé Grégoire est responsable de l’assimilation forcée des juifs de France et de leur transformation en Français « civilisé ». Donc l’assimilation à la française viendrait de l’assimilation des juifs. Mais n’est-ce pas ce qui arrive actuellement avec la transformation des maghrébins de France en français musulmans ? Cette assimilation des juifs n’a pas empêché un fort antisémitisme, je dirais même a été encouragé par ce fort antisémitisme… De la même façon, aujourd’hui, le racisme structurel pousse à cette transformation, et à cette assimilation, au contraire de ce qu’on pourrait penser. La transformation du racisme anti-maghrébin, c’est-à-dire une xénophobie et un mépris colonial, se mue en suspicion ethnico-religieuse. Je pourrais m’étendre longuement sur le sujet, mais le simple fait que les jeunes « beurs » préfèrent comme femme et mari des français blancs convertis à l’Islam est à mon sens significatif de cette assimilation.

p54. Jean-Loup Amselle se sentant français de papier a plus facilement eu de la sympathie pour les autres opprimés. Il se dit « subalterne avant la lettre », ça marque à mon sens une légère incompréhension des propos de Spivak. Après avoir lu quelques de ces textes, le terme subalterne n’est en fait qu’un autre mot pour prolétaire dans une certaine position. Se dire subalterne n’a pas réellement de sens, c’est se dire priver de parole. Or Amselle parle, il parle et se fait entendre. A moins qu’il ait été réellement priver d’écoute lorsqu’il était jeune.

p55. Ilan Halevi, en réalité Alain Albert, était un juif d’un teint plutôt foncé. Il s’est identifié aux noirs américains, comme l’ensemble de son petit groupe d’amis qui avait le point commun d’être juif, dont l’auteur faisait partie. Aux USA, il s’est donc fait passer pour un noir américain avec succès et en a écrit un livre « La Tâche« . Ensuite il a émigré en Israël où il a lutté contre le racisme des ashkénaze envers les séfarades. Il mentionne le fait que les noirs américains à peau claire s’assimilent aux blancs. C’est intéressant de mentionner que l’assimilation soit conditionné à la couleur de peau. On peut réfléchir aux autres critères permettant de sortir de son identité pour épouser la normalité. Ne pas être un croyant de la religion de son identité assignée, être plus clair de peau que l’identité assignée, avoir un meilleur niveau d’éducation, avoir un comportement social différent, ne pas porter un prénom de cette identité ou qui soit ambigu etc. permettent cette assimilation. Dans ce châpitre, Jean-Loup Amselle aborde le décrochage juif d’Occident sans pour autant le rendre vivant aux lecteurs. C’est bien dommage… Et de fait, vu le peu d’impact réel qu’il fait ressortir de son œuvre du décrochage juif, il ne convainc pas avec la prévalence d’une critique interne.

p66. Le CODESRIA a été fondé en 1973 par Samir Amin, penseur marxiste anti-impérialiste franco-égyptien, pour contrer la supérmatie de la recherche Occidentale. Son analyse est que la recherche sur la domination de l’Occident sur l’Afrique doit venir de l’Afrique elle-même.

A la page 78, la réflexion en cours d’Amselle m’a fait émerger une idée, un peu brouillone, que la philosophie politique en Occident se base sur des hypothèses d’homogénéité, que l’individu et l’identité c’est la même chose, et que groupe et classe sont la même chose. En bref, qu’un individu a une identité, que l’identité crée le groupe, et qu’une classe est nécessairement un groupe d’individus-identités. Or à mon sens, c’est non pas par rapport à soi qu’on crée son identité mais face à l’autre. Face à mon voisin, je m’allie avec mon cousin, face à mon cousin je m’allie avec mon frère… Le Nous change en fonction de qui n’est pas dans le Nous. Au fond c’est face à une différence de situation, que je vais identifier des différences d’identité (c’est une tautologie), et former mon identité propre. Il n’y a pas de naturalité d’identité. Et en ce sens il n’y a pas de récit universel qui ne se définisse par rapport à des Autres qui n’en seraient pas. L’universalité ne se définit non pas en niant les différences des Autres, mais en prenant comme base de tout un sujet qui s’est construit en excluant et en niant cette exclusion. Le groupe crée l’individu qui s’y reconnait membre en construisant l’identité. Or la classe est objective, ce sont ceux qui ont intérêt naturaliser, légitimer, cette identité comme étant la normalité pour profiter de la suprématie dans le groupe qu’elle confère. C’est, à mon sens, cette dynamique appelée racisme, qui permet de faire prendre conscience de l’identité, et donc faire émerger l’intérêt pour certains de la classe à l’intérieur même de ce groupe.

p.78. La recherche dépends d’une modernité qui a tendance à être aveugle aux marques prémoderne. L’objectif mené par certains indigénistes tell que Joutondjii est de conserver les marques en établissant des distinctions claires entre le rationnalisable et le subjectif. Ce à quoi je réponds que l’analyse même des marques vernaculaires sont biaisés par la conception de ce qui est rationnel et de ce qui est subjectif. A mon sens, ce n’est pas dans la méthode qu’on peut conserver ses savoirs vernaculaires, mais dans le temps qu’on leur accorde et la place dans l’actualité du vécu qu’on leur concède.

P103. Ayesha M. Iman, Amina Mama et Fatou Sow ont écrit Sexe, Genre et Société. Engendrer les sciences sociales africaines. Qui a été publié en 1997 en anglais et en 2004 en français. C’est à mon sens crucial comme œuvre d’autant que le mouvement féministe s’intéressant aux genres est celui qui dès l’origine a déconstruit la racialisation des personnes par et en Occident. C’est une critique avant tout interne, au sein d’un espace culturel, mais également au chemin de deux alterités fondamentales : celle du sexe, et donc la question du sexisme et du patriarcat, et celle de la race, et donc du racisme et de l’hégémonie blanche.

Le féminisme du genre dès l’origine s’oppose à l’idée d’une domination dont l’abolition ferait s’effondrer les autres en cascade… Il permet donc d’accepter la réalité d’une hégémonie de l’Occident tout en ne reléguant pas au second plan les luttes internes à leur propre espace culturel.

P117. Le SEPHIS et le CODESRIA ont organisé des tournées de conférences entre intellectuels du Sud. Livio Sansone est un universitaire brésilien ayant donné des conférences au Bénin, Sénégal et en Afrique du Sud. Et l’indien subalterniste Partha Chatterjee a voyagé en Afrique en 1996. Le passage par la case Occident est ici rompu. Mais je me demande si ce n’est pas plutôt le signe que la norme reste le passage par le référentiel Occident, même lors de la recherche de pensée alternatives à celle imposée par l’Occident. Il me semble même que l’Occident impose plus facilement sa pensée dominante à l’extérieur de ses frontières qu’en son sein. Les critiques dites internes, ou importées de périphéries, sont quasiment invisible aux autres périphéries…

P121. Christobal Gnecco, un archéologue colombien, défends l’idée d’une archéologie démocratique et locale, c’est-à-dire une archéologie réalisée par des spécialistes mais au service des communautés locales détentrices légitimes de leur histoire. En ce sens Amselle, tends à dire qu’il légitime totalement l’exploitation de l’histoire à des fins politiques.

P126. Ibrahima Thiaw, un archéologue sénégalais, est cité comme le pourfendeur de l’archéologie coloniale française qui niait une relation entre les populations locales actuelles et celles que les archéologues étudiaient, ainsi qu’une trop grande focalisation sur les parties les plus accessibles du Sénégal. Je connais cet auteur par ailleurs par sa formidable dénonciation de l’économie de l’esclavage en Afrique même et comment elle a fondamentalement modifié la réalité africaine dans un sens de dépendance à cette économie d’exportation et d’exploitation des hommes à des fins de consumérisme bling-bling…

P134. Ranajit Guha est l’auteur du manifeste du mouvement des Subaltern Studies née en Inde et se basant sur Gramsci ainsi qu’en s’inspirant des travaux de Saïd. Les Subaltern Studies ont utilisé la critique littéraire (lit-crit) pour déconstruire l’analyse occidentale de l’Orient.

P139. Partha Chartterjee, subalterniste indien, est une nouvelle fois cité. Il emprunte en effet le concept de « révolution passive du capital » d’Antonio Gramsci pour décrire une situation où la bourgeoisie trop faible pour établir son hégémonie s’allie avec les anciennes classes dominantes en les transformant en de nouveaux partenaires compatibles avec l’ère capitaliste.

P142. Chatterjee entends culturaliser l’Europe et continentaliser la pensée, c’est-à-dire affirmer que l’Europe aussi a sa culture et qu’elle n’est pas en soi la normalité et l’universel, toute pensée a une naissance dans un contexte donné y compris la pensée universelle.

P143-144. Enfin Jean-Loup Amselle parle de Gayatri Spivak ! L’auteure principale des Subaltern Studies avec son magistral « Can the Subaltern Speak ? ». Il explique qu’elle a traduit « De la grammatologie » de Derrida, ce qui apparamment a fait à la fois sa réputation et son intérêt pour la littérature critique. Elle reproche dans son essai, à Deleuze et à Foucault, de ne s’intéresser qu’aux  opprimés du « premier monde », ceux qui ont la possibilité de s’exprimer. Elle oppose à ces 2 théoriciens, Derrida, et sa théorie de la différance. Il faudrait vraiment que je lise cet essai mais je ne trouve rien en français sur les Subaltern Studies. A croire qu’une censure académique pèse lourd sur les études postcoloniales…

P146. Amselle présente l’idée de Spivak d’essentialisme stratégique c’est-à-dire « l’utilisation stratégique d’un essentialisme positif lorqu’il sert des objectifs politiques clairement définis » et je rajouterais dans un but d’abolition d’une domination. Exemple : dire l’Occident sans faire la distinction entre les représentants des Etats, les peuples et l’opposition éventuelle à l’impérialisme occidentale. De l’autre côté il est nécessaire pour les groupes dominés d’affirmer leur spécificité radicale, c’est-à-dire la différance qui fait d’eux des opprimés.

C’est le retournement de stigmate, comment retourner par exemple le terme de nègre. Ici, Amselle cite Kateb Yacine, et le concept de « butin de guerre », pour désigner ce retournement du stigmate sans que l’on évoque ce nom ni plus haut ni plus bas…

A mon sens le concept de retournement de stigmate est essentiel, il permet sans passer dans la sphère culturelle du dominant, de mobiliser, de lutter et de l’emporter. Certains vont jusqu’à affirmer : ne vous déclarez pas noirs, arabes etc. mais simplement opprimés ou prolétaires, il ne faut pas se diviser face à l’ennemi ! Mais comment avoir ce discours quand l’union signifie la relégation d’une domination au second plan par rapport à celle jugée primaire ? Comment accepter cette unité, quand au sein de l’unité la lutte est biaisée par la domination subie, qu’elle soit raciale ou de genre ? Comment mobiliser au sein de son groupe, et constituer une conscience de classe, lorsque le stigmate identitaire n’est pas reconnu comme tel ? Car c’est sur la base de cette identité que l’oppression se fait, et c’est par cette identité que l’émancipation peut se faire…

P150. Chakrabarty explique dans Provincializing Europe qu’il faut remettre en question la prétention de l’Europe à gouverner le monde au nom de la raison universelle et la réduire à une aire culturelle quelconque (provincialiser). Amselle y voit une menace à la communication entre les cultures. Alors même qu’on ne parle pas des cultures, mais d’une culture en particulier : l’Europe. Et moi de relever, qu’il ne s’agit pas de couper la communication comme il l’exprime pour la seconde fois… Cette peur de voir la communication se couper, entre l’Occident et les Autres, me fait penser à un enfant bavard, choyé et gâté qui verrait la naissance de sa petite sœur, au départ avec bienveillance mais avec un manque de considération certain, et puis quand celle-ci commenceraient à parler il se moquerait d’elles de ses balbutiements, et lorsque celle-ci finira par oser parler à ses parents pour quelque fois se plaindre même de son frère (car au fond elle savait parler mais son grand frère la martyrisait tellement qu’ele n’osait pas) il ira se plaindre auprès de sa mère que sa petite sœur en devenant aussi bavarde coupera toute communication dans la famille…

P153. Ashis Nandy est un subalterniste indien, qui a critiqué la vision marxiste et hégélienne de l’Histoire comme linéaire et dans laquelle toutes les autres cultures ne sont que des formes primitives au fond de la civilisation moderne Occidentale…

P156. Amselle prends en exemple un penseur indien marxiste orthodoxe : Sumit Sarkar, qui s’insurge contre le culturalisme des subalternistes. Sarkar va même jusqu’à laisser entendre que c’est le Subalternisme qui a permit de fonder le fondamentalisme hindou et musulman. Chakrabarty a répondu à cette critique, et y a consacré un livre, ainsi que plusieurs articles dont que j’ai lu. Mais j’aimerais apporter mon propre commentaire. Il s’agit d’une analyse culturaliste, où un mouvement d’idée fonderait un mouvement politique rien que par l’entêtement de ses membres dans leur diatribe anti-occidentale. Or dans les Subaltern Studies, le dominant n’est pas seulement l’Occident, c’est également les élites locales qui vont copier les schemes occidentaux et les prendre à leur compte. En ce sens le nationalisme hindou est une aliénation issue du nationalisme européen. D’ailleurs le RSS (parti nationaliste fasciste hindou) voit dans l’hitlerisme un modèle… Et on pourrait faire une analyse similaire du fondamentalisme musulman (en réalité islamisme politique), car la définition de l’identité par la religion apparaît lorsque l’individu musulman devient un identité, un groupe, une classe, pour et par les autorités coloniales. L’essentialisme stratégique décrié par Amselle, n’est pas à mon sens l’affirmation d’un clivage religieux plus important que tous les autres…

P160. Meera Nanda en appelle à des Lumières indiennes. Au sens non pas du mouvement d’émancipation intellectuelle mais celui d’une réplication des idées des Lumières partir de penseur locaux. Le penseur en question mobilisé est Ambedkar, un « intouchable » s’appuyant sur le bouddhisme, et notamment son interprétation matérialiste, en l’alliant avec le positivisme de Dewey. Cette idée, se base essentiellement sur le combat contre les idées postmodernes considérées comme des pseudo-sciences au même titre que l’astrologie. En Occident, cette idée rencontre un écho certain, notamment auprès d’Alan Sokal. J’ai moi-même constaté une forte réticence au post-modernisme chez ceux à la fois qui reprenait la critique Nouveaux Philosophes qualifiant ces idées d’amphigouries (du barratin quoi), et ceux qui s’estiment être des marxistes orthodoxes. Or concevoir la classe comme une classe sociologique repose à mon sens sur une erreur de compréhension monumentale ou alors à un biais culturel. Au fond, en Europe jusqu’à peu c’était le cas, la classe sociologique correspondait à peu de chose près à la classe politique. En France, comment pouvait-on faire comprendre que la conscience de classe est à créer lorsque le PCF quadrille toutes les usines et lieux d’habitiation des ouvriers ? Il est plus que temps pour certain de se rendre compte de la fin d’une ère…

p161.  Ce que j’ai apprécié chez Amselle, dans ce biais français tout à fait délicieux pour une fois, c’est son intérêt pour l’Amérique latine. La théorie du « colonialisme interne » élaborée dans les années 60 par Rodolfo Stavenhagen et Pablo Gonzàlez Casanova explique d’un point de vue coloniale la domination des élites « métisses » et « créroles » sur les populations amérindiennes. C’est un propos subalterniste comme le revèle bien Amselle qui cite Silvia Rivera Cusicanqui qui reprendra ce travail. C’est à mon sens une réflexion cruciale pour penser la continuité de l’oppression malgré les indépendances. Le mépris des populations locales et le sentiment d’appartenance à la civilisation, forcément Occidentale, sont à comprendre dans ce sens.

p184. Voilà que surgit de nulle part Abdelkébir Khatibi dont je n’avais jamais entendu parler. A peine le temps de googler son nom que voilà que je découvre qu’il est décédé le 16 mars 2009. Encore une preuve du postcolonialisme ambiant. Comment un penseur de cette envergure a pu être oublié ? Alors mêmes qu’il était contemporain de Derrida, Deleuze et Foucault… Jacques Derrida écrit à son propos : « Comme beaucoup d’autres, je tiens Abdelkébir Khatibi pour un des très grands écrivains, poètes et penseurs de langue française de notre temps […] Je tiens à souligner que cette œuvre, largement reconnue dans le monde francophone et arabophone, est à la fois une immense invention poétique et une puissante réflexion théorique qui, entre tant d’autres thèmes, s’attache à la problématique du bilinguisme ou du biculturalisme. Ce que Khatibi fait de la langue française, ce qu’il lui donne en y imprimant sa marque, est inséparable de ce qu’il analyse de cette situation, dans ses dimensions linguistiques, certes, mais aussi culturelles, religieuses, anthropologiques, politiques. »

p186-187. Amselle explique ici comment le subalternisme indien a bourgonné sur le continent américain par le biais du SEPHIS. Le SEPHIS est une organisation fondée par les Pays-Bas afin d’encourager les échanges Sud-Sud dans les études historiques. Lorsque des voyages ont été organisés dans les deux sens entre l’historien subalterniste indien Shahid Amin et des chercheurs-euses sud-américain-e-s. Apparamment ici un livre est clef : Debates Post Coloniales: una introducción a los estudios de la Subalternidad, une anthologie des textes de Ranajit Guha, Gyanendra Pandey, Shahid Amin, Dipesh Chakrabarty, Partha Chatterjee, Gayatri Chakravorty Spivak, Veena Das et Gyan Prakash. Il a été réalisé par les chercheuses Rivera Cusicanqui et Rossana Barraga.

p188. La pensée du « fragment » et le concept de « globalisation fragmentée » promue par Gyanendra Panday, Partha Chatterjee et le sous-commandant Marcos permet de mieux comprendre l’ethnicité, l’héritage colonial et le colonialisme interne ce que le marxisme orthodoxe considère comme relevant du passé révolu…

p200. Encore une référence « Empire » de Hardt et Négri semble aborder l’ère des « multitudes » comme la résurgence des petites patries transcendant les frontières entre les différentants Etats et le monde.

p206. Gramsci, Gramsci, Gramsci. Pour moi c’est le fondateur des études postcoloniales. Celui qui a réfléchi sur les potentialités révolutionnaire du folklore et de ce que Marx considérait comme étant les fossiles de l’Histoire.

p210. Amselle fait ici une comparaison très intéressant entre la vision de l’intellectuel par Gramsci et celle de Boukharine et de Lénine. Pour Gramsci, le rôle de l’intellectuel est de transformer les sentiments incohérents et fragmentaires de ceux qui se trouvent dans une position de classe dominée en un rapport cohérent et raisonnée du monde tel qu’ils le perçoivent à partir de cette position. Alors que Boukharine pensait que les intellectuels doivent lutter contre la bourgeoisie et la religion tandis que pour Lénine ils devaient apporter la lumière de l’extérieur à la classe ouvrière. On voit bien ici que la position de Gramsci est foncièrement matérialiste et dialectique comparé à celles de Lénine et Boukharine. Ces derniers ont une vision idéaliste où l’intellectuel combat des idées ou implémente des idées qui semblent flotter dans l’air et ne pas avoir de lieu de production ni de classe de production. Il est donc assez comique aujourd’hui que ce soient les idéalistes qui soient qualifiés de marxistes orthodoxes…

p215. Dans le texte « Gramsci’s Relevance for the Study of Race and Ethnicity » le magistral brittanique Stuart Hall explique en 1986 comment le théoriciel sud-italien peut apporter aux études postcoloniale et subalterne dans l’analyse de la culture. Culture ce mot si magique qui fait frétiller les gens de gauche comme de droite. Un terme dont je commence à apprendre à me méfier…

p218. Cultural Studies. L’expression est lâchée. Il était temps. Car il s’agit d’un courant de réflexion ignorée en France trop longtemps sous des prétextes divers. Encore aujourd’hui le postcolonialisme, les études de genres etc. sont mal vues en France car remettant un peu trop en question la Culture à mon sens, la Culture dans tout ce qu’elle porterait soit-disant d’Universelle…

p219. « Hegemony and Socialist Strategy » de Laclau et Mouffe, entreprends d’allier les théories postmodernes et la pensée de Gramsci. Encore un livre à lire !

p248. Achille Mbembe va jusqu’à parler de « palestinisation » des banlieues dans un texte intitulé « La République et sa bête » en décrivant le traitement colonial des banlieues par le gouvernement. La bête de la République serait ainsi la non-reconnaissance de la race. Mamadou Diouf a publié « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues français« , un texte qui peut se révéler crucial dans la compréhension des blocages traditionnelles français à l’égard des études postcoloniales.

p253. Amselle revient sur l’appel contre les « ratonnades anti-blancs ». Ça me rappelle le tout récent film « La Journée de la Jupe » et la vidéo qui tourne sur Internet d’une agression suggérant qu’elle soit raciste anti-blanc. Ca a début en 1998 pour s’installer en 2995 avec cet appel publié dans le Monde du 23 mars 2005. Depuis la blanchitude est révérée comme une valeur si ce n’est comme ce qui définit l’univeralisme et la République.

p255.Amselle fait une analyse intéressant de Dieudonné, de comment il a viré au racisme (antisémitisme) sur la base de la concurrence victimaire entre Juifs et Noirs. Et comment il a trouvé en Le Pen, quelqu’un reconnaissant la réalité actuelle de la race et son importance sociale. Ce que le paternalisme anti-raciste de SOS Racisme tends à nier, et en rendant la question noire invisible. Cependant bien que je partage volontier cette explication, je trouve malencontreux l’emploi par Amselle du mot « victimaire ».

Finalement, c’est assez bon livre, qui a l’intérêt d’aborder le décrochage de l’Occident sur plusieurs aspects. Notamment la critique que je pourrais qualifier d’identitaire juive dans laquelle Jean-Loup Amselle nous fait part de son vécu personnel. Je trouve cependant dommage que la fin soit plutôt une suite de chroniques personnelles pro-républicainnes sans la force de la description des idées et des faits du reste du livre. Au moins la critique de Jean-Loup Amselle est celle d’un homme qui a pris soin de s’intéresser à son sujet.

Autres notes de lectures, plus illustres :

Femme en boubou = Femme de ménage…

Le petit journal de Yann Barthès a assisté mardi 7 avril 2009 au Conseil de Paris, et les caméras de l’équipe se sont braquées sur Alain Destrem, conseiller UMP, visiblement de bonne humeur à la vue de la photo de Ségolène Royal en boubou bleu dans le Parisien. La photo le fait tellement rire, qu’il s’est senti dans l’obligation d’en faire profiter tout ses petits copains autour de lui !

Peu de temps après la séance, le journaliste du petit journal l’interroge sur cette photo, et sa réponse en dit long :

« Ségolène Royal en boubou ? Je vois ma femme de ménage ! ».

Le boubou, vêtement traditionnel de l’Afrique de l’Ouest, serait donc le signe même d’une profession, celui de femme de ménage. Alain Destrem tient les femmes de ces cultures en peu d’estime, les assignant exclusivement à la profession de femme de ménage. Une profession honorable que ce monsieur trouve risible.

Cette anecdote aurait pu s’arrêter là et n’être qu’une maladresse révélatrice des préjugés racistes et sexistes qu’Alain Destrem, un monsieur tout le monde en somme, porte en lui. Ce qui est déjà trop ! Mais le bougre persiste ! En effet dans un communiqué, où il prétend revenir sur ses déclarations, il en rajoute une couche :

« je tiens à préciser que mon attitude n’a été que la manifestation de mon indignation face aux déclarations irresponsables de Madame Royal, demandant  » pardon  » aux Africains pour le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007. »

Le même discours où Nicolas Sarkozy déclarait que la cause des malheurs de l’Afrique était que l’homme africain n’était pas assez entré dans l’Histoire… Alain Destrem s’indigne donc que Ségolène Royal s’excuse d’une bévue aux relents colonialistes et racistes.

Et, cerise sur le gateau, il ajoute :
« [Le port du boubou par Ségolène Royal] m’est apparu bien éloigné de l’image que l’on peut avoir d’une femme politique d’envergure, au demeurant ancienne candidate à la Présidence de la République. »
Vous avez bien compris boubou et envergure seraient incompatibles ! Le boubou c’est donc bon pour les femmes de ménages mais pas pour les personnes d’envergure !

Dans la catégorie blagues racistes et sexistes, l’on pourra désormais en compter deux nouvelles :
Qu’est-ce qui ressemble le plus à une femme de ménage ?
Une autre femme…
Qu’est-ce qui ressemble le plus à une femme de ménage ?
Une femme en boubou…

Et l’on entend déjà les commentateurs du Net s’élever contre « le politiquement correct » de la dénonciation de ces propos racistes et sexistes empêchant la franche rigolade et la déconnade, si profondément ancrée dans nos traditions françaises… Il y a certaines traditions dont on se passerait bien !

article rédigé pour les Indivisibles

Mes signets du 27/03/2009

Ma selection de liens du 27/03/2009 :

  • S’aimer dans les banlieues – La vie des idées – Comme tous les adolescents, les jeunes des cités draguent, s’aiment et se séparent… La sociologue Isabelle Clair a enquêté sur les jeux de l’amour et du hasard dans deux villes de la banlieue parisienne. Son étude, exemplaire, révèle l’ambiguïté des relations entre filles et garçons, entre rapports de domination, transports amoureux et construction des identités de genres.
  • The Atlantic Online | May 2009 | The Quiet Coup | Simon Johnson – Nationalization seem like strong medicine. But in fact, while necessary, it is insufficient. The problem the U.S. faces—the power of the oligarchy—is just as important as the immediate crisis of lending. And the advice from the IMF and Simon Johnson (MIT) on this front would again be simple: *break* the oligarchy.
  • Pièce de théâtre sur La Fraction Armée Rouge – Les blogs du Diplo – La Décennie rouge retrace de façon chronologique les principaux événements ayant marqué l’histoire de la RAF (Rote Armee Fraktion). Chaque séquence s’ouvre sur une indication de date et de lieu donnée par une voix off (Ingrid Caven). Elle convoque archives, citations, extraits de journaux… qu’elle mélange à de la fiction, mais en restant au plus près d’un théâtre de documentation. Elle associe des extraits de textes produits par la RAF, des lettres échangées entre ses membres, des minutes des procès, avec des textes d’écrivains engagés comme Heinrich Böll ou Günter Grass.