Projection/Débat « Le Cameroun et la Banane » Jeudi 16 juin 19H

Jeudi 16 juin, 19h Projection/débat Le Cameroun et la banane Librairie Résistances, 4, Villa Compoint 17e M° Guy Môquet / Brochant

A l’approche des élections présidentielles au Cameroun, troisième pays fournisseur de bananes en France, la projection de ce film permet de faire la lumière sur les impacts négatifs de l’exploitation de la banane par La Compagnie fruitière, une multinationale du fruit de capital majoritaire français, sur la communauté agricole de Njombé, mais aussi d’aborder les enjeux politiques et financiers liés aux activités économiques françaises au Cameroun.

En présence du réalisateur : Franck Bieleu
et de Thomas Noirot, de l’association Survie et de Vanessa Gautier, chargée de mission Dignité au travail à Peuples Solidaires.

Merci de confirmer votre présence auprès de Maude KERVARREC m.kervarrec@peuples-solidaires.org

Gilles Barbier « Banana riders / Montés sur des bananes », 2009 (détail). Source : Artpress, juin 2010

La crainte des autorités françaises, c’est de voir les idées de l’UPC survivre à la répression…

Absolument. Le but du pouvoir colonial, c’est d’éliminer physiquement les indépendantistes, mais c’est surtout d’éradiquer ses idées émancipatrices. La plus grande réussite des stratèges français dans cette guerre psychologique, c’est la récupération du concept d’indépendance. L’idée est simple : puisqu’on ne pourra pas empêcher l’idée d’indépendance de progresser dans les esprits, autant la donner à certains Camerounais bien choisis, tout en la vidant de son contenu réel. C’est la naissance de la Françafrique.

L’affaire Guerlain, symptôme du néo-colonialisme négrophobe

« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… »

Le succès de Guerlain : Explication.

La célèbre parfumerie française Guerlain s’est pourtant faite une renommée avec les senteurs dites « exotiques » à partir du XIXème siècle. Siècle des « grandes conquêtes » coloniales, elle permit à Guerlain, comme à d’autres, d’exploiter les richesses et la main d’œuvre de toutes ces nouvelles colonies, particulièrement en Afrique. Mais de cela, dans leur communication, pas un mot. Ce paradoxe s’explique par la volonté de nier l’apport du continent Noir et de ses peuples, après l’avoir surexploité dans des conditions indignes. Négation permettant de mettre ce succès au crédit du seul Guerlain, homme blanc européen. Jusqu’en 2002, J-P Guerlain faisait travailler des Comoriens sans-papiers sur l’ile de Mayotte1. Après un contrôle de l’inspection du travail, il licencie et délocalise sa production sans la moindre once de respect de la dignité des travailleurs, de leur famille et du peuple de l’île.

L’arrogance de la blanche Europe.

8 ans plus tard, le Grand Blanc Guerlain sort sa tirade négrophobe sur un journal télévisé quotidien de la première chaîne publique française. Expliquant à Elise Lucet la conception du parfum Shalimar, il se compare au travailleur ultime : le Nègre. A ce moment là votre esprit s’égare. Vous êtes alors à 2 doigts de découvrir que derrière le fétiche Guerlain se dissimule le secret de fabrication de ses parfums : une subtile alchimie entre l’exploitation colonialiste et le racisme négrophobe. Le négationnisme du travail des Noirs a pour objectif de dissimuler qu’en réalité, hier comme aujourd’hui, il est indispensable à la grandeur de cette arrogante Europe Blanche.

Les bienfaits de la colonisation.

La sortie raciste de J-P Guerlain est la démonstration éclatante que le colonialisme et le racisme négrophobe ne se limitent plus aux colonies mais ont été intégralement importés en métropole, complétant ainsi l’entreprise de soumission des Quartiers, des Noirs, des Arabes et des Musulmans en France, véritables colonisés de l’intérieur. C’est ce genre de petites phrases répétées de façon continue vers de larges audiences qui légitime le racisme et les discriminations systémiques dont nous sommes l’objet. Ils ont importé le colonialisme, exportons la décolonisation en métropole !

Prenons le parti de nous-mêmes !

  1. faisant partie des Comores mais annexée par la France au mépris du droit international []

La Tunisie, élève modèle de l’ordre néo-colonial

Sa réussite exemplaire fait palir d’envie nos « frères » (il faut le dire vite, ça brûle moins la langue) de la maison des Saoud qui nous récompense d’un prix phallique et doré. Jugez-en vous mêmes.

L'écusson de ''l'Université arabe Nayef des sciences sécuritaires'' remis au président Ben Ali

L'écusson de ''l'Université arabe Nayef des sciences sécuritaires'' remis au président Ben Ali

Sans compter qu’il fut également ancien élève de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, de l’Ecole d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne, de la Senior Intelligence School de Fort Holabird (Maryland) et de la School for Field and Anti-Aircraft de Fort Bliss (Texas). Quel palmarès ! Mais tout commença avec le parti de l’indépendance et de la post-colonie…

Comme on le voit, la bourgeoisie nationale de certains pays sous-développés n’a rien appris dans les livres. Si elle avait mieux regardé vers les pays d’Amérique latine, elle aurait sans doute identifié les dangers qui la guettent. On arrive donc à la conclusion que cette micro-bourgeoisie qui fait tant de bruit est condamnée à piétiner. Dans les pays sous-développés, la phase  bourgeoise est impossible. Il y aura certes une dictature policière, une caste de profiteurs, mais l’élaboration d’une société bourgeoise se révèle vouée à l’échec. le collège de profiteurs acharnés, qui s’arrachent les billets de banque sur le fonds d’un pays misérable, sera tôt ou tard un fétu de paille entre les mains de l’armée habilement manoeuvrée par des experts étrangers. Ainsi, l’ancienne métropole pratique le gouvernement indirect, à la fois par les bourgeois qu’elle nourrit et par une armée nationale encadrée par des experts et qui fixe le peuple, l’immobilise et le terrorise.

Frantz Fanon, Les damnés de la terre, p167

Dans ces pays pauvres, sous-développés, où, selon la règle, la plus grande richesse côtoie la plus grande misère, l’armée et la police constituent les piliers du régime. Une armée et une police qui, encore une règle dont il faudra se souvenir, sont conseillés par des experts étrangers. La force de cette police, la puissance de cette armée sont proportionnelles au marasme dans lequel baigne le reste de la nation.

Ibid, p. 165