Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)

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Le mot «Nègre», La Voix des Nègres

La voix des Nègres, n°1 janv. 1927, « Le mot "nègre" » (art. signé du Comité).

C’est le gros mot du jour, c’est le mot que certains de nos frères de race ne veulent plus être appelés ainsi. Les dominateurs des peuples de race nègre, ceux qui se sont partagés l’Afrique sous prétexte de civiliser les Nègres, s’emploient à une abominable manœuvre divisionniste pour mieux régner chez eux. En plus de la division primitive en caste, de tribus et de religions, qu’ils exploitent (…), les impérialistes s’emploient à briser l’unité (…) de la race pour nous maintenir éternellement à l’état d’esclavage auquel nous sommes contraints par la force (…) depuis plusieurs siècles.

Pour arriver à celà, ils sortent du mot nègre deux mots nouveaux, afin de diviser la race en trois catégories différentes, à savoir : « hommes de couleurs », « noirs » – tout court – et nègres. On fait croire aux uns qu’ils sont des « hommes de couleur » et non noirs et nègres première catégorie, aux autres, qu’ils sont des «noirs» tout court et non des nègres deuxième catégorie. Quant aux « restes », ce sont des nègres troisième catégorie !

Que veut dire «homme de couleur» ? Nous affirmons que ce mot désigne tous les hommes de la terre. La preuve : il n’y a pas un seul homme dans ce monde qui ne soit pas d’une couleur ou d’une autre. Donc, nous ne pouvons prendre, pour nous seuls, ce qui appartient à tous.  Et «noir» ? Pour le mot noir, nous ne croyons pas qu’il puisse servir pour distinguer tous les nègres du monde, étant donné que tous les nègres d’Afrique, reconnaîtront avec nous qu’il existe dans diverses parties du continent des nègres aussi blancs que certains blancs d’Europe, et qui n’ont de nègre que les traits et la chevelure. Nous refusons donc d’admettre que, seuls, (…) ceux que l’on exploite dans la culture cotonnière de la vallée du Niger, les coupeurs de cannes à sucre dans les champs des domaines de la Martinique et de la Guadeloupe soient des nègres. Tandis qu’un de nos frère titulaire du brevet des écoles de hautes études européennes – l’intellectuel – seraît un homme de couleur, et que celui qui n’a pu arriver à ce degré, mais qui exerce le même métier qu’un blanc et qui s’adapte comme les blancs à leur vie et à leurs mœurs et usages – l’ouvrier – serait un «noir» tout court.

Non messieurs les diviseurs pour régner !

Permettez-nous de vous rappeler que les derniers sont les descendants des premiers.

Les jeunesses du CRDN (Ndlr: Comité de Défense de la Race Nègre) se sont fait un devoir de ramasser ce nom dans la boue où vous le traînez pour en faire un symbole. Ce nom est celui de notre race.

Nos terres, nos droits et notre liberté ne nous appartenant plus, nous nous cramponnons sur ce qui avec l’éclat de la couleur de notre épiderme sont les seuls biens qui nous restent de l’héritage de nos aïeux. Ce nom est à nous; nous sommes à lui ! Il est nôtre comme nous sommes siens ! En lui, nous mettons tout notre honneur et notre foi de défendre notre race. Oui, messieurs, vous avez voulu vous servir de ce nom comme mot d’ordre scissioniste. Nous, nous en servons comme mot d’ordre de ralliement : un flambeau ! Nous nous faisons honneur et gloire de nous appeler Nègres, avec un N majuscule en tête. C’est notre race nègre que nous voulons guider sur la voie de sa libération totale du joug esclavagiste qu’elle subit. Nous voulons imposer le respect dû à notre race, ainsi que son égalité avec toutes les autres races du monde, ce qui est son droit et notre devoir, et nous nous appelons Nègres !

La voix des Nègres, n°1 janv. 1927, « Le mot « nègre » » (art. signé du Comité).