Lettre à mon frère Hamza de la Maison des Potes de St Etienne
Salam Hamza,
j’ai lu l’article de la journaliste Sylvia ZAPPI sur ce que tu as subi à l’université d’automne des Maisons des potes, association du réseau de SOS Racisme. Cette fédération se sert allègrement des quartiers comme un faire-valoir. Elle aime à cantonner les quartiers dans le cliché du jeune beur à casquette qui ne désire qu’une chose, se faire aimer de la France. Cette maison des potes, n’est pas la notre assurément… Mais toi, à St Etienne, tu as su en faire quelque chose de neuf. Tu as su, en toute autonomie avec tes potes, mobiliser 400 jeunes des quartiers de St Etienne. Tu as su faire en sorte que les quartiers se l’approprient pour en faire leur maison. Celle de leur dignité retrouvée et inchaAllah de leur libération.
Mais pour ça, il semblerait que tu ais fait des efforts d’intégration. Tu as fait du Rugby dans une équipe où il y avait des bourgeois, donc dans une équipe et un sport peu connu pour son ouverture sociale et ethnique aux non-blancs des quartiers. Tu as même, par amour du pays dans lequel tu as grandi, soutenu la France qui te discrimine parce qu’arabe et musulman. Tu l’as même soutenu contre l’Afrique du Sud qui a vaincu l’apartheid, respecte la liberté de culte des musulmans et qui soutient la lutte de libération de la Palestine à l’ONU. Tu as soutenu la laïcité, le féminisme, alors même que c’est au nom de ces 2 valeurs que l’islamophobie se déchaîne le plus aujourd’hui. C’est au nom de la laïcité et du féminisme, que les filles musulmanes portant le foulard ont été exclues de l’école en 2004, tu te rappelles ? Et c’est au nom du féminisme que la guerre contre l’Afghanistan a été déclenché, tu t’en souviens peut être…
Alors bien sûr, on peut jouer au Rugby, soutenir ce pays dans un match de foot, penser que la laïcité devrait être un cadre garantissant la liberté des musulmans et soutenir sincèrement les aspirations des femmes sans se renier. Mais ce n’est pas la conception de SOS Racisme et de la Maison des Potes pour qui ça signifie exactement le contraire. A vrai dire mis à part des musulmans, des quartiers et des descendants d’immigrés eux-mêmes, ils sont bien peu nombreux ceux qui pensent que c’est possible. Mais ça tu as du t’en rendre compte.
Ainsi malgré tous tes efforts, une seule chose a suffit aux yeux de SOS Racisme pour te stigmatiser toi et tes potes. Un simple détail dans ton apparence physique. Ta barbe de muslim. Tu as, dis-tu, voulu en faire une sorte épreuve pour cette organisation en lui adressant ce message : « ne regardez pas mon apparence mais ce qui nous rassemble ». Mais ils ne l’ont pas entendu de cette oreille. En fait, je ne crois pas que ce soient ton apparence qui leur pose le plus de problème… Je pense qu’ils n’ont simplement pas voulu écouter le message que tu voulais leur adresser.
Comment t-ont-ils féliciter pour avoir réussi à mobiliser 400 jeunes à St Etienne ? T’ont-ils donner la parole à la tribune pour que tu puisses partager ton expérience et permettre à d’autres de la rééditer ? Comment t’ont-ils accueilli toi et tes potes à l’université d’automne ? La viande servie était-elle halal ? Avez-vous pu accomplir vos prières obligatoires sans vous en cacher ? As-tu pu avoir la parole comme militant expert sur des sujets d’importance première comme l’islamophobie ou les quartiers populaires ?
Alors bien sûr, ta barbe ils aiment pas trop. Mais plus que ta barbe, je crois bien que ce qui les dérange c’est que ton engagement antiraciste et pour les quartiers est un engagement pour l’égale dignité et non pour l’assimilation. Alors bien sûr, si en plus tu portes un signe, comme ta barbe, aussi visible d’appartenance à une identité non-blanche non-catholaïque, bref non-assimilable, c’est un peu comme si tu portais sur toi une affiche : « VA TE FAIRE INTEGRER ».
Tu t’attendais à quoi ? Qu’ils t’accueillent les bras grand ouvert ? Evidemment, ils auraient pu ne pas s’arrêter à ton apparence, et espérer que toi aussi tu partageais leur islamophobie, leur adhésion au Républicanisme colonialiste voir même leur amour aveugle du régime sioniste. Mais entre nous, c’était quand même pas gagné…
Non sincèrement Hamza, je pense que c’est pas tant eux qui t’ont marginalisé injustement que toi qui t’es tout simplement trompé de lieu. Mais je comprends, la Maison des Potes c’était le seul local à ta dispo. Toi et tes potes, avez fait comme vous avez pu avec les moyens du bord. La leçon a été dure. Ils ont été inutilement méprisant avec toi… Maintenant que tu sais tout ça, que comptes-tu faire ? Réessayer de t’intégrer à une autre organisation du même acabit ou continuer dans ta dynamique d’autonomie et de dignité ?
Alors voilà, tu es à la croisée des chemins, tu le sais toi même, tu n’es plus le même qu’avant de t’être lancé dans cette aventure. Tu connais mieux que moi la puissance politique potentielle des quartiers pour avoir réussi à la mobiliser. Ta lutte ne peut donc plus être celle de la recherche de l’amour de ceux qui t’ont méprisé. Tu l’as compris, je pense qu’il est grand temps que tu prennes la voie de la libération et de la dignité. Qu’est-ce que c’est ? C’est simplement l’ensemble des organisations autonomes des quartiers populaires d’immigration post-coloniale qui luttent pour leur libération sans tutelle d’une organisation blanche catho-laïque. L’idée tu vois, c’est de prendre le maquis comme nos anciens durant les luttes pour les indépendances nationales, de marroner comme les déportés esclavagisés des Antilles durant le système esclavagiste, de faire ta hijra comme Mouhammad (saws) quand les Qoraych refusaient son message au point de menacer sa vie.
Hamza, je n’ai donc qu’une question à t’adresser, renforcé par cette épreuve à laquelle Allah ne t’a soumis que pour mieux renforcer ta foi, quelle choix tires-tu en terme de voie politique à suivre ?
ton frère Bader Lejmi,
militant antiraciste
le 18 octobre 2012
Le nous musulman frappe à la porte de la démocratie
Pour un groupe « relativement sans pouvoir », la première insurrection est celle de l’identité. Il en effet consubstantiel à la position dominée que de subir, avec une intensité certes variable, la stigmatisation, voire le déni d’existence. Les individus et les groupes concernés deviennent alors objets plus que sujets de discours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stigmatisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les arguments et les discours, tous consacrés à ce qu’il devrait penser de lui-même ». L’enjeu, dont on peut considérer qu’il constitue un préalable (non pas chronologique, mais logique) à toute dynamique de mobilisation, est bien alors de s’arracher à cette objectivation, et de constituer un « nous » alternatif, se réappropriant une identité collective jusqu’ici imposée. Les travaux sur les mobilisations fourmillent d’exemples de ces processus, qu’on pourra qualifier, à la suite de Rancière, de subjectivations : ce processus qui « crée [des sujets] en transformant des identités définies dans l’ordre naturel de la répartition des fonctions et des places en instances d’expériences d’un litige ». La subjectivation est donc une opération conflictuelle par essence, comprise dans un processus de mobilisation. Elle passe d’abord par une série d’opérations discursives, en particulier par un travail sur la dénomination du groupe, et par l’insertion de cette dénomination dans une narration universalisante de l’injustice. Ce travail de dénomination est aussi une forme d’inversion du stigmate imposé. (…) Mais l’opération de subjectivation n’est pas que discursive : les formes concrètes d’action adoptées par les groupes mobilisés (le « répertoire d’action » mis en évidence par les travaux de Charles Tilly) sont tout autant porteuses de ce message identitaire. Ces opérations de subjectivation, dans leur diversité, sont donc prises dans le même mouvement : celui d’un « arrachement » aux stigmates et aux représentations imposées, pour constituer une autre narration collective, celle de la colère. Se dessine ainsi, ce qu’on peut appeler, en reprenant un concept devenu récemment très populaire au sein de la sociologie des mobilisations, une économie morale spécifique des groupes mobilisés.
Nous nous affirmons musulmans et satisfaits de l’être : l’Islam pour nous est un cadre structuré et structurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, au marché, à l’école. Le Coran éclaire notre vie. Nous aimons notre Prophète صلى الله عليه و سلم [1] : il est notre modèle : c’est sur ses pas que nous nous efforçons de marcher. Par conséquent, nous ne demandons pas le droit de croire, nous sommes croyants et nous déclarons légitime l’affirmation de notre foi dans la sphère publique. Nous participons, en tant que ce que nous sommes, à la construction de la société dans laquelle nous vivons. Cette société est aussi la nôtre. (…) Nous sommes convaincus du potentiel émancipateur de l’Islam, en dépit de ce que prêche une certaine vulgate laïciste. Nous n’avons pas honte de notre foi islamique. Nous ne cherchons ni à nous justifier de cette foi, ni à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.
Contre l’islamophobie et le sionisme : la savate

La savate française comme stratégie nationale de résistance
Nous sommes le 28 décembre 2009. Soit un an et un jour après le début de l’agression par l’armée sioniste de ce que nous devons désormais nommer ghetto de Gaza. Agression qui a couté la vie à près de 1400 personnes dont plus de 400 enfants, et par près de 5500 blessés dont à peu près la moitié de femmes et d’enfants. Nous pourrions discourir longtemps sur les horreurs de cette guerre mais ce n’est pas l’objet de notre propos.
Sur un réseau social bien connu, le message de Tahar Houhou, participant de la Gaza Freedom March1 m’a été transmis par une khomrada2 : « Nous allons passer notre seconde nuit devant l’ambassade. Enfermés, privés de tout, à plus 300 sur 900 m2. On est dans la situation des Gazaouites, 1 toilette pour 300, rien à manger, rien à boire. Encerclés par plus de 1000 policiers, affamés, assoiffés que nous alimentons comme on peut. Honte à la France, honte à l’Egypte ».
Un peu plus tard je lis un message de la même khomrada, m’invitant à écrire au Ministère français des Affaires étrangères et à l’ambassade d’Egypte. L’objectif étant de faire en sorte que la France fasse pression sur l’Egypte pour laisser la Marche pour la Paix entrer dans Gaza. Sur le moment javoue que mon sentiment de culpabilité de citoyen français bien au chaud dans un pays dit libre a été titillé. Les cours d’éducation civique m’enseignant les formidables valeurs républicaines n’étaient pas tombées dans l’oreille d’un sourd. J’avais déjà reçu par le passé des invitations à faire pression sur mon gouvernement pour tel ou telle cause. Jugeant celle-ci particulièrement juste et nécessitant une action urgente, je m’apprêtais à faire preuve de responsabilité et ainsi réaliser mon devoir de citoyen concerné en écrivant à mon Ministre en lui demandant fermement, mais avec tous les égards du à sa position, de mettre en application le fameux « droit d’ingérence » dont il est un des plus ardents promoteur.
Puis dans la minute qui a suivit, une autre nouvelle m’a rappelée à la dure réalité de ce monde triste et sordide. Cette nouvelle m’informait que le directeur du Renseignement militaire français, le général de corps d’armée Benoît Puga, est venu personnellement inspecter le chantier de construction du mur sous-terrain cloturant le côté egyptien du ghetto de Gaza3). Chantier supervisé par ailleurs par des officiels français et états-uniens…
Je m’apprêtais donc candidement à demander à M. Bernard Kouchner, Ministre français des Affaires Etrangères, de faire pression sur l’Egypte pour permettre à des gentils et pacifiques volontaires internationaux de rentrer dans Gaza apporter de l’aide humanitaire. Le même homme, Bernard Kouchner, qui avait tour à tour : soutenu en 1991 et en 2003 l’invasion de l’Irak et demandé la tête de feu le Président Saddam Hussein, blanchi en 2003 l’emploi par Total de travailleurs forcés en Birmanie sous l’opprobe des ONG4, avait signé la perfide pétition contre les prétendus «ratonnades anti-Blancs» en 20055, refuse de décerner la médaille des droits de l’homme à une ONG Palestinienne6, s’échine à tenter de faire libérer le soldat israelien Guilad Shalit par tous les moyens7 tandis qu’il accorde à peine de l’attention au français Salah Hamouri emprisonné par Israel8, et soutient toujours l’occupation notamment par la France de l’Afghanistan tout en faisant partie du gouvernement du Président le plus sioniste que la République Française ait connue. Le Ministre d’un gouvernement qui participe à la construction d’un mur sous-terrain brisant le peu de liens avec l’extérieur qu’entretient le ghetto de Gaza.
Ainsi comme disait le souverainiste Jean-Pierre Chevènement, Bernard Kouchner n’a pas besoin de retourner sa veste, c’est l’uniforme de la pensée conforme, doublée à l’intérieure. De ses positions nous pouvons ainsi déceler le contenu de cette pensée unique. Le droit d’ingérence, étendard de Kouchner, n’est, pour Chevènement, que « le maquillage astucieux de ce que l’on pourrait appeler le néo-impérialisme »9. C’est d’ailleurs le chroniqueur télé tendance vieille droite, Thierry Ardisson, qui dans une émission radio en 199310, déclarait : « La colonisation ? De toute façon, on va devoir s’y remettre. Alors, on appellera ça comme on veut pour pas choquer les gens, on appellera ça ingérence humanitaire mais ce sera la même chose. » Il y présente d’ailleurs son roman où voulant donner un visage humain à la colonisation, il présente un colon européo-centriste des années 1930, mais de gauche, utopiste et voulant apporter « la liberté, l’égalité, la fraternité, l’électricité » aux « bons hindous« , qu’il décrit comme « un Kouchner de l’époque ». Ce colon, un Kouchner de l’époque, ses amis de gauche (on devine laquelle) avouent l’aimer : « Ton gars on l’aime et plus on l’aime plus on devient colonialiste ». C’est là que tout se joue !
Car, en réalité, les colonisateurs sionistes ont plutôt la côte en France. Certes on aimerait qu’ils soient moins brutaux mais eux-mêmes admettent y être poussé de force par la barbarie arabo-islamique. Au fond, se disent-ils, Israel n’est-elle pas la seule démocratie du Moyen-Orient disposant de l’armée la plus morale du monde ? Ainsi la logorrhée du lobby sioniste n’a de succès que parcequ’elle renforce l’idéologie colonialiste Occidentale poussée dans ses derniers retranchements. Le lobby sioniste ne fait qu’un avec ses alliers naturels, les élites dominantes politiques et médiatiques, aux intérêts éminément convergents dans la défense de la suprématie de l’Occident Blanc-chrétien. La propagande sioniste renvoyant à l’Occident sa propre image, l’ennemi du sionisme est l’ennemi de l’Occident. Lorsque cette clique vous affublera de l’étiquette antisémite, ce ne sera qu’un synonyme d’ennemi de l’Occident Blanc11. Et comme si celà ne suffisait pas, cette collusion se double d’un marquage aux fers rouges des musulmans. Ce soudain amour des Juifs, après des siècles de persécution en Occident, légitime l’antisémitisme génétique de l’Occident sur son autre face sémite : l’arabo-musulman. L’amour des Juifs et d’Israel passant désormais par un redoublement d’islamophobie tandis que l’islamophobie conduit à un sionisme invétéré12. Le site occidentaliste par essence, Riposte Laique, dans un article titré Comparer l’islamophobie à l’antisémitisme des années 30 est une obscénité, apologétique à l’égard d’Israel, déclare ainsi « être islamophobe, c’est lutter contre l’antisémitisme, alors que combattre l’islamophobie, c’est le favoriser »13. Le débat en cours sur l’identité nationale de notre chère patrie des droits de l’homme, est une flagrante démonstration de l’incorporation de l’islamophobie dans l’idéologie nationale toute entière focalisée sur la question musulmane14. Etrange miroir de la question juive qui, en un siècle en France, est passée de la rhétorique de l’assimilation avec les Lumières à celle de l’extermination sous Vichy15 puis à celle du soutien au sionisme, un colonialisme juif.
Prenons un instant au sérieux ces sionistes islamophobes, combattre l’islamophobie et extirper le lobby sioniste de la France, nous l’avons vu c’est lié, n’est-ce pas au fond s’en prendre à l’idée même d’identité nationale ? Car en effet le sionisme est un colonialisme dont la France est un membre fondateur. Mieux qu’un discours, en voici une preuve en vidéo :
Ainsi je ne vois rien de français pouvant nous aider à faire pression sur le gouvernement despotique et collaborateur d’Egypte et encore moins sur Israël, si ce n’est la boxe, ou plutôt la savate française. Car c’est par des coups de savates, à l’instar de l’illustre Montadhar Zaïdi16, que nous ferons pression sur nos gouvernants et que nous les ferons céder plutôt que par d’innombrables autant qu’inutiles pétitions. Pour le ghetto de Gaza et la libération de la Palestine, pratiquons, en France, la politique de la savate !
Cet article a été republié sur le site des Indigènes de la République.
- http://www.legrandsoir.info/+Lettre-ouverte-de-la-Gaza-Freedom-March-au-President-Mubarak+.html [↩]
- contraction de kho’ et de camarade, le tout au féminin [↩]
- Gaza : la France supervise le prolongement du Mur de séparation [↩]
- Rapport Kouchner : les ONG consternées [↩]
- Un appel controversé contre le racisme « anti-blancs » [↩]
- Kouchner interdit la Palestine [↩]
- http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/12/23/01011-20091223FILWWW00376-shalitfrance-attendez-quelques-jours.php et Détention de Guilad Shalit : Réponse de Bernard Kouchner [↩]
- La claque de B. Kouchner à la famille Hamouri [↩]
- http://www.dailymotion.com/video/x8uozg_chevenement-casse-bhl-et-kouchner_news [↩]
- Thierry Ardisson chez Serge de Beketch [↩]
- comme l’affirme par ailleurs Ivan Ségré dans la réaction philosémite [↩]
- http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=825 [↩]
- http://www.ripostelaique.com/Comparer-l-antisemitisme-des.html [↩]
- http://oumma.com/Identite-nationale-islam-laicite [↩]
- http://fr.wikipedia.org/wiki/Question_juive [↩]
- L’histoire de ma chaussure, par Muntadhar al-Zaidi [↩]



