Mes signets du 23/06/2009 au 24/06/2009

Ma selection de liens du 23/06/2009 au 24/06/2009:

  • [LDH-Toulon] projet de loi anti-bandes de Christian Estrosi : inutile et dangereux pour les libertés – Les Bandes de jeunes, cette loi n’est qu’un prétexte : « C’est avant tout pour afficher que l’on se préoccupe d’un problème et pour occuper un espace politique dont on pense qu’il est rentable vis-à-vis d’une partie de l’électorat » [2].
  • Miguel Benasayag : "La liberté, c’est déployer sa propre puissance dans chaque situation" – Article11 – Extraits : "Le commun est devenu de l’entubage. On assiste à la création d’un monde en réaction avec le commun, où finalement la seule évidence qui existe, c’est moi. Moi j’existe, moi je suis comme ça, j’aime le chocolat. La seule vérité, c’est donc « Moi, je… ».
    On passe d’un monde dans lequel il y a un grand dessein, un grand récit, à un autre dans lequel il n’y a que des petits récits minables. (…) Pour moi, des gens qui n’agissent que pour le plaisir c’est synonyme de barbarie. Il est évident que si l’on accepte que le plaisir soit le moteur principal de notre agir, ça ne peut conduire qu’à la barbarie."
  • Mon Massir: Journal d’une femme adultère – Critique d'un roman par Massir. Dans ce livre racontant l'histoire d'une femme adultère dans un milieu juif le racisme est prégnant : "au sein de ces juifs, il y ait une discrimination: il y a le bon juif, qui est d'origine européenne, et le mauvais juif qui est d'origine arabe."
    Entre en somme le juif qui est excusé d'être juif parceque blanc et le juif arabe qui cumulerait les tares…
  • Quelle histoire pour les dominés ? – « Provincialiser l’Europe », tel est le credo provocateur de cet historien du sous-continent indien. Figure de proue des subaltern studies, Dipesh Chakrabarty marque avec force que la modernité peut avoir bien des visages et pas seulement celui des élites occidentales.

Mes signets du 12/05/2009

Ma selection de liens du 12/05/2009 :

  • Cairn – Qu’est-ce que punir ? – La gestion du crime devient beaucoup plus massive dans la société bourgeoise du XIXe siècle où se met en place un système binaire d’illégalismes, qui, en minorant les escroqueries bourgeoises et en stigmatisant le vol, fait des classes laborieuses le vivier des classes dangereuses [Indigènes] ; celles-ci sont dès lors soumises à des stratégies d’enfermement et de contrôle, la manufacture, la caserne, ou la prison étant toutes conçues comme des maisons de correction…
  • Michel Foucault ou la construction de l’Individu en probation – Imposer une dette à un individu, lui supprimer un certain nombre de libertés, comme celle de se déplacer, c’est encore une fois une certaine manière de le fixer, de l’immobiliser, de le rendre dépendant, de l’épingler à une obligation de travail, une obligation de production, ou une obligation de vie en famille… C’est surtout, enfin, autant de manières de diffuser hors de la prison des fonctions de surveillance, qui vont maintenant s’exercer non plus simplement sur l’individu enfermé dans sa cellule ou enfermé dans sa prison, mais qui vont se répandre sur l’individu dans sa vie apparemment libre. Un individu en probation, eh bien !
  • Peur de l’inconnu, peur de la différence, peur de l’autre – Les mots sont importants (lmsi.net) – Le racisme antimusulman est particulièrement éclairant : mon étude des sondages d’opinion sur « le voile à l’école » m’a permis d’établir que la phobie à l’égard des filles voilées était beaucoup plus développée dans les franges dites « cultivées » de la population (lectrices de livres et de magazines, spectatrices de « débats de société » dans lesquels se transmet, sous des formes sublimées et distinguées, le nouveau sens commun islamophobe) que dans des franges plus « incultes » – ou baignant du moins dans une autre culture. La tâche à accomplir est donc un travail interne, visant à déconstruire une culture dominante fondamentalement raciste et à construire une contre-culture authentiquement antiraciste.

Mes signets du 23/02/2009 au 26/02/2009

Ma selection de liens du 23/02/2009 au 26/02/2009:

  • RACE, CASTE ET GENRE EN FRANCE par Christine Delphy – D’un côté ils refusent de vivre avec des descendants d’Arabes, mais de l’autre ils ne peuvent pas les jeter à la mer. Mon hypothèse est que devant ce dilemme insoluble, il s’est formé dans leur imaginaire un dessein : prendre les femmes, les prendre même pour épouses, […] et ainsi dissoudre la “ race ”. Ce dessein, informulé parce qu’inconscient en France, a été la base de politiques publiques explicites et mises en œuvre dans d’autres pays racistes. Le Brésil par exemple, a eu dans les années 50 une politique explicite d’encourager les mariages mixtes pour ‘blanchir’ la population. On a créé pour la descendance de ces croisements – car ils étaient vus comme des croisements à l’instar de ce qui se fait pour les vaches—une dénomination de couleur, la couleur « mauve », que l’on trouve encore sur les cartes d’identité.
  • Qui est Marocain? par Abdellah TAIA sur ELPAÍS.com – Qu'est-ce que cela veut-il bien dire ? Que l'homosexuel marocain est bienvenu en Espagne mais pas une femme appartenant à un mouvement islamiste, ni un journaliste qui a eu de gros ennuis avec les autorités marocaines ? Je ne peux pas accepter cela. Je ne peux pas me laisser récupérer de cette façon-là. Je ne veux pas qu'on me donne la parole au détriment d'autres Marocains. Quand j'ai parlé au Maroc de mon homosexualité, c'était une nécessité intérieure (et je n'ai eu besoin d'aucune autorisation, d'aucune bénédiction), c'était avant tout un combat pour accéder à l'individualité, mais pas seulement pour moi.
  • Folies coloniales de la compagnie "Passeurs de Mémoires" » Alter Nativa – A partir de textes exhumés, tous authentiques, sur l’Algérie française des années 30, Dominique Lurcel dresse un état des lieux du langage colonial, tel qu’il s’est exprimé lors des cérémonies du Centenaire de l’Algérie française en 1930.

Le voile islamique, quelle soumission, quelle émancipation ?

Mode Islamique

La renaissance du voile

Aujourd’hui la majeure partie des femmes voilées en France le font par choix. Une telle affirmation fait sursauter encore plus d’un-e… L’on rétorquera que ces filles subissent la pression familiale, du grand frère d’abord, du quartier et de la réputation sociale, du père souvent, et puis plus rarement on évoquera la mère. De la même façon, j’affirme que les filles qui ne le portent pas subissent la pression de l’école, des médias, de ses copines, de la publicité… D’une part valoriser davantage la pression sociale à la marchandisation du corps de la femme, ou à l’assimiliation à l’ethnie majoritaire française, plutôt que celles des pressions familiales et locales (du quartier) c’est clairement empêcher l’émancipation individuelle ou collective. La pression sociale française au dévoilement est infiniment plus forte que celle au voile. Avez-vous déjà entendu dans la rue des femmes non voilées en France recevoir des injonction à se voiler ? En revanche, vous verrez et entendrez dans les médias, et même dans les lieux publics, les femmes voilées se faire violenter verbalement et physiquement Si l’hypothèse de l’opression familiale et locale se tenait, alors on aurait pu observé depuis bien plus longtemps le port du voile chez les jeunes filles françaises musulmanes. Or c’est un fait social, le voile gagne du terrain alors même que l’immigration baisse… Une conclusion logique serait celui d’un engouement venant d’un mouvement des femmes elles mêmes vers le voile et ce qu’il représente.

Je ne dis pas qu’elles le portent parce qu’elles sont musulmanes, bien que ça sera l’argumentation de grand nombre d’entre elles. De nombreuses musulmanes ne le portent pas ou fait plus rare y sont opposées. De là découlerais l’idée que le voile serait l’apanage d’une fraction radicale. Or c’est un fait une nouvelle fois contredit par la réalité : des femmes travaillant, faisant des études se voilent alors même qu’elles n’accepteraient pas qu’on leur retire leurs droits et qu’on les place à nouveau dans une position de mineure. Ce sont d’ailleurs souvent des femmes célibataires, ou qui sont mariées depuis un grand nombre d’années qui se voilent. Le renouveau du voile n’est pas du à un renouveau du machisme masculin qui d’ailleurs est objectivement en régression chez les arabo-musulmans. Pour décider de le porter, une femme urbaine doit avoir au préalable écarter l’association entre oppression patriarcale et voile.

Il faut donc distinguer le port du voile islamique selon le degré de liberté et d’autonomie de l’individu et de la femme dans les sociétés. Plus les individus sont libres, et moins la famille et la tradition ont un rôle prégnant, plus le voile est portée après un choix personnel.

Ne voir que le voile, c’est ne rien voir…

Le voile islamique est moderne, voire post-moderne, c’est la solution trouvée par les femmes pour à la fois revendiquer leur identité, et non plus la subir comme un amas de préjugés forgés par des sociétés patriarcales, autocratiques et ou racistes, mais également affirmer leur individualité, leur autonomie et ainsi s’affranchir d’une morale commune sensée leur dire quoi et comment penser. Le voile traditionnel porté essentiellement dans les milieux ruraux et parmi les vieilles générations, et donc parmi l’essentiel de la population immigrée maghrébine féminine, est l’une des manières d’acquérir une respectabilité sociale tout en se soumettant à l’autorité patriarcale. Alors que le voile islamique post-moderne lui transperce ces clivages communautaires pour se  placer dans l’universel religieux. J’irais même jusqu’à dire que pour s’émanciper d’une tradition pesante, les femmes peuvent opter pour le voile islamique afin de conserver la même reconnaissance sociale tout en obtenant la même autonomie qu’une femme laïque ou plutôt occidentalisée. Car une femme vivant dans un milieu essentiellement régie par des règles familiales (au sens large) ne pourra choisir de se dévoiler, sans choisir en même temps de perdre une reconnaissance morale nécessaire dans ces communautés ressérées. Le voile islamique post-moderne, permet donc à ces femmes issues la plupart du temps de milieux modestes ou ruraux, en tout cas socialement subalternes, de conserver leurs positions dans leur communauté et leur fidélité à cette communauté, tout en s’émancipant moralement et physiquement du pouvoir oppressif de sa communauté. Le pouvoir oppressif communautaire se perpétue en effet par l’impossibilité pour les femmes de s’extraire du dualisme pure-soumise/impure-occidentalisée. L’alternative laïque ne propose qu’une seule chose pour ces femmes : la sortie de la communauté, l’exil volontaire parmi les siens… Ce n’est que parmi des milieux privilégiés que le pouvoir oppressif renonce au voile comme instrument de domination lui substituant une infinités d’autres vexations. S’extraire de façon matérielle sans trahir sa communauté se réalise donc par un emploi rémunéré, par l’éducation scolaire, mais également de façon psychique par le symbole d’une allégeance à une autorité supérieure sous-entendue supérieure à celle de l’autorité coutumière. Celle que même l’autorité patriarcale craint, l’autorité universelle, l’autorité divine. En réalité certaines femmes ne le font que dans ce dessein : celui d’échapper à une tyrannie patriarcale en renversant l’accusation d’impudeur. Je suis une femme voilée, donc pudique, mon voile est le hijab et non pas le voile coutumier, mon seul maitre c’est Dieu, votre autorité hommes n’est que le fruit de cette autorité Divine et ne s’exerce que dans les contours de sa Loi.

Bien sûr ce n’est pas pour devenir des êtres libres qu’elles se voilent mais pour adhérer à un universalisme, certes religieux. Mais celà vaut mieux éthiquement qu’une autre adhésion aveugle à un modèle fondée sur la génuflexion et la soumission à des chefs et des totems qui sont là que pour légitimer le pouvoir de leurs possesseur. Car c’est le point commun de la France Républicaine laïque, de la Turquie nationaliste laïque et de la Tunisie patriarcale arabe. Des idées pures au service de réalisations dans tous ces pays qui ne réalisent ni leurs promesses en terme d’égalité hommes femmes, ni ceux d’égalité de tous les citoyens quelque soit leur religion et leur statut social de naissance. Sous couvert de maintenir une dynamique moderniste et rationaliste visant le progrès et l’émancipation des hommes et des femmes, ces sociétés emploient ces idéologies pour légitimer leur refus de se réformer vers plus d’autonomie pour leurs citoyens. Se vouloir moderne et progressiste ne suffit pas pour l’être. Lorsque ce sont exactement les mêmes personnes, les mêmes institutions, et les mêmes groupes sociaux qui tiennent ce même discours soit-disant moderne et progressiste pendant une cinquantaine d’année, on peut être sur d’une chose, c’est qu’il est tout sauf progressiste. Si au départ ce discours a permis de réaliser des changements, il est devenu un outil de légitimation d’une élite au pouvoir une fois accomplie sa grand œuvre d’entrée dans le grand ère de la société de consommation. Société qui nécessitait la rationalisation de l’éducation et l’intégration économique et sociale des femmes, accompagnée d’une marche forcée vers un progrès technologique orienté pour la continuation de la domination.

Pour conclure, est-ce vraiment les femmes que l’on libère avec une loi contre le voile ? Ou est-ce plutôt la libération d’un marché de plusieurs millions de version Jalouse-Glamour-Elle-Cosmopolitan de la femme ménagère de moins de 50 ans ?

Ressources pour aller plus loin :

Le paternalisme et l’islamophobie au secours des femmes ?

Ces derniers temps, dans les medias, on a beaucoup commenté un jugement rendu par le Tribunal de grande instance de Lille. Une femme a menti sur sa virginité à son futur mari. Le marié découvrant la vérité, demanda alors l’annulation du mariage qu’il obtint en vertu du mensonge sur les « qualités essentielles », principe du Droit français. La jurisprudence a reconnu que parmi ces « qualités essentielles » il y avait la nationalité et la capacité à donner du plaisir sexuel à sa ou son partenaire. Ne pas être un bon coup au lit, ou ne pas avoir la bonne nationalité semble étrangement tout à fait acceptable. Tous ces critères sont des atteintes à la dignité humaine car le mariage ne doit pas être un simple contrat.

Des dizaines d’articles qui se déversent en long et en large dans la presse française s’attardent sur la religion des mariés alors que le jugement n’a jamais fait mention de la religion ni des origines des plaignants et que ces derniers n’ont jamais invoqué l’islam comme argument. Pourquoi alors spécifier que les mariés étaient musulmans ? Christianisme, judaisme n’ont-ils pas la même position sur la sexualité hors mariage ?

Mais voyons les choses en face, il ne s’agit que de prétextes pour attaquer encore une fois les musulmans. Des musulmans présumés coupables de vouloir attenter à la laïcité et faire régresser la France pour reprendre les mots de l’UMP et de « Ni Putes Ni Soumises ». L’ancienne présidente de « Ni putes ni Soumises », et Ministre, Fadela Amara, a évoqué une «fatwa contre l’émancipation des femmes» ajoutant «J’ai cru que l’on parlait d’un verdict rendu à Kandahar.» Pardon, mais quel rapport avec une fatwa ? La justice française n’a fait qu’appliquer le droit franco-français ! Pourquoi faire le rapprochement avec un régime intégriste disparu, avec une réalité extérieure à la France ? Peut-être pour retirer aux Français musulmans leur qualité de Français, leur assigner une identité étrangère, et faire encore et toujours de la seconde religion de France un fait « anti-français » par nature ?

Le député UMP Jacques Myard a exprimé son « indignation » face à une décision « choquante (qui) avalise un intégrisme archaïque ». Marie-Georges Buffet, secrétaire générale du PCF, a déclaré quant à elle: « Toute logique communautariste devrait être étrangère à la justice française, et Mme Dati aurait du demander au parquet de faire appel de cette décision, plutôt que de justifier l’injustifiable ». Il est bon de se demander si ces responsables politiques auraient tenu des propos de cette nature dans le cas où les époux n’auraient pas été d’origine marocaine ?

En parlant de Rachida Dati et de sa condamnation de la politique des « grands frères » et puisqu’on parle de femmes et de laïcité, rappelons qu‘un mâle basané n’est pas un macho archaïque en puissance. Le sexisme n’est le monopole d’aucune origine ou religion. La stratégie paternaliste de « protection » des jeunes filles menacées par l’archaïsme de leur « communauté » est une autre manière de stigmatiser les mâles de la dite communauté. La cause de l’égalité entre hommes et femmes est trop importante pour servir de faire-valoir à des propos à la limite du racisme.

Sur le fond de la décision, la jurisprudence considère que c’est aux personnes de définir eux-mêmes de définir ce qu’est la qualité essentielle d’une personne. Après tout nous vivons dans une société où chacun a sa moralité, n’est-ce pas ? Tout est pareil, tout se vaut. Et le racisme au fond, n’est qu’une opinion n’est-ce pas ? Non, il faut refuser ce genre de pensée, et réaffirmer l’universalité des principes qui doivent régir notre société et contenu dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. « [L’homme et la femme] ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution » ainsi que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ».

Version longue sur la base d’un texte que j’ai rédigé pour Les Indivisibles

Sources :