Hassan el-Wazzan ou Léon l’Africain ?

Portrait d'un humaniste (Léon l'Africain à Rome) par Sebastian del Piombo

Portrait d'un humaniste (Léon l'Africain à Rome) par Sebastian del Piombo

« A l’époque où les oiseaux savaient parler, vivait une sorte de courageux oiseau dont l’intelligence était tout à fait remarquable. Il était unique par sa capacité à vivre à la fois sur terre, avec d’autres oiseaux, et dans la mer au milieu des poissons1. A cette époque, tous les oiseaux devaient payer un impôt à leur roi une fois par an. Notre petit oiseau était résolu à ne rien payer du tout. Et quand le roi lui envoya ses représentants pour collecter ses impôts, il s’envola et ne s’arrêta pas avant d’avoir atteint les profondeurs de la mer. Tous les poissons vinrent pour l’accueillir et le pressèrent de rapporter des nouvelles de la terre. Il leur raconta que la vie devint tristement injuste là-haut, depuis qu’un roi lâche avait tenté de l’écarteler, sans raison particulière, en dépit du fait que lui, pauvre petit oiseau était le meilleur de ses sujets. Il les pria de l’accepter en leur sein et leur promis de dire au monde que ces étrangers avaient été plus hospitalier que les siens. Les poissons le crurent et il vécu parmi eux une année entière. Toutefois, quand vint le moment pour le roi des poissons de collecter ses impôts, notre petit oiseau s’envola également et cherche refuge sur terre. Et ainsi, chaque fois que le collecteur des impôts du roi des oiseaux venait, il plongeait sous les eaux et à chaque fois que c’était le collecteur des impôts du roi des poissons, il se précipitait à la surface. »

Hassan al-Wazzan – Léon l’Africain – néé musulman andalou à Fès, vécu 10 ans et se convertit au christianisme à Rome, et mouru sujet ottoman musulman à Tunis. Il fut celui qui apporta notamment le savoir carthographique islamique aux chrétiens, savoir qui leur permit par la suite de « découvrir » puis de coloniser l’Afrique de l’Ouest.

  1. le poisson est un symbole du christianisme []

Le nous musulman frappe à la porte de la démocratie


Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Pour un groupe « relativement sans pouvoir », la première insurrection est celle de l’identité. Il en effet consubstantiel à la position dominée que de subir, avec une intensité certes variable, la stigmatisation, voire le déni d’existence. Les individus et les groupes concernés deviennent alors objets plus que sujets de discours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stigmatisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les arguments et les discours, tous consacrés à ce qu’il devrait penser de lui-même ». L’enjeu, dont on peut considérer qu’il constitue un préalable (non pas chronologique, mais logique) à toute dynamique de mobilisation, est bien alors de s’arracher à cette objectivation, et de constituer un « nous » alternatif, se réappropriant une identité collective jusqu’ici imposée. Les travaux sur les mobilisations fourmillent d’exemples de ces processus, qu’on pourra qualifier, à la suite de Rancière, de subjectivations : ce processus qui « crée [des sujets] en transformant des identités définies dans l’ordre naturel de la répartition des fonctions et des places en instances d’expériences d’un litige ». La subjectivation est donc une opération conflictuelle par essence, comprise dans un processus de mobilisation. Elle passe d’abord par une série d’opérations discursives, en particulier par un travail sur la dénomination du groupe, et par l’insertion de cette dénomination dans une narration universalisante de l’injustice. Ce travail de dénomination est aussi une forme d’inversion du stigmate imposé. (…) Mais l’opération de subjectivation n’est pas que discursive : les formes concrètes d’action adoptées par les groupes mobilisés (le « répertoire d’action » mis en évidence par les travaux de Charles Tilly) sont tout autant porteuses de ce message identitaire. Ces opérations de subjectivation, dans leur diversité, sont donc prises dans le même mouvement : celui d’un « arrachement » aux stigmates et aux représentations imposées, pour constituer une autre narration collective, celle de la colère. Se dessine ainsi, ce qu’on peut appeler, en reprenant un concept devenu récemment très populaire au sein de la sociologie des mobilisations, une économie morale spécifique des groupes mobilisés.

Nous nous affirmons musulmans et satisfaits de l’être : l’Islam pour nous est un cadre structuré et structurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, au marché, à l’école. Le Coran éclaire notre vie. Nous aimons notre Prophète صلى الله عليه و سلم [1] : il est notre modèle : c’est sur ses pas que nous nous efforçons de marcher. Par conséquent, nous ne demandons pas le droit de croire, nous sommes croyants et nous déclarons légitime l’affirmation de notre foi dans la sphère publique. Nous participons, en tant que ce que nous sommes, à la construction de la société dans laquelle nous vivons. Cette société est aussi la nôtre. (…) Nous sommes convaincus du potentiel émancipateur de l’Islam, en dépit de ce que prêche une certaine vulgate laïciste. Nous n’avons pas honte de notre foi islamique. Nous ne cherchons ni à nous justifier de cette foi, ni à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.

Cercle de Réflexion : Islam, libération et anticolonialisme, Pour un Islam de justice et de libération

Islam et les africains-américains

Malik el-Shabazz en prière

Malik el-Shabazz en prière

Islam et politique des africains-américains :

Et dans le hip-hop :

  • Multiple Lives of Black Islam in Hip-hop – Mubbashir Rizvi (PDF), (Lire en ligne), This article seeks to raise questions with prevailing assessments of hip-hop that offer very essentialist readings of the genre. Too often there is a ready willingness to conflate aesthetics with ‘reality’, the tendency to confuse form with content, and the insistence by both critics and practitioners to fuse behavior with spectacle. This article questions the ease with which the art-form of hip-hop is interpreted with an impoverished script of race; where rap music is only reactive, a natural response or stirring of the streets. There is a lack of credit given to the creativity, adoption of technology and the ingenuity of immaterial labor, that is the production of radical signifying practices that have transformed popular culture.
  • FEAR OF A MUSLIM PLANET:THE ISLAMIC ROOTS OF HIP-HOP – FEAR OF A MUSLIM PLANET:THE ISLAMIC ROOTS OF HIP-HOP
    Naeem Mohaiemen
    sound unbound
    MIT Press, DJ Spooky ed., 2008

L’aliénation, une philosophie mise en musique…

Comme l’âme platonicienne qui saurait reconnaître la vérité qu’elle ne peut pas connaître, quoiqu’ignorant ce que nous sommes nous savons que nous ne le sommes pas. En ce sens, nous ne sommes pas ce que nous sommes. Ce que nous sommes, c’est chose uniquement que nous ayons à être. Notre essence — ce par quoi nous serions ce que nous sommes — est au devant de nous hors de nous. Notre existence est fourvoyée loin de notre essence. Dans notre vie présente nous sommes donc expatriés de notre vraie vie, qui est encore à venir. Au sens où Hegel dit alors que nous n’avons pas notre chez nous dans notre vie, nous sommes exilés, nous sommes des étrangers : nous sommes aliénés. (Car telle est l’étymologie latine alienus, étranger.) Étrangeté au monde, étrangeté aux autres, étrangeté à soi tel est le sens fondamental de l’aliénation, et telle est l’origine de la philosophie. Car la philosophie naît précisément d’une insoumission à cette forme indigente de vivre. C’est au nom d’une vie régénérée que la vie est toujours mise en question par la philosophie, comme si vivre n’avait immémorialement été qu’une forme aliénée de vivre. Si la vie fut toujours inculpée et parfois diffamée par la philosophie, comme Nietzsche en fait le reproche à Platon, ce fut donc toujours par amour de la vie, et pour honorer la vie. Toute philosophie naît donc du sentiment d’une plénitude perdue ou d’une plénitude promise, que la vie se passe inutilement à regretter ou s’épuise vainement à poursuivre. Toute philosophie naît donc en exil, c’est à dire dans l’aliénation. C’est pourquoi la question métaphysique fondamentale est toujours celle de l’origine. Car là où il y aurait un chez nous, c’est là que nous voulons retourner. D’où sommes nous éloignés, nous qui nous sentons loin de la vie ? D’où avons-nous été bannis ? D’où vient que nous n’ayons pas oublié ce dont pourtant nous n’avons plus la mémoire, ou que nous ayons l’idée de ce dont nous n’eûmes jamais l’expérience ? Quel fut le chemin de cet exode ? Comment le retrouver? Comment nous mettre en marche? Par quelle conversion refaire ce qu’avait défait quelle procession ? Toute philosophie a donc pour but de nous faire réintégrer notre propre vie, de réunir notre existence à notre essence. A la médiation qui nous aliène elle s’oppose donc comme la médiation qui nous libère.

Nicolas Grimaldi, Aliénation et liberté, Masson, 1972.

Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.
Karl Marx, XIème thèse sur Feuerbach, 1845

Perspective islamique sur le jeûne

De nos jours, le monde subit le raz-de-marée de la rage matérialiste qui touche la plupart des gens si bien qu’ils ne cessent de demander sans donner, de désirer sans patienter, d’amasser les biens sans savoir les partager, au point de briser en eux l’esprit de lutte contre les penchants et les passions propres. C’est alors qu’arrive l’école du Ramadan pour dispenser une formation qui s’étend sur trente jours de l’année. Le jeûneur sincère y acquiert des leçons pratiques qui renforcent en lui la lutte et la résistance contre ses propres passions.

(c) Miles Aldridge

(c) Miles Aldridge

Par ailleurs, nul n’est à l’abri des aléas de la vie. Il se peut qu’aujourd’hui se déroule dans l’aisance et que demain soit chargé de difficultés. Si l’homme s’habitue au luxe et à l’aisance puis se retrouve un jour face à l’adversité, il baissera les bras et pliera l’échine car il n’a point connu des moments rudes, ni goûté à l’austérité et à la vie modeste. C’est pour cela que `Umar Al-Fârûq disait : « Entrainez-vous à la rusticité de la vie, car l’aisance ne dure pas. » Le jeûne constitue un entraînement volontaire à cette rusticité avant que ce ne soit une pratique forcée.

(c) Miles Aldridge

(c) Miles Aldridge

Si le jeûne procure une purification des sens et de l’être, une épuration de l’âme et un renforcement du cœur, il s’agit également d’une méthode de formation saine. En effet, lorsque le jeûne est accompli de façon correcte, il cultive en l’être humain la force de la volonté ; il est ainsi capable de se priver, de plein gré et dans l’espoir de la rétribution, de diverses passions. De même, il forge son endurance qui lui permet de supporter, de lutter et de surmonter les obstacles de son chemin. Il insuffle en lui l’esprit de l’organisation : il jeûne et rompt son jeûne selon des horaires précis. Par ailleurs, le jeûne renforce le sentiment d’appartenir à une communauté lorsque l’on se rappelle que des millions de croyants jeûnent avec nous et rompent leur jeûne au moment où nous le faisons. Il n’y a là rien de surprenant car ils partagent tous le même credo et pratiquent tous la même œuvre de culte. « Les croyants ne sont que des frères. »1

Traduit de l’arabe de Yas’alûnaka fî Ad-Dîni wal-Hayâh, de Sheikh Ahmad Ash-Sharabâsî, volume 1, pp. 125-127.

  1. Sourate 49, Al-Hujurât, Les appartements, verset 10. []

Mahomet, prophète de Dieu ou Muhammad, messager d’Allah ?

Pourquoi retrouvons-nous si souvent le nom Mahomet au lieu de Muhammad ou de Mohammed pour désigner le messager1 d’Allah d’après l’Islam ? Même chose pour le terme Dieu remplaçant Allah dans les traductions du Coran alors même que dans le Coran, Allah est le nom de dieu, et que c’est le mot ilah qui s’apparente davantage à dieu. Ce que faisaient les romains avec les dieux des peuples vaincus, et en l’espèce les romains, peut nous permette de mieux comprendre…

Les grands de tous les temps : Mahomet en titre alors que c’est Allah qui est écrit sur la calligraphie…

On s’est souvent étonné que César ne donne pas les noms gaulois de ces divinités essentielles ; certains ont vu dans ce silence la preuve d’un manque d’information : il nous paraît impossible qu’après 6 années de présence et de lutte serrée dans le pays, César n’ait entendu le nom d’aucune divinité gauloise. S’il n’avait pas réussi à connaître ces noms parce que les Gaulois en gardaient le secret, il aurait signalé cette particularité. Si donc il n’a pas transmis cette sorte de renseignements, c’est qu’il ne l’a pas voulu. On trouverait sans difficultés des raisons à ce silence : désir d’affirmer l’universalité des dieux romains ; de valoriser la religiosité des Gaulois en la rapprochant de celle des Romains ; d’atténuer les différences qui séparaient les vaincus (surtout les Éduens, les Rèmes et autres alliés de Rome) et les vainqueurs : chaque fois qu’il le peut, César présente ses adversaires non comme d’horribles barbares, mais comme des êtres évolués, doués de belles facultés d’assimilation, et qu’il est d’autant plus méritoire de mettre à raison (les barbares, ce sont les Germains, qui servent de «repoussoir» aux Celtes). Les Gaulois «se font», dit-il, «de leur dieux à peu près la même idée que les autres peuples» : «Une affirmation de ce genre, dit Jullian, convenait bien aux maîtres du jour, soit aux politiques de Rome, qui inculquaient ainsi aux Gaulois la souveraineté universelle des dieux du Midi, soit aux philosophes grecs, qui rappellent ainsi l’unicité de principe de toutes les religions.» C’est pourquoi César appelle par leurs noms romains ces dieux universels, non par leur noms indigènes.

Duval Paul Marie, Observations sur les dieux de la Gaule. In: Revue de l’histoire des religions, tome 145 n°1, 1954. pp. 5-17.

  1. Paix et bénédictions d’Allah sur lui []

Tout le monde est laïque, mais certains MOINS que d’autres…

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Leur rêve : rendre l’islam invisible

Etant allé à l’école de la République depuis tout petit et notamment aux cours d’instructions civiques aux collèges, l’on m’a enseigné les principes républicains dont la laïcité. Les enseignants insistaient beaucoup sur ce point avec nous. L’Eglise est séparée de l’Etat depuis 1905 ! Ce devait être normal, et je pensais alors que tous les élèves de France avaient reçu cette éducation et qu’elles concernaient toutes les religions sans aucune discrimination. Mais bien mal m’en a pris ! Ce que j’ignorais à l’époque c’est que vu qu’une grande majorité de ma classe étant de culture musulmane nous aurions du à cause de notre culture religieuse au mieux déficiente sur ce sujet, au pire incompatible, recevoir un surplus d’éducation en laïcité. C’est d’ailleurs ce que préconise désormais le Haut Conseil à l’Intégration dans un récent rapport tenu privé. Heureusement depuis 2001, on ne cesse de me le rappeler !

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