Futur Antérieur de l’Islam Occidental
Les Romains d’hier jetaient les chrétiens dans les fosses aux lions, les Occidentaux d’aujourd’hui diabolisent les musulmans. Mais l’islam finira, hélas, exactement comme le christianisme: il sera fatalement approprié par les Occidentaux, ils inventeront un imam suprême et créeront un Vatican musulman à Tirana ou à Sarajevo qui dictera ses ordres au reste du monde musulman exactement comme le fait le pape pour les chrétiens.
Car la force de l’Europe et de l’Occident est cette capacité extraordinaire qu’ils ont de pomper, de phagocyter, d’ingurgiter tout ce qui vient de l’extérieur (la pâte à papier et la boussole aux Chinois, le christianisme aux Moyen-orientaux, le zéro aux Indiens, les chiffres aux Arabes, la pomme de terre et le tabac aux Amérindiens etc…) et de proclamer: «Tout ça, c’est à nous! Tout ça, c’est nous qui l’avons inventé!».
Ce n’est donc pas la France et l’Occident qui sont menacés par l’islam, mais bien le contraire. Un jour où l’autre, ils le phagocyteront! Et au regard de l’histoire, la gesticulation élyséenne actuelle apparaîtra pour ce qu’est est vraiment: un non-événement.
Hassan el-Wazzan ou Léon l’Africain ?
« A l’époque où les oiseaux savaient parler, vivait une sorte de courageux oiseau dont l’intelligence était tout à fait remarquable. Il était unique par sa capacité à vivre à la fois sur terre, avec d’autres oiseaux, et dans la mer au milieu des poissons1. A cette époque, tous les oiseaux devaient payer un impôt à leur roi une fois par an. Notre petit oiseau était résolu à ne rien payer du tout. Et quand le roi lui envoya ses représentants pour collecter ses impôts, il s’envola et ne s’arrêta pas avant d’avoir atteint les profondeurs de la mer. Tous les poissons vinrent pour l’accueillir et le pressèrent de rapporter des nouvelles de la terre. Il leur raconta que la vie devint tristement injuste là-haut, depuis qu’un roi lâche avait tenté de l’écarteler, sans raison particulière, en dépit du fait que lui, pauvre petit oiseau était le meilleur de ses sujets. Il les pria de l’accepter en leur sein et leur promis de dire au monde que ces étrangers avaient été plus hospitalier que les siens. Les poissons le crurent et il vécu parmi eux une année entière. Toutefois, quand vint le moment pour le roi des poissons de collecter ses impôts, notre petit oiseau s’envola également et cherche refuge sur terre. Et ainsi, chaque fois que le collecteur des impôts du roi des oiseaux venait, il plongeait sous les eaux et à chaque fois que c’était le collecteur des impôts du roi des poissons, il se précipitait à la surface. »
Hassan al-Wazzan – Léon l’Africain – néé musulman andalou à Fès, vécu 10 ans et se convertit au christianisme à Rome, et mouru sujet ottoman musulman à Tunis. Il fut celui qui apporta notamment le savoir carthographique islamique aux chrétiens, savoir qui leur permit par la suite de « découvrir » puis de coloniser l’Afrique de l’Ouest.
- le poisson est un symbole du christianisme [↩]
Le nous musulman frappe à la porte de la démocratie
Pour un groupe « relativement sans pouvoir », la première insurrection est celle de l’identité. Il en effet consubstantiel à la position dominée que de subir, avec une intensité certes variable, la stigmatisation, voire le déni d’existence. Les individus et les groupes concernés deviennent alors objets plus que sujets de discours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stigmatisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les arguments et les discours, tous consacrés à ce qu’il devrait penser de lui-même ». L’enjeu, dont on peut considérer qu’il constitue un préalable (non pas chronologique, mais logique) à toute dynamique de mobilisation, est bien alors de s’arracher à cette objectivation, et de constituer un « nous » alternatif, se réappropriant une identité collective jusqu’ici imposée. Les travaux sur les mobilisations fourmillent d’exemples de ces processus, qu’on pourra qualifier, à la suite de Rancière, de subjectivations : ce processus qui « crée [des sujets] en transformant des identités définies dans l’ordre naturel de la répartition des fonctions et des places en instances d’expériences d’un litige ». La subjectivation est donc une opération conflictuelle par essence, comprise dans un processus de mobilisation. Elle passe d’abord par une série d’opérations discursives, en particulier par un travail sur la dénomination du groupe, et par l’insertion de cette dénomination dans une narration universalisante de l’injustice. Ce travail de dénomination est aussi une forme d’inversion du stigmate imposé. (…) Mais l’opération de subjectivation n’est pas que discursive : les formes concrètes d’action adoptées par les groupes mobilisés (le « répertoire d’action » mis en évidence par les travaux de Charles Tilly) sont tout autant porteuses de ce message identitaire. Ces opérations de subjectivation, dans leur diversité, sont donc prises dans le même mouvement : celui d’un « arrachement » aux stigmates et aux représentations imposées, pour constituer une autre narration collective, celle de la colère. Se dessine ainsi, ce qu’on peut appeler, en reprenant un concept devenu récemment très populaire au sein de la sociologie des mobilisations, une économie morale spécifique des groupes mobilisés.
Nous nous affirmons musulmans et satisfaits de l’être : l’Islam pour nous est un cadre structuré et structurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, au marché, à l’école. Le Coran éclaire notre vie. Nous aimons notre Prophète صلى الله عليه و سلم [1] : il est notre modèle : c’est sur ses pas que nous nous efforçons de marcher. Par conséquent, nous ne demandons pas le droit de croire, nous sommes croyants et nous déclarons légitime l’affirmation de notre foi dans la sphère publique. Nous participons, en tant que ce que nous sommes, à la construction de la société dans laquelle nous vivons. Cette société est aussi la nôtre. (…) Nous sommes convaincus du potentiel émancipateur de l’Islam, en dépit de ce que prêche une certaine vulgate laïciste. Nous n’avons pas honte de notre foi islamique. Nous ne cherchons ni à nous justifier de cette foi, ni à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.




