Le nous musulman frappe à la porte de la démocratie


Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Pour un groupe « relativement sans pouvoir », la première insurrection est celle de l’identité. Il en effet consubstantiel à la position dominée que de subir, avec une intensité certes variable, la stigmatisation, voire le déni d’existence. Les individus et les groupes concernés deviennent alors objets plus que sujets de discours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stigmatisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les arguments et les discours, tous consacrés à ce qu’il devrait penser de lui-même ». L’enjeu, dont on peut considérer qu’il constitue un préalable (non pas chronologique, mais logique) à toute dynamique de mobilisation, est bien alors de s’arracher à cette objectivation, et de constituer un « nous » alternatif, se réappropriant une identité collective jusqu’ici imposée. Les travaux sur les mobilisations fourmillent d’exemples de ces processus, qu’on pourra qualifier, à la suite de Rancière, de subjectivations : ce processus qui « crée [des sujets] en transformant des identités définies dans l’ordre naturel de la répartition des fonctions et des places en instances d’expériences d’un litige ». La subjectivation est donc une opération conflictuelle par essence, comprise dans un processus de mobilisation. Elle passe d’abord par une série d’opérations discursives, en particulier par un travail sur la dénomination du groupe, et par l’insertion de cette dénomination dans une narration universalisante de l’injustice. Ce travail de dénomination est aussi une forme d’inversion du stigmate imposé. (…) Mais l’opération de subjectivation n’est pas que discursive : les formes concrètes d’action adoptées par les groupes mobilisés (le « répertoire d’action » mis en évidence par les travaux de Charles Tilly) sont tout autant porteuses de ce message identitaire. Ces opérations de subjectivation, dans leur diversité, sont donc prises dans le même mouvement : celui d’un « arrachement » aux stigmates et aux représentations imposées, pour constituer une autre narration collective, celle de la colère. Se dessine ainsi, ce qu’on peut appeler, en reprenant un concept devenu récemment très populaire au sein de la sociologie des mobilisations, une économie morale spécifique des groupes mobilisés.

Nous nous affirmons musulmans et satisfaits de l’être : l’Islam pour nous est un cadre structuré et structurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, au marché, à l’école. Le Coran éclaire notre vie. Nous aimons notre Prophète صلى الله عليه و سلم [1] : il est notre modèle : c’est sur ses pas que nous nous efforçons de marcher. Par conséquent, nous ne demandons pas le droit de croire, nous sommes croyants et nous déclarons légitime l’affirmation de notre foi dans la sphère publique. Nous participons, en tant que ce que nous sommes, à la construction de la société dans laquelle nous vivons. Cette société est aussi la nôtre. (…) Nous sommes convaincus du potentiel émancipateur de l’Islam, en dépit de ce que prêche une certaine vulgate laïciste. Nous n’avons pas honte de notre foi islamique. Nous ne cherchons ni à nous justifier de cette foi, ni à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.

Cercle de Réflexion : Islam, libération et anticolonialisme, Pour un Islam de justice et de libération

Revue de presse autour de l’affaire Mustapha Kessous

Revue de presse de l’affaire Mustaha Kessous, ce journaliste du Monde qui a témoigné sur le racisme ordinaire dont il était la victime et ce malgré son statut social :

  • Des Noms pas Propres – LeMonde.fr – Il y a des noms propres qui portent en eux-mêmes un statut de signifiant pur, détaché de la désignation d’une personne physique. Mustapha. N’Diaye. Lévy. Droit dans le symptôme de notre France profonde dans laquelle le pétainisme, le colonialisme, ont été tout, sauf des accidents. Prénoms et noms sont détournés de leur destination, ils cessent de décliner une identité. Ils deviennent le nom-de-l’Arabe, le nom-du-Noir, le nom-du-Juif.
  • Moi, Mustapha Kessous, journaliste au « Monde » et victime du racisme – Des histoires comme celles-là, j’en aurais tant d’autres à raconter. On dit de moi que je suis d’origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un « beurgeois », un enfant issu de l’immigration… Mais jamais un Français, Français tout court.
  • Les Indigènes de la république » Un miroir français – « Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente… ». C’est dans le journal Le Monde, un récit sobre, sans effets de plume, légèrement désabusé, mais gardant la distance de Mustapha Kessous qui sème l’émoi dans la blogosphère française. Ce sont racontées, des expériences ordinaires, banales, du quotidien d’un Français qui ne correspond pas à l’image d’Epinal du citoyen hexagonal.
  • BondyBlog : Et si c’était, aussi, la faute du « Monde » ? – Le récent témoignage de Mustapha Kessous, dans le journal « Le Monde », prouve l’incroyable arriération de la société française à l’égard de ses propres citoyens. Mais il est aussi, indirectement, un aveu accablant pour les rédactions des grands journaux français qui ont trop longtemps négligé la diversité en leur sein.
  • De quoi Kessous est-il le nom ? Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.
Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.

Mes signets du 03/07/2009 au 01/09/2009

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  • « Ceci n’est pas la femme égyptienne ! » – Pour la classe moyenne urbaine, menée par une partie importante de l'intelligentsia, il existe une entité abstraite homogénéisée, « le peuple », et qui est le pendant d'un « monde extérieur »pareillement homogénéisé. « Le peuple »glorifié est utilisé pour exprimer l'authenticité de la nation. Mais il n'est toléré que dans l'abstrait.
  • Al-aql wa-l-qalb : la raison et le coeur – | Oumma.com – L’attachement du musulman lambda pour une argumentation d’ordre scientifique concernant le Coran découle d’une éducation reçue dans une société prônant la supériorité des sciences positives. Le plus souvent, il ne tient cette argumentation que dans le cadre d’un débat avec des non-musulmans ou des non-croyants. Sans même en être conscient, il adapte le concept de « véracité du contenu coranique » aux modes réflexifs de la société dans laquelle il vit. Alors qu’au temps du Prophète, la « preuve » se manifestait à travers le seul sentiment d’émerveillement devant les créations du Seigneur, elle se trouve aujourd’hui cantonnée dans le seul domaine de la scientificité et ne s’exprime que par une observation empirique du monde.
  • Y a-t-il un « racisme anti-blanc » ? – Les mots sont importants (lmsi.net) – Bien des « Français d’origine française » – des Blancs – peuvent se sentir agressés par mon propos. Et je le regrette. Il n’est nullement dans mon intention, pas plus que dans celle du Mouvement des indigènes, de suggérer une culpabilité collective. Cependant, le fait de se sentir ainsi agressés ne révèle-t-il pas un problème ?

On ne se cache pas derrière les mots…


Dans ce débat-conférence sur Radio France Culture le 4 juin 2009, Houria Bouteldja, invitée en tant que porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République, s’est exprimée sur de nombreux sujets concernant les indigènes.

(Cliquez sur les flèches pour écouter les extraits)

Ce débat sur le « Nous et les Autres » a permis d’aborder le sujet de la communauté politique. C’est à dire sous quelles conditions Nous (les Blancs) et les Autres (les Indigènes) peuvent former un Nous politique selon l’optique décoloniale du MIR.

Par ailleurs, et vu que les mots sont importants, Houria Bouteldja a abordé la question du mot « diversité ». Pourquoi ce mot a-t-il tant de succès ? Que cache-t-il ? Quels sont les intérêts politiques qu’il sert ? Houria fait indubitablement partie de cette diversité. Mais comment le savons nous ? D’où nous viens ce savoir permettant d’identifier immédiatement un membre de la diversité ? Vous verrez que la diversité révèle la culture « scientifique » de la race qui imprègne la société française pour mieux tenter de la dissimuler et de sauver la colonialité nichée au sein de la République. Mais « on ne peut pas se cacher derrière les mots »…

C’est en opposition au terme de diversité, dont une critique doit émerger dans l’espace publique, que nous devons lui opposer le terme Indigène qui recouvre la même réalité mais avec une optique opposée, celle de révéler la confrontation raciale de la société et de la combattre au lieu de la dissimuler.

Finalement, un autre mot « intégration » est à remplacer par celui de « libération ». Intégrés, nous le sommes déjà, les militants de l’immigration n’ont eu de cesse de le rappeler. Et comme projet alternatif à celui de l’intégration, forme euphémisée d’assimilation, nous proposons celui de libération. Libération des indigènes, mais qui conduit à la libération des blancs eux-même du poids colonial. En effet les indigènes n’existent que parce qu’il y a des blancs, et de la même façon les blancs n’existent que parce qu’il y a des indigènes.

Ensuite, la séance de questions/réponses a permis d’explorer d’autres mots. Youssef Boussoumah a rappeler dans le cas de la Guerre d’Algérie, l’importance de la mémoire collective des victimes et pourquoi il ne fallait pas laisser la prétendue vérité historique scientifique avoir le dernier mot… Bien sûr son exemple est extensible à d’autres situations, il est universalisable. Il a abordé aussi le problème très actuel de l’anti-capitalisme, et pourquoi il fallait y inclure le rapport Nord/Sud pour le remettre sur ses pieds…

Houria Bouteldja nous a donné également une belle leçon de féminisme ! Salutaire rappel en ces temps où le féminisme est exploité à des fins paternalistes voires même racistes à l’égard des femmes identifiées comme musulmanes, notamment par des féministes historiques comme Elisabeth Badinter, mais également par NPNS et les féministes islamophobes où qui pensent que l’Islam est la source du problème…

Puis une femme blanche qui écrit l’Histoire se présentant comme telle, a exprimé son mal-aise dégoulinant. Bien mal lui en a pris, le voilà accusée de simplification abusive et d’opposer les méchants hommes/blancs aux gentils femmes/indigènes. Ce qui a quand même permis à Houria Bouteldja de lui expliquer ce qu’est le féminisme, et en quoi dénoncer le privilège Blanc est nécessaire et relève bien de la complexité de ce monde.

Contexte :
« Hors les Murs », Collège International de Philosophie sur France Culture.
Emission « Nous et les Autres ».
par Joël Roman, directeur de la collection Pluriel chez Hachette Littérature.

Mes signets du 23/06/2009 au 24/06/2009

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  • [LDH-Toulon] projet de loi anti-bandes de Christian Estrosi : inutile et dangereux pour les libertés – Les Bandes de jeunes, cette loi n’est qu’un prétexte : « C’est avant tout pour afficher que l’on se préoccupe d’un problème et pour occuper un espace politique dont on pense qu’il est rentable vis-à-vis d’une partie de l’électorat » [2].
  • Miguel Benasayag : "La liberté, c’est déployer sa propre puissance dans chaque situation" – Article11 – Extraits : "Le commun est devenu de l’entubage. On assiste à la création d’un monde en réaction avec le commun, où finalement la seule évidence qui existe, c’est moi. Moi j’existe, moi je suis comme ça, j’aime le chocolat. La seule vérité, c’est donc « Moi, je… ».
    On passe d’un monde dans lequel il y a un grand dessein, un grand récit, à un autre dans lequel il n’y a que des petits récits minables. (…) Pour moi, des gens qui n’agissent que pour le plaisir c’est synonyme de barbarie. Il est évident que si l’on accepte que le plaisir soit le moteur principal de notre agir, ça ne peut conduire qu’à la barbarie."
  • Mon Massir: Journal d’une femme adultère – Critique d'un roman par Massir. Dans ce livre racontant l'histoire d'une femme adultère dans un milieu juif le racisme est prégnant : "au sein de ces juifs, il y ait une discrimination: il y a le bon juif, qui est d'origine européenne, et le mauvais juif qui est d'origine arabe."
    Entre en somme le juif qui est excusé d'être juif parceque blanc et le juif arabe qui cumulerait les tares…
  • Quelle histoire pour les dominés ? – « Provincialiser l’Europe », tel est le credo provocateur de cet historien du sous-continent indien. Figure de proue des subaltern studies, Dipesh Chakrabarty marque avec force que la modernité peut avoir bien des visages et pas seulement celui des élites occidentales.

Mes signets du 18/06/2009 au 23/06/2009

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  • Jean-Paul Sartre – De 1948 à 1967, l'existentialisme sartrien était très en vogue au Proche-Orient. Convoqué par les nationalistes laïcs du Baath appartenant à la petite bourgeoisie arabe pour contrer le communisme et l'islamisme se disputant alors la domination de leur région, ce courant avait des échos très favorables chez les lecteurs arabes du Levant.
  • « Le plus grand danger social, c’est le bandit imberbe » – La vie des idées – L’inquiétude suscitée par la délinquance juvénile possède une longue histoire. À la fin du XIXe siècle, comme le rappelle Jean-Jacques Yvorel, les républicains adoptèrent une politique ambiguë, mêlant bagnes pour enfants et invention d’une minorité pénale sortant les jeunes de moins de treize ans du champ de la répression. Un siècle plus tard, les peurs sont les mêmes mais les réponses divergent.
  • La revue des ressources : Vos ancêtres les Gaulois : petite anthologie de la pensée raciste en France – Anthologie de la pensée raciste du Pays France : Voltaire, Maupassant, Victor Hugo, Jules Ferry, Emmanuel Kant, Hume, Montesquieu Ernest Renan…

Mes signets du 11/06/2009 au 15/06/2009

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