Le nous musulman frappe à la porte de la démocratie

septembre 14, 2010 · Posted in Citations, Pensées · Comment 

Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Pour un groupe « relativement sans pouvoir », la première insurrection est celle de l’identité. Il en effet consubstantiel à la position dominée que de subir, avec une intensité certes variable, la stigmatisation, voire le déni d’existence. Les individus et les groupes concernés deviennent alors objets plus que sujets de discours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stigmatisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les arguments et les discours, tous consacrés à ce qu’il devrait penser de lui-même ». L’enjeu, dont on peut considérer qu’il constitue un préalable (non pas chronologique, mais logique) à toute dynamique de mobilisation, est bien alors de s’arracher à cette objectivation, et de constituer un « nous » alternatif, se réappropriant une identité collective jusqu’ici imposée. Les travaux sur les mobilisations fourmillent d’exemples de ces processus, qu’on pourra qualifier, à la suite de Rancière, de subjectivations : ce processus qui « crée [des sujets] en transformant des identités définies dans l’ordre naturel de la répartition des fonctions et des places en instances d’expériences d’un litige ». La subjectivation est donc une opération conflictuelle par essence, comprise dans un processus de mobilisation. Elle passe d’abord par une série d’opérations discursives, en particulier par un travail sur la dénomination du groupe, et par l’insertion de cette dénomination dans une narration universalisante de l’injustice. Ce travail de dénomination est aussi une forme d’inversion du stigmate imposé. (…) Mais l’opération de subjectivation n’est pas que discursive : les formes concrètes d’action adoptées par les groupes mobilisés (le « répertoire d’action » mis en évidence par les travaux de Charles Tilly) sont tout autant porteuses de ce message identitaire. Ces opérations de subjectivation, dans leur diversité, sont donc prises dans le même mouvement : celui d’un « arrachement » aux stigmates et aux représentations imposées, pour constituer une autre narration collective, celle de la colère. Se dessine ainsi, ce qu’on peut appeler, en reprenant un concept devenu récemment très populaire au sein de la sociologie des mobilisations, une économie morale spécifique des groupes mobilisés.

Nous nous affirmons musulmans et satisfaits de l’être : l’Islam pour nous est un cadre structuré et structurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, au marché, à l’école. Le Coran éclaire notre vie. Nous aimons notre Prophète صلى الله عليه و سلم [1] : il est notre modèle : c’est sur ses pas que nous nous efforçons de marcher. Par conséquent, nous ne demandons pas le droit de croire, nous sommes croyants et nous déclarons légitime l’affirmation de notre foi dans la sphère publique. Nous participons, en tant que ce que nous sommes, à la construction de la société dans laquelle nous vivons. Cette société est aussi la nôtre. (…) Nous sommes convaincus du potentiel émancipateur de l’Islam, en dépit de ce que prêche une certaine vulgate laïciste. Nous n’avons pas honte de notre foi islamique. Nous ne cherchons ni à nous justifier de cette foi, ni à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.

Cercle de Réflexion : Islam, libération et anticolonialisme, Pour un Islam de justice et de libération

Revue de presse autour de l’affaire Mustapha Kessous

septembre 25, 2009 · Posted in Liens · Comment 

Revue de presse de l’affaire Mustaha Kessous, ce journaliste du Monde qui a témoigné sur le racisme ordinaire dont il était la victime et ce malgré son statut social :

  • Des Noms pas Propres – LeMonde.fr – Il y a des noms propres qui portent en eux-mêmes un statut de signifiant pur, détaché de la désignation d’une personne physique. Mustapha. N’Diaye. Lévy. Droit dans le symptôme de notre France profonde dans laquelle le pétainisme, le colonialisme, ont été tout, sauf des accidents. Prénoms et noms sont détournés de leur destination, ils cessent de décliner une identité. Ils deviennent le nom-de-l’Arabe, le nom-du-Noir, le nom-du-Juif.
  • Moi, Mustapha Kessous, journaliste au « Monde » et victime du racisme – Des histoires comme celles-là, j’en aurais tant d’autres à raconter. On dit de moi que je suis d’origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un « beurgeois », un enfant issu de l’immigration… Mais jamais un Français, Français tout court.
  • Les Indigènes de la république » Un miroir français – « Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente… ». C’est dans le journal Le Monde, un récit sobre, sans effets de plume, légèrement désabusé, mais gardant la distance de Mustapha Kessous qui sème l’émoi dans la blogosphère française. Ce sont racontées, des expériences ordinaires, banales, du quotidien d’un Français qui ne correspond pas à l’image d’Epinal du citoyen hexagonal.
  • BondyBlog : Et si c’était, aussi, la faute du « Monde » ? – Le récent témoignage de Mustapha Kessous, dans le journal « Le Monde », prouve l’incroyable arriération de la société française à l’égard de ses propres citoyens. Mais il est aussi, indirectement, un aveu accablant pour les rédactions des grands journaux français qui ont trop longtemps négligé la diversité en leur sein.
  • De quoi Kessous est-il le nom ? Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.
Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.

Mes signets du 03/07/2009 au 01/09/2009

septembre 1, 2009 · Posted in Liens · Comment 

Ma selection de liens du 03/07/2009 au 01/09/2009:

  • « Ceci n’est pas la femme égyptienne ! » – Pour la classe moyenne urbaine, menée par une partie importante de l'intelligentsia, il existe une entité abstraite homogénéisée, « le peuple », et qui est le pendant d'un « monde extérieur »pareillement homogénéisé. « Le peuple »glorifié est utilisé pour exprimer l'authenticité de la nation. Mais il n'est toléré que dans l'abstrait.
  • Al-aql wa-l-qalb : la raison et le coeur – | Oumma.com – L’attachement du musulman lambda pour une argumentation d’ordre scientifique concernant le Coran découle d’une éducation reçue dans une société prônant la supériorité des sciences positives. Le plus souvent, il ne tient cette argumentation que dans le cadre d’un débat avec des non-musulmans ou des non-croyants. Sans même en être conscient, il adapte le concept de « véracité du contenu coranique » aux modes réflexifs de la société dans laquelle il vit. Alors qu’au temps du Prophète, la « preuve » se manifestait à travers le seul sentiment d’émerveillement devant les créations du Seigneur, elle se trouve aujourd’hui cantonnée dans le seul domaine de la scientificité et ne s’exprime que par une observation empirique du monde.
  • Y a-t-il un « racisme anti-blanc » ? – Les mots sont importants (lmsi.net) – Bien des « Français d’origine française » – des Blancs – peuvent se sentir agressés par mon propos. Et je le regrette. Il n’est nullement dans mon intention, pas plus que dans celle du Mouvement des indigènes, de suggérer une culpabilité collective. Cependant, le fait de se sentir ainsi agressés ne révèle-t-il pas un problème ?

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