Mes signets du 16/02/2009

Ma selection de liens du 16/02/2009 :

  • Multitudes Web – 5. « Les Subalternes peuvent-illes parler ? » et autres questions transcendantales. – L’auteur repend la question soulevée au début des années 1990 par Gayatri Spivak dans un article célèbre et difficile : « Les Subalternes peuvent-illes parler ? », qui a alimenté d’interminables discussions dans le champ des études postcoloniales. Il entend montrer que la question est trompeuse, qu’il s’agit moins de savoir dans l’absolu si les subalternes peuvent parler – ils le font de toute évidence -, que de savoir s’ils parviennent à le faire et à se faire entendre lorsque cela importe vraiment, dans un contexte politique déterminé.
  • "Performe ton genre : Performe ta race !", Repenser l’articulation entre sexisme et racisme à l’ère de la postcolonie – Sophia – Le corps, le corps sexué, n’est pas le fondement inébranlable, le socle naturel des hiérarchies et divisions sociales. Le corps sexué n’est pas la cause – ou même l’occasion – d’un rapport de pouvoir, mais plutôt l’effet d’un rapport de pouvoir, au sens où il est façonné, discipliné par ce rapport, qui renvoie à un système de domination articulé à l’hétérosexualité reproductive.
  • Réseau scientifique TERRA – « Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques unes à être courageuses ». Dénoncer la double exclusion des femmes noires d’un féminisme blanc et bourgeois et d’un nationalisme noir sexiste. Ces féministes noires ont dénoncé une oppression simultanée de race, de classe, de sexe et du modèle de sexualité.
  • Multitudes Web – 05. Savoirs_Vampires@War – Les subalternes peuvent-ils parler ? Quel savoir peuvent produire des anormaux, des indigènes ou des handicapés ? Ce texte offre une cartographie schématique des déplacements des savoirs dominants vers une multiplicité de savoirs locaux ou minoritaires (critiques postcoloniales, postféministes, queer, trans).

La laicité, autopsie d’un projet inachevé

Bannir le voile, c’est être pour les droits des femmes et la modernité ? Accepter le voile, c’est être pour l’obscurantisme islamiste et contre le droit des femmes ? La pensée dominante a imposé ces seules options. Le voile islamique a défrayé les chroniques de la France ces dernières années. Et la laïcité a été brandie à la rescousse, mais était-ce sa mission ?
Suite à cette actualité, je me suis intéressé à sa genèse et à son actualité d’un point de vue matérialiste : qui a eu intérêt à la faire, à qui a-t-elle profité, et qui s’y est opposé et pourquoi…

Expulser le sacré du discours public

Caricature anti-cléricale école

D’où vient l’idée de séparation de l’Eglise et de l’Etat ?

En France au XIXème siècle, l’Eglise Catholique a clairement soutenu le camp réactionnaire, royaliste, conservateur contre les républicains inspirés des idées des Lumières. Sachant que les ruraux était dans leur grande majorité pieux et que la France encore très rurale, il était difficile pour les républicains de mener les réformes qu’ils souhaitaient. En réalité l’Eglise catholique a agit comme si elle était un parti politique tout en étant une religion, elle disposait de bien plus de fidèles que tous les partis politiques réunis. Son emprise très profonde sur la sphère publique commençait à se fissurer dans les grands pôles urbains industrialisés. L’Eglise représentait donc un rival inacceptable pour la République industrielle et urbaine naissante. L’Eglise était opposée au monde ouvrier, porteur de tous les vices dont parmi eux le concubinage et l’égalité des hommes et des femmes devant le labeur. La laïcité est bien le fruit de cette nécessité historique de réduire le rôle politique d’une institution à la fois spirituelle et temporelle.

Mais dans un même temps la laicité est un compromis née d’un paradoxe. Comment, dans une France à très grande majorité croyante, imposer un projet politique rationnel évacuant le sacré ? C’est la laicité qui le permet car sans être l’interdiction de la religion, elle donne la possibilité du sécularisme aux croyants et la raison sans l’accusation d’athéisme.

Entre sphère privée et publique

Président Chirac et le Pape
Président Sarkozy et le Pape

La religion n’est pas simplement une croyance privée mais une pratique, avec des rites, partagée par la communauté des croyants et se vit en public. D’ailleurs les catholiques en France ne se cachent pas pour pratiquer leur culte. Les églises font même partie du patrimoine national. Les cloches sonnent tous les dimanches. Les processions religieuses connaissent une popularité jamais démentie. Les visites des hommes politiques auprès du Pape sont toujours médiatisé, tout comme ses propos, ses actes et même ses déplacements de par le monde. L’Église Catholique a ses médias : sa radio, ses émissions télé sur une chaîne publique, ainsi que sa presse.
Pourtant on parle de la laïcité comme le fait de confiner à l’espace privé la religion. La laicité ainsi conçue, la religion confinée à l’espace privée, reste projet à réaliser… Mais qui oserait dé-catholiciser la France ?

Un rempart au service de l’« identité nationale »

France, fille aînée de l'Eglise

La laïcité est à présent revue de façon majoritaire comme l’interdiction de pratiquer sa religion ailleurs qu’en privé à l’exception notable des religions faisant partie de l’identité nationale. La nouvelle laïcité est désormais défendue par ses plus anciens détracteurs : les zélotes de l’identité « judéo-chrétienne » de la France. D’ailleurs des propos de Jesus « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » sont employés pour expliquer que, contrairement à l’Islam, le christianisme contient en son sein la laïcité. Et par un tour de passe-passe, qui aurait fait hurler ses initiateurs, la laïcité devient un concept chrétien.

Il ne serait pas permis d’être musulman en public, mais catholique oui. Et pour cela, on définit les permissions et les autorisations en fonction des besoins des religions. Le vêtement chez la femme devient important (femmes voilées) mais pas chez les femmes organisant le culte (« bonnes » soeures). La barbe devient un signe religieux mais uniquement chez ceux qui ont l’air d’être musulman. Car sous prétexte de laïcité il ne s’agit pour beaucoup que d’un refus de l’alterité, d’une xénophobie tacite. Le racisme étant pénalisé, il ne trouve son expression que dans la nouvelle laïcité et la haine des musulmans sous l’euphémisme de critique de l’Islam.

En France, tout comme le pouvoir tunisien l’affirme dans ses discours contre le voile, il s’agit de lutter contre les « influences étrangères », car au fond tout va bien chez nous, et la menace a été importée d’ailleurs. Le problème de la menace contre la laïcité viendrait donc de la présence des immigrés. Quelle absurdité, sachant que la laïcité, permet justement à ceux qui ne sont pas de la religion « légitime » d’être des citoyens à part entière. Un projet progressiste serait que la laicité ne constitue pas un acquis de l’athée de culture franco-catholique mais une opportunité pour celui et celle qui n’est pas d’une culture française d’inspiration catholique de faire partie de la nation française.

Pour approfondir la discussion

Siffler la Marseillaise : un délit d’ingratitude ?

La France a encore une fois été humilié au stade de France lors d’un match de football entre une équipe d’un pays du Maghreb ancien colonisé et d’origine de grands nombres de français descendants d’immigrés. Le motif suprême de l’humiliation : l’hymne national français, que Mme la ministre Christine Boutin souhaitait abolir, y a été sifflé. Encore une fois c’est le tollé dans les rangs des hommes d’Etat. M. Le Premier ministre propose d’interrompre les matchs lorsque les hymnes nationaux sont sifflés. Et c’est l’entraîneur de la très « De Souche » équipe de rugby national, qui propose de discriminer les pays du Maghreb en ne jouant pas avec eux.

Les hommes politiques renoueraient donc-ils avec l’amour de la patrie et le nationalisme ? N’est-il plus permis de critiquer son propre pays ? Ou alors est-ce plutôt qu’il n’est pas permis de critiquer le pays qui nous accueille mais dont on reste fondamentalement un étranger ? D’ailleurs ces « soit-disant » français ne sont-ils pas suspects de trahison lorsqu’ils soutiennent le pays de leur parents contre le « généreux » pays qui les a « accueilli » ? Ils devraient apparamment se montrer bien reconnaissant de l’honneur qui leur est fait. Au lieu de ça ils profitent des avantages de la France, et rejettent ce qui ne leur plaît pas. A peu près comme tous les autres citoyens. Des citoyens qui n’ont de cesse de parler de leur pays comme d’un pays à la trâine, d’un pays de fénéants. Ce droit à la critique, garanti par les droits de l’Homme, dont la France se voit comme la patrie mère ne s’applique apparamment à tous de la même façon. Pour avoir le droit de critiquer apparamment il faut montrer patte blanche…

Frédéric Lefebvre, éminent membre de la très patriote UMP, explique que les français d’origine tunisienne ont été adoptés par la France et qu’en conséquence ils lui doivent le respect. C’est évident l’enfant abandonné et adopté par une nouvelle famille lui doit le respect. La France a recueilli les orphelins tunisiens, ces mal-famés dont personne ne voulait, et les a traité comme ses propres enfants. Nan mais on croit rêver… Les français d’origine tunisienne apprécieront… Sont-ils des enfants illégitimes ? Sont-ils des enfants adoptés ? Avoir une mère et un père tunisien est-ce moins honorable qu’avoir des parents français ?

Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, n’a pas joué lui sur la fibre nationaliste mais sur la République. Un idéal qu’il est interdit de critiquer. Ces français selon M. Hammadi devraient être reconnaissant car il est à l’opposé de celui de Ben Ali. Pourtant M. Ben Ali est le président d’une République également. Et c’est là qu’on comprends, la République française est elle pure, intouchable, et ces nouveaux citoyens devraient être reconnaissant de vivre dans un pays où ils sont égaux, libre et la fraternité règne. Du moins dans l’idéal. Car dans cet idéal républicain, les citoyens descendants d’immigrés semblent devoir rester moins égaux, moins libre et se contenter de ce qu’ils ont.

Articles, que j’ai apprécié, sur le même sujet :

Mikakl DNKoviste is working, and you?

After B.A.B Blagues à Bader, LOL Corp present you le camarade modèle Mikakl DNKoviste.

En réponse à B.A.B Blagues à Bader voici une présentation de Mikael, un très cher ami rassurez-vous. Mikakl DNKoviste a inspiré de grands hommes comme Stakhanov et son stakhanovisme qui consiste à bosser toujours plus que les autres.

Mikakl DNKoviste

Les grands principes à Mikaël

principes : n.m tout ce que Mikael a et dont les autres manquent

  • Mikael ne te donne pas un rendez-vous, il t’accorde une audience, alors rappelle toi en bien ! Obtenir un rendez-vous avec Mikael c’est encore plus difficile que d’avoir un jour sans Sarkozy à la télé.
  • Mikael est tellement prudent qu’il a un alcootest intégré qui le rends tout rouge quand il boit ne serait-ce qu’une bière.
  • Mikael ne croit pas dans les gens, mais les gens croient en Mikael.
  • Mikael est français arméno-vietnamien, avoue que tu savais pas que ça existait hein !
  • Mikael est éternellement fauché, un sandwich à 3€ t’es fou c’est trop cher, enfin c’est ce qu’il veut bien faire croire…

Les loisirs à Mikaël

Loisir : n.m. temps perdu qui aurait pu servir à travailler.

  • Mikael n’aime pas Sarkozy et son « travailler plus », parce que Mikael travaille déjà tout le temps mis à part quand il dort, et encore personne n’est allé voir ce qu’il faisait dans ses rêves…
  • Mikael a tellement aimé les colonies de vacances quand il était petit qu’aujourd’hui encore toutes ses vacances ils les passent en colonie de vacances soit disant comme moniteur…
  • Mikael déteste tellement le temps libre qu’il maximise le temps passé pour chaque travail qu’on lui donne à faire.
  • Mikael ne travaille pas pour gagner de l’argent, il gagne de l’argent pour travailler…
  • Mikael est un peu comme Jésus des temps modernes, il est sur terre pour une mission : sauver l’humanité, sauf que Mikael il bosse lui c’est pas un chomeur qui s’est pris pour le fils de Dieu.
  • Mikael est un peu le Ché des temps modernes, il est sur Terre pour une mission : établir une société juste, sauf que Mikael c’est pas un glandeur de bobo sapé comme un clochard parti jouer au gendarme et au voleur.

Le style à Mikaël

Style : n.m embellir le naturel. contre exemple : Mikael n’en a pas besoin, il a déjà ses si beaux cheveux.

  • Mikael est est à l’écoute du monde qui bouge autour de lui branché sur la mode… des années 80 😉
  • Mikael a de beaux cheveux, et il le sait, c’est son atout séduction numéro un avec sa dent en or. Quoi comment ça il a pas de dent en or ?
  • Mikael aime frimer dans les rues de Paname la nuit au bras d’une belle femme dans sa belle voiture, enfin il aimerait…
  • La bière préférée de Mikael est l’Adelscott, ne demandez pas pourquoi, Mikael lui-même ne sait pas, il a juste trouvé que le nom sonnait australien et comme l’Australie c’est cool..
  • Mikael croit que ses initiales c’est DNK dont il a fait son blase, mais va bien falloir que quelqu’un se dévoue pour lui dire que c’est MD.

Le paternalisme et l’islamophobie au secours des femmes ?

Ces derniers temps, dans les medias, on a beaucoup commenté un jugement rendu par le Tribunal de grande instance de Lille. Une femme a menti sur sa virginité à son futur mari. Le marié découvrant la vérité, demanda alors l’annulation du mariage qu’il obtint en vertu du mensonge sur les « qualités essentielles », principe du Droit français. La jurisprudence a reconnu que parmi ces « qualités essentielles » il y avait la nationalité et la capacité à donner du plaisir sexuel à sa ou son partenaire. Ne pas être un bon coup au lit, ou ne pas avoir la bonne nationalité semble étrangement tout à fait acceptable. Tous ces critères sont des atteintes à la dignité humaine car le mariage ne doit pas être un simple contrat.

Des dizaines d’articles qui se déversent en long et en large dans la presse française s’attardent sur la religion des mariés alors que le jugement n’a jamais fait mention de la religion ni des origines des plaignants et que ces derniers n’ont jamais invoqué l’islam comme argument. Pourquoi alors spécifier que les mariés étaient musulmans ? Christianisme, judaisme n’ont-ils pas la même position sur la sexualité hors mariage ?

Mais voyons les choses en face, il ne s’agit que de prétextes pour attaquer encore une fois les musulmans. Des musulmans présumés coupables de vouloir attenter à la laïcité et faire régresser la France pour reprendre les mots de l’UMP et de « Ni Putes Ni Soumises ». L’ancienne présidente de « Ni putes ni Soumises », et Ministre, Fadela Amara, a évoqué une «fatwa contre l’émancipation des femmes» ajoutant «J’ai cru que l’on parlait d’un verdict rendu à Kandahar.» Pardon, mais quel rapport avec une fatwa ? La justice française n’a fait qu’appliquer le droit franco-français ! Pourquoi faire le rapprochement avec un régime intégriste disparu, avec une réalité extérieure à la France ? Peut-être pour retirer aux Français musulmans leur qualité de Français, leur assigner une identité étrangère, et faire encore et toujours de la seconde religion de France un fait « anti-français » par nature ?

Le député UMP Jacques Myard a exprimé son « indignation » face à une décision « choquante (qui) avalise un intégrisme archaïque ». Marie-Georges Buffet, secrétaire générale du PCF, a déclaré quant à elle: « Toute logique communautariste devrait être étrangère à la justice française, et Mme Dati aurait du demander au parquet de faire appel de cette décision, plutôt que de justifier l’injustifiable ». Il est bon de se demander si ces responsables politiques auraient tenu des propos de cette nature dans le cas où les époux n’auraient pas été d’origine marocaine ?

En parlant de Rachida Dati et de sa condamnation de la politique des « grands frères » et puisqu’on parle de femmes et de laïcité, rappelons qu‘un mâle basané n’est pas un macho archaïque en puissance. Le sexisme n’est le monopole d’aucune origine ou religion. La stratégie paternaliste de « protection » des jeunes filles menacées par l’archaïsme de leur « communauté » est une autre manière de stigmatiser les mâles de la dite communauté. La cause de l’égalité entre hommes et femmes est trop importante pour servir de faire-valoir à des propos à la limite du racisme.

Sur le fond de la décision, la jurisprudence considère que c’est aux personnes de définir eux-mêmes de définir ce qu’est la qualité essentielle d’une personne. Après tout nous vivons dans une société où chacun a sa moralité, n’est-ce pas ? Tout est pareil, tout se vaut. Et le racisme au fond, n’est qu’une opinion n’est-ce pas ? Non, il faut refuser ce genre de pensée, et réaffirmer l’universalité des principes qui doivent régir notre société et contenu dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. « [L’homme et la femme] ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution » ainsi que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ».

Version longue sur la base d’un texte que j’ai rédigé pour Les Indivisibles

Sources :

Mes signets du 03/06/2008

Mes signets du jour :

blogmarks.net

Islam, Nation et Individualisme

Les changements historiques irrémédiables en Tunisie

Le voile bourgeonne en Tunisie comme les mini-juppes en France au printemps… Non pas que les mini-juppes ne bourgeonnent pas à Tunis… Mais le voile islamique gagne du terrain. Et lorsque l’on dit voile, on oublie tout ce que ça entraine. Evitement de tout individu de sexe masculin, habits ayant pour but de cacher le maximum des formes féminines et pression implicite sur les non-voilées. (Je ne rentre pas dans le cas du voile intégré comme accessoire de mode). Car en Tunisie, il y a un concept avec lequel on ne transige pas : on est tous musulman. Mais le mur se fissure…

De nombreuses personnes osent aujourd’hui revendiquer la laicité pour la Tunisie. Un acte politique. La politique c’est pourtant tabou. Soyons honnête, parmi ces laïques un grand nombre de déistes, athés, agnostiques ou en tout cas non-musulman. Bien sûr, parmi eux un grand nombre de musulmans également, mais surtout de ceux qui se disent non-pratiquant. Pourtant ils ne semblent pas avoir peur. S’ils étaient sages ils devraient pourtant vu le contexte de soit-disant réislamisation et l’intransigeance du pouvoir.

Ne peut-on pas être musulman et revendiquer la laïcité ? Peut-être bien que c’est compatible, mais quel intérêt de revendiquer une telle chose dans un pays ou les mosquées cadrillent le territoire de la République de façon plus fine que les écoles, où l’Islam est enseigné en maternelle, et où on emploie quotidiennement des formules islamiques. Bien sûr, beaucoup les emploient dans un contexte laïque. Mais quand l’on vous corrige quand vous avez dit beslema ou 3aslema au lieu de salam alikoum, là vous pouvez être sur qu’implicitement être un arabe implique être musulman.

La communauté des musulmans, oumma, n’a pas cessé d’exister. On s’appelle frères entre hommes et soeurs entre femmes, vendredi on ne vends ni ne bois d’alcool. La nouvelle radio à vocation religieuse, Zitouna, fait un tabac chez les taxis. On évite de blasphémer… La patrie, ça vient après. Les taxis c’est la tunisie populaire. Le taxi il s’en tappe, il met Zitouna, et il t’emmerde. Le taxi exige de toi que tu lui dises « salam alikoum » comme un musulman. Il en a rien à cirer que 3aslema soit la tradition tunisienne, salam alikoum c’est pur, donc mieux.

L’Etat a beau être nationaliste et tenter d’insuffler l’amour de la patrie par tous les pors de la peau du citoyen, rien à faire, l’oumma reste la référence populaire. On se dit bien plus volontiers tunisien arabe non-musulman dans les beaux quartiers que dans un quartier populaire.

Le prophète des musulmans Mohammed, a été le premier à introduire l’individualisme instutionnalisé chez les Arabes en brisant le tribalisme polythéiste. Aujourd’hui celles qui portent le voile répètent son exemple. D’autant qu’elles ne sont pas des femmes soumises : elles font des études, travaillent, et ne se taisent pas devant un homme. Elles s’opposent à la doctrine officielle et rien ne leur résiste. D’ailleurs comment voulez-vous que les gens montrent leur individualité sinon ?

La consommation de masse, la mode, et la religion sont les trois choses qu’une tunisienne apprends dès toute petite. La société la veut bonne épouse. Elle se veut heureuse, elle veut voir ses désirs comblées. Les traditions tunisiennes c’est de la nostalgie comme ils disent, c’est bon mais archaïque. Et lorsque la frustration apparaît, ou simplement que la consommation de masse ne suffit pas, la tradition étant discréditée, et la politique inaccessible, il ne reste plus la religion. Débattre, discuter, remettre en question l’ordre établi est facile avec la religion. Qui t’empêchera d’être musulman comme tu le souhaites ? D’ailleurs les français musulmans ne se trompent pas de combat lorsqu’ils disent (hypocritement et lachement) que la Tunisie empêche la liberté de culte. C’est une valeur étrangère à la Tunisie, au monde Arabe. Classiquement tout le monde doit adopter la religion de son clan, sa tribu, sa Nation. Quelle idée choquante de choisir et pratiquer la religion de son choix de la façon que l’on veut ?! On ne nait plus musulman, on le devient. Quelle forme absolue d’individualisme ! La politique, plus subversive encore, n’a pas de légitimité traditionnelle, et peut donc encore être proscrite.

Cependant depuis que l’individualisme a gagné la religion, tout change. Les laïques, alliance de ceux qui ne veulent pas attendre le paradis pour vivre comme ils l’entendent, ont entrepris également leur oeuvre d’émancipation collective. Bourguiba est mort, Ben Ali a construit la mosquée Abidine et autorisée la radio Zitouna, alors les citoyens sont libres aujourd’hui quand ils choisissent la laïcité. Ils ne le font pas parce que c’est dans l’air du temps, mais par initiative individuelle. Et de cette initiative, auparavant naissait simplement l’acte individuel, isolé du groupe. Aujourd’hui les laïques n’ont pas peur de s’unir pour afficher leur existence et la défendre.

Les structures classiques arabes se fissurent, le clan, la tribu… Et même le Parti ! Aujourd’hui triomphent des conceptions de l’individu libérées de l’ancien mythe de l’unité collective. La classe moyenne a une maison, une voiture, la parabole, la télé, le téléphone portable et mange à sa faim. Elle peut même se payer des loisirs, des voyages. Et ce n’est pas une religion qui y changera quelque chose quoiqu’en pensent les khouenjiya. Peut-être que l’alcool passera dans le marché noir, qu’en publique la norme islamique s’affirmera comme la loi. Mais ça ne changera en rien les mentalités, et les désirs de consommation, de sexy, et de réussite, de tous les tunisiens. Aujourd’hui d’anciennes femmes émancipées du temps de la décolonisation se convertisse en masse à un Islam bourgeois des salons. Demain qui sait ce que les enfants des bigots, constatant la complète schizophrénie de leur parents, inventeront ?

Il n’y a qu’un mouvement qui soit obsolète. Celui qui veut réprimer cette formidable poussée de liberté, de volonté de s’affirmer comme individu, de création de communautés de semblables hors des liens traditionnels arabes. Celui qui veut imposée sa vision de l’Islam par décret, qu’elle soit modérée ou ancestrale. Celui où la politique est le monopole des sages chefs et de leurs savants conseillers. Cette époque historique agonise. L’ironie c’est que plus leur politique réussit dans ses objectifs d’allier valeurs ancestrales et modernité, plus la société évolue dans le sens où leur disparition apparaît comme ineluctable.

Le problème pour moi, c’est que je fais partie de ces obsolètes. Je suis certes parmi les obsolètes dissidents. Il n’en reste pas moins qu’en Tunisie et en France, je suis une curiosité historique. Se rendront-ils compte de celà et décreteront-ils que je suis une impossibilité puis m’anihilerons ? Peu importe, c’est un danger que je veux courir car je suis du coté de la transformation sociale et du progrès, et je vous invite à me rejoindre.