La figure clivée du colonisé entre différence et ressemblance

février 3, 2010 · Posted in Citations, Pensées · Comment 

Colonisé sauvage

Colonisé régénéré (mimétisme)

Colonisé civilisé

«Il est en effet évident que le Malgache peut parfaitement supporter de ne pas être un Blanc. Un Malgache est un Malgache; ou plutôt non, un Malgache n’est pas un Malgache : il existe absolument sa « malgacherie ». S’il est Malgache, c’est parce que le Blanc arrive, et si, à un moment donné de son histoire, il a été amené à se poser la question de savoir s’il était un homme ou pas, c’est parce qu’on lui contestait cette réalité d’homme. Autrement dit, je commence à souffrir de ne pas être un Blanc dans la mesure où l’homme blanc m’impose une discrimination, fait de moi un colonisé, m’extorque toute valeur, toute originalité, me dit que je parasite le monde,  qu’il faut que je me mette le plus rapidement possible au pas du monde blanc, « que je suis une bête brute, que mon peuple et moi sommes comme un fumier ambulant hideusement prometteur de canne tendre et de coton soyeux, que je n’ai rien à faire au monde ». Alors j’essaierai tout simplement de me faire blanc, c’est-à-dire j’obligerai le Blanc à reconnaître mon humanité.»

Frantz Fanon, Du prétendu complexe de dépendance du colonisé – Peau Noire, masques blancs, 1952, p. 79

«Le Noir est à la fois le sauvage (le cannibale) et pourtant le plus obéissant et le plus célébré des serviteurs (le porteur de nourriture) ; il est l’incarnation de la sexualité ramante, le primitif, le simple d’esprit et pourtant le menteur  et le manipulateur des forces sociales le plus accompli du monde. À chaque fois, ce qui est dramatisé est une séparation – entre les races, les cultures et les histoires, au sein des histoires -, une séparation entre un avant et un après qui répète obsessivement le moment mythique de la disjonction. [...] Le fantasme colonial [...] propose une téléologie – dans certaines conditions de domination coloniale et de contrôle, l’indigène est progressivement réformable. De l’autre, toutefois, il affiche effectivement la «séparation», il la rend plus visible. C’est la visibilité de cette séparation qui, en déniant au colonisé toute capacité d’autogouvernement, d’indépendance, de modes occidentaux de civilité, donne son autorité à la version et à la mission officielles du pouvoir coloniale.»

Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.

«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. »

Ibid, p. 148

Mes signets du 11/11/2009 au 13/11/2009

novembre 13, 2009 · Posted in Liens · Comment 

Ma selection de liens du 11/11/2009 au 13/11/2009:

  • Observatoire des inégalités – Le retour des bandes – Les jeunes qui utilisent la force pour parvenir à leurs fins ne cherchent ni à détruire la société ni à contester ses principes fondateurs. Ils visent tout autant à s’emparer de biens matériels inaccessibles extrêmement valorisés qu’à exprimer symboliquement une très vive protestation. Par Robert Muchembled, historien.
  • Esther Benbassa : « Islam, obsession du siècle » | RespectMag – L’islam, c’est l’obsession du XXIe siècle comme le judaïsme l’était au XIXe siècle et début XXe. Les préjugés à l’encontre de musulmans sont les mêmes que ceux rencontrés par les juifs au 18ème siècle. « Ils se multiplient trop vite », disait-on à l’époque ! L’antisémitisme et l’islamophobie sont les résultats de ces focalisations. J’irai même plus loin : l’islam des Arabes dérange. Les Noirs musulmans sont nombreux mais on n’en parle pas. Le rapport Obin de juin 2004 (2) ne parle que des Arabes. Tout ça reste très politisé. Quand Nicolas Sarkozy vante « les racines chrétiennes de la France », cela veut dire : « la Turquie musulmane ne peut pas entrer dans la communauté européenne chrétienne ». Sauf que l’Europe a connu des bouleversements démographiques…
  • Global Challenge – A propos de L’Occident décroché de Jean-Loup Amselle par Irène BELLIER – Le titre choisi par Jean-Loup Amselle pour son Enquête sur les postcolonialismes témoigne d’une angoisse. On pourrait penser que dans un monde globalisé, interconnecté, et du point de vue d’un anthropologue spécialiste des « branchements » culturels, l’Occident se retrouve plutôt « interpellé » par les voix alternatives qui ont émergé dans les années 1980, si l’on se place dans la perspective du dialogue, « rattrapé » si l’on réfléchit en termes géopolitiques, ou « dépassé » si l’on pense à la crise du capitalisme et en termes de compétition.

Revue de presse autour de l’affaire Mustapha Kessous

septembre 25, 2009 · Posted in Liens · Comment 

Revue de presse de l’affaire Mustaha Kessous, ce journaliste du Monde qui a témoigné sur le racisme ordinaire dont il était la victime et ce malgré son statut social :

  • Des Noms pas Propres – LeMonde.fr – Il y a des noms propres qui portent en eux-mêmes un statut de signifiant pur, détaché de la désignation d’une personne physique. Mustapha. N’Diaye. Lévy. Droit dans le symptôme de notre France profonde dans laquelle le pétainisme, le colonialisme, ont été tout, sauf des accidents. Prénoms et noms sont détournés de leur destination, ils cessent de décliner une identité. Ils deviennent le nom-de-l’Arabe, le nom-du-Noir, le nom-du-Juif.
  • Moi, Mustapha Kessous, journaliste au « Monde » et victime du racisme – Des histoires comme celles-là, j’en aurais tant d’autres à raconter. On dit de moi que je suis d’origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un « beurgeois », un enfant issu de l’immigration… Mais jamais un Français, Français tout court.
  • Les Indigènes de la république » Un miroir français – « Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente… ». C’est dans le journal Le Monde, un récit sobre, sans effets de plume, légèrement désabusé, mais gardant la distance de Mustapha Kessous qui sème l’émoi dans la blogosphère française. Ce sont racontées, des expériences ordinaires, banales, du quotidien d’un Français qui ne correspond pas à l’image d’Epinal du citoyen hexagonal.
  • BondyBlog : Et si c’était, aussi, la faute du « Monde » ? – Le récent témoignage de Mustapha Kessous, dans le journal « Le Monde », prouve l’incroyable arriération de la société française à l’égard de ses propres citoyens. Mais il est aussi, indirectement, un aveu accablant pour les rédactions des grands journaux français qui ont trop longtemps négligé la diversité en leur sein.
  • De quoi Kessous est-il le nom ? Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.
Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.

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