Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)

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« Et le procès fait à la violence c’est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu’à l’héroïsme.»

Jean Genet, Violence et brutalité, 2 Septembre 1977

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience : « nous, nous qui avons tout, on est pour la paix … » Je sais ce que je dois leur crier, à ceux là : «  les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous !  Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscient que n’en aura jamais le désespéré qui a prit des armes pour essayer de sortir de son désespoir ». »

Abbé Pierre

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Hassan el-Wazzan ou Léon l’Africain ?

Portrait d'un humaniste (Léon l'Africain à Rome) par Sebastian del Piombo

Portrait d'un humaniste (Léon l'Africain à Rome) par Sebastian del Piombo

« A l’époque où les oiseaux savaient parler, vivait une sorte de courageux oiseau dont l’intelligence était tout à fait remarquable. Il était unique par sa capacité à vivre à la fois sur terre, avec d’autres oiseaux, et dans la mer au milieu des poissons ((le poisson est un symbole du christianisme)). A cette époque, tous les oiseaux devaient payer un impôt à leur roi une fois par an. Notre petit oiseau était résolu à ne rien payer du tout. Et quand le roi lui envoya ses représentants pour collecter ses impôts, il s’envola et ne s’arrêta pas avant d’avoir atteint les profondeurs de la mer. Tous les poissons vinrent pour l’accueillir et le pressèrent de rapporter des nouvelles de la terre. Il leur raconta que la vie devint tristement injuste là-haut, depuis qu’un roi lâche avait tenté de l’écarteler, sans raison particulière, en dépit du fait que lui, pauvre petit oiseau était le meilleur de ses sujets. Il les pria de l’accepter en leur sein et leur promis de dire au monde que ces étrangers avaient été plus hospitalier que les siens. Les poissons le crurent et il vécu parmi eux une année entière. Toutefois, quand vint le moment pour le roi des poissons de collecter ses impôts, notre petit oiseau s’envola également et cherche refuge sur terre. Et ainsi, chaque fois que le collecteur des impôts du roi des oiseaux venait, il plongeait sous les eaux et à chaque fois que c’était le collecteur des impôts du roi des poissons, il se précipitait à la surface. »

Hassan al-Wazzan – Léon l’Africain – néé musulman andalou à Fès, vécu 10 ans et se convertit au christianisme à Rome, et mouru sujet ottoman musulman à Tunis. Il fut celui qui apporta notamment le savoir carthographique islamique aux chrétiens, savoir qui leur permit par la suite de « découvrir » puis de coloniser l’Afrique de l’Ouest.

Soutien au peuple martyr frère d’Haïti

Haïti, première colonie française ayant fait la fortune de la République et de ses esclavagistes, première colonie ayant obtenue en 1804 son indépendance par une révolution anti-coloniale et anti-esclavagiste, connait depuis quelque jour un drame terrible. Frappé par un séisme, le pays est en pièces et son peuple plus bas qu’à genou.

Les médias annoncent plusieurs centaines de milliers de morts dans un pays de moins de 10 millions d’habitants, nous innondent d’images et de vidéos, d’adjectifs, de superlatifs, sans lésiner sur le registre de l’affect, sans que nous percevions dans leur discours rôdés de professionnels l’expression d’une émotion sincère. Pour nous, ce ne sont pas simplement des personnes à l’autre bout du monde que nous voyons mourir, souffrir, tenter de survivre au milieu du chaos. C’est un peuple frère Noir du Sud issu simultanément de l’oppression et de la résistance à l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme. Notre fraternité prends racine dans nos âmes d’indigènes soupirant à l’unisson à l’évocation de la catastrophe, la Naqba, frappant les haitiens en plein cœur. Les mots qui sortent de nos bouches, les phrases issues de nos plumes, sont bien en deça des sentiments émanant de nos cœurs. Aimé Césaire disait : « L’Occident pardonnera-t-il un jour aux descendants de Toussaint Louverture ? Nous qui avons choisi une lutte de substitution à l’intérieur du monde colonial, nous devons à notre tour aider les Haïtiens. Jamais nous ne compenserons tout à fait ce que nous devons au nègre fondateur. Le nègre fondateur, c’est la Révolution de Saint-Domingue, c’est Toussaint Louverture. » Le peuple-frère haïtien est le peuple esclave-indigène fondateur s’il en est. Fondateur car prototype de la situation des peuples oppressés du système-monde. Fondateur par sa lutte victorieuse exemplaire. Le peuple-frère haïtien est le peuple esclave-indigène fondateur s’il en est, par sa situation matrice de celle du système-monde actuel, et sa lutte victorieuse exemplaire. Exemplarité que l’Occident lui a fait chèrement payée à de nombreuses moments de son histoire notamment par de multiples invasions, coups d’Etat, tyrannies et rançons  ((En 1825, Boyer obtint la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, mais celle-ci exigea en contrepartie le paiement d’une énorme indemnité aux planteurs dépossédés. Pour payer cette indemnité, Haïti dut emprunter à la France, à un taux usuraire, l’argent nécessaire ; Haïti honora sa dette, mais, pendant un siècle, le remboursement et le service de cette dette allaient peser lourdement sur son économique(…)in « L’histoire d’haiti »)). Prototype que l’Occident s’est attaché à reproduire là où son avidité pour les ressources naturelles le conduisait ((« Les mécanismes du pillage systématique des ressources africaines tournent à plein régime au mépris du développement économique et démocratique de l’Afrique » in « Les dessous de la présence économique de la France en Afrique »)).

Nous rejetons, avec résolution, le cynisme de ceux qui y voient une malédiction, un fléau punissant l’insolente soif de liberté d’un peuple indigène. Ceux là sont des sinistres blasphémateurs lorsqu’ils invoquent Dieu. Le seul dieu d’un tel fléau n’est autre que celui de la suprématie Occidentale. Ceux là sont des sinistres personnages blasphémateurs lorsqu’ils invoquent Dieu, le seul dieu d’un tel fléau n’est autre que celui de la suprématie Occidentale. La misère d’Haïti est sans aucun doute le facteur principal de ce drame, dont le séisme est le coup de grace. Mais cette pauvreté ne doit pas servir d’excuse pour nous défausser de nos responsabilités. Il faut condamner les propos imputant ce désastre à l’incurie présumée des haïtiens eux-mêmes. Si le déclencheur conjoncturel de ce ce drame est un phénomène naturel, sa cause stucturelle en est la folie des maîtres de ce monde. En effet, comme le dit le président, Fidel Castro, de Cuba toute proche : « Les Haïtiens ne sont pas coupables de leur pauvreté actuelle : ils sont les victimes du système imposé au monde. Ils n’ont pas inventé le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’échange inégal, le néolibéralisme, ni les formes d’exploitation et de pillage qui sévissent sur la planète depuis deux cents ans. »

Lorsque le sordide ministre Besson, se croyant charitable, annonce qu’il suspends les expulsions vers Haïti, nous devons lui retorquer avec fermeté que c’est le devoir de toutes les Nations occidentales d’accueillir sur leurs sols les victimes de ce drame. Comme c’est leur devoir également de panser les plaies de ce pays meurtri et de lui rendre son indépendance en lui fournissant tous les moyens matériels nécessaires de son autonomie, et ce quelqu’en soit le coût, ainsi qu’en cessant l’occupation néo-coloniale de ce pays sous couvert d’ONU. Sans quoi, il n’est pas de doute, qu’une fois le bal évènementiel de l’aide international passé, les mêmes causes ayant les mêmes effets, la situation pourrait se répéter au moindre soubresaut de notre planète.

Allah yester w yahfad.

Article publié initialement sur le site des Indigènes de la République le 17 janvier 2010.

La figure clivée du colonisé entre différence et ressemblance

Colonisé sauvage

Colonisé régénéré (mimétisme)

Colonisé civilisé

«Il est en effet évident que le Malgache peut parfaitement supporter de ne pas être un Blanc. Un Malgache est un Malgache; ou plutôt non, un Malgache n’est pas un Malgache : il existe absolument sa « malgacherie ». S’il est Malgache, c’est parce que le Blanc arrive, et si, à un moment donné de son histoire, il a été amené à se poser la question de savoir s’il était un homme ou pas, c’est parce qu’on lui contestait cette réalité d’homme. Autrement dit, je commence à souffrir de ne pas être un Blanc dans la mesure où l’homme blanc m’impose une discrimination, fait de moi un colonisé, m’extorque toute valeur, toute originalité, me dit que je parasite le monde,  qu’il faut que je me mette le plus rapidement possible au pas du monde blanc, « que je suis une bête brute, que mon peuple et moi sommes comme un fumier ambulant hideusement prometteur de canne tendre et de coton soyeux, que je n’ai rien à faire au monde ». Alors j’essaierai tout simplement de me faire blanc, c’est-à-dire j’obligerai le Blanc à reconnaître mon humanité.»

Frantz Fanon, Du prétendu complexe de dépendance du colonisé – Peau Noire, masques blancs, 1952, p. 79

«Le Noir est à la fois le sauvage (le cannibale) et pourtant le plus obéissant et le plus célébré des serviteurs (le porteur de nourriture) ; il est l’incarnation de la sexualité ramante, le primitif, le simple d’esprit et pourtant le menteur  et le manipulateur des forces sociales le plus accompli du monde. À chaque fois, ce qui est dramatisé est une séparation – entre les races, les cultures et les histoires, au sein des histoires -, une séparation entre un avant et un après qui répète obsessivement le moment mythique de la disjonction. […] Le fantasme colonial […] propose une téléologie – dans certaines conditions de domination coloniale et de contrôle, l’indigène est progressivement réformable. De l’autre, toutefois, il affiche effectivement la «séparation», il la rend plus visible. C’est la visibilité de cette séparation qui, en déniant au colonisé toute capacité d’autogouvernement, d’indépendance, de modes occidentaux de civilité, donne son autorité à la version et à la mission officielles du pouvoir coloniale.»

Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.

«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. »

Ibid, p. 148

Mes signets du 11/11/2009 au 13/11/2009

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  • Observatoire des inégalités – Le retour des bandes – Les jeunes qui utilisent la force pour parvenir à leurs fins ne cherchent ni à détruire la société ni à contester ses principes fondateurs. Ils visent tout autant à s’emparer de biens matériels inaccessibles extrêmement valorisés qu’à exprimer symboliquement une très vive protestation. Par Robert Muchembled, historien.
  • Esther Benbassa : « Islam, obsession du siècle » | RespectMag – L’islam, c’est l’obsession du XXIe siècle comme le judaïsme l’était au XIXe siècle et début XXe. Les préjugés à l’encontre de musulmans sont les mêmes que ceux rencontrés par les juifs au 18ème siècle. « Ils se multiplient trop vite », disait-on à l’époque ! L’antisémitisme et l’islamophobie sont les résultats de ces focalisations. J’irai même plus loin : l’islam des Arabes dérange. Les Noirs musulmans sont nombreux mais on n’en parle pas. Le rapport Obin de juin 2004 (2) ne parle que des Arabes. Tout ça reste très politisé. Quand Nicolas Sarkozy vante « les racines chrétiennes de la France », cela veut dire : « la Turquie musulmane ne peut pas entrer dans la communauté européenne chrétienne ». Sauf que l’Europe a connu des bouleversements démographiques…
  • Global Challenge – A propos de L’Occident décroché de Jean-Loup Amselle par Irène BELLIER – Le titre choisi par Jean-Loup Amselle pour son Enquête sur les postcolonialismes témoigne d’une angoisse. On pourrait penser que dans un monde globalisé, interconnecté, et du point de vue d’un anthropologue spécialiste des « branchements » culturels, l’Occident se retrouve plutôt « interpellé » par les voix alternatives qui ont émergé dans les années 1980, si l’on se place dans la perspective du dialogue, « rattrapé » si l’on réfléchit en termes géopolitiques, ou « dépassé » si l’on pense à la crise du capitalisme et en termes de compétition.

Revue de presse autour de l’affaire Mustapha Kessous

Revue de presse de l’affaire Mustaha Kessous, ce journaliste du Monde qui a témoigné sur le racisme ordinaire dont il était la victime et ce malgré son statut social :

  • Des Noms pas Propres – LeMonde.fr – Il y a des noms propres qui portent en eux-mêmes un statut de signifiant pur, détaché de la désignation d’une personne physique. Mustapha. N’Diaye. Lévy. Droit dans le symptôme de notre France profonde dans laquelle le pétainisme, le colonialisme, ont été tout, sauf des accidents. Prénoms et noms sont détournés de leur destination, ils cessent de décliner une identité. Ils deviennent le nom-de-l’Arabe, le nom-du-Noir, le nom-du-Juif.
  • Moi, Mustapha Kessous, journaliste au « Monde » et victime du racisme – Des histoires comme celles-là, j’en aurais tant d’autres à raconter. On dit de moi que je suis d’origine étrangère, un beur, une racaille, un islamiste, un délinquant, un sauvageon, un « beurgeois », un enfant issu de l’immigration… Mais jamais un Français, Français tout court.
  • Les Indigènes de la république » Un miroir français – « Ça fait bien longtemps que je ne prononce plus mon prénom quand je me présente… ». C’est dans le journal Le Monde, un récit sobre, sans effets de plume, légèrement désabusé, mais gardant la distance de Mustapha Kessous qui sème l’émoi dans la blogosphère française. Ce sont racontées, des expériences ordinaires, banales, du quotidien d’un Français qui ne correspond pas à l’image d’Epinal du citoyen hexagonal.
  • BondyBlog : Et si c’était, aussi, la faute du « Monde » ? – Le récent témoignage de Mustapha Kessous, dans le journal « Le Monde », prouve l’incroyable arriération de la société française à l’égard de ses propres citoyens. Mais il est aussi, indirectement, un aveu accablant pour les rédactions des grands journaux français qui ont trop longtemps négligé la diversité en leur sein.
  • De quoi Kessous est-il le nom ? Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.
Malgré l’humiliation d’avoir parfois dû s’appeler Philippe ou Jean-Claude pour garder un emploi, les pionniers de l’immigration dont descend Mustapha Kessous n’ont jamais perdu leur dignité. Alors, quand un de leurs enfants, officiant dans un quotidien national de référence, suscite une vague d’anti-racisme bien-pensant en arguant qu’il s’abstient de faire usage de son prénom, on s’interroge… Sur qui se cache derrière son nom.

Mes signets du 18/06/2009 au 23/06/2009

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  • Jean-Paul Sartre – De 1948 à 1967, l'existentialisme sartrien était très en vogue au Proche-Orient. Convoqué par les nationalistes laïcs du Baath appartenant à la petite bourgeoisie arabe pour contrer le communisme et l'islamisme se disputant alors la domination de leur région, ce courant avait des échos très favorables chez les lecteurs arabes du Levant.
  • « Le plus grand danger social, c’est le bandit imberbe » – La vie des idées – L’inquiétude suscitée par la délinquance juvénile possède une longue histoire. À la fin du XIXe siècle, comme le rappelle Jean-Jacques Yvorel, les républicains adoptèrent une politique ambiguë, mêlant bagnes pour enfants et invention d’une minorité pénale sortant les jeunes de moins de treize ans du champ de la répression. Un siècle plus tard, les peurs sont les mêmes mais les réponses divergent.
  • La revue des ressources : Vos ancêtres les Gaulois : petite anthologie de la pensée raciste en France – Anthologie de la pensée raciste du Pays France : Voltaire, Maupassant, Victor Hugo, Jules Ferry, Emmanuel Kant, Hume, Montesquieu Ernest Renan…

La création de la Blanchitude (Tim Wise)

Ci-dessous la transcription du discours vidéo de Tim Wise ci-dessus que j’ai traduit et sous-titré. Il relève des « White Studies »  et de la volonté d’étudier les Blancs comme un groupe ethnique comme les autres et non comme une norme, ainsi que l’Histoire de sa formation et son rapport particulier (de domination) aux autres groupes ethniques.  Ce texte ainsi que la vidéo sont sous contrat Creative Commons Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France License.

Tim Wise à propos du Privilège Blanc : « La création de la Blanchitude »

Si vous connaissiez l’histoire du concept de Blanchitude. Si vous connaissiez toute l’histoire du concept de la race Blanche d’où elle est venu, dans quel but et pour quelles raisons. Vous sauriez que c’était un piège et qu’il a fonctionné avec brio.

Vous verriez qu’avant le milieu des années 1600 dans les colonies qui deviendront par la suite les Etats Unis la race Blanche n’existait pas. Les nôtres d’origine européennes ne se définissaient pas en ces termes jamais vraiment jusqu’à ce moment. En réalité, dans les vieux pays d’Europe, nous passions le plus clair de notre temps à nous entretuer. Nous ne nous aimions pas les uns les autres. Nous n’étions pas une grande et heureuse famille. La partie de ma famille qui venait d’Ecosse. Diable ! Ils ne souciaient pas de combattre les gens en dehors d’Ecosse. Les gens des hautes terres, et ceux des basses terres s’écharpaient les uns les autres. Il n’y avait donc pas de race Blanche. Mais dans les colonies qui deviendront par la suite les Etats-Unis, qu’avons-nous vu apparaître dans les années 1660 et 1670 ?

Nous avons commencé à regarder du côté des serfs africains, alors que nombre d’entre eux n’étaient pas encore des esclaves. Ils n’étaient pas nécessairement condamner à l’esclavage définitivement. Certains étaient asservis tout comme de nombreux européens pauvres, pour des périodes de 7 à 11 ans. Ils pouvaient s’affranchir et devenir des travailleurs libres, du moins en principe. Prenez conscience, comme l’ont fait les serfs blancs, des Européens, qui n’avaient pas encore été qualifiés de Blancs qu’ils avaient beaucoup de choses en commun (NdT: avec les Noirs) comme le fait de se faire tous entuber par les mêmes élites et donc qu’ils s’uniraient, plus que nos manuels d’Histoire nous l’ont appris, pour formenter une rebellion contre l’élite afin d’essayer d’obtenir de meilleures conditions pour eux-mêmes sur des critères de besoins et de justice économique.

Et que fait l’élite quand elle voit qu’elle est encerclée par un grand nombre de personnes noires et blanches qui sont sans le soup, sans terres et paysans ? Vous devez faire une de ces 2 choes : soit vous les tuez tous. Mais vous ne pouvez pas faire ça, car sinon qui fera le travail ? Les riches ne vont pas travailler. Ils doivent faire en sorte que ce soit les pauvres qui travaillent. L’idée c’était de rester une personne oisive dans ces temps là. C’était l’objectif et non celui de travailler.

Donc vous ne pouviez pas tous les tuer. Vous ne vouliez pas tous les tuer. Vous auriez du construire votre propre épargne, construire votre propre maison. Non… Cueillir votre propre tabac, récoltez votre propre coton. Non… Vous n’allez rien faire de tout ça. Donc vous ne pouvez pas les tuer, mais vous pouvez les coopter. C’est ainsi que l’élite en Virginie dans les colonies, par exemple, commença à donner des carottes aux personnes d’origine européenne en disant quelque chose comme :
« Vous savez, nous allons vous laissez un peu de terres. Pas trop, juste un petit peu, et nous allons arrêtez de vous asservir. Maintenant vous êtes un travailleur libre ! Et en même temps, puisque vous être un travailleur libre, vous aurez 50 acres de terre. Donc nous allons négocier avec vous. Nous allons vous laissez participer aux affaires. Nous allons vous laissez témoigner dans les tribunaux. Et le meilleur… Nous allons vous embrigader dans la surveillance des esclaves, pour les faire marcher droit. »
L’idée c’était : vous continuez à vous faire entuber. Nous continuons à ne pas vous aimer. Nous n’allons toujours pas réellement vous émancipez ou changez votre situation de dépendance, mais nous allons faire de vous des membres honoraires de cette équipe et vous allez nous aider à remettre ces personnes (NdT: les Noirs) à terre. Et comme ça ils auront un petit gout du pouvoir. Et effectivement diviser ces coalitions (NdT: entre Noirs et Blancs) a permis de mieux régner. Ces rébellions se sont éteintes quasi instantanément.

Bien plus tard à l’époque de la guerre civile (NdT: américaine). Les riches blancs du sud, d’où je viens, s’organisairent et reconnaissairent ouvertement que la raison pour laquelle ils voulaient faire sécession de l’Union la seule et unique raison pour laquelle ils prenaient parole publiquement, était de maintenir et d’étendre l’esclavage et la suprémacie Blanche. Pas seulement où ils existaient déjà, mais également dans les territoires nouvellement acquis, en réalité des territoires volés, depuis le Mexique jusqu’à l’ouest. C’est ce qu’ils ont dit ! Aujourd’hui on ment à propos de ça, on dit que ce n’était pas à propos de l’esclavage, que c’était une question des droits des Etats. Oui, précisément le droit des Etats de conserver leurs esclaves ! Mais à cette époque, ils n’en avaient pas honte. Ils n’ont donc pas essayé de s’en cacher. Ils le disaient ouvertement. Mais encore une fois, les riches ne voulaient pas faire le boulot, vous plaisantez ? Non… Ils allaient s’arranger pour que les pauvres se battent pour eux. Mais les pauvres ne possédaient même pas d’esclaves. Réfléchissez. Comment feriez-vous en sorte que des pauvres qui ne possèdent même pas leur tricot, alors ne parlons pas des esclaves, aille se battre pour que vous conserviez vos esclaves ? Vous devez les convaincre que leur couleur de peau est plus importante que leur intérêt économique.

Parceque, réfléchissez-y… Si je suis un fermier que vous devez payer 1$ par jour ou 2$ par semaine pour que je travaille dans votre ferme et que je cueillie ce tabac et récolte ce coton alors que vous pouvez obtenir d’un Noir qu’il le fasse gratuitement parce que vous le possédez. Qui aura le boulot ? Pas moi… En d’autres mots, l’esclavage permettait de diminuer les salaires et les salaires structurent les revenus de la classe ouvrière Blanche, ou d’une personne à faible revenu. Mais on leur disait : « Si ces personnes sont libres, ils vont prendre votre job ». Non idiot. Ils ont déjà ton job. C’est ça le truc. Ainsi dans une certaine mesure, la classe ouvrière Blanche est handicapé par le privilège Blanc. Mais relativement avantagé, correct ? Profiter d’un coup de pouce, se voir accorder l’adhésion au club, mais en terme absolu, être économiquement soumis par ce qui justement leur donne le sentiment de supériorité. Vous voyez l’ironie ?

A l’heure actuelle, ça n’a pas changé. Ce n’est pas de l’histoire ancienne. Aujourd’hui nous avons des personnes qui s’agitent dans tous les sens insistant pour que nous fermions les frontières avec le Mexique, parce que si nous le faisons pas les salaires de la classe ouvrière va continuer à baisser. Impliquant que la seule raison pour laquelle les travailleurs sont payés au lance-pierre dans ce pays c’est parce que les frontières sont ouvertes. Mais si vous croyez ça, vous devez alors croire que si les frontières étaient fermées alors ces propriétaires de capital et d’industrie diront juste : « Hé bien, vous nous avez démasqué, tenez une augmentation. »
Croyons-nous réellement que la seule chose qui retient les patrons de mieux payer les gens est la présence d’une main d’oeuvre bon marché peu qualifié originaire du sud de cette frontière artificielle ? Est-ce c’est ça vraiment que nous croyons ? Nous savons que si cette frontière est fermée, elle ne le sera pas pour le capital. Elle ne sera pas pour les biens. Si vous avez une frontière qui peut être franchie par le capital, recherchant le plus haut taux de retour sur investissement ou des biens à la recherche du prix le plus haut, alors que les travailleurs sont enchaînés à leur pays d’origine, comment ça peut-être bénéfique pour les travailleurs ? Par définition, ça ne l’est pas. Par définition, ça éventre la classe ouvrière.

Diviser pour mieux régner Mais le meilleur exemple de tout ça, c’est peut-être dans l’ère contemporaine dans la région de la Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina. Là vous avez deux communautés qui ont été les plus durement touchées. Lower ninth ward, en majorité une communauté Noire, 94% d’Africains-américains, un taux de pauvreté de près de 40% officiellement, massivement une communauté de la classe ouvrière. Et juste de l’autre coté du canal, St. BernardParish, Chalmette, 95% Blanche, également de la classe ouvrière, des fort taux de pauvreté. Economiquement très similaire, et à la fin de la journée, et dans ces premiers jours de Septembre 2005 ils étaient encore plus semblables qu’ils l’avaient probablement compris. Parce qu’ils ont tous eu leur vies brisées, ils ont tous eu toutes leurs affaires foutues en l’air. Tous eu tous leurs bien détruits.

Mais si vous aviez demandé à Chalmette, et je l’ai fait ! Qui était la cause de leurs problèmes dans la région de la Nouvelle-Orléans avant cette innondation, ils vous auraient pointé du doigts les Noirs de l’autre coté du canal, et vous auraient dit : les Noirs. Ils n’auraient pas dit les Noirs mais auraient dit : Là-bas, c’est eux le problème. 70% des Blancs à Saint Bernard Parish votaient pour David Duke, un neo-Nazi suprémaciste Blanc, anciennement à la tête du plus grand groupe du Ku Klux Klan aux Etats-Unis, lorsqu’il se présentait au poste de Gouverneur en 1991. 7 personnes sur 10 votaient fièrement pour lui, parce qu’il accusait les Noirs pour tous leurs problèmes, et ils l’ont cru.

Où est l’ironie ? L’ironie c’est que ces Blancs qui blamaient les Noirs pour leurs problèmes, au moment même où ils blamaient les Noirs pour leur situation dans la région de la Nouvelle Orléans dans laquelle ils vivaient, personne n’a relevé le fait que ces élites politiciennes Blanches de Baton Rouge (NdT: Capital de la Louisiane) ou de Washington, avaient comme devoir de sécuriser leurs vies, de s’assurer que les fonds publics étaient dépensés de la bonne façon, et qu’ils étaient dépensés tout court. Ces policitiens majoritairement Blancs, et faisant majoritairement partie de l’élite, n’ont rien fait jusqu’au dernier moment, et ce n’était pas seulement des Noirs du lower ninth ward dont ils ne se souciaient pas. Ils n’auraient pas consacré la moindre minute de leur temps pour ces travailleurs Blancs pauvres non plus.

Et pourtant lorsque les gens de Chalmette, ceux de St. Bernard parish revinrent après les innondations; au premier conseil municipal de St. Bernard Parish après les innondations; alors que les lampes ne fonctionnaient même pas encore; que les canalisations d’eaux n’étaient pas branchées la première chose à régler fut de voter une ordonance disant que vous n’avez pas le droit de louer une propriété à St. Bernard Parish à quiconque n’étant pas de votre famille par le sang. Je vous laisse imaginer pourquoi une telle loi fut votée. Cette loi n’avait jamais existé auparavant. Mais maintenant que la zone avait été vidée, et que vous ne saviez pas qui pourraient revenir, c’était une sacrée bonne manière d’éviter de voir les Noirs arriver, n’est-ce pas ?

Parce que si vous êtes à 95% des Blancs, et que vous votez une ordonance qui dit que… vous ne pouvez pas dire « Aucun Noir ne sera accepté »; vous ne pouvez pas dire « Interdit aux Noirs ». Mais c’était une façon ingénieuse de contourner la loi. Bon, ils se sont fait avoir. Il y a eu une menace de poursuite en justice, et ils ont aboli l’ordonnance. Maintenant, mon idée est de vous montrer qu’encore une fois « diviser pour mieux régner » fonctionne.

Ces Blancs à Chalmette devraient marcher jusqu’à l’autre coté du canal et tendre la main aux Noirs pour entamer une longue marche avec eux sur Baton Rouge, sur Washington D.C. et marcher vers les technocrates et reconnaitre que leurs intérêts sont communs. Mais la Blanchitude, et la supercherie de la Blanchitude, a piégé ces sans-le-sous Blancs dans la croyance qu’ils ont plus en commun avec les riches blancs de St. Charles Avenue qui n’ont rien perdu dans cette innondation qu’ils n’ont en commun avec leurs voisins Noirs de la classe ouvrière.

Tim Wise

Mes signets du 08/06/2009 au 10/06/2009

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  • De l’intérêt particulier des sans-papiers à l’intérêt général de l’immigration – samizdat | biblioweb – Beaucoup d’immigrés ne se considèrent pas du tout comme des étrangers, mais bien comme des citoyens d’ici qui revendiquent l’immigration comme une identité positive. Ces immigrés-là ne sont dissolubles ni dans la politique des quotas qui pointe à l’horizon, ni dans « une grande loi de naturalisation ». Ils forment une communauté d’expérience qui, plus elle sera reconnue en tant que telle, mieux elle saura négocier sa place dans ce pays. L’obtention du plein droit au séjour des sans-papiers qui le désirent passe aussi par là.
  • Histoire et perspectives des mouvements issus de l’immigration – Librairie La Gryffe – La France, grand pays de la Révolution (la plus radicale des révolutions bourgeoises), inventrice des Droits de l’Homme, va très vite confondre tous les mouvements sociaux (et les droits qui en émergent) avec l’idée qu’elle est l’avant-garde du monde. C’est dès cette période que commence à se constituer un certain chauvinisme français, l’idée qu’il n’y a que le peuple français, la culture française, la langue française et la nation française qui sont progressistes.
  • L’occident et sa mythologie du progrès par Fethi GHARBI – Un projet de décolonisation des esprits et des peuples exige une universalité distincte de l’universel impérial eurocentré qu’il soit de droite ou de gauche. La pensé postmoderne, par exemple, même si elle est critique vis à vis de la modernité, elle n’en demeure pas moins prisonnière de la perspective eurocentrique et reste étrangèreaux préoccupations de la périphérie.
  • Les Dossiers de la Recherche, 2006, 401 : La science et les races – Dans son numéro d’octobre 2006, La Recherche revient, avec un dossier spécial de dix-huit pages composé de quatre articles, sur un thème récurrent de ce mensuel scientifique grand public1 : le concept de race et sa validité scientifique.

Mes signets du 04/05/2009 au 12/05/2009

Ma selection de liens du 04/05/2009 au 12/05/2009:

  • Réflexions sur un fait divers – Les mots sont importants (lmsi.net) – Les préjugés antisémites n’existaient pas ; Dieudonné les a inventés ; les jeunes de banlieue se sont mis à y croire ; et ils ont tué Ilan Halimi. Les citoyens étaient tous égaux, preuve que nous étions en République ; l’appel des Indigènes est venu prétendre le contraire ; et les jeunes de banlieue (toujours eux) se croient discriminés et se vengent sur les Blancs et sur les Juifs. Elle est pas belle, la vie ?
  • La mémoire refoulée de l’Occident, par Alain Gresh (Le Monde diplomatique) – Que “notre histoire commence avec les Grecs”, voilà, écrivait Lavisse dans ses Instructions (5), ce qu’il faut apprendre aux élèves des écoles secondaires, et sans qu’ils s’en aperçoivent. Notre histoire commence avec les Grecs, qui ont inventé la liberté et la démocratie, qui nous ont apporté le beau et le goût de l’universel. Nous sommes les héritiers de la seule civilisation qui ait offert au monde l’“expression parfaite et comme idéale de la liberté”. Voilà pourquoi notre histoire doit commencer avec les Grecs. A cette première croyance est venue s’en ajouter une autre, aussi forte que la première : “Les Grecs ne sont pas comme les autres.” Comment d’ailleurs le pourraient-ils alors qu’ils sont au commencement de notre histoire ? Deux propositions essentielles pour une mythologie nationale qui fait le plein des humanistes traditionnels et des historiens férus de nation (6).
  • Islam et capitalisme, par John M. Hobson (Le Monde diplomatique) – Au lieu d’écrire L’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, on aurait écrit L’Ethique musulmane et l’esprit du capitalisme, qui aurait démontré de manière définitive pourquoi seul l’islam était capable d’accompagner des progrès économiques importants et pourquoi l’Europe resterait prisonnière de sa stagnation guerrière. Ou nous aurions pu souscrire aux propos d’un contemporain, Saïd Al-Andaloussi, suivi plus tard par Ibn Khaldoun : le fait que l’Europe occupe une région tempérée froide signifiait que ses peuples étaient ignorants, manquaient de curiosité scientifique et resteraient attardés.
  • Chronique ordinaire de la gentrification dans le 19e arrondissement de Paris – NON FIDES Journal anarchiste apériodique – La « culture » pourtant si chère aux élites et aux urbanistes n’apporte pas le logement décent, elle ne donne pas des papiers, elle ne donne pas à manger à la fin du mois, elle n’essuie pas la sueur et ne paye pas mieux les travailleurs exploités, ni ceux qui tentent de résister à l’enfer du travail.