De la fonction politique du préjugé de couleur

Le préjugé politique est une invention coloniale visant à établir dans la durée le système colonial en s’assurant que le statut d’esclave, de colonisé pour les hommes « libres » de couleur, soit lié à la couleur : “la différence que la nature a mise entre les Blancs et les Noirs et que le PRÉJUGÉ POLITIQUE a eu soin d’entretenir comme une distance à laquelle les Gens de couleur et leurs descendants ne devaient jamais atteindre ; enfin qu’il importait de ne pas affaiblir l’état d’humiliation attaché à l’espèce dans quelque degré qu’elle se trouve, préjugé d’autant plus utile qu’il est dans le cœur même des Esclaves et qu’il contribue principalement au repos des colonies.

— Alexandre-Stanislas Wimpffen, Haïti au XVIIIe siècle, Paris, Karthala,1993,p.35.

La théologie de libération du Père François Houtard

Le sociologue et prêtre catholique François Houtart est un des penseurs de la théologie de libération. Voici quelques uns de ses textes concernant notamment les rapports entre religion, théologie et transformation sociale :

  • Analyse marxiste et foi chrétienne – 1ère partie : Le Père et sociologue François Houtart présente certains concepts clés du marxisme qui font le plus de difficultés aux croyants : le matérialisme historique, l’analyse marxiste des fonctions sociales de la religion, l’athéisme.
  • Analyse marxiste et foi chrétienne – 2ème partie : Analyse par François Houtart du facteur religieux dans le mode de production capitaliste.
  • L’état actuel de la théologie de la libération en Amérique latine – La théologie de la libération prend comme point de départ la situation des opprimés. C’est ce qu’on appelle un « lieu théologique », c’est-à-dire la perspective au départ de laquelle se construit le discours sur Dieu. Un Dieu d’amour ne peut exister avec l’injustice, l’exploitation, la guerre. Donc, comme le disait un théologien récemment, il s’agit d’une théologie qui ne se demande pas si Dieu existe, mais où il se trouve ? C’est la réalité des luttes sociales et l’engagement des chrétiens, en faveur de la justice, qui forment la base de l’élaboration de la pensée et du discours.
  • De nouveaux défis pour la théologie de la libération – Mémoire des luttes – La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui se prétend hors du temps. Ce que l’on pourrait appeler une théologie sur la Lune…
  • Echanges et Synergie asbl – François Houtart – On ne doit pas idéaliser le vaudou comme s’il était un système parfait par rapport à une histoire de désir d’émancipation constante, mais on doit voir le vaudou comme un partenaire à l’intérieur de cette grande résistance dans le monde entier face à ce qui écrase, et la nature, et les être humains.
  • François Houtart, Sociologie de la religion – Cairn.info – François Houtart nous livre son credo personnel : la perspective sociologique, qui étudie la religion comme fait social, comme construction culturelle liée à une certaine formation sociale, n’est pas contradictoire avec la foi religieuse. On peut étudier sociologiquement les religions, comme les philosophies, l’art ou tout autre produit culturel humain. Cela ne contredit pas un point de vue théologique : dans l’hypothèse de l’existence de Dieu, tout ce qui est observable est la façon dont les groupes humains se le représentent, s’organisent pour le culte, etc. Ce n’est pas à la sociologie de se prononcer sur l’existence de Dieu…
  • HOUTART, François, Religion et modes de production précapitalistes– Cet ouvrage mérite certainement d’être pris en sérieuse considération. Il vaut comme synthèse d’études utilisant une grille d’analyse marxiste pour l’analyse des religions. Il illustre également, à bien des égards, la fécondité des hypothèses qui peuvent être faites à partir d’une sociologie qui s’inspire du materialisme historique.
  • Construire un nouveau sujet historique – Mémoire des luttes – L’enjeu est véritablement la construction d’un nouveau sujet historique, qui a été la classe ouvrière pendant le XIXe et le XXe siècle. Il est en train de se faire sa place aujourd’hui, mais le nouveau sujet historique est un sujet plus réel, précisément parce que nous nous trouvons devant la nécessité d’une convergence d’existences. C’est un sujet pluriel, populaire et démocratique. Ce sera quelque chose à discuter plus tard.

Haïti et Palestine, matrices universelles de cette modernité

  • [AlterPresse :: Haiti] Haiti-Histoire : L’esclavage comme phénomène constitutif de la modernité – Trois à quatre siècles de pratiques d’exclusion esclavagistes donnent naissance à une pensée, une philosophie, et une culture qui constituent les fondements de la modernité. Il ne s’agit plus de l’esclavage grec ou romain ou même de l’esclavage maghrébin dans lequel il y avait des Blancs esclaves. Cette fois, il n’y a que des Noirs à vendre. Le commerce triangulaire Europe-Afrique-Amérique a demandé une certaine ingénuité, une organisation, un financement, des goûts, bref une capacité d’exécution, qui marqueront l’ère moderne.
  • [AlterPresse :: Haiti] Haiti : La liberté sans esclavage – L’embargo international dont Haïti a été l’objet depuis son indépendance a servi essentiellement à empêcher l’éclosion d’une alternative à la hauteur des défis posés par la quête de suprématie blanche en creux dans le projet de modernité des Lumières.
  • Multitudes Web – 3. Universalité de la cause palestinienne – Etienne Balibar – Pour quelles raisons soutenons-nous la cause palestinienne, à nos yeux l’une de celles qui permettent d’évaluer la dignité et la responsabilité d’un discours politique ? Je ne répondrai qu’en mon propre nom, mais dans la perspective d’une large convergence d’opinions, au-delà même de ceux qui se mobilisent pour une « paix juste » au Proche-Orient. Je présumerai de l’universalité de cette cause.

Soutien au peuple martyr frère d’Haïti

Haïti, première colonie française ayant fait la fortune de la République et de ses esclavagistes, première colonie ayant obtenue en 1804 son indépendance par une révolution anti-coloniale et anti-esclavagiste, connait depuis quelque jour un drame terrible. Frappé par un séisme, le pays est en pièces et son peuple plus bas qu’à genou.

Les médias annoncent plusieurs centaines de milliers de morts dans un pays de moins de 10 millions d’habitants, nous innondent d’images et de vidéos, d’adjectifs, de superlatifs, sans lésiner sur le registre de l’affect, sans que nous percevions dans leur discours rôdés de professionnels l’expression d’une émotion sincère. Pour nous, ce ne sont pas simplement des personnes à l’autre bout du monde que nous voyons mourir, souffrir, tenter de survivre au milieu du chaos. C’est un peuple frère Noir du Sud issu simultanément de l’oppression et de la résistance à l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme. Notre fraternité prends racine dans nos âmes d’indigènes soupirant à l’unisson à l’évocation de la catastrophe, la Naqba, frappant les haitiens en plein cœur. Les mots qui sortent de nos bouches, les phrases issues de nos plumes, sont bien en deça des sentiments émanant de nos cœurs. Aimé Césaire disait : « L’Occident pardonnera-t-il un jour aux descendants de Toussaint Louverture ? Nous qui avons choisi une lutte de substitution à l’intérieur du monde colonial, nous devons à notre tour aider les Haïtiens. Jamais nous ne compenserons tout à fait ce que nous devons au nègre fondateur. Le nègre fondateur, c’est la Révolution de Saint-Domingue, c’est Toussaint Louverture. » Le peuple-frère haïtien est le peuple esclave-indigène fondateur s’il en est. Fondateur car prototype de la situation des peuples oppressés du système-monde. Fondateur par sa lutte victorieuse exemplaire. Le peuple-frère haïtien est le peuple esclave-indigène fondateur s’il en est, par sa situation matrice de celle du système-monde actuel, et sa lutte victorieuse exemplaire. Exemplarité que l’Occident lui a fait chèrement payée à de nombreuses moments de son histoire notamment par de multiples invasions, coups d’Etat, tyrannies et rançons 1. Prototype que l’Occident s’est attaché à reproduire là où son avidité pour les ressources naturelles le conduisait2.

Nous rejetons, avec résolution, le cynisme de ceux qui y voient une malédiction, un fléau punissant l’insolente soif de liberté d’un peuple indigène. Ceux là sont des sinistres blasphémateurs lorsqu’ils invoquent Dieu. Le seul dieu d’un tel fléau n’est autre que celui de la suprématie Occidentale. Ceux là sont des sinistres personnages blasphémateurs lorsqu’ils invoquent Dieu, le seul dieu d’un tel fléau n’est autre que celui de la suprématie Occidentale. La misère d’Haïti est sans aucun doute le facteur principal de ce drame, dont le séisme est le coup de grace. Mais cette pauvreté ne doit pas servir d’excuse pour nous défausser de nos responsabilités. Il faut condamner les propos imputant ce désastre à l’incurie présumée des haïtiens eux-mêmes. Si le déclencheur conjoncturel de ce ce drame est un phénomène naturel, sa cause stucturelle en est la folie des maîtres de ce monde. En effet, comme le dit le président, Fidel Castro, de Cuba toute proche : « Les Haïtiens ne sont pas coupables de leur pauvreté actuelle : ils sont les victimes du système imposé au monde. Ils n’ont pas inventé le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’échange inégal, le néolibéralisme, ni les formes d’exploitation et de pillage qui sévissent sur la planète depuis deux cents ans. »

Lorsque le sordide ministre Besson, se croyant charitable, annonce qu’il suspends les expulsions vers Haïti, nous devons lui retorquer avec fermeté que c’est le devoir de toutes les Nations occidentales d’accueillir sur leurs sols les victimes de ce drame. Comme c’est leur devoir également de panser les plaies de ce pays meurtri et de lui rendre son indépendance en lui fournissant tous les moyens matériels nécessaires de son autonomie, et ce quelqu’en soit le coût, ainsi qu’en cessant l’occupation néo-coloniale de ce pays sous couvert d’ONU. Sans quoi, il n’est pas de doute, qu’une fois le bal évènementiel de l’aide international passé, les mêmes causes ayant les mêmes effets, la situation pourrait se répéter au moindre soubresaut de notre planète.

Allah yester w yahfad.

Article publié initialement sur le site des Indigènes de la République le 17 janvier 2010.

  1. En 1825, Boyer obtint la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, mais celle-ci exigea en contrepartie le paiement d’une énorme indemnité aux planteurs dépossédés. Pour payer cette indemnité, Haïti dut emprunter à la France, à un taux usuraire, l’argent nécessaire ; Haïti honora sa dette, mais, pendant un siècle, le remboursement et le service de cette dette allaient peser lourdement sur son économique(…)in « L’histoire d’haiti » []
  2. « Les mécanismes du pillage systématique des ressources africaines tournent à plein régime au mépris du développement économique et démocratique de l’Afrique » in « Les dessous de la présence économique de la France en Afrique » []

Mes signets du 25/06/2009 au 03/07/2009

Ma selection de liens du 25/06/2009 au 03/07/2009:

  • Nora Sternfeld: A qui appartient l’universalisme ? | translate.eipcp.net – Toussaint l'Ouverture questionne les lieux de l'universalisme. Contre la France révolutionnaire existante, et sous le drapeau du roi espagnol, il en appelle aux slogans de la Révolution française pour mobiliser les noirs au combat.
  • l’Europe des identités nationales par Eric Fassin – De fait, l’identité européenne est définie aujourd’hui, avant tout, négativement – contre la « pression migratoire ». Après la « directive retour » adoptée par le Parlement européen en juin 2008, le pacte européen sur l’immigration et l’asile signé par le conseil européen en octobre, et le sommet européen sur l’intégration à Vichy en novembre, la France de Nicolas Sarkozy semble en effet avoir imposé sa logique à l’Europe. Celle-ci n’apparaît plus comme un obstacle à l’identité nationale, mais comme son instrument privilégié
  • Observatoire des inégalités : "Face aux inégalités, nous avons besoin d’une solidarité nationale" – Beaucoup pensent que plus on affichera de pauvres, plus on sensibilisera l’opinion. C’est tout le contraire. En croyant mobiliser, on s’attire un effet « boomerang » : les gens finissent par relativiser la situation…
    Pour eux, l’idéal, c’est la France des années 50, quand les couches populaires n’allaient pas au collège. Et le bouc émissaire facile, c’est le jeune garçon noir ou maghrébin.