La laicité, autopsie d’un projet inachevé

Bannir le voile, c’est être pour les droits des femmes et la modernité ? Accepter le voile, c’est être pour l’obscurantisme islamiste et contre le droit des femmes ? La pensée dominante a imposé ces seules options. Le voile islamique a défrayé les chroniques de la France ces dernières années. Et la laïcité a été brandie à la rescousse, mais était-ce sa mission ?
Suite à cette actualité, je me suis intéressé à sa genèse et à son actualité d’un point de vue matérialiste : qui a eu intérêt à la faire, à qui a-t-elle profité, et qui s’y est opposé et pourquoi…

Expulser le sacré du discours public

Caricature anti-cléricale école

D’où vient l’idée de séparation de l’Eglise et de l’Etat ?

En France au XIXème siècle, l’Eglise Catholique a clairement soutenu le camp réactionnaire, royaliste, conservateur contre les républicains inspirés des idées des Lumières. Sachant que les ruraux était dans leur grande majorité pieux et que la France encore très rurale, il était difficile pour les républicains de mener les réformes qu’ils souhaitaient. En réalité l’Eglise catholique a agit comme si elle était un parti politique tout en étant une religion, elle disposait de bien plus de fidèles que tous les partis politiques réunis. Son emprise très profonde sur la sphère publique commençait à se fissurer dans les grands pôles urbains industrialisés. L’Eglise représentait donc un rival inacceptable pour la République industrielle et urbaine naissante. L’Eglise était opposée au monde ouvrier, porteur de tous les vices dont parmi eux le concubinage et l’égalité des hommes et des femmes devant le labeur. La laïcité est bien le fruit de cette nécessité historique de réduire le rôle politique d’une institution à la fois spirituelle et temporelle.

Mais dans un même temps la laicité est un compromis née d’un paradoxe. Comment, dans une France à très grande majorité croyante, imposer un projet politique rationnel évacuant le sacré ? C’est la laicité qui le permet car sans être l’interdiction de la religion, elle donne la possibilité du sécularisme aux croyants et la raison sans l’accusation d’athéisme.

Entre sphère privée et publique

Président Chirac et le Pape
Président Sarkozy et le Pape

La religion n’est pas simplement une croyance privée mais une pratique, avec des rites, partagée par la communauté des croyants et se vit en public. D’ailleurs les catholiques en France ne se cachent pas pour pratiquer leur culte. Les églises font même partie du patrimoine national. Les cloches sonnent tous les dimanches. Les processions religieuses connaissent une popularité jamais démentie. Les visites des hommes politiques auprès du Pape sont toujours médiatisé, tout comme ses propos, ses actes et même ses déplacements de par le monde. L’Église Catholique a ses médias : sa radio, ses émissions télé sur une chaîne publique, ainsi que sa presse.
Pourtant on parle de la laïcité comme le fait de confiner à l’espace privé la religion. La laicité ainsi conçue, la religion confinée à l’espace privée, reste projet à réaliser… Mais qui oserait dé-catholiciser la France ?

Un rempart au service de l’« identité nationale »

France, fille aînée de l'Eglise

La laïcité est à présent revue de façon majoritaire comme l’interdiction de pratiquer sa religion ailleurs qu’en privé à l’exception notable des religions faisant partie de l’identité nationale. La nouvelle laïcité est désormais défendue par ses plus anciens détracteurs : les zélotes de l’identité « judéo-chrétienne » de la France. D’ailleurs des propos de Jesus « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » sont employés pour expliquer que, contrairement à l’Islam, le christianisme contient en son sein la laïcité. Et par un tour de passe-passe, qui aurait fait hurler ses initiateurs, la laïcité devient un concept chrétien.

Il ne serait pas permis d’être musulman en public, mais catholique oui. Et pour cela, on définit les permissions et les autorisations en fonction des besoins des religions. Le vêtement chez la femme devient important (femmes voilées) mais pas chez les femmes organisant le culte (« bonnes » soeures). La barbe devient un signe religieux mais uniquement chez ceux qui ont l’air d’être musulman. Car sous prétexte de laïcité il ne s’agit pour beaucoup que d’un refus de l’alterité, d’une xénophobie tacite. Le racisme étant pénalisé, il ne trouve son expression que dans la nouvelle laïcité et la haine des musulmans sous l’euphémisme de critique de l’Islam.

En France, tout comme le pouvoir tunisien l’affirme dans ses discours contre le voile, il s’agit de lutter contre les « influences étrangères », car au fond tout va bien chez nous, et la menace a été importée d’ailleurs. Le problème de la menace contre la laïcité viendrait donc de la présence des immigrés. Quelle absurdité, sachant que la laïcité, permet justement à ceux qui ne sont pas de la religion « légitime » d’être des citoyens à part entière. Un projet progressiste serait que la laicité ne constitue pas un acquis de l’athée de culture franco-catholique mais une opportunité pour celui et celle qui n’est pas d’une culture française d’inspiration catholique de faire partie de la nation française.

Pour approfondir la discussion

Siffler la Marseillaise : un délit d’ingratitude ?

La France a encore une fois été humilié au stade de France lors d’un match de football entre une équipe d’un pays du Maghreb ancien colonisé et d’origine de grands nombres de français descendants d’immigrés. Le motif suprême de l’humiliation : l’hymne national français, que Mme la ministre Christine Boutin souhaitait abolir, y a été sifflé. Encore une fois c’est le tollé dans les rangs des hommes d’Etat. M. Le Premier ministre propose d’interrompre les matchs lorsque les hymnes nationaux sont sifflés. Et c’est l’entraîneur de la très « De Souche » équipe de rugby national, qui propose de discriminer les pays du Maghreb en ne jouant pas avec eux.

Les hommes politiques renoueraient donc-ils avec l’amour de la patrie et le nationalisme ? N’est-il plus permis de critiquer son propre pays ? Ou alors est-ce plutôt qu’il n’est pas permis de critiquer le pays qui nous accueille mais dont on reste fondamentalement un étranger ? D’ailleurs ces « soit-disant » français ne sont-ils pas suspects de trahison lorsqu’ils soutiennent le pays de leur parents contre le « généreux » pays qui les a « accueilli » ? Ils devraient apparamment se montrer bien reconnaissant de l’honneur qui leur est fait. Au lieu de ça ils profitent des avantages de la France, et rejettent ce qui ne leur plaît pas. A peu près comme tous les autres citoyens. Des citoyens qui n’ont de cesse de parler de leur pays comme d’un pays à la trâine, d’un pays de fénéants. Ce droit à la critique, garanti par les droits de l’Homme, dont la France se voit comme la patrie mère ne s’applique apparamment à tous de la même façon. Pour avoir le droit de critiquer apparamment il faut montrer patte blanche…

Frédéric Lefebvre, éminent membre de la très patriote UMP, explique que les français d’origine tunisienne ont été adoptés par la France et qu’en conséquence ils lui doivent le respect. C’est évident l’enfant abandonné et adopté par une nouvelle famille lui doit le respect. La France a recueilli les orphelins tunisiens, ces mal-famés dont personne ne voulait, et les a traité comme ses propres enfants. Nan mais on croit rêver… Les français d’origine tunisienne apprécieront… Sont-ils des enfants illégitimes ? Sont-ils des enfants adoptés ? Avoir une mère et un père tunisien est-ce moins honorable qu’avoir des parents français ?

Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, n’a pas joué lui sur la fibre nationaliste mais sur la République. Un idéal qu’il est interdit de critiquer. Ces français selon M. Hammadi devraient être reconnaissant car il est à l’opposé de celui de Ben Ali. Pourtant M. Ben Ali est le président d’une République également. Et c’est là qu’on comprends, la République française est elle pure, intouchable, et ces nouveaux citoyens devraient être reconnaissant de vivre dans un pays où ils sont égaux, libre et la fraternité règne. Du moins dans l’idéal. Car dans cet idéal républicain, les citoyens descendants d’immigrés semblent devoir rester moins égaux, moins libre et se contenter de ce qu’ils ont.

Articles, que j’ai apprécié, sur le même sujet :

Le paternalisme et l’islamophobie au secours des femmes ?

Ces derniers temps, dans les medias, on a beaucoup commenté un jugement rendu par le Tribunal de grande instance de Lille. Une femme a menti sur sa virginité à son futur mari. Le marié découvrant la vérité, demanda alors l’annulation du mariage qu’il obtint en vertu du mensonge sur les « qualités essentielles », principe du Droit français. La jurisprudence a reconnu que parmi ces « qualités essentielles » il y avait la nationalité et la capacité à donner du plaisir sexuel à sa ou son partenaire. Ne pas être un bon coup au lit, ou ne pas avoir la bonne nationalité semble étrangement tout à fait acceptable. Tous ces critères sont des atteintes à la dignité humaine car le mariage ne doit pas être un simple contrat.

Des dizaines d’articles qui se déversent en long et en large dans la presse française s’attardent sur la religion des mariés alors que le jugement n’a jamais fait mention de la religion ni des origines des plaignants et que ces derniers n’ont jamais invoqué l’islam comme argument. Pourquoi alors spécifier que les mariés étaient musulmans ? Christianisme, judaisme n’ont-ils pas la même position sur la sexualité hors mariage ?

Mais voyons les choses en face, il ne s’agit que de prétextes pour attaquer encore une fois les musulmans. Des musulmans présumés coupables de vouloir attenter à la laïcité et faire régresser la France pour reprendre les mots de l’UMP et de « Ni Putes Ni Soumises ». L’ancienne présidente de « Ni putes ni Soumises », et Ministre, Fadela Amara, a évoqué une «fatwa contre l’émancipation des femmes» ajoutant «J’ai cru que l’on parlait d’un verdict rendu à Kandahar.» Pardon, mais quel rapport avec une fatwa ? La justice française n’a fait qu’appliquer le droit franco-français ! Pourquoi faire le rapprochement avec un régime intégriste disparu, avec une réalité extérieure à la France ? Peut-être pour retirer aux Français musulmans leur qualité de Français, leur assigner une identité étrangère, et faire encore et toujours de la seconde religion de France un fait « anti-français » par nature ?

Le député UMP Jacques Myard a exprimé son « indignation » face à une décision « choquante (qui) avalise un intégrisme archaïque ». Marie-Georges Buffet, secrétaire générale du PCF, a déclaré quant à elle: « Toute logique communautariste devrait être étrangère à la justice française, et Mme Dati aurait du demander au parquet de faire appel de cette décision, plutôt que de justifier l’injustifiable ». Il est bon de se demander si ces responsables politiques auraient tenu des propos de cette nature dans le cas où les époux n’auraient pas été d’origine marocaine ?

En parlant de Rachida Dati et de sa condamnation de la politique des « grands frères » et puisqu’on parle de femmes et de laïcité, rappelons qu‘un mâle basané n’est pas un macho archaïque en puissance. Le sexisme n’est le monopole d’aucune origine ou religion. La stratégie paternaliste de « protection » des jeunes filles menacées par l’archaïsme de leur « communauté » est une autre manière de stigmatiser les mâles de la dite communauté. La cause de l’égalité entre hommes et femmes est trop importante pour servir de faire-valoir à des propos à la limite du racisme.

Sur le fond de la décision, la jurisprudence considère que c’est aux personnes de définir eux-mêmes de définir ce qu’est la qualité essentielle d’une personne. Après tout nous vivons dans une société où chacun a sa moralité, n’est-ce pas ? Tout est pareil, tout se vaut. Et le racisme au fond, n’est qu’une opinion n’est-ce pas ? Non, il faut refuser ce genre de pensée, et réaffirmer l’universalité des principes qui doivent régir notre société et contenu dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. « [L’homme et la femme] ont des droits égaux au regard du mariage, durant le mariage et lors de sa dissolution » ainsi que « Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ».

Version longue sur la base d’un texte que j’ai rédigé pour Les Indivisibles

Sources :

Mes signets du 03/06/2008

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Premières impressions en vrac en Tunisie…

Aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Un terminal destiné aux charters, aux destinations pas cher. A ceux qui voyagent souvent dans l’année ou ceux qui font un voyage occasionnel mais qui n’ont pas une fortune à dépenser. En gros les pays du Sud. Et aussi des irlandais pour le coup.

Je repère facilement les tunisiens ou ceux en partance pour la Tunisie. Ils n’ont pas l’air stressé. Ils prenent leur temps mais sont à l’aguet. Alors que le vol n’a même pas été affiché, il a suffit d’une annonce pour qu’il soit tous sur le coup. Et moi il m’a suffit d’un coup de fil pour me faire doubler dans la file. Un avant gout de la Tunisie.

Pour le moment je n’ai pas vu grand chose. Je suis rentré chez la famille. Chez ma tante maternelle. Mon cousin Skander m’a attendu à l’aéroport. C’est quand même mieux que de prendre le RER ou un taxi 🙂

C’est quoi cette manie qu’ont les tunisiens de se dévaloriser par rapport à la France ? Tel est parti en France faire ses études. Tel compte y aller. Tel calque ses habitudes de consommation sur ceux de la France, matte les émissions française et s’imagine que les chanteuses stars de la chanson française s’appelle Jennyfer, Nolwenn et Amel Bent.

Le foot est devenu encore plus présent aujourd’hui qu’hier et c’est peu de le dire. Le foot est l’espace de discussion libre et démocratique. Tout le monde peut parler de foot, soutenir l’équipe de son choix, la voire gagner ou perdre, huer les dirigeants d’un club, ses entraîneurs, et même sa propre équipe. En France quand quelqu’un hue l’équipe française on remet en cause sa francité. Ici le patriotisme n’est pas une valeur à la mode. Et tant mieux.

Quand je suis venu ici je me suis dit il faut que je vive tunisien. Exit donc les habitudes françaises. Mais quand j’ai commencé à appliquer ça pour les goûts en terme de bouffe j’ai remarqué mon erreur. Quand est-ce qu’un produit ou une façon d’être est française ? Je ne veux pas faire l’erreur des imbéciles pensant que tout ce qui est moderne n’est pas tunisien. Penser que la modernité c’est français, c’est le summum du culturalisme, et oserais-je, du racisme. Je ferais donc comme les autres, en préférant le produit plus tunisien quand j’aurais le choix, mais pas systématiquement. Par exemple j’ai vu un pot de Danette, la crème, un produit typiquement français, au goût d’Assida Sgougou, un dessert typiquement tunisien. Au final ça donne un produit totalement tunisien selon moi !

Ici coté politique, on prépare les présidentielles de 2009 et les municipales de 2008. Bien entendu le président sera reconduit dans ses fonctions. Ce qui sera intéressant ça sera la campagne. Un test de popularité en quelque sorte. Pour les municipales ça parle de démocratie locale. Utiliser la ville comme cellule de base de la démocratie. Ca me semble évident. Maintenant, entre les discours et la réalité, il faut savoir faire la part des choses. C’est ça aussi le monde arabe et plus particulièrement la Tunisie. Philosopher veut d’ailleurs dire en tunisien être verbeux pour noyer le poisson. En regardant le film Halfaouine, j’ai vu les grandes différences entre hier et aujourd’hui mais aussi la continuité ainsi que l’exception tunisoise. Le quartier de La Goulette est nettement moins pittoresque et ressemble davantage à la Goutte d’Or à Paris… Un quartier pittoresque certes, mais historiquement mal famé .

J’ai aussi vu un bout de misère, avec une dame d’age mure, qui demandait l’aumone, et aussi du pain. Elle le revends à ce qu’il paraît pour nourrir son enfant handicapé. Elle était habillé de vêtements d’été. Ici il fait assez froid, aux environs de 10° et les gens n’ont pas tous le chauffage central loin de là. Il fait donc un peu humide dans les maisons et on reste habillé à la maison. D’ailleurs je m’habille encore davantage dans mon appart loué à Sidi Bou Said que lorsque je sors.

La France parait bien loin. Elle renvoie une image d’elle-même épurée, très inspirée de l’image qu’elle voulait donner pendant l’époque coloniale, et aussi celle des médias. C’est dommage parce que sa principale richesse justement c’est de ne pas être un pays homogène culturellement. Ici en Tunisie, un pays de 10 millions d’habitants, il y a des rivalités entre habitants de régions différentes voire de wilaya (départements) différents. Et socialement aussi, les différentes classes sociales se cotoient voire se mélangent à diverses endroits.

Rien à voir là avec la France, où la ligne de démarcation sociale est un mur infranchissable, et ou la ligne de demarcation ethnique me semblait plus que problématique. Ici que des arabes, je ne suis moins une originalité qu’en France, alors même que je n’ai quasiment vécu qu’en France. Je suis ici le « de France », on va s’imaginer que je suis riche et bizarrement que je suis une caillera. Ici, on n’aime pas trop les parvenus. Ceux qui sont riches sans avoir la culture. Alors même qu’avoir une voiture constitue une nécessité pour tout jeune homme voulant être un bon parti, et vivre l’amour tout simplement. Ici la France c’est de plus en plus le pays de l’argent, la démystification est en bonne marche. Je pense que d’ici quelques années, seuls les vieux auront gardé en eux l’image d’une France entourée d’un aura civilisationnel.

Mes signets du 30/11/2007

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  • Villiers: "Monsieur le magistrat, je vous demande des excuses" | Rue89

    Monsieur le magistrat, je vous demande des excuses.

    M. le magistrat,

    Je suis profondément blessé par vos propos. J’habite le 9-3, dans une très grosse verrue, immonde, parmi celles qui "parsèment le paysage suburbain de notre belle France" comme vous dîtes. Désolé …

    M. le magistrat, pensez-vous réellement, que nous ne soyons pas capables de lire la presse? Croyez-vous sincèrement que "ces lignes n’ont heureusement aucune chance d’être lues dans le 9-3"?

    L’école française, M. le magistrat, nous a donné les armes pour comprendre votre plume. Soyez-en sûr, mes yeux sont comme les vôtres. Ils n’ont besoin d’aucun décodeur, rien n’est plus crypté pour nous que pour vous.


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Mes signets du 28/07/2007

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Je me lance en politique

La défaite de la gauche hier, m’a décidé à me lancer en politique. Ou plutôt elle a a accéléré ma décision. En effet jusque là, j’attendais ma naturalisation. Elle ne risque de pas venir de si tôt. (J’ai fais ma demande il y a près de 2 ans et demi). Je veux apporter ma pierre à l’édifice, compter pour que ça change. Mes opinions politiques sont fondées depuis maintenant longtemps. Je me rappelle qu’en 1995, je scandais déjà « Balladur, Ordure! ». J’avais suivis les élections de 1995 et vu la victoire de Chirac et de son « mangez des pommes ». Depuis lors la passion de la politique ne m’a plus quitté. Ma mère est de gauche, mon père je dirais gaulliste. Le fait de ne pas avoir la nationalité française m’a encore davantage incité à m’y intéresser.

Je savais que le consensus est qu’un étranger n’avait pas le droit de m’exprimer sur la politique de son pays. Et je voyais déjà là une injustice. Et puis, autour de moi, je voyais la détresse sociale. Moi-même je l’ai vécu. Ma famille est passé de périodes de prosperité jusqu’au début des années 90 à la crise.
Tout ce passif m’a conduit à connaître les idées et la logique qui les portaient: les idéologies. J’ai toujours été un fervent républicain. Je me rappelle toujours avoir adhéré à l’idéal démocratique, à Liberté Égalité Fraternité, aux droits de l’Homme et du citoyen. Pour moi c’est ça la France, bien avant d’être une nation, c’est une République. Devant toutes les inégalitées, les injustices, j’étais farouchement pour la justice et le progrès. Ne pas penser qu’à sa pomme est également central à mon éducation, d’où l’idée de l’intérêt commun primant sur l’intérêt de groupes particuliers.
Au fur et à mesure que je grandissais je me suis rendu compte que ce point de vue avait un nom: la gauche.

Je me suis alors intéressé à la politique en Tunisie, compris le nationalisme arabe de gauche de Bourguiba tout en rejettant sa composante clanique et autoritaire. En France, l’autoritarisme et la recherche de l’intérêts de minorités privilégiés a pour moi un nom: la droite.
Jusqu’à mon adolescence, la politique chez moi était utopique, idéalisée. A l’adolescence je voulais le progrès, le changement j’étais réformiste. Mais les grands héros à mes yeux étaient encore ceux de la Révolution française, de la Commune de Paris et de la Résistance. J’ai vaguement papillonné autour des mouvements anarchistes et communistes. Mais comme on m’avait expliqué que le communisme était disqualifié et que l’anarchisme est plus un romantisme, je me suis intéressé à la social-démocratie et à DSK. Mais au fur et à mesure des mes idées et de mes rencontres, j’ai réalisé qu’il existe un énorme fossé entre la France qui ignore son peuple, et ce dernier. Celle qui voient dans le pauvre un assisté, un d’origine étrangère, une racaille en puissance. J’ai découvert des gens de droite. J’ai réalisé l’étendue de la richesse et de la pauvreté dans notre pays. Et en même temps je me suis intéressé aux fondements théoriques du socialisme, du communisme et de la social-démocratie.
Nous pouvons et nous avons le devoir de faire en sorte que chacun vive dignement. Les théories libérales ont montré leurs limites et ne sont pas nécessairement meilleures pour l’économie. La pensée: « la droite c’est bon pour l’économie, la gauche pour le social » m’est totalement étrangère. Je n’ai jamais vu la gauche comme un mouvement de romantiques pour la charité. C’est un projet pour une meilleure société, plus efficace et plus juste. Alors cette conclusion a, à mes yeux, totalement disqualifié la social-démocratie.
Si j’avais suivit mon éducation et mon milieu social j’aurais été écolo, ou au PS. Mais je connais les idées derrières les sigles. Je suis pour le progrès économique. Par conséquent ma famille c’est le socialisme démocratique.
Comme je sais que mon point de vue aujourd’hui est minoritaire et dévalorisé, je ne vise pas le pouvoir, je vise à influer sur ceux qui l’auront. Je veux convaincre les gens que l’espoir est possible, que la politique peut changer leurs vies. Que la justice et la démocratie sont bénéfiques pour tous.
De toute façon, je suis fils d’immigrés et suis vu comme tel. Même si mes parents ont eu tous deux une éducation dans le supérieur, même s’ils n’ont jamais été ouvriers, je suis vu comme appartenant à ce monde. Quant bien même je m’enrichirais, je réussirais, je deviendrais un bourgeois bien établi, cette vision persistera. Bien loin de la rejetter, je l’épouse totalement !

La lutte c’est classe…
contre classe.

Mes signets du 07/04/2007

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Mes signets du 13/11/2006

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  • Marketing for Geeks

    This page serves as the table of contents for my series of articles entitled « Marketing for Geeks ». The central theme here is that if we demystify marketing, it can be competently done by technical people. The series is still being written, with new articles coming soon to an RSS feed near you.

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  • L’anarchisme triomphant: Le logiciel libre et la mort du copyright

    Professeur de droit et d’histoire légale à l’école de droit de Columbia. Article préparé pour la publication à la conférence internationale Buchmann sur le droit, la technologie et l’information, à l’université de Tel Aviv en mai 1999. Mes remerciements aux organisateurs pour leur gracieuse invitation. Je dois plus que jamais à Pamela Karlan pour sa perspicacité et ses encouragements. Merci à Jérôme Saltzer, Richard Stallman et bien d’autres qui ont largement contribué aux corrections et aux améliorations de cet article. J’aimerais spécialement remercier les programmeurs à travers le monde qui ont rendu le logiciel libre possible. Traduction française par Jérôme Dominguez (taz@gnu.org).

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  • Freeing the Mind : Free Software and the Death of Proprietary Culture

    Eben Moglen is professor of law at Columbia University Law School. He serves without fee as General Counsel of the Free Software Foundation. You can read more of his writing at moglen.law.columbia.edu. These remarks were the keynote address at the University of Maine Law School’s Fourth Annual Technology and Law Conference, Portland, Maine, June 29, 2003.

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  • Le Manifeste du Point-Communiste – Eben Moglen

    Un spectre hante le capitalisme international – le spectre de la libre information. Toutes les puissances de la « globalisation » ont conclu une alliance bien peu sacrée afin de l’exorciser : Microsoft et Disney, l’Organisation Mondiale du Commerce, le Congrès des Etats-Unis et la Commission Européenne.

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