Lettre ouverte au Collectif National pour les Droits des Femmes et aux Femmes Solidaires
Cher-e-s ami-e-s,
tout d’abord, permettez-nous de nous présenter. Les Indivisibles sont un groupe de militant-e-s dont le but est de déconstruire, notamment grâce à l’humour et l’ironie, les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français-e-s non-Blanc-he-s. Malheureusement cette lettre peut ne paraître ni drôle, ni ironique…
Cette année vous avez appelé à une manifestation nationale unitaire pour les droits des femmes à Paris le 17 octobre 2009. Sur le principe, nous ne pouvions que nous en réjouir. Mais nous avons tout d’abord été étonné-e-s de la date choisie. Le 17 octobre, est dans l’Histoire de France, avant tout le triste anniversaire des massacres contre la manifestation pacifique algérienne du 17 octobre 1961 à Paris. Une plaque commémorative a même été installée sur le pont Saint-Michel en 2001 par le maire de Paris. Un groupe de féministes a d’ailleurs estimé, probablement avec justice, le choix de cette date «fort inapproprié, voire insultant». Dans les faits votre manifestation a effectivement occupé l’espace médiatique, probablement au détriment de la commémoration du 17 octobre 1961, pourtant indispensable en ces temps de réhabilitation de l’histoire coloniale…
Cette année, votre slogan était «Ensemble pour une réelle égalité». Souscrivant pleinement à cet objectif nous aurions aimé qu’il s’applique à toutes les femmes. Nous nous y sentons inclus-e-s, pas seulement parce que nous luttons contre le racisme et pour une réelle égalité, mais également parce que nous comptons en notre sein de nombreuses personnes féministes ou sensibles et solidaires aux idées et luttes féministes.
Dans votre «Appel à une manifestation nationale à Paris le 17 octobre 2009»(4) vous y expliquez que vous ressentez «le danger de voir la lutte pour l’égalité femmes/hommes passer au second plan au profit de la lutte contre les discriminations et pour la diversité». Nous aurions préféré que vous n’opposiez pas la lutte contre le sexisme à celle contre le racisme…
En effet, les discriminations ne sont pas seulement racistes, elles sont également sexistes, et dans de nombreux cas elles sont multiples. Comme dans le refus quasi-systématique d’embauche des femmes musulmanes voilées. Ou encore les femmes non-blanches qui subissent des discriminations à l’embauche et durant leur carrière, qui les conduit souvent à subir le statut de femmes au foyer ou encore à opter pour un emploi pour lequel on leur suppose, par la force des préjugés et racistes et sexistes, des qualités maternelles ou domestiques naturelles…
Certes vous n’omettez pas la situation des femmes étrangères même si vous n’évoquez ni le racisme qu’elles peuvent subir, ni le statut particulier des migrantes. En revanche la situation spécifique des femmes racisées (non-blanches), qu’elles soient françaises ou étrangères, n’est tout simplement pas abordée. Alors même que vous évoquez bas salaires, chômages, retraites inférieures, l’appel fait l’impasse sur le fait que ces situations sont aggravées par le racisme que ces femmes subissent…
Dans un communiqué paru le lendemain de la marche vous déclarez : «Le combat pour la « diversité » ne doit pas être non plus l’occasion de réduire les femmes à une « catégorie » de discriminés comme d’autres, alors que nous sommes la moitié de l’humanité et que notre combat est un combat transversal.». La lutte contre le racisme est également un combat transversal et en France comme pour l’humanité, le nombre et la proportion de personnes vivant une situation de racisme n’est pas non plus négligeable. Il est regrettable d’opposer, de façon aussi définitive, ces deux luttes, car ce faisant vous souscrivez au jeu des dominant-e-s qui cherchent à nous “diviser pour mieux régner”. Notre nom “Les Indivisibles” évoque d’ailleurs cette volonté de positionner la convergence des luttes au cœur de notre action…
Nous regrettons que votre conception du féminisme ne s’inspire pas des féministes non-blanches, notamment du courant « Black feminism » qui étudie l’imbrication du sexisme et du racisme. Courant dont un des textes principaux, le « Third World Women’s Alliance. Black Women’s Manifesto. » date tout de même de 1970. Nous regrettons également que vos positions sur l’action positive n’aient pas évolué depuis les débats sur la parité au cours desquels de nombreux-ses féministes ont disqualifié la discrimination positive à l’égard des minorités racisées afin de mieux encenser le principe de parité.
En conclusion nous regrettons que vous participiez à l’invisibilisation de ces femmes migrantes et françaises qui partagent cette communauté d’expérience d’un sexisme raciste. D’autant que vous expliquez à juste titre que «pour éviter cette régression majeure, pour la reconnaissance de la lutte pour les droits des femmes, il nous faut réaliser l’unité». Pour réaliser cette unité, nous ne pouvons que vous inviter à faire face aux préjugés raciaux, qui minorent ou invisibilisent une grande part de ces femmes.
amicalement,
Les Indivisibles
Mes signets du 20/09/2009 au 23/09/2009
Ma selection de liens du 20/09/2009 au 23/09/2009:
- Les poupées Barbie de l’Islam light : exhibitionnisme et érotisme victimaires – Actualité, | Oumma.com – L’homme français du XXIe siècle doit arrêter de se projeter comme l’émancipateur en puissance de la « femme musulmane », que celle-ci porte voile ou pas, la réduisant à n’être finalement qu’un objet de ses fantasmes sexuels et pulsions érotisantes.
- Sémites, ou la fiction de l’Autre – Selon un très vieux préjugé, Juifs et Arabes, juifs et musulmans, s’ils sont «ennemis», sont avant tout des «frères» partageant un rapport commun au monde, à la religion et aux texte sacrés. Cette unité se manifeste dans la fiction du «Sémite». Se fondant sur une lecture deSemites: Race, Religion, Literature de Gil Anidjar, Warren Montag soutient que, si cette unité fictionnelle est avant tout le fruit de l’opération par laquelle le christianisme – dont la laïcité ne serait que l’un des derniers avatars – s’est construit un Autre, elle est peut-être également susceptible d’une récupération politique, problématique mais féconde, par ceux qu’elle est censée désigner.
- Pouvoir / Savoir – Peut-être faut-il renoncer à croire que le pouvoir rend fou et qu’en retour la renonciation au pouvoir est une des conditions auxquelles on peut devenir savant. Il faut plutôt admettre que le pouvoir produit du savoir ( et pas simplement en le favorisant parce qu’il le sert ou en l’appliquant parce qu’il est utile); que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre; qu’il n’y a pas de relation de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir.
Mes signets du 03/07/2009 au 01/09/2009
Ma selection de liens du 03/07/2009 au 01/09/2009:
- « Ceci n’est pas la femme égyptienne ! » – Pour la classe moyenne urbaine, menée par une partie importante de l'intelligentsia, il existe une entité abstraite homogénéisée, « le peuple », et qui est le pendant d'un « monde extérieur »pareillement homogénéisé. « Le peuple »glorifié est utilisé pour exprimer l'authenticité de la nation. Mais il n'est toléré que dans l'abstrait.
- Al-aql wa-l-qalb : la raison et le coeur – | Oumma.com – L’attachement du musulman lambda pour une argumentation d’ordre scientifique concernant le Coran découle d’une éducation reçue dans une société prônant la supériorité des sciences positives. Le plus souvent, il ne tient cette argumentation que dans le cadre d’un débat avec des non-musulmans ou des non-croyants. Sans même en être conscient, il adapte le concept de « véracité du contenu coranique » aux modes réflexifs de la société dans laquelle il vit. Alors qu’au temps du Prophète, la « preuve » se manifestait à travers le seul sentiment d’émerveillement devant les créations du Seigneur, elle se trouve aujourd’hui cantonnée dans le seul domaine de la scientificité et ne s’exprime que par une observation empirique du monde.
- Y a-t-il un « racisme anti-blanc » ? – Les mots sont importants (lmsi.net) – Bien des « Français d’origine française » – des Blancs – peuvent se sentir agressés par mon propos. Et je le regrette. Il n’est nullement dans mon intention, pas plus que dans celle du Mouvement des indigènes, de suggérer une culpabilité collective. Cependant, le fait de se sentir ainsi agressés ne révèle-t-il pas un problème ?

