Islamophobie au nom du féminisme : NON !

Musulmane voilée et féminisme aveugle

Débat dimanche 20 mars de 15h30 à 19h30 à la Maison des Associations du Xème, 206 quai de Valmy 75010 Paris, métro Jaurès.Co-organisé par Les Indivisibles, Les Mots Sont Importants, Les Panthères roses et Les TumulTueuses

Nous, féministes, dénonçons l’utilisation des luttes féministes et LGBT à des fins racistes notamment islamophobes.

Marine le Pen a utilisé récemment la défense des homos pour mieux propager son racisme1.

C’est aussi au nom des femmes que nos dirigeants et grands médias ont jusqu’au bout soutenu un tyran comme Ben Ali, présenté comme le protecteur des Tunisiennes contre un patriarcat nécessairement islamiste.

Enfin, l’infâme débat sur le port du niqab, à l’occasion duquel des parlementaires hommes, jusque là totalement indifférents à la cause féministe, se sont soudainement érigés en défenseurs de l’égalité hommes/femmes.

Ça suffit ! Nous condamnons le racisme et refusons qu’il frappe en notre nom !

Construisons des outils, des ripostes féministes pour désamorcer ces « évidences » insupportables – musulman = islamiste = extrémiste = menace pour les femmes et les minorités sexuelles- qui s’annoncent déjà comme des vedettes des prochaines échéances électorales.

Il est plus que jamais nécessaire de rappeler que de nombreuses femmes étrangères ou françaises vivent le racisme, le sexisme et un sexisme raciste. Pire, les femmes musulmanes voilées sont réprimées. Décolonisons les luttes féministes et LGBT ! Ne laissons pas des féministes blanc-he-s donner des leçons aux autres ! Stoppons celles et ceux qui s’allient à des initiatives politiques et des discours racistes, y compris sous des bannières (pseudo)féministes ou « gay friendly » !

Retrouvons nous pour échanger et organiser la riposte !

Plusieurs invitéEs présenteront leurs analyses et expériences :
Nacira Guénif, sociologue ; Jessica Dorrance de l’association de migrant_es lesbien_nes/bisexuel_les et lesbiennes et personnes trans Noires de Berlin LesMigraS et d’autres militant-e-s.

  1. Marine Le Pen à Lyon le 10 décembre 2010 déclare notamment «Dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc.» []

Construire la dignité des savoirs indigènes

Les savoirs endogènes de sujets collectifs (ou de groupes sociaux) exploités dans une relation sociale sont aussi ceux qui sont les plus à même d’éclairer la nature de cette relation sociale. Etre à la frontière de différentes relations sociales et de sujets collectifs, c’est se donner la possibilité de communiquer à d’autres positions et relations ces savoirs. Nous vivons cependant à une époque, et dans une société dont le régime de vérité repose, notamment, sur la scientificité, et sur la discussion entre positions différentes supposant l’abstraction et la raison tout autant que le désintéressement. Les savoirs endogènes intéressés, informels, et subjectifs ne sont donc, à priori, reconnus ni comme scientifiques, ni comme susceptibles de lancer une discussion. Ils sont donc indignes pour notre époque et notre société. Ce sont des savoirs indigènes car indigne et endogène. Or, dans une perspective humaniste, nous savons qu’ils sont les plus à même d’apporter une lumière sur le monde. Notre société et notre époque s’imposant à nous de façon hégémonique, elle nous impose soit de parler son langage afin d’être reconnu comme digne, soit de disparaître du regard. Il importe donc de leur construire leur dignité. Construire cette dignité peut passer par une reconnaissance scientifique. C’est possible en les traduisant dans le langage dit universel, en les formalisant et les objectifiant. Les apports des travaux féministes matérialistes, sur la traduction post-coloniale, et la prise en compte de la subjectivité dans l’objectivité peuvent être nos outils. En voilà donc un inventaire qui est amené à être complété et enrichi.

Savoirs situés et perspectivisme

Introduction

  • Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste – Contre le binarisme classique sujet/objet de connaissance, elle prône une posture de connaissance davantage relationnelle. Sa critique porte sur la construction historiquement déterminée de « l’homme de science » comme « témoin modeste ». « Le fait d’être invisible à soi-même est la forme spécifiquement moderne, professionnelle, européenne, masculine, scientifique de la modestie comme vertu […]. Elle garantit que le témoin modeste est le ventriloque légitime et autorisé du monde objectif, n’ajoutant aucune opinion ni rien de sa corporéité biaisée. Il est doté d’un pouvoir remarquable d’établir les faits. Il témoigne ; il est objectif ; il garantit la clarté et la pureté des objets. Sa subjectivité est son objectivité. Ses récits ont un pouvoir magique – ils perdent toute trace de leur histoire comme narrations, comme produits de projets partisans, comme représentations contestables, comme documents construits capables de définir les faits » (p. 311)
  • Multitudes Web – 4. Divergences solidaires – La politisation féministe de l’expérience, le personnel est politique, a atteint les savoirs dits scientifiques. Les théorisations de ces politiques en termes de construction de  » savoirs situés  » défient la tradition épistémologique moderne. Affirmant un style politique qui chérit les divergences solidaires ces théories prolongent la vivacité de l’histoire politique du féminisme.
  • Haraway : Réinventer la nature – Mouvements – La notion de « savoir situé » renvoie à ce pluralisme scientifique, dont l’objet est en priorité l’identification du lieu d’où parle celui qui prétend parler pour la nature, et qui se prolonge dans l’extension de cette parole légitime sur la base de la reconnaissance de différences significatives dans les points de vue possibles, et parmi lesquelles la différence de genre est centrale. Haraway synthétise ainsi cette notion : « Comment voir : c’est tout l’enjeu des luttes sur ce qui pour finir comptera en tant que description rationnelle du monde »
  • Savoirs Vampires @ War / Beatriz Preciado – Le savoir situé semble immédiatement faire référence à un lieu, une position, une localisation ou un site ; mais, une des complexités de cette notion est qu’elle vient à ébranler le lieu même de production du savoir. Alors, Savoir = Lieu, mais de quel lieu s’agit-il ? Ce lieu est une brèche, l’effet d’une série de déplacements : 1. des théories et mouvements anti-coloniaux vers une critique postcoloniale ; 2. du féminisme hégémonique hétérocolonial vers une critique de la construction transversale de la race, du sexe, du genre et de la sexualité… ; 3. des politiques des identités vers des politiques post identitaires ; 4. des politiques du corps vers des cyborgologies dénaturalisées.

Textes de Donna Haraway

  • Savoirs situés – La question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle – Donna Haraway : «Je pense donc que mon problème, et « notre » problème, est comment avoir simultanément un rapport à la contingence historique radicale de toute prétention savante et de tout sujet connaissant, une pratique critique pour reconnaître nos propres « technologies sémiotiques » pour produire des significations, et une confiance qui ne soit pas absurde en des rapports sensés à un monde « réel », qui puisse être en partie partagée et hospitalière à des projets de liberté finalisée, d’abondance matérielle adéquate, de significations modestes à la souffrance et de bonheur limité.»
  • Haraway: situated knowledges – Chapter Nine, Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective
    Donna J. Haraway
    from Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature (New York; Routledge, 1991)

Traduction des savoirs et positionnalité

  • Encarnación Gutiérrez Rodríguez : Traduire la positionnalité | translate.eipcp.net – Ce qui est en jeu ici, c’est un processus de traduction entre le savoir académique et le savoir militant ou vice versa. En même temps, la négociation entre différentes positionnalités, voix et localisations sociales requiert l’acte de traduction des positionnalités selon les lignes de la compréhension transversale que j’ai esquissées. Cette approche permettrait d’énoncer la « différance » sans rassembler ce mouvement sous le chapeau d’une identité unique ou d’un « bien commun global », qui pourrait être le genre. Cela n’implique pas d’abandonner l’idée d’un nom commun tel que « femme », mais de créer un espace pour débattre, négocier et lutter autour de différentes expériences de la féminité, différentes manières de l’intégrer.

Epistémologie féministe et théorie du point de vue en anglais

  • Feminist Epistemology and Philosophy of Science (Stanford Encyclopedia of Philosophy) : The central concept of feminist epistemology is that of a situated knower, and hence of situated knowledge: knowledge that reflects the particular perspectives of the subject. Feminist philosophers are interested in how gender situates knowing subjects. They have articulated three main approaches to this question: feminist standpoint theory, feminist postmodernism, and feminist empiricism. Different conceptions of how gender situates knowers also inform feminist approaches to the central problems of the field: grounding feminist criticisms of science and feminist science, defining the proper roles of social and political values in inquiry, evaluating ideals of objectivity and rationality, and reforming structures of epistemic authority.
  • standpoint theory – perspectivism – Holds that different individuals or groups in society possess significantly different perspectives (or standpoints) that shape their views of reality. Standpoint theory usually involves claims that some standpoint should be privileged over others, at least for analytic problems. This idea has a long philosophical pedigree dating back to critiques of Enlightenment universalism.

S’objectiver quand on objective

  • L’objectivation participante – Pierre Bourdieu – Ce qu’il s’agit d’objectiver, en effet, ce n’est pas l’anthropologue faisant l’analyse anthropologique d’un monde étranger, mais le monde social qui a fait l’anthropologue et l’anthropologie consciente ou inconsciente qu’il engage dans sa pratique anthropologique; pas seulement son milieu d’origine, sa position et sa trajectoire dans l’espace social, son appartenance et ses adhésions sociales et religieuses, son âge, son sexe, sa nationalité, etc., mais aussi et surtout sa position particulière dans le microcosme des anthropologues.
  • Pierre Boudieu – Objectiver le sujet de l’objectivation – Ce travail d’objectivation du sujet de l’objectivation doit être mené à trois niveaux : 1) la position dans l’espace social global du sujet de l’objectivation, sa position d’origine et sa trajectoire, son appartenance et ses adhésions sociales et religieuses ; 2) la position occupée dans le champ des spécialistes, chaque discipline ayant ses traditions et ses particularismes nationaux, ses problématiques obligées, ses habitudes de pensée, ses croyances et ses évidences partagées, ses rituels et ses consécrations, ses contraintes en matière de publication des résultats, ses censures spécifiques, sans parler de tout l’ensemble des présupposés inscrits dans l’histoire collective de la spécialité (l’inconscient académique) ; 3) tout ce qui est lié à l’appartenance à l’univers scolastique, en portant une attention particulière à l’illusion de l’absence d’illusion, du point de vue pur, absolu, « désintéressé ».
Haraway : Réinventer la nature – Mouvements – La notion de « savoir situé » renvoie à ce pluralisme scientifique, dont l’objet est en priorité l’identification du lieu d’où parle celui qui prétend parler pour la nature, et qui se prolonge dans l’extension de cette parole légitime sur la base de la reconnaissance de différences significatives dans les points de vue possibles, et parmi lesquelles la différence de genre est centrale. Haraway synthétise ainsi cette notion : « Comment voir : c’est tout l’enjeu des luttes sur ce qui pour finir comptera en tant que description rationnelle du monde »

Journée de LA femme ou journée des femmes ?

Economie de LA femme

Aujourd’hui, 8 mars 2010, journée de LA femme, nous pouvons l’affirmer le féminisme est dépassé. Le mythe de l’égalité déjà là lui a succédé. Désormais, il ne s’agit plus que de consacrer LA femme, la seule, l’unique, la belle, la docile, la désirable, la douce, la sexy, la farouche, la timide, la passionnée, la fidèle, l’amoureuse. Ce modèle de féminité super-woman qui dans sa fraicheur de fleur se laisse butiner par les jeunes hommes virils jusqu’à tomber sur le bon. Souvent il arrive que la fleur, trop banale, ressemblant davantage à une marguerite qu’à une rose, finisse avec un frêle moucheron ou un bourdon tabasseur. Mais si elle a réussi à montrer ses plus beaux reflets sans se fâner, ni se donner à trop de butineurs, elle pourra espérer tomber sur l’homme idéal. Ensuite arrivera donc le temps cumulée de la maternité et de la vie active. Libre de travailler autant qu’un homme pour un salaire, une carrière et un emploi raisonnable et féminin. Raisonnable et féminin signifie  aussi pour les grincheux, un salaire 27% inférieur en moyenne à celui d’un homme, une carrière bloquée par le plafond de verre, et des professions jugées peu sérieuses et peu socialement valorisées. A la maison c’est encore mieux, elle est émancipée forcément car avec son salaire elle pourra se payer robots et nounous. Elle est fortement encouragée  lire le plus souvent possible des magazines féminins pour être la plus sexuellement performante avec son Jules. Un Jules forcément, pas un Mohamed, ni un Mamadou, car le Jules est émancipateur, tout autant que bon amant… Tout ça bien sur en espérant ne pas faire partie des 100 000 femmes violéees par an, des 675 000 femmes battues par leur mari, des 80% d’emploi précaires occupées par des femmes, des millions de femmes pauvres qui doivent s’occuper quasiment seules de leur progéniture et du travail domestique ou des 156 femmes mortes tuées par leur mari ou compagnon. Concilier harmonieusement tout à la fois, vie de mère, de jeune fille, d’épouse, de fantasme sexuel, de travailleuse, de femme domestique, voici son nouvel idéal d’émancipation.

Si le féminisme est une chose dépassée en Occident, remplacée par l’harmonie entre les sexes, en revanche, c’est une chose qui reste bonne pour les Autres, les femmes non-blanches ou musulmanes. Bref ici, les femmes issues des immigrations post-coloniales ou carrément vivant là-bas dans le Sud. Mais plus que bonne, ce féminisme devient une mission de civilisation pour toutes les femmes d’Occident qui sont aimablement mais fermement invitées à déverser leur mélancolie de femmes émancipées dans une grande cause d’ingérence humanitaire.

Ce féminisme, que je me permets de qualifier de colonial, a pour but d’émanciper les jeunes fillettes africaines indigènes excisées et d’en faire de sublimes mannequins afin d’exporter, à travers le monde, ce merveilleux modèle de féminité moderne, émancipateur, bref occidental, à des millions d’Autres fillettes, jeunes femmes, et mères indigènes. Différents modèles existent, de fleur du désert, à fille du jasmin ou encore fleur de lotus bien sur en gardant les grands classiques roses roses (brunes) et roses rouges (blondes)…

Ce travail merveilleux s’accomplit bien sur au travers de Journée Mondiale de LA Femme, mais également  à travers de publicités non-sollicités par email, autrement dit SPAM. Publicités au profit d’entreprises tel que Pinault Printemps Redoute dirigée par 5 Jules et 0 femmes. Mais rassurez vous… Ces publicités sont réalisées probablement par une agence du type de Publicis suite à une étude de marché probablement réalisé par une entreprise du type d’IFOP. Publicis dont la principale actionnaire se trouve être une femme, féministe de surcroit, Elisabeth Badinter. Grande libératrice des femmes burkisées et voilées de France et d’Afghanistan au côté de Ni Putes, Ni Soumises… IFOP dont la dirigeante est la sémillante patronne des patrons Laurence Parisot. Celle-là même qui du haut de son émancipation déclarait «La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ?» Sans compter une éventuelle loi pour garantir aux bourgeois de sexe féminin un quota de sièges dans les CA des grandes entreprises… Ce modèle de prêt-à-porter unique de femme ne taille pas 40, mais plutôt CAC 40… La boucle est bouclée, LA femme produit de grande consommation est désormais partout disponible pour votre plus grand désir…

Si Christine Delphy appelerait, elle,  à retrouver l’élan du féminisme, je me bornerais, moi, de ma position de rajel ((monsieur en arabe)),  à appeler à la défense des femmes, de toutes les femmes, des filles, des jeunes femmes, des mères, des anciennes, des non-blanches, des prolos. Ne vous étonnez pas d’entendre déjà des grondements des défenseurs de LA femme, ils ont raison, il ne s’agit ni plus, ni moins que de sonner le glas de LA femme. Mais aussi de l’Homme…

Lettre ouverte au Collectif National pour les Droits des Femmes et aux Femmes Solidaires

Cher-e-s ami-e-s,

tout d’abord, permettez-nous de nous présenter. Les Indivisibles sont un groupe de militant-e-s dont le but est de déconstruire, notamment grâce à l’humour et l’ironie, les préjugés ethno-raciaux et en premier lieu, celui qui nie ou dévalorise l’identité française des Français-e-s non-Blanc-he-s. Malheureusement cette lettre peut ne paraître ni drôle, ni ironique…

Cette année vous avez appelé à une manifestation nationale unitaire pour les droits des femmes à Paris le 17 octobre 2009. Sur le principe, nous ne pouvions que nous en réjouir. Mais nous avons tout d’abord été étonné-e-s de la date choisie. Le 17 octobre, est dans l’Histoire de France, avant tout le triste anniversaire des massacres contre la manifestation pacifique algérienne du 17 octobre 1961 à Paris. Une plaque commémorative a même été installée sur le pont Saint-Michel en 2001 par le maire de Paris. Un groupe de féministes a d’ailleurs estimé, probablement avec justice, le choix de cette date «fort inapproprié, voire insultant». Dans les faits votre manifestation a effectivement occupé l’espace médiatique, probablement au détriment de la commémoration du 17 octobre 1961, pourtant indispensable en ces temps de réhabilitation de l’histoire coloniale

Cette année, votre slogan était «Ensemble pour une réelle égalité». Souscrivant pleinement à cet objectif nous aurions aimé qu’il s’applique à toutes les femmes. Nous nous y sentons inclus-e-s, pas seulement parce que nous luttons contre le racisme et pour une réelle égalité, mais également parce que nous comptons en notre sein de nombreuses personnes féministes ou sensibles et solidaires aux idées et luttes féministes.

Dans votre «Appel à une manifestation nationale à Paris le 17 octobre 2009»(4) vous y expliquez que vous ressentez «le danger de voir la lutte pour l’égalité femmes/hommes passer au second plan au profit de la lutte contre les discriminations et pour la diversité». Nous aurions préféré que vous n’opposiez pas la lutte contre le sexisme à celle contre le racisme…

En effet, les discriminations ne sont pas seulement racistes, elles sont également sexistes, et dans de nombreux cas elles sont multiples. Comme dans le refus quasi-systématique d’embauche des femmes musulmanes voilées. Ou encore les femmes non-blanches qui subissent des discriminations à l’embauche et durant leur carrière, qui les conduit souvent à subir le statut de femmes au foyer ou encore à opter pour un emploi pour lequel on leur suppose, par la force des préjugés et racistes et sexistes, des qualités maternelles ou domestiques naturelles…

Certes vous n’omettez pas la situation des femmes étrangères même si vous n’évoquez ni le racisme qu’elles peuvent subir, ni le statut particulier des migrantes. En revanche la situation spécifique des femmes racisées (non-blanches), qu’elles soient françaises ou étrangères, n’est tout simplement pas abordée. Alors même que vous évoquez bas salaires, chômages, retraites inférieures, l’appel fait l’impasse sur le fait que ces situations sont aggravées par le racisme que ces femmes subissent…

Dans un communiqué paru le lendemain de la marche vous déclarez : «Le combat pour la « diversité » ne doit pas être non plus l’occasion de réduire les femmes à une « catégorie » de discriminés comme d’autres, alors que nous sommes la moitié de l’humanité et que notre combat est un combat transversal.». La lutte contre le racisme est également un combat transversal et en France comme pour l’humanité, le nombre et la proportion de personnes vivant une situation de racisme n’est pas non plus négligeable. Il est regrettable d’opposer, de façon aussi définitive, ces deux luttes, car ce faisant vous souscrivez au jeu des dominant-e-s qui cherchent à nous “diviser pour mieux régner”. Notre nom “Les Indivisibles” évoque d’ailleurs cette volonté de positionner la convergence des luttes au cœur de notre action…

Nous regrettons que votre conception du féminisme ne s’inspire pas des féministes non-blanches, notamment du courant « Black feminism » qui étudie l’imbrication du sexisme et du racisme. Courant dont un des textes principaux, le « Third World Women’s Alliance. Black Women’s Manifesto. » date tout de même de 1970. Nous regrettons également que vos positions sur l’action positive n’aient pas évolué depuis les débats sur la parité au cours desquels de nombreux-ses féministes ont disqualifié la discrimination positive à l’égard des minorités racisées afin de mieux encenser le principe de parité.

En conclusion nous regrettons que vous participiez à l’invisibilisation de ces femmes migrantes et françaises qui partagent cette communauté d’expérience d’un sexisme raciste. D’autant que vous expliquez à juste titre que «pour éviter cette régression majeure, pour la reconnaissance de la lutte pour les droits des femmes, il nous faut réaliser l’unité». Pour réaliser cette unité, nous ne pouvons que vous inviter à faire face aux préjugés raciaux, qui minorent ou invisibilisent une grande part de ces femmes.

amicalement,
Les Indivisibles

Mes signets du 20/09/2009 au 23/09/2009

Ma selection de liens du 20/09/2009 au 23/09/2009:

  • Les poupées Barbie de l’Islam light : exhibitionnisme et érotisme victimaires – Actualité, | Oumma.com – L’homme français du XXIe siècle doit arrêter de se projeter comme l’émancipateur en puissance de la « femme musulmane », que celle-ci porte voile ou pas, la réduisant à n’être finalement qu’un objet de ses fantasmes sexuels et pulsions érotisantes.
  • Sémites, ou la fiction de l’Autre – Selon un très vieux préjugé, Juifs et Arabes, juifs et musulmans, s’ils sont «ennemis», sont avant tout des «frères» partageant un rapport commun au monde, à la religion et aux texte sacrés. Cette unité se manifeste dans la fiction du «Sémite». Se fondant sur une lecture deSemites: Race, Religion, Literature de Gil Anidjar, Warren Montag soutient que, si cette unité fictionnelle est avant tout le fruit de l’opération par laquelle le christianisme – dont la laïcité ne serait que l’un des derniers avatars – s’est construit un Autre, elle est peut-être également susceptible d’une récupération politique, problématique mais féconde, par ceux qu’elle est censée désigner.
  • Pouvoir / Savoir – Peut-être faut-il renoncer à croire que le pouvoir rend fou et qu’en retour la renonciation au pouvoir est une des conditions auxquelles on peut devenir savant. Il faut plutôt admettre que le pouvoir produit du savoir ( et pas simplement en le favorisant parce qu’il le sert ou en l’appliquant parce qu’il est utile); que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre; qu’il n’y a pas de relation de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir.

Messieurs et encore messieurs, et toujours messieurs les députés

Cet article fait partie du dossier sur la burqa. Il documente l’affirmation selon laquelle l’avant-garde du combat contre la burqa est constituée d’une petite élite  de députés sexistes et souchistes sous leurs airs bonhomme de patriarche.

Il suffit ainsi pour confirmer notre intuition de jeter un coup d’oeil à la liste des députés ayant présenté, le 9 juin 2009, la proposition de résolution N°1725, tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national ((http://www.assemblee-nationale.fr/13/propositions/pion1725.asp)).

En la comparant à la mission d’évaluation de la politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes ((http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i1799-t1.asp)), nous sommes surpris de ne la voir composée que par 30 députés pour près de 58 pour celle concernant le voile intégral. Un phénomène touchant rappelons-le moins de 400 femmes en France pour 1,3 million de femmes qui « vivent chaque jour dans la violence de leur conjoint. ». Et nous n’y retrouvons que 4 députés membres des deux groupes. Dans la mission d’évaluation sur les violences faites aux femmes nous y retrouvons 19 femmes, soit près des 2/3. Dans celle concernant le voile intégral seulement 9 femmes… Pour une revendication prétendument féministe, le voile intégral mobilise peu les femmes. Et pour des mâles députés se revendiquant pour l’égalité hommes-femmes, je les trouve bien peu soucieux du sort concret des femmes… Cette mission a débouché sur 65 propositions afin de combattre les violences vécues par les femmes au sein du foyer, dans l’espace publique  mais également au travail. Ce qu’elle peut nous apprendre sur le voile intégral c’est que ce sont les femmes désocialisées, c’est-à-dire isolées ou exclues de la sphère publique, qui sont le plus touchées. Or la loi prohibant le voile intégral a pour but d’exclure de la sphère publique ces femmes, les fragilisant encore davantage.

Nous avons donc d’un côté une commission d’enquête contre le voile intégral, dirigée par 2 hommes, composée par un très grand nombre de députés, mais avec une très faible minorité de femmes, dont le but n’est certainement pas d’améliorer la condition de la femme; et de l’autre une mission d’évaluation composée d’un faible nombre de députés au regard de la tâche à accomplir, dirigée par une femme et proposant une série de mesures concrètes luttant pour l’égalité hommes-femmes. Le plus grave c’est que son rapport rendu  le 7 juillet 2009, n’a eu que très peu d’échos et a certainement subit l’ombre du débat sur le voile intégral ((RAPPORT D’INFORMATION, N° 1799, FAIT AU NOM DE LA MISSION D’ÉVALUATION DE LA POLITIQUE DE PRÉVENTION ET DE LUTTE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES)). Nous n’avons entendu aucune des féministes institutionnelles s’exprimer sur le sujet, ou au mieux leur parole n’a pas été relayée par les médias.

Des députés patriarches…

Ainsi ces prétendus défenseurs de la femme que sont les députés UMP Jacques Myard, Pierre Lellouche, Lionel Luca et Thierry Mariani ont tous voté contre la réforme de l’IVG et de la contraception du 5/12/2000 et contre le PACS.  «Si je me bats au quotidien pour le droit des femmes en Afghanistan, vous comprendrez bien que je souhaiterais que toutes les femmes en France aient droit à leur corps et à leur personne», c’est ce qu’affirme par ailleurs Pierre Lellouche, le député UMP, un des 58 co-signataires de la proposition de résolution et ancien représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan  ((http://www.liberation.fr/societe/0101574845-burqa-a-chacun-de-se-positionner-sur-la-laicite)) puisqu’il y a désormais été remplacé par Thierry Mariani ((http://www.liberation.fr/politiques/0101580400-thierry-mariani-succede-a-lellouche)). Au regard de ses prises de positions politiques, ce pour quoi au quotidien il se bat relève plutôt de la justification de l’occupation française de ce pays. Nous pouvons légitimement penser que la démarche de Thierry Mariani relève de la même logique ;

Jacques Myard, Pierre Lellouche, Lionel Luca ont également signé la pétition homophobe de Michel Pinton des maires contre le CUS (PaCS). Lors d’un débat sur le PaCS, tandis que la Garde des Sceaux assurait que les couples homosexuels n’adopteront pas, Pierre Lellouche s’est écrié : « Alors, stérilisez-les ! » ((http://www.prochoix.org/pages.action/legislatives/lellouche.html)) .

Jacques Myard avait affirmé dans sa proposition de loi que les femmes portant un voile intégral se trouvaient « dans l’impossibilité d’établir le moindre contact humain en dehors de sa famille. » Il aurait du s’en réjouir puisque ce prétendu défenseur de l’émancipation de la femme préside le groupe parlementaire à fort relent patriarcal : « Oser la famille ».

Représentants de circonscriptions rurales, Dominique Souchet et Véronique Besse du MPF, parti ostensiblement défenseur de la souchitude et du patriarcat ((http://www.pourlafrance.fr/charte-du-mpf.html)), se sont également associés à la démarche pour « faire de la prévention » ((http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2009-07-02/port-de-la-burqa-l-assemblee-nationale-installe-une-mission-d-information/920/0/357500)).

Ce sont ceux qui combattaient le droit à l’avortement, le droit à l’union civile quelque soit l’orientation sexuelle, qui se prétendent aujourd’hui les héraults des valeurs de la République face aux femmes musulmanes portant un voile intégral. Les femmes sont tellement au centre de leurs préoccupations qu’ils se sont évertués à combattre les lois défendant leur dignité. Pourquoi alors penser que cette proposition de loi qu’ils s’apprêtent à présenter ne serait pas le prolongement d’un tel combat sexiste ?

Des députés souchistes…

D’ailleurs parmi ces députés qui en préambule de la proposition prétendent reconnaître la diversité, nous trouvons également des fervents défenseurs de la souchitude et de la France coloniale. Ainsi les députés Jacques Myard, Pierre Lellouche, Lionel Luca et Thierry Mariani ont voté le 22 janvier 2002 contre la proposition de loi relative à la reconnaissance du 19 mars comme Journée nationale du souvenir et de recueillement à la mémoire des victimes civiles et militaires de la guerre d’Algérie et des combats du  Maroc et de Tunisie. Jacques Myard avait justifié son vote de défense de l’ère coloniale en expliquant que selon lui la proposition de loi « est une manœuvre politicienne ayant pour objectif de tenter de recréer le mythe du peuple de gauche, prétendument progressiste et juste. » ((http://www.prochoix.org/pages.action/legislatives/myard.html)). L’ironie c’est qu’il essaye désormais de faire croire au mythe du peuple « De Souche », prétendument progressiste et juste envers les femmes depuis sa genèse éludant la réalité historique du patriarcat en France et les luttes féministes contre cette France là. C’est donc sur ces députés là que nous nous attarderons donc quelque temps par ordre croissant de degré de souchisme ostensible…

Je vous épargne le suspens en vous annonçant que le rapporteur de la commission, André Gérin, et Jacques Myard, le précurseur de la lutte contre la burqa sont également ses plus éminents représentants.

Lionel Luca, le nettoyeur ethnique

Lionel Luca (UMP, Alpes-Maritimes), défendait ainsi un référendum sur la peine de mort proposé par Charles Pasqua  ((Communiqué de presse, 13 mars 2002)) peu de temps après le « 11 septembre » pour lutter contre le terrorisme sous un climat délétère de suspicion de tout musulman d’être un terroriste potentiel.

Il avait également intimer aux siffleurs du match France/Tunisie de «faire leur valise pour réintégrer le pays de leurs origines» ((http://www.liberation.fr/politiques/0101148643-du-bruit-et-une-odeur-de-demagogie)) probablement afin de bien leur faire comprendre, avec une certaine morgue coloniale, qu’ils ne sont pas tout à fait des citoyens comme les autres. D’ailleurs il avait estimé que sans «la colonisation, ni Léon Bertrand ni Azouz Begag ne seraient ministres de la République française». Lionel Luca avait déjà remarqué que «ceux qui aux Antilles font toute sorte d’amalgames avec l’esclavage ne crachent pas sur le RMI des anciens colonisateurs !».

Nous retrouvons également sa trace sur le site du parti d’extrême-droite MNR, dans des initiatives communes avec Bruno Mégret, ou encore dans toutes les propositions de loi visant à réduire l’accession à la nationalité française. ((http://racismeordinaire.over-blog.com/article-1387524.html))

Thierry Mariani, le pourfendeur des immigré-e-s et de leurs enfants

Comme l’affirme la revue Pro-Choix  ((http://www.prochoix.org/pages.action/legislatives/mariani.html)) « Plus anti-immigrés qu’autre chose, ses multiples assauts contre le PaCS ont visé principalement l’ouverture du contrat aux étrangers. » Mariani craint par dessus tout la régularisation des sans-papiers : « on en est à se demander si vous n’attendez pas, pour réagir, que les intéressés puissent conclure un ‘PACS blanc’ afin d’obtenir leur régularisation » ((Assemblée nationale. 13 oct 1998, 1ère séance – Question sur les étrangers en situation irrégulière.)); « et je ne parle pas des conséquences du PaCS sur l’immigration. » ; « le PaCS sera en réalité la voiture-balai des régularisations de sans-papiers, et cela nous ne pouvons l’accepter ». Il a proposé une loi visant à supprimer toute possibilité d’acquérir la nationalité française aux étrangers coupables de crime ou de trafic de stupéfiants renforçant ainsi une justice donc à double vitesse qui condamne doublement les enfants d’immigrés. Des personnes socialisés en France qui ne pourront jamais devenir des citoyens. « Lors du premier tour de l’élection présidentielle 2002, il a recommandé à ses élus de soutenir Nicolas Miguet, ancien proche de Jean-Marie Le Pen, dans sa quête des 500 signatures ». Et plus récemment c’est lui l’auteur du fameux amendement ADN incluant des tests ADN pour les candidats au regroupement familial ((http://www.lejdd.fr/Politique/Actualite/La-loi-Hortefeux-est-passee-101637/)).

Jacques Myard, la fierté de la France réac

Jacques Myard  n’est pas un  novice dans la matière. Comme il s’en orgueillit lui-même il avait déjà proposé l’interdiction du voile intégral dans une proposition de loi prétendant viser « à lutter contre les atteintes à la dignité de la femme résultant de certaines pratiques religieuses » présentée à l’Assemblée Nationale le 23 septembre 2008.

Dans l’introduction le ton est donné puisque que la loi discriminatoire d’interdiction du voile islamique à l’école aurait permis « l’apaisement dans les écoles minées depuis des années par des polémiques prosélytes et idéologiques. » Mais de quelles polémiques prosélytes et idéologiques parle-t-il ? Nous aurions espéré qu’il s’agisse des multiples réformes visant à dépecer l’école publique…

Mais cette loi ne se limitait pas à une interdiction. Elle prévoyait une peine d’emprisonnement de 2 mois ferme et 15 000 euros d’amende pour toute personne n’ayant pas le « le visage découvert » ainsi que « l’incitation à violer ledit principe ». Sans compter qu’elle incluait une discrimination envers les étrangers qui se verraient en plus punir d’une expulsion du territoire natonal. Il suffit donc de soutenir les militants au visage masqué de « Génération Précaire » ((http://www.generation-precaire.org/spip.php?article186)) pour écoper de 2 mois d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Si en plus vous êtes étranger, c’est l’expulsion ! Et puis ceux qui défendront le droit pour les femmes de se couvrir ou non le visage selon leur souhait se verront également punir par la loi… Et le pire dans toute l’histoire, c’est que ce sont les femmes subissant le port du voile intégral qui se verraient sanctionné doublement ! Inciter à ne plus sortir de chez elles, à la moindre incartade, en plus de la répression patriarcal domestique elles devront affronter la répression policière d’Etat (raciste) ((http://www.rfi.fr/actufr/articles/064/article_35579.asp)).

A propos des grèves en Guadeloupe, il avait mis les pieds dans le plat des stéréotypes racistes concernant les noirs en affirmant: « Il faut être ferme, parce que je crois qu’il y a un petit coté aussi où en Guadeloupe, les grèves durent parce que ça permet de participer à un coté mani-festif » ((http://lmsi.net/spip.php?article868)).

Ce prétendu défenseur de la dignité humaine s’est également positionné contre l’application des droits de l’Homme pour les sans-papiers : « Notre justice se trompe lourdement lorsqu’elle fait prévaloir l’existence des droits fondamentaux de l’homme – dont le mariage – que personne ne peut nier, sur le devoir non moins fondamental d’être en situation régulière sur le territoire français pour exercer ces mêmes droits. »

Jacques Myard a expliqué l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des présidentielles de 2002 non pas par une montée de la xénophobie, mais en premier lieu par une sanction des « 68ards attardés » ((« Le 1er tour des présidentielles est indubitablement une surprise, mais il n’est en rien l’effet du hasard. En premier lieu, il est une sanction sans appel des soixante-huitard attardés qui depuis 5 ans gèrent la France avec le succès que l’on connaît »)).. Sa volonté de chatouiller les relents xénophobes ne fait pas de secret puisque comme le FN, Jacques Myard signale et publie les nationalités des personnes dont il a, comme maire, accepté ou refusé le certificat d’hébergement. Il s’est également distingué pour avoir défendu un durcissement d’acquisition de la nationalité française « afin de lutter contre le terrorisme » ((Question au gouvernement publiée au JO le : 22/10/2001)).  Dans un interview au journal d’extrême droite Minute, il avait expliqué que l’immigration est la cause des tensions en banlieue : « Il faut répéter sans cesse que nous ne sommes pas à la fin de l’immigration mais que nous en sommes au tout début ! Sauf à être aveugle, inconscient, et à ne pas regarder la réalité du monde tel qu’elle est, il faut reprendre cette législation [Ndlr: sur les certificats d’accueil des étrangers] car il en va des tensions internes que nous allons connaître dans nos banlieues. » Il a également défendu un durcissement des conditions de séjour des étrangers au motif que « nous sommes en train de laisser venir sur notre territoire des populations qui importent leurs propres valeurs, qui ne sont pas toujours les nôtres, et surtout qui importent leurs conflits » ((Minute, 12 décembre 2001)).  Sa position suprématiste « De Souche » ne fait là aucun doute.

Le problème de la France avait-il affirmé était que les hommes politiques français «n’ont eu de cesse de dénigrer leur pays ». Nous comprenons donc que lorsqu’il dénigrent les femmes musulmanes, il ne pense pas dénigrer des citoyennes de son pays, puisqu’au fond ce ne sont pas des françaises « De Souche » n’est-ce pas ? Pour couronner le tout il avait affirmé que la reconnaissance des droits des minorités conduisait notamment au « mouvement terroriste corse » ainsi qu’au PACS, l’union des homosexuels et la charte des langues régionales ! ((2000-08-28 France Quo Vadis ?))

André Gérin, le barbare de la République

Si nous nous en tenons à la définition de Claude-Lévi Strauss sur le barbare (le barbare, c’est d’abord celui qui croit à la barbarie), alors André Gérin est probablement le barbare de la République. Pour André Gerin qui dirige la mission d’information une « crise de civilisation » guette la France, charriant « guerre civile » et « barbarie » ((20 minutes, 2 juillet)). Mais de quelle barbarie s’agit-il ? Entre qui se déroule cette guerre civile ? Qui menace la civilisation ?

Dans son livre Les Ghettos de la République, il donne des réponses à ces questions en reprennant à son compte le discours raciste de Chirac sur « le bruit et l’odeur »  : « Prenons le débat sur l’immigration. Droite et gauche ont agi de la même façon depuis trente ans en noyant le poisson ou en évitant de dire la réalité. On a refusé de reconnaître que des différences importantes existaient dans les modes de vie, les cultures et les traditions entre le monde musulman et la culture judéo-chrétienne. Tout le monde s’est tu. Après avoir évoqué dans un discours de 1991 les fameuses « odeurs », Jacques Chirac a dû pratiquement se renier et s’excuser d’avoir usé d’un tel terme. Cela lui a valu une campagne de dénigrement incroyable. Pourtant il n’avait dit que la vérité. Mais nous étions incapables de l’entendre. Moi-même j’ai dû dire à l’époque « il parle comme le Front national » » ((La Riposte (12/07/2009), La croisade de Gerin contre la burqa : une aubaine pour la droite)).

Sa défense du souchisme se fait encore plus explicite lorsqu’il affirme son patriotisme en expliquant que « l’identité de la France est fondamentale et elle a besoin d’un combat républicain gauche/droite ». Mais nous craignons que ce combat républicain ne soit, au regard des propos cités plus haut, qu’un combat en faveur d’une République souchiste. Son nationalisme est manifeste lorsqu’il affirme que « Nous sommes fiers d’être Français » en se basant sur l’idée d’une « égalité entre l’homme et la femme » acquise et non à porter comme projet d’une société encore à venir délégitimant les luttes féministes dans la « culture judéo-chrétienne » puisque déjà égalitaire, au profit d’un féminisme racialisé exclusif au « monde musulman » intrinsèquement patriarcal.

Pour lui en tout cas tout ça se déroule sous fond de « diatribe anti-occident, d’un racisme anti-blanc, anti-France. » ((Extrait de la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur la pratique du port de la burqa ou du niqab sur le territoire national et d’une lettre qu’il a adressé au premier ministre)). Ses propos dénoncent toute forme de contestation des problèmes que causent le nationalisme français,  le racisme et l’impérialisme Occidentaliste. Lutter contre le nationalisme et vous êtes anti-France. Lutter contre le racisme et vous êtes anti-blanc. Lutter contre l’impérialisme Occidentaliste et vous êtes anti-occident. Cette proposition de loi synthétisant les débats publics autour des musulmans en France enseigne à l’ensemble des citoyens, sous couvert de laïcité et de féminisme, la défense du nationalisme, du racisme et de l’impérialisme.

Lire la conclusion de l’article.

L’idée que la République française se fait de la dignité de la femme

Sarkozy, le Républicain à Versailles

Sarkozy, le Républicain à Versailles

Nicolas Sarkozy, le président de la République, l’homme qui a exploité son couple et donc sa femme à des fins électorales, a expliqué devant le Congrès lundi que le voile intégral n’est pas «l’idée que la République française se fait de la dignité de la femme». Ce genre de propos donneur de leçon laissant sous-entendre que la République contiendrait en elle-même l’idée d’égalité hommes femmes nécessite un petit rappel historique !

Contrairement à ce qui est souvent prétendu la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 ne fait absolument pas mention des femmes. Si les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, rien en ce qui concerne les femmes…

Cet oubli vient fort à propos, puisque dans cette République les femmes ne sont sorties de la minorité dans le couple qu’en 1965 en et n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1944 ! Et ce n’est qu’en 1983 que les discriminations sexistes sont interditesUne République dans laquelle 50% de la population, les femmes, ne représentent que 18,5% des sièges à l’Assemblée Nationale. Mais revenons-en à la genèse de la République, et voyons comment elle consacre l’homme blanc bourgeois comme seul citoyen, et le citoyen comme le seul homme blanc bourgeois…

Olympe de Gouges guillotinée

Olympe de Gouges guillotinée

Olympe de Gouges guillotinée par la République le 3 novembre 1793.

Elle fut l’auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, elle a laissé de nombreux écrits en faveur des droits civils et politiques des femmes et de l’abolition de l’esclavage des Noirs. Le procureur de la Commune de Paris, Pierre-Gaspard Chaumette, applaudissant à l’exécution de plusieurs femmes et fustigeant leur mémoire, évoque cette « femme-homme, l’impudente Olympe de Gouges qui la première institua des sociétés de femmes, abandonna les soins de son ménage, voulut politiquer et commit des crimes […] Tous ces êtres immoraux ont été anéantis sous le fer vengeur des lois. Et vous voudriez les imiter ? Non ! Vous sentirez que vous ne serez vraiment intéressantes et dignes d’estime que lorsque vous serez ce que la nature a voulu que vous fussiez. Nous voulons que les femmes soient respectées c’est pourquoi nous les forcerons à se respecter elles-mêmes. »

La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962
La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962

La prostitution coloniale : Algérie, Tunisie, Maroc, 1830-1962 (Christelle Taraud)

« L’orientalisme impose […] une image de féminité oisive, passive et offerte qui n’est pas anecdotique. Elle traduit l’idée qu’en Orient il serait encore possible de retrouver le paradis perdu, c’est-à-dire un rapport entre les hommes et les femmes qui soit “naturel” et “simple”, conforme à la traditionnelle domination masculine. »

« Entre l’imaginaire érotique des Orientalistes et la réalité prostitutionnelle des journaux de reportage, s’intercale une gamme infinie de représentations : cartes postales de “Mauresques”, films coloniaux, qui propose presque toujours une lecture essentialiste du rapport homme-femme, en conformité avec la domination masculine. »

Portrait d'une algérienne dévoilée de force 1960 © Marc Garanger

Portrait d'une algérienne dévoilée de force 1960 © Marc Garanger

De la cérémonie du dévoilement à Alger (1958) à Ni Putes Ni Soumises : l’instrumentalisation coloniale et néo-coloniale de la cause des femmes.

« Ainsi, le corps des musulmanes, écartelé au nom des nobles principes de la République, s’est peu à peu défiguré, perverti en banal objet médiatique, figure repoussoir d’une idéologie franco-centrée décidément incapable de penser l’altérité et de penser sa responsabilité dans ce qui fait l’autre et son identité contrariée. »

« Les Ni Putes Ni Soumises ? un ersatz de féminisme, stigmatisant et excluant et les « putes » et les « soumises » (entendez : les voilées), valorisant ce faisant une « féminité » conforme aux normes dominantes, et confortant les politiques de discrimination « républicaines » à l’endroit de ces deux catégories hérétiques de femmes. »


Djamila Bouhired

Djamila Bouhired

Djamila Bouhired, militante de la cause nationale algérienne, torturée par les forces coloniales d’occupation françaises

« Elle a été frappée à coup de balle, qui lui est sortie par le sein; les tortionnaires ont appliqué la gégène sur la plaie, et précisément sur tout ce qu’elle pouvait avoir de désirable en tant que femme ; ils l’ont au préalable déshabillée : ils lui ont brûlé les aréoles des seins, et brûlé à l’électricité les lèvres du sexe, et comme elle n’a pas parlé ils se sont acharnés à l’humilier par la souffrance et les attouchements ignobles, comme si dès lors qu’elle était soupçonnée ou pouvait être utile au renseignement elle perdait sa dignité d’humaine pour être considérée comme un objet d’amusement sexuel et de souffrance. »

90 000 viols par an en France, que fait l'Etat ?

90 000 viols par an en France, que fait la République ?

Selon Amnesty International, 50 000 à 90 000 femmes ont été violées en France. En France, le « devoir conjugal » a été aboli en 1990 et le viol entre conjoints est condamnable depuis 1990.  Avant 1990, non seulement la femme ne pouvait pas poursuivre le violeur s’il s’agit de son mari, mais en plus si elle ne se laissait pas faire elle pouvait être condamnée en justice pour manquement au «devoir conjugal » !

Dans 74 % des cas de viol, la victime connaît ou connaissait son agresseur. Le violeur n’est très majoritairement ni étranger, ni célibataire (vivant seul), ni asocial, ni impulsif. Dans la plupart des cas, il est parfaitement intégré à la société, marié (ou vivant maritalement) avec des enfants.
Vous retrouverez plus d’information sur les chiffres des viols en France.

Notes de lecture de l’Occident Décroché de Jean-Loup Amselle

Amselle, Jean-Loup. – L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

Amselle, Jean-Loup. – L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

Je traînais dans la médiathèque de l’INT (Telecom SudParis maintenant…), cherchant un bouquin dans le style de Fanon, Foucault et compagnie… Et là je vois mis en avant, avec tous ses livres (pipo) sur le management, et des bouquins sur la dernière techno à la mode, ce livre de Jean-Loup Amselle, professeur à l’EHESS… Au départ dubitatif, je lis la 4ème de couv. Toujours pas convaincu, mais quand même la couv est bien jolie, je parcours quelques pages. Finalement, je me dis tiens celui là il a l’air d’être important, et je le prends… L’Occident décroché, Enquête sur les postcolonialismes.

Et en effet. Ce bouquin est le seul que j’ai jamais lu qui parlait de sujets tel que le postcolonialisme et la French School (postmodernes français : Foucault, Deleuze, Guattari etc.). En fait, j’avais pris connaissance du livre d’Edward Saïd :  L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident.  Et ce livre, l’Occident Décroché, était en train de me dire que ce livre, que je pensais unique en son genre, était l’initiateur d’un mouvement culturel et politique majeur. Un mouvement qui allait remettre en cause toute la prétention universaliste de la pensée Occidentale…

Comme ce n’est pas un livre qui développe une thèse, mais plutot commente des auteurs et des oeuvres, et leurs apports sur l’histoire des idées, alors je ne pense pas en faire une fiche de lecture classique. Je vais plutôt restituer dans cet article l’ensemble de mes notes.

J’ai essentiellement pris des notes concernant certains auteurs et leur pays respectif avec un court commentaire sur la théorie qu’ils développent d’après le point de vue de Jean-Loup Amselle .

P16. Edward Saïd est le premier nom cité qui m’interpelle. Il donne en bas de page une référence à l’interview de Saïd sur sa vie personnelle et en quoi elle a impacté son œuvre (MARS, n°4, 1994, p. 7-24) et une autre à son œuvre parlant d’hybridité et d’identité dans « A contre-voie » (Le Serpent à Plumes, 2002) dont le titre originelle est Out of Place. Un titre bien évocateur. Jean-Loup Amselle explique que Saïd s’est inspiré de Foucault pour développer ses idées que l’Orient était une idée de l’Occident, une essentialisation à des fins de domination.  Il entreprend par la suite une critique de Foucault, de son ethnocentrisme et de son relativisme. Pour ma part, je ne peux m’empêcher quand je lis Foucault, de voir à quel point son expérience en Tunisie l’a impacté. La culture en Tunisie est à la fois émancipatrice et oppressive, je ne dis pas qu’il existe une culture émancipatrice et une autre oppressive, non ! La même œuvre peut être les deux. Elle peut porter un message explicite progressiste tout en étant de façon latente aliénante. D’autre part, c’est une société où les instruments de la surveillance et de la punition n’ont pas besoin d’institution d’Etat explicite comme la police pour exister. J’ai l’intuition que cette expérience d’une société où les mécanismes de la surveillance, du savoir oppressif, de la punition étaient tellement apparent, qu’il a pu développer par la suite une analyse qu’il a ensuite appliqué au modèle français où ces formes d’oppressions étaient tout bonnement niés si ce n’est légitimer en tout cas dissimulées et tacites.

p22. Deleuze et Guattari, ceux qui ont servit de socle à la théorie postcoloniale, se sont eux mêmes basés sur un nomadisme largement fantasmé des sociétés pour concevoir l’idée de déterritorialisation…

p23. Les immigrés postcoloniaux sont condamnés au mimicry (Homi Bhabha) i.e. à s’intégrer par une parodie de la culture occidentale. Je dirais même un artefact, une forme complètement stéréotypée et fantasmée de l’identité occidentale vue comme étant supérieure.

p23. Jean-Loup Amselle fait la critique occidentale intégrationniste classique : « Mettre en avant l’hybridité actuelles des cultures du monde, c’est donc refuser toute possibilité de communication entre elles au cours de l’histoire ». Il pose sa position : à partir de là je prends conscience que l’auteur a un parti pris, et s’oppose frontalement à ces auteurs postcoloniaux qu’il entends faire découvrir. Je me demande alors pourquoi il en parle ? Je comprends plus tard, avec le chapitre sur le décrochage juif, qu’il est déchiré, entre cette identité juive qui l’oppose à l’idée d’assimilation et son vécu celui d’un occidental fervent. Les postmodernes de la French School sont Lyotard, Derrida, Baudrillard, Foucault, Deleuze et Guattari. La liste est dressée, comme le menu que le livre s’apprête à servir.

p27. Hannah Arendt est pour Amselle la première auteure du postcolonialisme. En celà, à mon sens, il n’a pas tort. Cependant il contribue à la création d’une idéologie faisant croire à une critique de l’Occident en son propre sein sans contacts avec l’extérieur : la déconstruction de l’Occident est l’oeuvre de l’Occident.  Et il fait remonter cette critique à celle de la révolution française par Edmund Burke. Ne pas mentionner la judéité d’Hannah Arendt me semble là faire partie du problème. Elle était autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Occident… Et suite au génocide des juifs en Europe durant la seconde guerre mondiale, je comprends qu’elle ne se sente pas très occidentale…

p28. Fanon Damnés de la Terre, à lire… J’avais lu : Peaux noirs, masques blancs. Mais on m’a dit que les Damnés de la Terre était plus sympa à lire. Le salut de l’humanité ne vient que de l’émancipation des damnés de la Terre. C’est ainsi qu’Amselle décrit la thèse de Fanon. Je ne comprends pas bien en quoi il n’est pas d’accord. Sûrement qu’il trouve ça trop réducteur et trop limité aux « miséreux » ?

p29. Première mention du subalternisme indien, notion essentielle de ce livre. Il le fait remonter à Gramsci, Foucault et E. P. Thomson. Ce dernier auteur je ne le connaissais pas.  Je me demande pourquoi il spécifie indien. Aurait-il dit français pour parler des lumières ? Maintenant que je m’intéresse à ce champs théorique, je trouve que le subalternisme est une théorie s’appliquant à toutes les sociétés colonisés ou sous hégémonie Occidentale où les marxistes se refusaient à voir l’aliénation qu’ils subissaient.

p32. « Cette manifestation artistique et intellectuelle conteste ainsi la prétention de l’Europe à l’universalisme, sa volonté d’essentialiser l’évènement de la démocratie et des droits de l’homme en en faisant un récit mythique et sans tenir compte, entre contrepartie, de la violence subie par les peuples colonisés. »Génial ! Mais quels sont les oeuvres de cette manifestation artistique ? Parce que là je ne vois de l’intellectuel…

p43. L’abbé Grégoire est responsable de l’assimilation forcée des juifs de France et de leur transformation en Français « civilisé ». Donc l’assimilation à la française viendrait de l’assimilation des juifs. Mais n’est-ce pas ce qui arrive actuellement avec la transformation des maghrébins de France en français musulmans ? Cette assimilation des juifs n’a pas empêché un fort antisémitisme, je dirais même a été encouragé par ce fort antisémitisme… De la même façon, aujourd’hui, le racisme structurel pousse à cette transformation, et à cette assimilation, au contraire de ce qu’on pourrait penser. La transformation du racisme anti-maghrébin, c’est-à-dire une xénophobie et un mépris colonial, se mue en suspicion ethnico-religieuse. Je pourrais m’étendre longuement sur le sujet, mais le simple fait que les jeunes « beurs » préfèrent comme femme et mari des français blancs convertis à l’Islam est à mon sens significatif de cette assimilation.

p54. Jean-Loup Amselle se sentant français de papier a plus facilement eu de la sympathie pour les autres opprimés. Il se dit « subalterne avant la lettre », ça marque à mon sens une légère incompréhension des propos de Spivak. Après avoir lu quelques de ces textes, le terme subalterne n’est en fait qu’un autre mot pour prolétaire dans une certaine position. Se dire subalterne n’a pas réellement de sens, c’est se dire priver de parole. Or Amselle parle, il parle et se fait entendre. A moins qu’il ait été réellement priver d’écoute lorsqu’il était jeune.

p55. Ilan Halevi, en réalité Alain Albert, était un juif d’un teint plutôt foncé. Il s’est identifié aux noirs américains, comme l’ensemble de son petit groupe d’amis qui avait le point commun d’être juif, dont l’auteur faisait partie. Aux USA, il s’est donc fait passer pour un noir américain avec succès et en a écrit un livre « La Tâche« . Ensuite il a émigré en Israël où il a lutté contre le racisme des ashkénaze envers les séfarades. Il mentionne le fait que les noirs américains à peau claire s’assimilent aux blancs. C’est intéressant de mentionner que l’assimilation soit conditionné à la couleur de peau. On peut réfléchir aux autres critères permettant de sortir de son identité pour épouser la normalité. Ne pas être un croyant de la religion de son identité assignée, être plus clair de peau que l’identité assignée, avoir un meilleur niveau d’éducation, avoir un comportement social différent, ne pas porter un prénom de cette identité ou qui soit ambigu etc. permettent cette assimilation. Dans ce châpitre, Jean-Loup Amselle aborde le décrochage juif d’Occident sans pour autant le rendre vivant aux lecteurs. C’est bien dommage… Et de fait, vu le peu d’impact réel qu’il fait ressortir de son œuvre du décrochage juif, il ne convainc pas avec la prévalence d’une critique interne.

p66. Le CODESRIA a été fondé en 1973 par Samir Amin, penseur marxiste anti-impérialiste franco-égyptien, pour contrer la supérmatie de la recherche Occidentale. Son analyse est que la recherche sur la domination de l’Occident sur l’Afrique doit venir de l’Afrique elle-même.

A la page 78, la réflexion en cours d’Amselle m’a fait émerger une idée, un peu brouillone, que la philosophie politique en Occident se base sur des hypothèses d’homogénéité, que l’individu et l’identité c’est la même chose, et que groupe et classe sont la même chose. En bref, qu’un individu a une identité, que l’identité crée le groupe, et qu’une classe est nécessairement un groupe d’individus-identités. Or à mon sens, c’est non pas par rapport à soi qu’on crée son identité mais face à l’autre. Face à mon voisin, je m’allie avec mon cousin, face à mon cousin je m’allie avec mon frère… Le Nous change en fonction de qui n’est pas dans le Nous. Au fond c’est face à une différence de situation, que je vais identifier des différences d’identité (c’est une tautologie), et former mon identité propre. Il n’y a pas de naturalité d’identité. Et en ce sens il n’y a pas de récit universel qui ne se définisse par rapport à des Autres qui n’en seraient pas. L’universalité ne se définit non pas en niant les différences des Autres, mais en prenant comme base de tout un sujet qui s’est construit en excluant et en niant cette exclusion. Le groupe crée l’individu qui s’y reconnait membre en construisant l’identité. Or la classe est objective, ce sont ceux qui ont intérêt naturaliser, légitimer, cette identité comme étant la normalité pour profiter de la suprématie dans le groupe qu’elle confère. C’est, à mon sens, cette dynamique appelée racisme, qui permet de faire prendre conscience de l’identité, et donc faire émerger l’intérêt pour certains de la classe à l’intérieur même de ce groupe.

p.78. La recherche dépends d’une modernité qui a tendance à être aveugle aux marques prémoderne. L’objectif mené par certains indigénistes tell que Joutondjii est de conserver les marques en établissant des distinctions claires entre le rationnalisable et le subjectif. Ce à quoi je réponds que l’analyse même des marques vernaculaires sont biaisés par la conception de ce qui est rationnel et de ce qui est subjectif. A mon sens, ce n’est pas dans la méthode qu’on peut conserver ses savoirs vernaculaires, mais dans le temps qu’on leur accorde et la place dans l’actualité du vécu qu’on leur concède.

P103. Ayesha M. Iman, Amina Mama et Fatou Sow ont écrit Sexe, Genre et Société. Engendrer les sciences sociales africaines. Qui a été publié en 1997 en anglais et en 2004 en français. C’est à mon sens crucial comme œuvre d’autant que le mouvement féministe s’intéressant aux genres est celui qui dès l’origine a déconstruit la racialisation des personnes par et en Occident. C’est une critique avant tout interne, au sein d’un espace culturel, mais également au chemin de deux alterités fondamentales : celle du sexe, et donc la question du sexisme et du patriarcat, et celle de la race, et donc du racisme et de l’hégémonie blanche.

Le féminisme du genre dès l’origine s’oppose à l’idée d’une domination dont l’abolition ferait s’effondrer les autres en cascade… Il permet donc d’accepter la réalité d’une hégémonie de l’Occident tout en ne reléguant pas au second plan les luttes internes à leur propre espace culturel.

P117. Le SEPHIS et le CODESRIA ont organisé des tournées de conférences entre intellectuels du Sud. Livio Sansone est un universitaire brésilien ayant donné des conférences au Bénin, Sénégal et en Afrique du Sud. Et l’indien subalterniste Partha Chatterjee a voyagé en Afrique en 1996. Le passage par la case Occident est ici rompu. Mais je me demande si ce n’est pas plutôt le signe que la norme reste le passage par le référentiel Occident, même lors de la recherche de pensée alternatives à celle imposée par l’Occident. Il me semble même que l’Occident impose plus facilement sa pensée dominante à l’extérieur de ses frontières qu’en son sein. Les critiques dites internes, ou importées de périphéries, sont quasiment invisible aux autres périphéries…

P121. Christobal Gnecco, un archéologue colombien, défends l’idée d’une archéologie démocratique et locale, c’est-à-dire une archéologie réalisée par des spécialistes mais au service des communautés locales détentrices légitimes de leur histoire. En ce sens Amselle, tends à dire qu’il légitime totalement l’exploitation de l’histoire à des fins politiques.

P126. Ibrahima Thiaw, un archéologue sénégalais, est cité comme le pourfendeur de l’archéologie coloniale française qui niait une relation entre les populations locales actuelles et celles que les archéologues étudiaient, ainsi qu’une trop grande focalisation sur les parties les plus accessibles du Sénégal. Je connais cet auteur par ailleurs par sa formidable dénonciation de l’économie de l’esclavage en Afrique même et comment elle a fondamentalement modifié la réalité africaine dans un sens de dépendance à cette économie d’exportation et d’exploitation des hommes à des fins de consumérisme bling-bling…

P134. Ranajit Guha est l’auteur du manifeste du mouvement des Subaltern Studies née en Inde et se basant sur Gramsci ainsi qu’en s’inspirant des travaux de Saïd. Les Subaltern Studies ont utilisé la critique littéraire (lit-crit) pour déconstruire l’analyse occidentale de l’Orient.

P139. Partha Chartterjee, subalterniste indien, est une nouvelle fois cité. Il emprunte en effet le concept de « révolution passive du capital » d’Antonio Gramsci pour décrire une situation où la bourgeoisie trop faible pour établir son hégémonie s’allie avec les anciennes classes dominantes en les transformant en de nouveaux partenaires compatibles avec l’ère capitaliste.

P142. Chatterjee entends culturaliser l’Europe et continentaliser la pensée, c’est-à-dire affirmer que l’Europe aussi a sa culture et qu’elle n’est pas en soi la normalité et l’universel, toute pensée a une naissance dans un contexte donné y compris la pensée universelle.

P143-144. Enfin Jean-Loup Amselle parle de Gayatri Spivak ! L’auteure principale des Subaltern Studies avec son magistral « Can the Subaltern Speak ? ». Il explique qu’elle a traduit « De la grammatologie » de Derrida, ce qui apparamment a fait à la fois sa réputation et son intérêt pour la littérature critique. Elle reproche dans son essai, à Deleuze et à Foucault, de ne s’intéresser qu’aux  opprimés du « premier monde », ceux qui ont la possibilité de s’exprimer. Elle oppose à ces 2 théoriciens, Derrida, et sa théorie de la différance. Il faudrait vraiment que je lise cet essai mais je ne trouve rien en français sur les Subaltern Studies. A croire qu’une censure académique pèse lourd sur les études postcoloniales…

P146. Amselle présente l’idée de Spivak d’essentialisme stratégique c’est-à-dire « l’utilisation stratégique d’un essentialisme positif lorqu’il sert des objectifs politiques clairement définis » et je rajouterais dans un but d’abolition d’une domination. Exemple : dire l’Occident sans faire la distinction entre les représentants des Etats, les peuples et l’opposition éventuelle à l’impérialisme occidentale. De l’autre côté il est nécessaire pour les groupes dominés d’affirmer leur spécificité radicale, c’est-à-dire la différance qui fait d’eux des opprimés.

C’est le retournement de stigmate, comment retourner par exemple le terme de nègre. Ici, Amselle cite Kateb Yacine, et le concept de « butin de guerre », pour désigner ce retournement du stigmate sans que l’on évoque ce nom ni plus haut ni plus bas…

A mon sens le concept de retournement de stigmate est essentiel, il permet sans passer dans la sphère culturelle du dominant, de mobiliser, de lutter et de l’emporter. Certains vont jusqu’à affirmer : ne vous déclarez pas noirs, arabes etc. mais simplement opprimés ou prolétaires, il ne faut pas se diviser face à l’ennemi ! Mais comment avoir ce discours quand l’union signifie la relégation d’une domination au second plan par rapport à celle jugée primaire ? Comment accepter cette unité, quand au sein de l’unité la lutte est biaisée par la domination subie, qu’elle soit raciale ou de genre ? Comment mobiliser au sein de son groupe, et constituer une conscience de classe, lorsque le stigmate identitaire n’est pas reconnu comme tel ? Car c’est sur la base de cette identité que l’oppression se fait, et c’est par cette identité que l’émancipation peut se faire…

P150. Chakrabarty explique dans Provincializing Europe qu’il faut remettre en question la prétention de l’Europe à gouverner le monde au nom de la raison universelle et la réduire à une aire culturelle quelconque (provincialiser). Amselle y voit une menace à la communication entre les cultures. Alors même qu’on ne parle pas des cultures, mais d’une culture en particulier : l’Europe. Et moi de relever, qu’il ne s’agit pas de couper la communication comme il l’exprime pour la seconde fois… Cette peur de voir la communication se couper, entre l’Occident et les Autres, me fait penser à un enfant bavard, choyé et gâté qui verrait la naissance de sa petite sœur, au départ avec bienveillance mais avec un manque de considération certain, et puis quand celle-ci commenceraient à parler il se moquerait d’elles de ses balbutiements, et lorsque celle-ci finira par oser parler à ses parents pour quelque fois se plaindre même de son frère (car au fond elle savait parler mais son grand frère la martyrisait tellement qu’ele n’osait pas) il ira se plaindre auprès de sa mère que sa petite sœur en devenant aussi bavarde coupera toute communication dans la famille…

P153. Ashis Nandy est un subalterniste indien, qui a critiqué la vision marxiste et hégélienne de l’Histoire comme linéaire et dans laquelle toutes les autres cultures ne sont que des formes primitives au fond de la civilisation moderne Occidentale…

P156. Amselle prends en exemple un penseur indien marxiste orthodoxe : Sumit Sarkar, qui s’insurge contre le culturalisme des subalternistes. Sarkar va même jusqu’à laisser entendre que c’est le Subalternisme qui a permit de fonder le fondamentalisme hindou et musulman. Chakrabarty a répondu à cette critique, et y a consacré un livre, ainsi que plusieurs articles dont que j’ai lu. Mais j’aimerais apporter mon propre commentaire. Il s’agit d’une analyse culturaliste, où un mouvement d’idée fonderait un mouvement politique rien que par l’entêtement de ses membres dans leur diatribe anti-occidentale. Or dans les Subaltern Studies, le dominant n’est pas seulement l’Occident, c’est également les élites locales qui vont copier les schemes occidentaux et les prendre à leur compte. En ce sens le nationalisme hindou est une aliénation issue du nationalisme européen. D’ailleurs le RSS (parti nationaliste fasciste hindou) voit dans l’hitlerisme un modèle… Et on pourrait faire une analyse similaire du fondamentalisme musulman (en réalité islamisme politique), car la définition de l’identité par la religion apparaît lorsque l’individu musulman devient un identité, un groupe, une classe, pour et par les autorités coloniales. L’essentialisme stratégique décrié par Amselle, n’est pas à mon sens l’affirmation d’un clivage religieux plus important que tous les autres…

P160. Meera Nanda en appelle à des Lumières indiennes. Au sens non pas du mouvement d’émancipation intellectuelle mais celui d’une réplication des idées des Lumières partir de penseur locaux. Le penseur en question mobilisé est Ambedkar, un « intouchable » s’appuyant sur le bouddhisme, et notamment son interprétation matérialiste, en l’alliant avec le positivisme de Dewey. Cette idée, se base essentiellement sur le combat contre les idées postmodernes considérées comme des pseudo-sciences au même titre que l’astrologie. En Occident, cette idée rencontre un écho certain, notamment auprès d’Alan Sokal. J’ai moi-même constaté une forte réticence au post-modernisme chez ceux à la fois qui reprenait la critique Nouveaux Philosophes qualifiant ces idées d’amphigouries (du barratin quoi), et ceux qui s’estiment être des marxistes orthodoxes. Or concevoir la classe comme une classe sociologique repose à mon sens sur une erreur de compréhension monumentale ou alors à un biais culturel. Au fond, en Europe jusqu’à peu c’était le cas, la classe sociologique correspondait à peu de chose près à la classe politique. En France, comment pouvait-on faire comprendre que la conscience de classe est à créer lorsque le PCF quadrille toutes les usines et lieux d’habitiation des ouvriers ? Il est plus que temps pour certain de se rendre compte de la fin d’une ère…

p161.  Ce que j’ai apprécié chez Amselle, dans ce biais français tout à fait délicieux pour une fois, c’est son intérêt pour l’Amérique latine. La théorie du « colonialisme interne » élaborée dans les années 60 par Rodolfo Stavenhagen et Pablo Gonzàlez Casanova explique d’un point de vue coloniale la domination des élites « métisses » et « créroles » sur les populations amérindiennes. C’est un propos subalterniste comme le revèle bien Amselle qui cite Silvia Rivera Cusicanqui qui reprendra ce travail. C’est à mon sens une réflexion cruciale pour penser la continuité de l’oppression malgré les indépendances. Le mépris des populations locales et le sentiment d’appartenance à la civilisation, forcément Occidentale, sont à comprendre dans ce sens.

p184. Voilà que surgit de nulle part Abdelkébir Khatibi dont je n’avais jamais entendu parler. A peine le temps de googler son nom que voilà que je découvre qu’il est décédé le 16 mars 2009. Encore une preuve du postcolonialisme ambiant. Comment un penseur de cette envergure a pu être oublié ? Alors mêmes qu’il était contemporain de Derrida, Deleuze et Foucault… Jacques Derrida écrit à son propos : « Comme beaucoup d’autres, je tiens Abdelkébir Khatibi pour un des très grands écrivains, poètes et penseurs de langue française de notre temps […] Je tiens à souligner que cette œuvre, largement reconnue dans le monde francophone et arabophone, est à la fois une immense invention poétique et une puissante réflexion théorique qui, entre tant d’autres thèmes, s’attache à la problématique du bilinguisme ou du biculturalisme. Ce que Khatibi fait de la langue française, ce qu’il lui donne en y imprimant sa marque, est inséparable de ce qu’il analyse de cette situation, dans ses dimensions linguistiques, certes, mais aussi culturelles, religieuses, anthropologiques, politiques. »

p186-187. Amselle explique ici comment le subalternisme indien a bourgonné sur le continent américain par le biais du SEPHIS. Le SEPHIS est une organisation fondée par les Pays-Bas afin d’encourager les échanges Sud-Sud dans les études historiques. Lorsque des voyages ont été organisés dans les deux sens entre l’historien subalterniste indien Shahid Amin et des chercheurs-euses sud-américain-e-s. Apparamment ici un livre est clef : Debates Post Coloniales: una introducción a los estudios de la Subalternidad, une anthologie des textes de Ranajit Guha, Gyanendra Pandey, Shahid Amin, Dipesh Chakrabarty, Partha Chatterjee, Gayatri Chakravorty Spivak, Veena Das et Gyan Prakash. Il a été réalisé par les chercheuses Rivera Cusicanqui et Rossana Barraga.

p188. La pensée du « fragment » et le concept de « globalisation fragmentée » promue par Gyanendra Panday, Partha Chatterjee et le sous-commandant Marcos permet de mieux comprendre l’ethnicité, l’héritage colonial et le colonialisme interne ce que le marxisme orthodoxe considère comme relevant du passé révolu…

p200. Encore une référence « Empire » de Hardt et Négri semble aborder l’ère des « multitudes » comme la résurgence des petites patries transcendant les frontières entre les différentants Etats et le monde.

p206. Gramsci, Gramsci, Gramsci. Pour moi c’est le fondateur des études postcoloniales. Celui qui a réfléchi sur les potentialités révolutionnaire du folklore et de ce que Marx considérait comme étant les fossiles de l’Histoire.

p210. Amselle fait ici une comparaison très intéressant entre la vision de l’intellectuel par Gramsci et celle de Boukharine et de Lénine. Pour Gramsci, le rôle de l’intellectuel est de transformer les sentiments incohérents et fragmentaires de ceux qui se trouvent dans une position de classe dominée en un rapport cohérent et raisonnée du monde tel qu’ils le perçoivent à partir de cette position. Alors que Boukharine pensait que les intellectuels doivent lutter contre la bourgeoisie et la religion tandis que pour Lénine ils devaient apporter la lumière de l’extérieur à la classe ouvrière. On voit bien ici que la position de Gramsci est foncièrement matérialiste et dialectique comparé à celles de Lénine et Boukharine. Ces derniers ont une vision idéaliste où l’intellectuel combat des idées ou implémente des idées qui semblent flotter dans l’air et ne pas avoir de lieu de production ni de classe de production. Il est donc assez comique aujourd’hui que ce soient les idéalistes qui soient qualifiés de marxistes orthodoxes…

p215. Dans le texte « Gramsci’s Relevance for the Study of Race and Ethnicity » le magistral brittanique Stuart Hall explique en 1986 comment le théoriciel sud-italien peut apporter aux études postcoloniale et subalterne dans l’analyse de la culture. Culture ce mot si magique qui fait frétiller les gens de gauche comme de droite. Un terme dont je commence à apprendre à me méfier…

p218. Cultural Studies. L’expression est lâchée. Il était temps. Car il s’agit d’un courant de réflexion ignorée en France trop longtemps sous des prétextes divers. Encore aujourd’hui le postcolonialisme, les études de genres etc. sont mal vues en France car remettant un peu trop en question la Culture à mon sens, la Culture dans tout ce qu’elle porterait soit-disant d’Universelle…

p219. « Hegemony and Socialist Strategy » de Laclau et Mouffe, entreprends d’allier les théories postmodernes et la pensée de Gramsci. Encore un livre à lire !

p248. Achille Mbembe va jusqu’à parler de « palestinisation » des banlieues dans un texte intitulé « La République et sa bête » en décrivant le traitement colonial des banlieues par le gouvernement. La bête de la République serait ainsi la non-reconnaissance de la race. Mamadou Diouf a publié « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues français« , un texte qui peut se révéler crucial dans la compréhension des blocages traditionnelles français à l’égard des études postcoloniales.

p253. Amselle revient sur l’appel contre les « ratonnades anti-blancs ». Ça me rappelle le tout récent film « La Journée de la Jupe » et la vidéo qui tourne sur Internet d’une agression suggérant qu’elle soit raciste anti-blanc. Ca a début en 1998 pour s’installer en 2995 avec cet appel publié dans le Monde du 23 mars 2005. Depuis la blanchitude est révérée comme une valeur si ce n’est comme ce qui définit l’univeralisme et la République.

p255.Amselle fait une analyse intéressant de Dieudonné, de comment il a viré au racisme (antisémitisme) sur la base de la concurrence victimaire entre Juifs et Noirs. Et comment il a trouvé en Le Pen, quelqu’un reconnaissant la réalité actuelle de la race et son importance sociale. Ce que le paternalisme anti-raciste de SOS Racisme tends à nier, et en rendant la question noire invisible. Cependant bien que je partage volontier cette explication, je trouve malencontreux l’emploi par Amselle du mot « victimaire ».

Finalement, c’est assez bon livre, qui a l’intérêt d’aborder le décrochage de l’Occident sur plusieurs aspects. Notamment la critique que je pourrais qualifier d’identitaire juive dans laquelle Jean-Loup Amselle nous fait part de son vécu personnel. Je trouve cependant dommage que la fin soit plutôt une suite de chroniques personnelles pro-républicainnes sans la force de la description des idées et des faits du reste du livre. Au moins la critique de Jean-Loup Amselle est celle d’un homme qui a pris soin de s’intéresser à son sujet.

Autres notes de lectures, plus illustres :

Un racisme à peine voilé – Jérôme Host – 2004 – 77′

En ces temps de stigmatisation des musulmans français, désigné comme étant l’ennemi intérieur, il est temps de revenir sur LE dossier qui était symptomatique de cette ambiance raciste qui depuis fleurit.

Version du film mise en ligne par son réalisateur.

>>>Octobre 2003, Alma et Lila Levy sont exclues du Lycée Henri Wallon d’Aubervilliers pour le seul motif qu’elles portent un foulard. S’en est suivi un débat politique et médiatique assourdissant, justifiant dans la plupart des cas l’exclusion des jeunes filles qui portent le foulard à l’école. Février 2004, une loi finit par être votée par l’assemblée nationale, à la demande de Chirac…
« Un racisme à peine voilé » revient sur cette polémique depuis l’affaire de Creil en 1989 (où deux collègiennes avaient été exclues pour les mêmes raisons) et tente de « dévoiler » ce qui se cache réellement derrière la volonté d’exclure ces jeunes filles. Nous leur avons donné la parole. Ainsi qu’à d’autres [professeurs, militant(e)s associatifs(-ves), féministes, chercheurs(-euses)] regroupé(e)s autour du collectif « Une école pour tous-tes », qui lutte pour l’abrogation de cette loi qu’ils et elles jugent sexiste et raciste…

www.hprod.org