Islamophobie au nom du féminisme : NON !

mars 13, 2011 · Posted in Politique · 1 Comment 

Musulmane voilée et féminisme aveugle

Débat dimanche 20 mars de 15h30 à 19h30 à la Maison des Associations du Xème, 206 quai de Valmy 75010 Paris, métro Jaurès.
Co-organisé par Les Indivisibles, Les Mots Sont Importants, Les Panthères roses et Les TumulTueuses

Nous, féministes, dénonçons l’utilisation des luttes féministes et LGBT à des fins racistes notamment islamophobes.

Marine le Pen a utilisé récemment la défense des homos pour mieux propager son racisme1.

C’est aussi au nom des femmes que nos dirigeants et grands médias ont jusqu’au bout soutenu un tyran comme Ben Ali, présenté comme le protecteur des Tunisiennes contre un patriarcat nécessairement islamiste.

Enfin, l’infâme débat sur le port du niqab, à l’occasion duquel des parlementaires hommes, jusque là totalement indifférents à la cause féministe, se sont soudainement érigés en défenseurs de l’égalité hommes/femmes.

Ça suffit ! Nous condamnons le racisme et refusons qu’il frappe en notre nom !

Construisons des outils, des ripostes féministes pour désamorcer ces « évidences » insupportables – musulman = islamiste = extrémiste = menace pour les femmes et les minorités sexuelles- qui s’annoncent déjà comme des vedettes des prochaines échéances électorales.

Il est plus que jamais nécessaire de rappeler que de nombreuses femmes étrangères ou françaises vivent le racisme, le sexisme et un sexisme raciste. Pire, les femmes musulmanes voilées sont réprimées. Décolonisons les luttes féministes et LGBT ! Ne laissons pas des féministes blanc-he-s donner des leçons aux autres ! Stoppons celles et ceux qui s’allient à des initiatives politiques et des discours racistes, y compris sous des bannières (pseudo)féministes ou « gay friendly » !

Retrouvons nous pour échanger et organiser la riposte !

Plusieurs invitéEs présenteront leurs analyses et expériences :
Nacira Guénif, sociologue ; Jessica Dorrance de l’association de migrant_es lesbien_nes/bisexuel_les et lesbiennes et personnes trans Noires de Berlin LesMigraS et d’autres militant-e-s.

  1. Marine Le Pen à Lyon le 10 décembre 2010 déclare notamment «Dans certains quartiers, il ne fait pas bon être femme, ni homosexuel, ni juif, ni même français ou blanc.» []

Construire la dignité des savoirs indigènes

mars 20, 2010 · Posted in Liens · Comment 

Les savoirs endogènes de sujets collectifs (ou de groupes sociaux) exploités dans une relation sociale sont aussi ceux qui sont les plus à même d’éclairer la nature de cette relation sociale. Etre à la frontière de différentes relations sociales et de sujets collectifs, c’est se donner la possibilité de communiquer à d’autres positions et relations ces savoirs. Nous vivons cependant à une époque, et dans une société dont le régime de vérité repose, notamment, sur la scientificité, et sur la discussion entre positions différentes supposant l’abstraction et la raison tout autant que le désintéressement. Les savoirs endogènes intéressés, informels, et subjectifs ne sont donc, à priori, reconnus ni comme scientifiques, ni comme susceptibles de lancer une discussion. Ils sont donc indignes pour notre époque et notre société. Ce sont des savoirs indigènes car indigne et endogène. Or, dans une perspective humaniste, nous savons qu’ils sont les plus à même d’apporter une lumière sur le monde. Notre société et notre époque s’imposant à nous de façon hégémonique, elle nous impose soit de parler son langage afin d’être reconnu comme digne, soit de disparaître du regard. Il importe donc de leur construire leur dignité. Construire cette dignité peut passer par une reconnaissance scientifique. C’est possible en les traduisant dans le langage dit universel, en les formalisant et les objectifiant. Les apports des travaux féministes matérialistes, sur la traduction post-coloniale, et la prise en compte de la subjectivité dans l’objectivité peuvent être nos outils. En voilà donc un inventaire qui est amené à être complété et enrichi.

Savoirs situés et perspectivisme

Introduction

  • Donna Haraway: manifeste postmoderne pour un féminisme matérialiste – Contre le binarisme classique sujet/objet de connaissance, elle prône une posture de connaissance davantage relationnelle. Sa critique porte sur la construction historiquement déterminée de « l’homme de science » comme « témoin modeste ». « Le fait d’être invisible à soi-même est la forme spécifiquement moderne, professionnelle, européenne, masculine, scientifique de la modestie comme vertu […]. Elle garantit que le témoin modeste est le ventriloque légitime et autorisé du monde objectif, n’ajoutant aucune opinion ni rien de sa corporéité biaisée. Il est doté d’un pouvoir remarquable d’établir les faits. Il témoigne ; il est objectif ; il garantit la clarté et la pureté des objets. Sa subjectivité est son objectivité. Ses récits ont un pouvoir magique – ils perdent toute trace de leur histoire comme narrations, comme produits de projets partisans, comme représentations contestables, comme documents construits capables de définir les faits » (p. 311)
  • Multitudes Web – 4. Divergences solidaires – La politisation féministe de l’expérience, le personnel est politique, a atteint les savoirs dits scientifiques. Les théorisations de ces politiques en termes de construction de  » savoirs situés  » défient la tradition épistémologique moderne. Affirmant un style politique qui chérit les divergences solidaires ces théories prolongent la vivacité de l’histoire politique du féminisme.
  • Haraway : Réinventer la nature – Mouvements – La notion de « savoir situé » renvoie à ce pluralisme scientifique, dont l’objet est en priorité l’identification du lieu d’où parle celui qui prétend parler pour la nature, et qui se prolonge dans l’extension de cette parole légitime sur la base de la reconnaissance de différences significatives dans les points de vue possibles, et parmi lesquelles la différence de genre est centrale. Haraway synthétise ainsi cette notion : « Comment voir : c’est tout l’enjeu des luttes sur ce qui pour finir comptera en tant que description rationnelle du monde »
  • Savoirs Vampires @ War / Beatriz Preciado – Le savoir situé semble immédiatement faire référence à un lieu, une position, une localisation ou un site ; mais, une des complexités de cette notion est qu’elle vient à ébranler le lieu même de production du savoir. Alors, Savoir = Lieu, mais de quel lieu s’agit-il ? Ce lieu est une brèche, l’effet d’une série de déplacements : 1. des théories et mouvements anti-coloniaux vers une critique postcoloniale ; 2. du féminisme hégémonique hétérocolonial vers une critique de la construction transversale de la race, du sexe, du genre et de la sexualité… ; 3. des politiques des identités vers des politiques post identitaires ; 4. des politiques du corps vers des cyborgologies dénaturalisées.

Textes de Donna Haraway

  • Savoirs situés – La question de la science dans le féminisme et le privilège de la perspective partielle – Donna Haraway : «Je pense donc que mon problème, et « notre » problème, est comment avoir simultanément un rapport à la contingence historique radicale de toute prétention savante et de tout sujet connaissant, une pratique critique pour reconnaître nos propres « technologies sémiotiques » pour produire des significations, et une confiance qui ne soit pas absurde en des rapports sensés à un monde « réel », qui puisse être en partie partagée et hospitalière à des projets de liberté finalisée, d’abondance matérielle adéquate, de significations modestes à la souffrance et de bonheur limité.»
  • Haraway: situated knowledges – Chapter Nine, Situated Knowledges: The Science Question in Feminism and the Privilege of Partial Perspective
    Donna J. Haraway
    from Simians, Cyborgs and Women: The Reinvention of Nature (New York; Routledge, 1991)

Traduction des savoirs et positionnalité

  • Encarnación Gutiérrez Rodríguez : Traduire la positionnalité | translate.eipcp.net – Ce qui est en jeu ici, c’est un processus de traduction entre le savoir académique et le savoir militant ou vice versa. En même temps, la négociation entre différentes positionnalités, voix et localisations sociales requiert l’acte de traduction des positionnalités selon les lignes de la compréhension transversale que j’ai esquissées. Cette approche permettrait d’énoncer la « différance » sans rassembler ce mouvement sous le chapeau d’une identité unique ou d’un « bien commun global », qui pourrait être le genre. Cela n’implique pas d’abandonner l’idée d’un nom commun tel que « femme », mais de créer un espace pour débattre, négocier et lutter autour de différentes expériences de la féminité, différentes manières de l’intégrer.

Epistémologie féministe et théorie du point de vue en anglais

  • Feminist Epistemology and Philosophy of Science (Stanford Encyclopedia of Philosophy) : The central concept of feminist epistemology is that of a situated knower, and hence of situated knowledge: knowledge that reflects the particular perspectives of the subject. Feminist philosophers are interested in how gender situates knowing subjects. They have articulated three main approaches to this question: feminist standpoint theory, feminist postmodernism, and feminist empiricism. Different conceptions of how gender situates knowers also inform feminist approaches to the central problems of the field: grounding feminist criticisms of science and feminist science, defining the proper roles of social and political values in inquiry, evaluating ideals of objectivity and rationality, and reforming structures of epistemic authority.
  • standpoint theory – perspectivism – Holds that different individuals or groups in society possess significantly different perspectives (or standpoints) that shape their views of reality. Standpoint theory usually involves claims that some standpoint should be privileged over others, at least for analytic problems. This idea has a long philosophical pedigree dating back to critiques of Enlightenment universalism.

S’objectiver quand on objective

  • L’objectivation participante – Pierre Bourdieu – Ce qu’il s’agit d’objectiver, en effet, ce n’est pas l’anthropologue faisant l’analyse anthropologique d’un monde étranger, mais le monde social qui a fait l’anthropologue et l’anthropologie consciente ou inconsciente qu’il engage dans sa pratique anthropologique; pas seulement son milieu d’origine, sa position et sa trajectoire dans l’espace social, son appartenance et ses adhésions sociales et religieuses, son âge, son sexe, sa nationalité, etc., mais aussi et surtout sa position particulière dans le microcosme des anthropologues.
  • Pierre Boudieu – Objectiver le sujet de l’objectivation – Ce travail d’objectivation du sujet de l’objectivation doit être mené à trois niveaux : 1) la position dans l’espace social global du sujet de l’objectivation, sa position d’origine et sa trajectoire, son appartenance et ses adhésions sociales et religieuses ; 2) la position occupée dans le champ des spécialistes, chaque discipline ayant ses traditions et ses particularismes nationaux, ses problématiques obligées, ses habitudes de pensée, ses croyances et ses évidences partagées, ses rituels et ses consécrations, ses contraintes en matière de publication des résultats, ses censures spécifiques, sans parler de tout l’ensemble des présupposés inscrits dans l’histoire collective de la spécialité (l’inconscient académique) ; 3) tout ce qui est lié à l’appartenance à l’univers scolastique, en portant une attention particulière à l’illusion de l’absence d’illusion, du point de vue pur, absolu, « désintéressé ».
Haraway : Réinventer la nature – Mouvements – La notion de « savoir situé » renvoie à ce pluralisme scientifique, dont l’objet est en priorité l’identification du lieu d’où parle celui qui prétend parler pour la nature, et qui se prolonge dans l’extension de cette parole légitime sur la base de la reconnaissance de différences significatives dans les points de vue possibles, et parmi lesquelles la différence de genre est centrale. Haraway synthétise ainsi cette notion : « Comment voir : c’est tout l’enjeu des luttes sur ce qui pour finir comptera en tant que description rationnelle du monde »

Journée de LA femme ou journée des femmes ?

mars 9, 2010 · Posted in Pensées, Textes · 2 Comments 

Economie de LA femme

Aujourd’hui, 8 mars 2010, journée de LA femme, nous pouvons l’affirmer le féminisme est dépassé. Le mythe de l’égalité déjà là lui a succédé. Désormais, il ne s’agit plus que de consacrer LA femme, la seule, l’unique, la belle, la docile, la désirable, la douce, la sexy, la farouche, la timide, la passionnée, la fidèle, l’amoureuse. Ce modèle de féminité super-woman qui dans sa fraicheur de fleur se laisse butiner par les jeunes hommes virils jusqu’à tomber sur le bon. Souvent il arrive que la fleur, trop banale, ressemblant davantage à une marguerite qu’à une rose, finisse avec un frêle moucheron ou un bourdon tabasseur. Mais si elle a réussi à montrer ses plus beaux reflets sans se fâner, ni se donner à trop de butineurs, elle pourra espérer tomber sur l’homme idéal. Ensuite arrivera donc le temps cumulée de la maternité et de la vie active. Libre de travailler autant qu’un homme pour un salaire, une carrière et un emploi raisonnable et féminin. Raisonnable et féminin signifie  aussi pour les grincheux, un salaire 27% inférieur en moyenne à celui d’un homme, une carrière bloquée par le plafond de verre, et des professions jugées peu sérieuses et peu socialement valorisées. A la maison c’est encore mieux, elle est émancipée forcément car avec son salaire elle pourra se payer robots et nounous. Elle est fortement encouragée  lire le plus souvent possible des magazines féminins pour être la plus sexuellement performante avec son Jules. Un Jules forcément, pas un Mohamed, ni un Mamadou, car le Jules est émancipateur, tout autant que bon amant… Tout ça bien sur en espérant ne pas faire partie des 100 000 femmes violéees par an, des 675 000 femmes battues par leur mari, des 80% d’emploi précaires occupées par des femmes, des millions de femmes pauvres qui doivent s’occuper quasiment seules de leur progéniture et du travail domestique ou des 156 femmes mortes tuées par leur mari ou compagnon. Concilier harmonieusement tout à la fois, vie de mère, de jeune fille, d’épouse, de fantasme sexuel, de travailleuse, de femme domestique, voici son nouvel idéal d’émancipation.

Si le féminisme est une chose dépassée en Occident, remplacée par l’harmonie entre les sexes, en revanche, c’est une chose qui reste bonne pour les Autres, les femmes non-blanches ou musulmanes. Bref ici, les femmes issues des immigrations post-coloniales ou carrément vivant là-bas dans le Sud. Mais plus que bonne, ce féminisme devient une mission de civilisation pour toutes les femmes d’Occident qui sont aimablement mais fermement invitées à déverser leur mélancolie de femmes émancipées dans une grande cause d’ingérence humanitaire.

Ce féminisme, que je me permets de qualifier de colonial, a pour but d’émanciper les jeunes fillettes africaines indigènes excisées et d’en faire de sublimes mannequins afin d’exporter, à travers le monde, ce merveilleux modèle de féminité moderne, émancipateur, bref occidental, à des millions d’Autres fillettes, jeunes femmes, et mères indigènes. Différents modèles existent, de fleur du désert, à fille du jasmin ou encore fleur de lotus bien sur en gardant les grands classiques roses roses (brunes) et roses rouges (blondes)…

Ce travail merveilleux s’accomplit bien sur au travers de Journée Mondiale de LA Femme, mais également  à travers de publicités non-sollicités par email, autrement dit SPAM. Publicités au profit d’entreprises tel que Pinault Printemps Redoute dirigée par 5 Jules et 0 femmes. Mais rassurez vous… Ces publicités sont réalisées probablement par une agence du type de Publicis suite à une étude de marché probablement réalisé par une entreprise du type d’IFOP. Publicis dont la principale actionnaire se trouve être une femme, féministe de surcroit, Elisabeth Badinter. Grande libératrice des femmes burkisées et voilées de France et d’Afghanistan au côté de Ni Putes, Ni Soumises… IFOP dont la dirigeante est la sémillante patronne des patrons Laurence Parisot. Celle-là même qui du haut de son émancipation déclarait «La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ?» Sans compter une éventuelle loi pour garantir aux bourgeois de sexe féminin un quota de sièges dans les CA des grandes entreprises… Ce modèle de prêt-à-porter unique de femme ne taille pas 40, mais plutôt CAC 40… La boucle est bouclée, LA femme produit de grande consommation est désormais partout disponible pour votre plus grand désir…

Si Christine Delphy appelerait, elle,  à retrouver l’élan du féminisme, je me bornerais, moi, de ma position de rajel1,  à appeler à la défense des femmes, de toutes les femmes, des filles, des jeunes femmes, des mères, des anciennes, des non-blanches, des prolos. Ne vous étonnez pas d’entendre déjà des grondements des défenseurs de LA femme, ils ont raison, il ne s’agit ni plus, ni moins que de sonner le glas de LA femme. Mais aussi de l’Homme…

  1. monsieur en arabe []

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