Le fétichisme de la marchandise, critique d’inspiration monothéiste du capitalisme

Hei Ming - Iron rice bowl

La critique de Marx du caractère fétiche de la marchandise qui est le dévoilement de la croyance en la valeur en soi des marchandises comme mystification de la valeur qu’ils ont du fait de la quantité de travail qu’ils ont nécessité. Croyance qui a pour finalité et cause de donner une valeur aux humains eux-mêmes en fonction des marchandises dont ils disposent. Le fétichisme de la marchandise au sein du capitalisme est ainsi une forme authentiquement religieuse de dissimulation des rapports sociaux réels, et en particulier des rapports de production au travail. Cette critique permet d’expliquer comment dans le capitalisme, le prolétaire ne se rends pas compte que c’est son travail qui produit la valeur puisque la valeur des marchandises qu’il produit et achète semble exister en elle-même. Du fait de cet écran de fumée que constitue la marchandise fétichisée, il ne peut plus se rendre compte que la valeurs des bourgeois se fait au dépends de la sienne. L’originalité de cette critique c’est d’exploiter la critique monothéiste du polythéisme pour l’appliquer au capitalisme moderne considéré comme producteur d’une religion idolâtre propre.
Ces articles développent et explique cette théorie du fétichisme de la marchandise de Marx :
  • Bihr – Fétichisme dans le Capital – Congrès Marx International V – Fourni par Google Documents – Après avoir rappelé la définition marxienne générique du fétichisme par le double mouvement de réification des rapports de production par confusion de ces rapports avec leurs supports matériels et de déification (de personnalisation surhumaine) consécutive de ces mêmes supports, la communication rappelle les différentes formes et figures que revêt le fétichisme dans le cours du Capital, depuis le fétichisme de la marchandise jusqu’à celui du capital fictif, avant d’établir que la présence du concept de fétichisme est ce qui signe l’intention critique même de Marx en même temps que ce qui la légitime épistémologiquement, en inscrivant le fétichisme au cœur de la contradiction sujet/objet qui caractérise la praxis économique capitaliste.
  • S. Tombazos | Fétichisme et mondialisation – La
 «
raison
»
 affronte
 aujourd’hui
 des
 obstacles
 beaucoup
plus
 efficaces
 que
celui
de
l’obscurantisme
religieux
classique dans
des formations
sociales
précapitalistes.
La
 marchandise
 moderne
 est
 elle‐même
 une
 religion,
 à laquelle
 s’ajoute
 accessoirement
 ce
que
reste
des
croyances plus
anciennes.
C’est
d’ailleurs
pour
cette
raison
précise
que
Marx
 semble
 «sous‐estimer» l’importance
 de
 l’Etat
 laïque,
considérant
 la
 séparation
 de
 l’Etat
 plutôt
 comme
 une
 démarche
 inscrite
 dans
 la
 logique
 même
 du
 christianisme
 qu’un
 pas
 véritable
vers
le
dépassement
de
la
religion.
  • A. Artous | Marx et le fétichisme De la critique de la religion à la critique de l’économie politique – « À la place de l’exploitation voilée par les illusions religieuses et politiques, (la bourgeoisie) a mis l’exploitation ouverte, éhontée, directe dans toute sa sécheresse. (…) Tout ce qui était solide, bien établi, se volatilise, tout ce qui était sacré, se trouve profané et, à la fin, les hommes sont forcés de considérer d’un œil détrompé la place qu’ils tiennent dans la vie, et de leurs rapports mutuels », proclame Le Manifeste communiste (Marx, 1963, p. 164).
  • Fétichisme juridico-politique (Antoine Artous) : ARBEIT MACHT NICHT FREI – Cette forme d’individuation – les individus comme propriétaires pri vés indépendants les uns des autres – est le présupposé, la condition d’existence du procès d’échange : des individus libres passent contrat entre eux. Mais il s’agit d’individus égaux car la réalisation du procès d’échange passe par l’énoncé de l’égalité, de l’équivalence des indivi dus. L’argent, on s’en souvient, est l’expression ultime de ce procès social qui dit l’équivalence des échangistes.
  • Forme valeur, travail abstrait, fétichisme de la marchandise par Antoine Artous : ARBEIT MACHT NICHT FREI – Pour l’économie politique classique, le travail donne naturellement de la valeur aux produits, le produit du travail est naturellement marchandise. La seule question qu’elle cherche à résoudre est celle de la mesure, de la commensurabilité des marchandises. Marx, lui, pose une autre question. Pourquoi la valeur comme forme sociale existe-t-elle ? Pourquoi le produit du travail existe-t-il comme forme marchandise ?
  • Le fétichisme chez Marx : Nouveaux Cahiers du socialisme – Cette recension n’est pas une critique complaisante du livre d’A. Artous. C’est pourquoi, je ressens le besoin de dire toute suite ce que je pense de la qualité de ce livre avant de le critiquer : il s’agit d’un excellent livre. Ma critique peut donner l’impression que je fais une lecture de Marx totalement opposée à celle d’A. Artous. Au contraire, sur plusieurs points nos lectures respectives convergent. Comme ma présentation du livre privilégie les points que je critique, les divergences de nos lectures respectives sont accentuées, alors que les convergences ne sont pas systématiquement exposées.
  • Le capitalisme comme religion : Walter Benjamin et Max Weber – La Brèche numérique – Le fragment « Le capitalisme comme religion », rédigé par Walter Benjamin en 1921 – et resté inédit jusqu’aux années 1985, quand il sera publié dans les Œuvres Complètes posthumes, est l’un de ses textes les plus intéressants, mais aussi les plus « hermétiques ». Inspiré par les travaux de Max Weber – nommément cité – sur l’affinité élective entre L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, il va beaucoup plus loin que le sociologue : pour Benjamin le capitalisme a non seulement des origines religieuses, il est lui-même une religion, un culte incessant, sans trêve ni merci, qui conduit la planète humaine à la Maison du Désespoir. Ce fragment appartient, comme certains textes de Georges Lukacs, Ernst Bloch ou Erich Fromm à la catégorie des « interprétations » anti-capitalistes de Weber.
  • I. Garo | Le fétichisme de la marchandise chez Marx : entre religion, philosophie et économie politique – les Cubains, parce qu’ils ont compris que l’or est le fétiche des Espagnols, envisagent de lui faire des offrandes avant de le précipiter dans la mer[6]. Le fétichiste est avant tout celui qui croit à la vérité de ses propres représentations, quelle que soit sa culture. La notion appelle sa reprise dans la mesure où elle véhicule l’énoncé même du problème que Marx s’est donné pour tâche de résoudre : comment une représentation illusoire peut-elle produire des effets réels et contribuer au fonctionnement et à la reproduction d’une formation économique et sociale donnée ?
  • Marx et la Marchandise. Aliénation, chosification et fétichisme – Dans le capitalisme la ‘socialisation’ du travail se fait à travers le marché. Le marché ne reconnaît pas le travail concret, particulier, mais seulement le travail abstrait, commun dénominateur permettant l’échange des Marchandises. C’est à travers le travail abstrait que le travail concret du travailleur est relié au travail en général de la société.

Notes de lecture de l’Occident Décroché de Jean-Loup Amselle

Amselle, Jean-Loup. – L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

Amselle, Jean-Loup. – L’Occident décroché. Enquête sur les postcolonialismes

Je traînais dans la médiathèque de l’INT (Telecom SudParis maintenant…), cherchant un bouquin dans le style de Fanon, Foucault et compagnie… Et là je vois mis en avant, avec tous ses livres (pipo) sur le management, et des bouquins sur la dernière techno à la mode, ce livre de Jean-Loup Amselle, professeur à l’EHESS… Au départ dubitatif, je lis la 4ème de couv. Toujours pas convaincu, mais quand même la couv est bien jolie, je parcours quelques pages. Finalement, je me dis tiens celui là il a l’air d’être important, et je le prends… L’Occident décroché, Enquête sur les postcolonialismes.

Et en effet. Ce bouquin est le seul que j’ai jamais lu qui parlait de sujets tel que le postcolonialisme et la French School (postmodernes français : Foucault, Deleuze, Guattari etc.). En fait, j’avais pris connaissance du livre d’Edward Saïd :  L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident.  Et ce livre, l’Occident Décroché, était en train de me dire que ce livre, que je pensais unique en son genre, était l’initiateur d’un mouvement culturel et politique majeur. Un mouvement qui allait remettre en cause toute la prétention universaliste de la pensée Occidentale…

Comme ce n’est pas un livre qui développe une thèse, mais plutot commente des auteurs et des oeuvres, et leurs apports sur l’histoire des idées, alors je ne pense pas en faire une fiche de lecture classique. Je vais plutôt restituer dans cet article l’ensemble de mes notes.

J’ai essentiellement pris des notes concernant certains auteurs et leur pays respectif avec un court commentaire sur la théorie qu’ils développent d’après le point de vue de Jean-Loup Amselle .

P16. Edward Saïd est le premier nom cité qui m’interpelle. Il donne en bas de page une référence à l’interview de Saïd sur sa vie personnelle et en quoi elle a impacté son œuvre (MARS, n°4, 1994, p. 7-24) et une autre à son œuvre parlant d’hybridité et d’identité dans « A contre-voie » (Le Serpent à Plumes, 2002) dont le titre originelle est Out of Place. Un titre bien évocateur. Jean-Loup Amselle explique que Saïd s’est inspiré de Foucault pour développer ses idées que l’Orient était une idée de l’Occident, une essentialisation à des fins de domination.  Il entreprend par la suite une critique de Foucault, de son ethnocentrisme et de son relativisme. Pour ma part, je ne peux m’empêcher quand je lis Foucault, de voir à quel point son expérience en Tunisie l’a impacté. La culture en Tunisie est à la fois émancipatrice et oppressive, je ne dis pas qu’il existe une culture émancipatrice et une autre oppressive, non ! La même œuvre peut être les deux. Elle peut porter un message explicite progressiste tout en étant de façon latente aliénante. D’autre part, c’est une société où les instruments de la surveillance et de la punition n’ont pas besoin d’institution d’Etat explicite comme la police pour exister. J’ai l’intuition que cette expérience d’une société où les mécanismes de la surveillance, du savoir oppressif, de la punition étaient tellement apparent, qu’il a pu développer par la suite une analyse qu’il a ensuite appliqué au modèle français où ces formes d’oppressions étaient tout bonnement niés si ce n’est légitimer en tout cas dissimulées et tacites.

p22. Deleuze et Guattari, ceux qui ont servit de socle à la théorie postcoloniale, se sont eux mêmes basés sur un nomadisme largement fantasmé des sociétés pour concevoir l’idée de déterritorialisation…

p23. Les immigrés postcoloniaux sont condamnés au mimicry (Homi Bhabha) i.e. à s’intégrer par une parodie de la culture occidentale. Je dirais même un artefact, une forme complètement stéréotypée et fantasmée de l’identité occidentale vue comme étant supérieure.

p23. Jean-Loup Amselle fait la critique occidentale intégrationniste classique : « Mettre en avant l’hybridité actuelles des cultures du monde, c’est donc refuser toute possibilité de communication entre elles au cours de l’histoire ». Il pose sa position : à partir de là je prends conscience que l’auteur a un parti pris, et s’oppose frontalement à ces auteurs postcoloniaux qu’il entends faire découvrir. Je me demande alors pourquoi il en parle ? Je comprends plus tard, avec le chapitre sur le décrochage juif, qu’il est déchiré, entre cette identité juive qui l’oppose à l’idée d’assimilation et son vécu celui d’un occidental fervent. Les postmodernes de la French School sont Lyotard, Derrida, Baudrillard, Foucault, Deleuze et Guattari. La liste est dressée, comme le menu que le livre s’apprête à servir.

p27. Hannah Arendt est pour Amselle la première auteure du postcolonialisme. En celà, à mon sens, il n’a pas tort. Cependant il contribue à la création d’une idéologie faisant croire à une critique de l’Occident en son propre sein sans contacts avec l’extérieur : la déconstruction de l’Occident est l’oeuvre de l’Occident.  Et il fait remonter cette critique à celle de la révolution française par Edmund Burke. Ne pas mentionner la judéité d’Hannah Arendt me semble là faire partie du problème. Elle était autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Occident… Et suite au génocide des juifs en Europe durant la seconde guerre mondiale, je comprends qu’elle ne se sente pas très occidentale…

p28. Fanon Damnés de la Terre, à lire… J’avais lu : Peaux noirs, masques blancs. Mais on m’a dit que les Damnés de la Terre était plus sympa à lire. Le salut de l’humanité ne vient que de l’émancipation des damnés de la Terre. C’est ainsi qu’Amselle décrit la thèse de Fanon. Je ne comprends pas bien en quoi il n’est pas d’accord. Sûrement qu’il trouve ça trop réducteur et trop limité aux « miséreux » ?

p29. Première mention du subalternisme indien, notion essentielle de ce livre. Il le fait remonter à Gramsci, Foucault et E. P. Thomson. Ce dernier auteur je ne le connaissais pas.  Je me demande pourquoi il spécifie indien. Aurait-il dit français pour parler des lumières ? Maintenant que je m’intéresse à ce champs théorique, je trouve que le subalternisme est une théorie s’appliquant à toutes les sociétés colonisés ou sous hégémonie Occidentale où les marxistes se refusaient à voir l’aliénation qu’ils subissaient.

p32. « Cette manifestation artistique et intellectuelle conteste ainsi la prétention de l’Europe à l’universalisme, sa volonté d’essentialiser l’évènement de la démocratie et des droits de l’homme en en faisant un récit mythique et sans tenir compte, entre contrepartie, de la violence subie par les peuples colonisés. »Génial ! Mais quels sont les oeuvres de cette manifestation artistique ? Parce que là je ne vois de l’intellectuel…

p43. L’abbé Grégoire est responsable de l’assimilation forcée des juifs de France et de leur transformation en Français « civilisé ». Donc l’assimilation à la française viendrait de l’assimilation des juifs. Mais n’est-ce pas ce qui arrive actuellement avec la transformation des maghrébins de France en français musulmans ? Cette assimilation des juifs n’a pas empêché un fort antisémitisme, je dirais même a été encouragé par ce fort antisémitisme… De la même façon, aujourd’hui, le racisme structurel pousse à cette transformation, et à cette assimilation, au contraire de ce qu’on pourrait penser. La transformation du racisme anti-maghrébin, c’est-à-dire une xénophobie et un mépris colonial, se mue en suspicion ethnico-religieuse. Je pourrais m’étendre longuement sur le sujet, mais le simple fait que les jeunes « beurs » préfèrent comme femme et mari des français blancs convertis à l’Islam est à mon sens significatif de cette assimilation.

p54. Jean-Loup Amselle se sentant français de papier a plus facilement eu de la sympathie pour les autres opprimés. Il se dit « subalterne avant la lettre », ça marque à mon sens une légère incompréhension des propos de Spivak. Après avoir lu quelques de ces textes, le terme subalterne n’est en fait qu’un autre mot pour prolétaire dans une certaine position. Se dire subalterne n’a pas réellement de sens, c’est se dire priver de parole. Or Amselle parle, il parle et se fait entendre. A moins qu’il ait été réellement priver d’écoute lorsqu’il était jeune.

p55. Ilan Halevi, en réalité Alain Albert, était un juif d’un teint plutôt foncé. Il s’est identifié aux noirs américains, comme l’ensemble de son petit groupe d’amis qui avait le point commun d’être juif, dont l’auteur faisait partie. Aux USA, il s’est donc fait passer pour un noir américain avec succès et en a écrit un livre « La Tâche« . Ensuite il a émigré en Israël où il a lutté contre le racisme des ashkénaze envers les séfarades. Il mentionne le fait que les noirs américains à peau claire s’assimilent aux blancs. C’est intéressant de mentionner que l’assimilation soit conditionné à la couleur de peau. On peut réfléchir aux autres critères permettant de sortir de son identité pour épouser la normalité. Ne pas être un croyant de la religion de son identité assignée, être plus clair de peau que l’identité assignée, avoir un meilleur niveau d’éducation, avoir un comportement social différent, ne pas porter un prénom de cette identité ou qui soit ambigu etc. permettent cette assimilation. Dans ce châpitre, Jean-Loup Amselle aborde le décrochage juif d’Occident sans pour autant le rendre vivant aux lecteurs. C’est bien dommage… Et de fait, vu le peu d’impact réel qu’il fait ressortir de son œuvre du décrochage juif, il ne convainc pas avec la prévalence d’une critique interne.

p66. Le CODESRIA a été fondé en 1973 par Samir Amin, penseur marxiste anti-impérialiste franco-égyptien, pour contrer la supérmatie de la recherche Occidentale. Son analyse est que la recherche sur la domination de l’Occident sur l’Afrique doit venir de l’Afrique elle-même.

A la page 78, la réflexion en cours d’Amselle m’a fait émerger une idée, un peu brouillone, que la philosophie politique en Occident se base sur des hypothèses d’homogénéité, que l’individu et l’identité c’est la même chose, et que groupe et classe sont la même chose. En bref, qu’un individu a une identité, que l’identité crée le groupe, et qu’une classe est nécessairement un groupe d’individus-identités. Or à mon sens, c’est non pas par rapport à soi qu’on crée son identité mais face à l’autre. Face à mon voisin, je m’allie avec mon cousin, face à mon cousin je m’allie avec mon frère… Le Nous change en fonction de qui n’est pas dans le Nous. Au fond c’est face à une différence de situation, que je vais identifier des différences d’identité (c’est une tautologie), et former mon identité propre. Il n’y a pas de naturalité d’identité. Et en ce sens il n’y a pas de récit universel qui ne se définisse par rapport à des Autres qui n’en seraient pas. L’universalité ne se définit non pas en niant les différences des Autres, mais en prenant comme base de tout un sujet qui s’est construit en excluant et en niant cette exclusion. Le groupe crée l’individu qui s’y reconnait membre en construisant l’identité. Or la classe est objective, ce sont ceux qui ont intérêt naturaliser, légitimer, cette identité comme étant la normalité pour profiter de la suprématie dans le groupe qu’elle confère. C’est, à mon sens, cette dynamique appelée racisme, qui permet de faire prendre conscience de l’identité, et donc faire émerger l’intérêt pour certains de la classe à l’intérieur même de ce groupe.

p.78. La recherche dépends d’une modernité qui a tendance à être aveugle aux marques prémoderne. L’objectif mené par certains indigénistes tell que Joutondjii est de conserver les marques en établissant des distinctions claires entre le rationnalisable et le subjectif. Ce à quoi je réponds que l’analyse même des marques vernaculaires sont biaisés par la conception de ce qui est rationnel et de ce qui est subjectif. A mon sens, ce n’est pas dans la méthode qu’on peut conserver ses savoirs vernaculaires, mais dans le temps qu’on leur accorde et la place dans l’actualité du vécu qu’on leur concède.

P103. Ayesha M. Iman, Amina Mama et Fatou Sow ont écrit Sexe, Genre et Société. Engendrer les sciences sociales africaines. Qui a été publié en 1997 en anglais et en 2004 en français. C’est à mon sens crucial comme œuvre d’autant que le mouvement féministe s’intéressant aux genres est celui qui dès l’origine a déconstruit la racialisation des personnes par et en Occident. C’est une critique avant tout interne, au sein d’un espace culturel, mais également au chemin de deux alterités fondamentales : celle du sexe, et donc la question du sexisme et du patriarcat, et celle de la race, et donc du racisme et de l’hégémonie blanche.

Le féminisme du genre dès l’origine s’oppose à l’idée d’une domination dont l’abolition ferait s’effondrer les autres en cascade… Il permet donc d’accepter la réalité d’une hégémonie de l’Occident tout en ne reléguant pas au second plan les luttes internes à leur propre espace culturel.

P117. Le SEPHIS et le CODESRIA ont organisé des tournées de conférences entre intellectuels du Sud. Livio Sansone est un universitaire brésilien ayant donné des conférences au Bénin, Sénégal et en Afrique du Sud. Et l’indien subalterniste Partha Chatterjee a voyagé en Afrique en 1996. Le passage par la case Occident est ici rompu. Mais je me demande si ce n’est pas plutôt le signe que la norme reste le passage par le référentiel Occident, même lors de la recherche de pensée alternatives à celle imposée par l’Occident. Il me semble même que l’Occident impose plus facilement sa pensée dominante à l’extérieur de ses frontières qu’en son sein. Les critiques dites internes, ou importées de périphéries, sont quasiment invisible aux autres périphéries…

P121. Christobal Gnecco, un archéologue colombien, défends l’idée d’une archéologie démocratique et locale, c’est-à-dire une archéologie réalisée par des spécialistes mais au service des communautés locales détentrices légitimes de leur histoire. En ce sens Amselle, tends à dire qu’il légitime totalement l’exploitation de l’histoire à des fins politiques.

P126. Ibrahima Thiaw, un archéologue sénégalais, est cité comme le pourfendeur de l’archéologie coloniale française qui niait une relation entre les populations locales actuelles et celles que les archéologues étudiaient, ainsi qu’une trop grande focalisation sur les parties les plus accessibles du Sénégal. Je connais cet auteur par ailleurs par sa formidable dénonciation de l’économie de l’esclavage en Afrique même et comment elle a fondamentalement modifié la réalité africaine dans un sens de dépendance à cette économie d’exportation et d’exploitation des hommes à des fins de consumérisme bling-bling…

P134. Ranajit Guha est l’auteur du manifeste du mouvement des Subaltern Studies née en Inde et se basant sur Gramsci ainsi qu’en s’inspirant des travaux de Saïd. Les Subaltern Studies ont utilisé la critique littéraire (lit-crit) pour déconstruire l’analyse occidentale de l’Orient.

P139. Partha Chartterjee, subalterniste indien, est une nouvelle fois cité. Il emprunte en effet le concept de « révolution passive du capital » d’Antonio Gramsci pour décrire une situation où la bourgeoisie trop faible pour établir son hégémonie s’allie avec les anciennes classes dominantes en les transformant en de nouveaux partenaires compatibles avec l’ère capitaliste.

P142. Chatterjee entends culturaliser l’Europe et continentaliser la pensée, c’est-à-dire affirmer que l’Europe aussi a sa culture et qu’elle n’est pas en soi la normalité et l’universel, toute pensée a une naissance dans un contexte donné y compris la pensée universelle.

P143-144. Enfin Jean-Loup Amselle parle de Gayatri Spivak ! L’auteure principale des Subaltern Studies avec son magistral « Can the Subaltern Speak ? ». Il explique qu’elle a traduit « De la grammatologie » de Derrida, ce qui apparamment a fait à la fois sa réputation et son intérêt pour la littérature critique. Elle reproche dans son essai, à Deleuze et à Foucault, de ne s’intéresser qu’aux  opprimés du « premier monde », ceux qui ont la possibilité de s’exprimer. Elle oppose à ces 2 théoriciens, Derrida, et sa théorie de la différance. Il faudrait vraiment que je lise cet essai mais je ne trouve rien en français sur les Subaltern Studies. A croire qu’une censure académique pèse lourd sur les études postcoloniales…

P146. Amselle présente l’idée de Spivak d’essentialisme stratégique c’est-à-dire « l’utilisation stratégique d’un essentialisme positif lorqu’il sert des objectifs politiques clairement définis » et je rajouterais dans un but d’abolition d’une domination. Exemple : dire l’Occident sans faire la distinction entre les représentants des Etats, les peuples et l’opposition éventuelle à l’impérialisme occidentale. De l’autre côté il est nécessaire pour les groupes dominés d’affirmer leur spécificité radicale, c’est-à-dire la différance qui fait d’eux des opprimés.

C’est le retournement de stigmate, comment retourner par exemple le terme de nègre. Ici, Amselle cite Kateb Yacine, et le concept de « butin de guerre », pour désigner ce retournement du stigmate sans que l’on évoque ce nom ni plus haut ni plus bas…

A mon sens le concept de retournement de stigmate est essentiel, il permet sans passer dans la sphère culturelle du dominant, de mobiliser, de lutter et de l’emporter. Certains vont jusqu’à affirmer : ne vous déclarez pas noirs, arabes etc. mais simplement opprimés ou prolétaires, il ne faut pas se diviser face à l’ennemi ! Mais comment avoir ce discours quand l’union signifie la relégation d’une domination au second plan par rapport à celle jugée primaire ? Comment accepter cette unité, quand au sein de l’unité la lutte est biaisée par la domination subie, qu’elle soit raciale ou de genre ? Comment mobiliser au sein de son groupe, et constituer une conscience de classe, lorsque le stigmate identitaire n’est pas reconnu comme tel ? Car c’est sur la base de cette identité que l’oppression se fait, et c’est par cette identité que l’émancipation peut se faire…

P150. Chakrabarty explique dans Provincializing Europe qu’il faut remettre en question la prétention de l’Europe à gouverner le monde au nom de la raison universelle et la réduire à une aire culturelle quelconque (provincialiser). Amselle y voit une menace à la communication entre les cultures. Alors même qu’on ne parle pas des cultures, mais d’une culture en particulier : l’Europe. Et moi de relever, qu’il ne s’agit pas de couper la communication comme il l’exprime pour la seconde fois… Cette peur de voir la communication se couper, entre l’Occident et les Autres, me fait penser à un enfant bavard, choyé et gâté qui verrait la naissance de sa petite sœur, au départ avec bienveillance mais avec un manque de considération certain, et puis quand celle-ci commenceraient à parler il se moquerait d’elles de ses balbutiements, et lorsque celle-ci finira par oser parler à ses parents pour quelque fois se plaindre même de son frère (car au fond elle savait parler mais son grand frère la martyrisait tellement qu’ele n’osait pas) il ira se plaindre auprès de sa mère que sa petite sœur en devenant aussi bavarde coupera toute communication dans la famille…

P153. Ashis Nandy est un subalterniste indien, qui a critiqué la vision marxiste et hégélienne de l’Histoire comme linéaire et dans laquelle toutes les autres cultures ne sont que des formes primitives au fond de la civilisation moderne Occidentale…

P156. Amselle prends en exemple un penseur indien marxiste orthodoxe : Sumit Sarkar, qui s’insurge contre le culturalisme des subalternistes. Sarkar va même jusqu’à laisser entendre que c’est le Subalternisme qui a permit de fonder le fondamentalisme hindou et musulman. Chakrabarty a répondu à cette critique, et y a consacré un livre, ainsi que plusieurs articles dont que j’ai lu. Mais j’aimerais apporter mon propre commentaire. Il s’agit d’une analyse culturaliste, où un mouvement d’idée fonderait un mouvement politique rien que par l’entêtement de ses membres dans leur diatribe anti-occidentale. Or dans les Subaltern Studies, le dominant n’est pas seulement l’Occident, c’est également les élites locales qui vont copier les schemes occidentaux et les prendre à leur compte. En ce sens le nationalisme hindou est une aliénation issue du nationalisme européen. D’ailleurs le RSS (parti nationaliste fasciste hindou) voit dans l’hitlerisme un modèle… Et on pourrait faire une analyse similaire du fondamentalisme musulman (en réalité islamisme politique), car la définition de l’identité par la religion apparaît lorsque l’individu musulman devient un identité, un groupe, une classe, pour et par les autorités coloniales. L’essentialisme stratégique décrié par Amselle, n’est pas à mon sens l’affirmation d’un clivage religieux plus important que tous les autres…

P160. Meera Nanda en appelle à des Lumières indiennes. Au sens non pas du mouvement d’émancipation intellectuelle mais celui d’une réplication des idées des Lumières partir de penseur locaux. Le penseur en question mobilisé est Ambedkar, un « intouchable » s’appuyant sur le bouddhisme, et notamment son interprétation matérialiste, en l’alliant avec le positivisme de Dewey. Cette idée, se base essentiellement sur le combat contre les idées postmodernes considérées comme des pseudo-sciences au même titre que l’astrologie. En Occident, cette idée rencontre un écho certain, notamment auprès d’Alan Sokal. J’ai moi-même constaté une forte réticence au post-modernisme chez ceux à la fois qui reprenait la critique Nouveaux Philosophes qualifiant ces idées d’amphigouries (du barratin quoi), et ceux qui s’estiment être des marxistes orthodoxes. Or concevoir la classe comme une classe sociologique repose à mon sens sur une erreur de compréhension monumentale ou alors à un biais culturel. Au fond, en Europe jusqu’à peu c’était le cas, la classe sociologique correspondait à peu de chose près à la classe politique. En France, comment pouvait-on faire comprendre que la conscience de classe est à créer lorsque le PCF quadrille toutes les usines et lieux d’habitiation des ouvriers ? Il est plus que temps pour certain de se rendre compte de la fin d’une ère…

p161.  Ce que j’ai apprécié chez Amselle, dans ce biais français tout à fait délicieux pour une fois, c’est son intérêt pour l’Amérique latine. La théorie du « colonialisme interne » élaborée dans les années 60 par Rodolfo Stavenhagen et Pablo Gonzàlez Casanova explique d’un point de vue coloniale la domination des élites « métisses » et « créroles » sur les populations amérindiennes. C’est un propos subalterniste comme le revèle bien Amselle qui cite Silvia Rivera Cusicanqui qui reprendra ce travail. C’est à mon sens une réflexion cruciale pour penser la continuité de l’oppression malgré les indépendances. Le mépris des populations locales et le sentiment d’appartenance à la civilisation, forcément Occidentale, sont à comprendre dans ce sens.

p184. Voilà que surgit de nulle part Abdelkébir Khatibi dont je n’avais jamais entendu parler. A peine le temps de googler son nom que voilà que je découvre qu’il est décédé le 16 mars 2009. Encore une preuve du postcolonialisme ambiant. Comment un penseur de cette envergure a pu être oublié ? Alors mêmes qu’il était contemporain de Derrida, Deleuze et Foucault… Jacques Derrida écrit à son propos : « Comme beaucoup d’autres, je tiens Abdelkébir Khatibi pour un des très grands écrivains, poètes et penseurs de langue française de notre temps […] Je tiens à souligner que cette œuvre, largement reconnue dans le monde francophone et arabophone, est à la fois une immense invention poétique et une puissante réflexion théorique qui, entre tant d’autres thèmes, s’attache à la problématique du bilinguisme ou du biculturalisme. Ce que Khatibi fait de la langue française, ce qu’il lui donne en y imprimant sa marque, est inséparable de ce qu’il analyse de cette situation, dans ses dimensions linguistiques, certes, mais aussi culturelles, religieuses, anthropologiques, politiques. »

p186-187. Amselle explique ici comment le subalternisme indien a bourgonné sur le continent américain par le biais du SEPHIS. Le SEPHIS est une organisation fondée par les Pays-Bas afin d’encourager les échanges Sud-Sud dans les études historiques. Lorsque des voyages ont été organisés dans les deux sens entre l’historien subalterniste indien Shahid Amin et des chercheurs-euses sud-américain-e-s. Apparamment ici un livre est clef : Debates Post Coloniales: una introducción a los estudios de la Subalternidad, une anthologie des textes de Ranajit Guha, Gyanendra Pandey, Shahid Amin, Dipesh Chakrabarty, Partha Chatterjee, Gayatri Chakravorty Spivak, Veena Das et Gyan Prakash. Il a été réalisé par les chercheuses Rivera Cusicanqui et Rossana Barraga.

p188. La pensée du « fragment » et le concept de « globalisation fragmentée » promue par Gyanendra Panday, Partha Chatterjee et le sous-commandant Marcos permet de mieux comprendre l’ethnicité, l’héritage colonial et le colonialisme interne ce que le marxisme orthodoxe considère comme relevant du passé révolu…

p200. Encore une référence « Empire » de Hardt et Négri semble aborder l’ère des « multitudes » comme la résurgence des petites patries transcendant les frontières entre les différentants Etats et le monde.

p206. Gramsci, Gramsci, Gramsci. Pour moi c’est le fondateur des études postcoloniales. Celui qui a réfléchi sur les potentialités révolutionnaire du folklore et de ce que Marx considérait comme étant les fossiles de l’Histoire.

p210. Amselle fait ici une comparaison très intéressant entre la vision de l’intellectuel par Gramsci et celle de Boukharine et de Lénine. Pour Gramsci, le rôle de l’intellectuel est de transformer les sentiments incohérents et fragmentaires de ceux qui se trouvent dans une position de classe dominée en un rapport cohérent et raisonnée du monde tel qu’ils le perçoivent à partir de cette position. Alors que Boukharine pensait que les intellectuels doivent lutter contre la bourgeoisie et la religion tandis que pour Lénine ils devaient apporter la lumière de l’extérieur à la classe ouvrière. On voit bien ici que la position de Gramsci est foncièrement matérialiste et dialectique comparé à celles de Lénine et Boukharine. Ces derniers ont une vision idéaliste où l’intellectuel combat des idées ou implémente des idées qui semblent flotter dans l’air et ne pas avoir de lieu de production ni de classe de production. Il est donc assez comique aujourd’hui que ce soient les idéalistes qui soient qualifiés de marxistes orthodoxes…

p215. Dans le texte « Gramsci’s Relevance for the Study of Race and Ethnicity » le magistral brittanique Stuart Hall explique en 1986 comment le théoriciel sud-italien peut apporter aux études postcoloniale et subalterne dans l’analyse de la culture. Culture ce mot si magique qui fait frétiller les gens de gauche comme de droite. Un terme dont je commence à apprendre à me méfier…

p218. Cultural Studies. L’expression est lâchée. Il était temps. Car il s’agit d’un courant de réflexion ignorée en France trop longtemps sous des prétextes divers. Encore aujourd’hui le postcolonialisme, les études de genres etc. sont mal vues en France car remettant un peu trop en question la Culture à mon sens, la Culture dans tout ce qu’elle porterait soit-disant d’Universelle…

p219. « Hegemony and Socialist Strategy » de Laclau et Mouffe, entreprends d’allier les théories postmodernes et la pensée de Gramsci. Encore un livre à lire !

p248. Achille Mbembe va jusqu’à parler de « palestinisation » des banlieues dans un texte intitulé « La République et sa bête » en décrivant le traitement colonial des banlieues par le gouvernement. La bête de la République serait ainsi la non-reconnaissance de la race. Mamadou Diouf a publié « Les études postcoloniales à l’épreuve des traditions intellectuelles et des banlieues français« , un texte qui peut se révéler crucial dans la compréhension des blocages traditionnelles français à l’égard des études postcoloniales.

p253. Amselle revient sur l’appel contre les « ratonnades anti-blancs ». Ça me rappelle le tout récent film « La Journée de la Jupe » et la vidéo qui tourne sur Internet d’une agression suggérant qu’elle soit raciste anti-blanc. Ca a début en 1998 pour s’installer en 2995 avec cet appel publié dans le Monde du 23 mars 2005. Depuis la blanchitude est révérée comme une valeur si ce n’est comme ce qui définit l’univeralisme et la République.

p255.Amselle fait une analyse intéressant de Dieudonné, de comment il a viré au racisme (antisémitisme) sur la base de la concurrence victimaire entre Juifs et Noirs. Et comment il a trouvé en Le Pen, quelqu’un reconnaissant la réalité actuelle de la race et son importance sociale. Ce que le paternalisme anti-raciste de SOS Racisme tends à nier, et en rendant la question noire invisible. Cependant bien que je partage volontier cette explication, je trouve malencontreux l’emploi par Amselle du mot « victimaire ».

Finalement, c’est assez bon livre, qui a l’intérêt d’aborder le décrochage de l’Occident sur plusieurs aspects. Notamment la critique que je pourrais qualifier d’identitaire juive dans laquelle Jean-Loup Amselle nous fait part de son vécu personnel. Je trouve cependant dommage que la fin soit plutôt une suite de chroniques personnelles pro-républicainnes sans la force de la description des idées et des faits du reste du livre. Au moins la critique de Jean-Loup Amselle est celle d’un homme qui a pris soin de s’intéresser à son sujet.

Autres notes de lectures, plus illustres :

Contagion du virus palestinien

Depuis le début de l’attaque militaire israëlienne dans la bande de Ghaza, la minorité arabe de France est clairement suspecte. C’est sur on attends son coup de poignard dans le dos, ou plutot dans la kippa. C’est bien connu les musulmans euhh les beurs euhh les arabes euhh les palestiniens n’aiment pas les juifs ! Ou l’inverse !

En tout cas le mot d’ordre a été donné par Mme Fadela Amara, ministre de la Ville, « certains » veulent du mal aux juifs… Mais qui sont ces certains ? En tout cas ce qui est certain, c’est que les musulmans de banlieue, (ou plutôt la banlieue des musulmans ?), sont des certains potentiels. Et certainement, que le conflit Israëlo-Palestinien, n’est pas la question de tous les français, mais seulement de certains, ceux qui sont plus Mohamed ou David que Philippe ou Pierre[1]… Certains ressentent de l’émotion, mais Mme Amaraen appelle à la raison : comprenez au cynisme. D’ailleurs c’est bien pour ça que c’est elle qu’on interviewe.

En effet, ça ne mérite pas le déplacement de M. Kouchner, ministre des affaires étrangères, vu que c’est un problème interne… Si si, je vous assure, depuis qu’une entreprise appellée Communautarisme Inc. a importé le conflit Israelo-Palestinien en France, les arabes ont été contaminé par la haine anti juive tandis que les juifs sont pris d’un amour irraisonnée pour Israël. Les arabes sont bien sûr les habitants des quartiers populaires dont Mme Amara est chargée. Et c’est donc à elle que revient cette tâche de décontamination, de nettoyage (au kärcher ?) de ces « certains »…

Mais cette fausse neutralité des médias, de la classe politique, de l’Etat français, est bien vite démentie lorsque l’on ne voit invité à des plateaux télé que rabbins sommés de représenter Israel et islamologues modérément supportant modérément les palestiniens. Lorsque les représentants des partis politiques se taisent sur le sujet, et lorsque Mme Amara invite des associations des quartiers populaires et une association juive pour signer un manifeste en faveur de la paix. On croirait que Gaza est une banlieue française et que Sderot est le centre-ville bourgeois d’à côté qui se plait de l’insécurité permanente de ses bruyants voisins…

Soyons sérieux, le conflit Israëlo-Palestinien mérite une vraie politique, des actes forts en faveur d’une paix juste et durable et du respects des droits humains, et non pas une mascarade visant à déplacer le problème sur une partie de la population française. Rappelons que la France a participé à la création de l’Etat d’Israël, l’équipe en centrale nucléaire qui lui ont servit à s’armer, est partenaire économique privilégié par l’UE, finance par le biais de l’UE des hopitaux et écoles palestiniennes, et donc s’est elle-même exportée dans le conflit et non l’inverse !

Tandis que les représentants de l’O.N.U sont choqués par la situation à Ghaza, en France, on se regarde le nombril et on fait tout pour regarder ce qui se passe. On préfère comme d’habitude monter les uns contre les autres… Et que l’on s’étonne pas si à la prochaine attaque israëlienne, des français juifs et arabes soient victimes d’actes racistes de ces fameux certains. A force de présenter le conflit Israëlo-Palestinien comme une problématique exclusivement entre juifs et arabes, on a finit par en persuader les populations…

Les actes racistes anti-juives contre des synagogues survenu ces dernières semaines doivent être considérés comme un problème raciste et non plus comme une question sociale liée aux quartiers populaires. N’oublions pas que le colonel Dreyfus, français juif, a subi une campagne de diffamation violente se basant sur un fond raciste anti-juif profondément ancré en France, à une époque où ni l’Etat d’Israël, ni l’immigration maghrébine n’existaient.

[1] 2 parmi les plus grands antisémites mondiaux sont des « patriotes » français « de souche » et ont livré à la gestapo, plusieurs milliers de citoyens français de confession juive, tziganes, ou simples dissidents politiques. Il s’agit de M. Pierre Laval et du Maréchal Philippe Pétain !

Pour aller plus loin :

Turquie et Tunisie : modernisme laïc contre islamisme obscurantiste ?

Voile traditionnelle tunisien (Sefsari)

Voile traditionnel tunisien (Sefsari)

Les femmes voilées en France reçoivent souvent la remarque que dans leur pays d’origine elles n’auraient pas eu le choix, elle n’auraient pas pu le porter et c’est tant mieux. Ou alors qu’une femme voilée n’aurait jamais pu accéder aux études du fait de son statut d’inférieure. On établit ainsi une échelle de valeurs entre pays musulmans laïques et donc modernes, et pays musulmans islamiques et donc obscurantistes… Mais pourquoi donc en Turquie et en Tunisie le concept de laïcité a-t-il été développé ? Je peux vous proposer quelques pistes.

En Turquie, parce que le pouvoir politique Ottoman se fondait sur la légitimité et l’institution religieuse pour gouverner aussi bien localement que l’ensemble de son Empire. Or le régime Ottoman était le principal obstacle au développement de la Turquie, ses provinces impériales ne lui apportant pas grand chose vu que de toute façon l’Empire était incapable de les défendre ou d’y imposer son autorité. Le pouvoir Ottoman avait même en son temps interdit l’imprimerie y voyant une menace à son autorité fondée sur son monopole de l’inteprétation coranique.

En Tunisie, il n’y a pas eu vraiment de laïcité, mais plutôt une instrumentalisation de la religion à des fins nationalistes et progressistes. Ces pays ont en commun qu’une institution religieuse contrôlait en grande partie la sphère publique notamment politique et culturelle.

En Tunisie le voile en soi n’est pas interdit mais les variantes importées du Machreq (l’Orient Arabe), grâce aux émissions religieuses sur les chaînes satellitaires, le sont. Et les autorités tunisiennes emploient souvent les moyens forts pour exécuter les ordres. Cependant, si on voyage en Tunisie ou si l’on y habite on constatera souvent des femmes vêtues d’un voile de la tête au pied même à l’Université, ne gardant comme découvert que le visage et encore… Le pouvoir tunisien explique que ce voile est contraire à l’authenticité et l’identité nationale tunisienne. Il ne serait donc pas opposé en pratique à la réapparition des voiles traditionnels. Pourtant ce sont les voiles traditionels, qui symbolisaient le statut de mineure de la femme et la plaçait sous la tutelle masculine.

Essaysons à présent d’élargir notre vision et de nous poser la question de l’origine du concept même de laïcité au Maghreb.

Durant la colonisation, en particulier en Algérie, la laïcité a été employée également dans le but de séculariser la société et permettre un développement intellectuel et culturel à la fois favorable aux intérêts coloniaux mais également dans le sens d’un réel développement économique et social. Le sens également de cette laïcité était impérialiste puisqu’il permettait de diviser les luttes nationalistes en séparant les progressistes des traditionnalistes d’alors.

Il y a le cas particulier et intéressant à noter des Kabyles, que le gouvernement colonial a tenté de séparer du reste de la population qualifiée d’Arabe. Un double effort de renforcement de l’identité ethnique d’une part, d’évangélisation chrétienne et de formation aux idées républicaines de l’autre fut entrepris. Ce fut en partie un succès. L’adhésion à l’idée laïque s’accompagna souvent de la perception que laïcité, modernité et Occident vont de pair. Perception qui s’appuie sur une dévalorisation de l’identité arabo-islamique à laquelle se substitue une identité Kabyle prétendument progressive et réprimée par l’oppression Arabe pré-coloniale permettant d’expliquer le « retard » pris par le Maghreb.

L’arabe étant la langue du Coran, une dé-arabisation, nommée pour plus de commodité laïcité, était censée porter en elle-même les germes d’un progressisme républicain émancipateur. Cette volonté de dé-islamiser, de dé-arabiser, vient du fait que la résistance majeure identifiée depuis toujours par les colonsisateurs était l’Islam. Et les arabes restent indissolublement dans la pensée dominante, jusqu’à nos jours, liés à l’Islam. Tant et si bien que nombre d’arabophones non-musulmans, vivant dans l’aire géographique arabo-musulmane, rechignent à se qualifier d’arabes. En réalité, la laïcité a servit comme prétexte à une occidentalisation censée permettre l’adhésion des indigènes au projet civilisateur de l’Empire. D’ailleurs les indigènes d’Algérie n’étaient pas nommés algériens mais musulmans, c’est dire à quel point religion et statut social étaient fortement liés. A tel point que les juifs du Maghreb se sont vu proposer durant la colonisation les mêmes droits que les colons, et à l’indépendance la nationalité française leur fut accorder.

Si le sujet vous intéresse :

Mes signets du 23/01/2009 au 26/01/2009

Ma selection de liens du 23/01/2009 au 26/01/2009:

  • rePublic Art – Notre investigation est centrée autour des expériences concrètes des pratiques constituantes et non représentationnistes, notamment celles issues des mouvements opposés à la globalisation économique. Cependant, l’art de res publica n’implique pas, à l’aide d’un pathos révolutionnaire, de prôner l’avènement d’une nouvelle communauté globale. Il y est plutôt question des formes expérimentales d’organisation se développant dans des micro-situations précaires durant un intervalle de temps limité, qui mettent à l’essai des nouveaux modes d’auto-organisation s’enchaînant avec d’autres pratiques expérimentales.
  • Révolution dans la catégorisation sociologique – Le manifeste de l’analyse des réseaux en sociologie propose d’abandonner toute catégorisation a priori du monde social issue des catégories classiques comme la classe sociale, le genre, l’origine ethnique, l’âge, etc. et de lui substituer des divisions nouvelles fondées sur l’observation empirique des interactions sociales.