PAGNY Florent convoqué en conseil de discipline !

Cher Florent,

je n’ai jamais apprécié ta musique, je t’avoue ça tout de suite histoire qu’on soit au clair, et que tu ne t’imagines pas qu’il s’agisse d’une lettre de fan déçu. Sur Chérie FM, le 8 novembre sur la Matinale, tu as tenu ces propos :
« Il y a un moment ton môme il rentre à la maison et tout à coup il se met à parler rebeu. (rires) C’est pas possible tu vas pas pouvoir nous parler ça-comme parce que verlan, encore, tout va bien mais là il y a pas de raisons. (…) Tu vas passer à autre chose et tu vas essayer plutôt de rattraper le groupe de tête plutôt que de … (l’animateur, Fédéric Ferrer, lui souffle : traîner dans le groupe de queue) traîner parce que d’un seul coup, il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où finalement les mômes ils raccrochent des codes pour être sûr de pas être emmerdé quoi…»

Pour que tu ne dises pas que l’on a sorti sa citation de son contexte, je vais le donner. Au début, tu expliquais qu’il fallait que ton fils vive à Miami pour s’affirmer comme son père, et être lui-même. Etre lui-même et s’affirmer comme son père c’est quoi au fait ? Tu en as donné une définition originale : faire du sport et ne plus parler « rebeu ». Le fils de Florent Pagny parlant rebeu, quelle idée saugrenue ! Bah oui, un bon petit Français, blanc et de souche forcément, doit assumer sa supériorité ethno-raciale sacrebleu ! Non non non, il ne s’agit pas de mépris de classe, puisque tu irais jusqu’à tolérer le parler verlan ! Il faut se rendre à l’évidence : il y a la culture du groupe de tête nécessairement blanche et desouche, et la culture des derniers de la classe, des cancres, des nuls, bref la culture rebeu. Il ne va quand même pas s’enrichir de la culture de ses petits camarades d’origine maghrébine ! Où irait la France si nous nous influençions les uns, les autres, sans complexe de supériorité et ce dès l’enfance ? Comment tolérer un tel modèle de société où le racisme s’estomperait ? Tu as bien raison quand tu parles de passer à autre chose. Car enfin, comment ton fils pourrait faire carrière s’il ne commençait pas sa vie avec une idée simple : ce qui est blanc est supérieur, ce qui est rebeu est inférieur !

Mais le plus insupportable de tout ça, c’est d’imaginer le calvaire qu’a du vivre ton fils pour être tombé si bas qu’il s’est senti forcé de parler rebeu. C’est la seule explication plausible d’ailleurs car comment imaginer qu’il se soit lié d’amitié avec ses camarades d’origine maghrébine ou de quartiers populaires ? Quartiers d’où la langue française s’appauvrit à cause des apports maghrébins, gitans ou subsahariens. Heureusement que le préjugé raciste de la bande de rebeux violente et tyrannique est facilement mobilisable, sinon tu te serais retrouvé à court d’explications !

Mais toi-même es-tu sûr de faire partie du groupe de tête ? En 2003, tu as chanté « Ma Liberté de Penser » où tu confondais la liberté d’expression et l’obligation de payer ses impôts (mais aussi à mon avis, celle de ne pas proférer de propos racistes). En cours d’éducation civique, tu aurais eu un 0. Quand en 2007, tu as sorti un album de reprise de Jacques Brel, sache qu’à l’école quand on copie sur le premier de la classe, ça s’appelle un plagiat, et on prends un 0. La même année, tu n’as pas vraiment chanté en bon français, puisque tu as sorti un album intitulé « C’est comme ça », qui était chanté en espagnol. En cours de français, tu aurais aussi pris un 0 pour hors-sujet !

Et pour ton fils, j’ai un scoop pour toi, son professeur d’arts plastiques se trouve avoir un nom rebeu ! Comment va-t-il faire pour rejoindre le groupe de tête si même le prof porte un nom rebeu ?1

Mais ce qui m’a le plus scié c’est quand même l’intervention de Frédéric Ferrer pour te donner du grain à moudre dans ton délire raciste. Un vrai duo délinquant ! Je pense qu’il va falloir sérieusement songer à vous exclure quelque temps de la classe publique et médiatique avant que votre comportement ne fasse tâche d’huile !

Une mise à pieds immédiate de Frédéric Ferrer me semble être le minimum, avant son passage en conseil de discipline et d’envisager son exclusion. Quant à toi, j’ose espérer que les adultes des médias et de la culture te feront porter le chapeau d’âne à chacune de tes apparitions. A défaut de quoi, ce serait un signal envoyé à tous tes petits camarades que ta pitrerie raciste est quelque chose de parfaitement convenable.

un rebeu,
Bader Lejmi pour les Indivisibles
Article repris sur Rue89

  1. Nadim Zeghoudi, professeur Français (!) de l’équipe, Nadim Zeghoudi, professeur d’arts plastiques []

L’indiscipline des corps à l’école comme symptôme

Voici 3 articles étudiant les rapports entre indocilité ou indiscipline des corps à l’école comme des symptômes des défaillances du système éducatif ou comme indice de la déviance scolaire :

  • Le classement par corps. Les écarts au corps scolaire comme indice de « déviance » scolaire – Partant d’enquêtes sur les difficultés de scolarité de collégiens de milieux populaires, cet article montre que le corps, à travers les postures corporelles scolairement non-conformes des élèves, est constitué en indices institutionnels de « déviance scolaire » et d’inadaptation. Devenant le lieu d’inscription d’une « anormalité d’école », le corps des élèves non seulement signe, pour l’institution, l’existence de « troubles » plus profonds, mais est lu comme le symptôme de « désordres intérieurs » révélant une « enfance en danger ». En outre, la perception de ces corps comme indociles et inenseignables débouche sur le repérage et la catégorisation institutionnels de postures corporelles comme postures « irrégulières », s’étendant à partir du terrain scolaire au plan judiciaro-éducatif. Les postures corporelles des collégiens à l’école servent ainsi la prévention de ce qui est perçu comme un risque de désordres ultérieurs, scolaires ou extra-scolaires.
  • Cairn.info – La construction de l’absentéisme scolaire comme problème de sécurité intérieure dans la france des années 1990-2000 – L’absentéisme scolaire ne constitue pas une nouvelle forme de déviance. La constitution de l’absentéisme en tant que problème social est très récente. Ce n’est effectivement qu’à partir du moment où cette question a été associée à celle des jeunes de banlieue, indissociablement conçus comme dangereux et en danger, qu’entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000, elle s’est imposée et thématisée sur la scène publique comme un problème préoccupant exigeant des solutions collectives. À partir de l’exploitation de textes officiels, rapports institutionnels, discours politiques et documents médiatiques, cet article propose de retracer quelques-unes des étapes de cette période, en étudiant les manières de dire et de faire, travaillées au cours d’un processus de socialisation collectif, qui ont constitué progressivement la pratique de l’absentéisme comme étant avant tout un problème de sécurité intérieure.
  • Le corps comme symptôme des dysfonctionnements éducatifs – Corps et Culture – À partir d’une approche longitudinale et etho-clinique de groupes d’enfants présentant des conduites perturbées ou en difficulté dans le système éducatif traditionnel, cet article tente de montrer l’apport spécifique des pratiques sportives à une lecture motrice des déviances scolaires. Sur un plan plus explicatif, l’élaboration d’une sémiologie clinique des actions sportives semble nécessaire pour une compréhension renouvelée des phénomènes de déviances chez l’enfant.

Mes signets du 04/11/2009 au 10/11/2009

Ma selection de liens du 04/11/2009 au 10/11/2009: