Colonialisme français : entre assimilation et association

mars 14, 2010 · Posted in Liens · Comment 

Ma selection de liens du 27/01/2010 au 28/01/2010:

  • Franc-maçonnerie – Colonisation 1930 : Assimilation-Association – Diagne – Au convent GODF de 1923, la commission conventuelle affirmait : « On ne peut s’arrêter ni à une rigide politique d’association, ni à une politique simpliste de brusque et complète assimilation ». Cette commission préconisait donc, en pleine ambiguïté, «.qu’une politique souple de large association soit appliquée aux indigènes en vue de leur assimilation progressive et complète, posée en principe de base ».
  • Entre « assimilation » et « décivilisation » : l’imitation et le projet colonial républicain – La notion d’imitation a été au cœur du projet colonial de la 3ème République. Dans les dernières années du xixe siècle, l’imitation est convoquée dans la polémique entre « assimilation » et « association » ; dans les années 1920 et 1930, elle est au centre de la « sociologie coloniale » de René Maunier. L’imitation est enfin et surtout objet de préoccupations de la part de l’administration coloniale. Dans la mesure où celle-ci se donne pour tâche de reproduire le grand partage entre « indigènes » et « citoyens », elle doit faire face à une double contrainte posée par l’existence de phénomènes mimétiques : si l’imitation est l’instrument privilégié de la « mission civilisatrice », elle remet en cause la dichotomie colonisateur/colonisé au fondement de la domination coloniale produisant des « décivilisés » européens et des « évolués » indigènes.

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Soutien au peuple martyr frère d’Haïti

février 4, 2010 · Posted in Pensées · Comment 

Haïti, première colonie française ayant fait la fortune de la République et de ses esclavagistes, première colonie ayant obtenue en 1804 son indépendance par une révolution anti-coloniale et anti-esclavagiste, connait depuis quelque jour un drame terrible. Frappé par un séisme, le pays est en pièces et son peuple plus bas qu’à genou.

Les médias annoncent plusieurs centaines de milliers de morts dans un pays de moins de 10 millions d’habitants, nous innondent d’images et de vidéos, d’adjectifs, de superlatifs, sans lésiner sur le registre de l’affect, sans que nous percevions dans leur discours rôdés de professionnels l’expression d’une émotion sincère. Pour nous, ce ne sont pas simplement des personnes à l’autre bout du monde que nous voyons mourir, souffrir, tenter de survivre au milieu du chaos. C’est un peuple frère Noir du Sud issu simultanément de l’oppression et de la résistance à l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme. Notre fraternité prends racine dans nos âmes d’indigènes soupirant à l’unisson à l’évocation de la catastrophe, la Naqba, frappant les haitiens en plein cœur. Les mots qui sortent de nos bouches, les phrases issues de nos plumes, sont bien en deça des sentiments émanant de nos cœurs. Aimé Césaire disait : « L’Occident pardonnera-t-il un jour aux descendants de Toussaint Louverture ? Nous qui avons choisi une lutte de substitution à l’intérieur du monde colonial, nous devons à notre tour aider les Haïtiens. Jamais nous ne compenserons tout à fait ce que nous devons au nègre fondateur. Le nègre fondateur, c’est la Révolution de Saint-Domingue, c’est Toussaint Louverture. » Le peuple-frère haïtien est le peuple esclave-indigène fondateur s’il en est. Fondateur car prototype de la situation des peuples oppressés du système-monde. Fondateur par sa lutte victorieuse exemplaire. Le peuple-frère haïtien est le peuple esclave-indigène fondateur s’il en est, par sa situation matrice de celle du système-monde actuel, et sa lutte victorieuse exemplaire. Exemplarité que l’Occident lui a fait chèrement payée à de nombreuses moments de son histoire notamment par de multiples invasions, coups d’Etat, tyrannies et rançons 1. Prototype que l’Occident s’est attaché à reproduire là où son avidité pour les ressources naturelles le conduisait2.

Nous rejetons, avec résolution, le cynisme de ceux qui y voient une malédiction, un fléau punissant l’insolente soif de liberté d’un peuple indigène. Ceux là sont des sinistres blasphémateurs lorsqu’ils invoquent Dieu. Le seul dieu d’un tel fléau n’est autre que celui de la suprématie Occidentale. Ceux là sont des sinistres personnages blasphémateurs lorsqu’ils invoquent Dieu, le seul dieu d’un tel fléau n’est autre que celui de la suprématie Occidentale. La misère d’Haïti est sans aucun doute le facteur principal de ce drame, dont le séisme est le coup de grace. Mais cette pauvreté ne doit pas servir d’excuse pour nous défausser de nos responsabilités. Il faut condamner les propos imputant ce désastre à l’incurie présumée des haïtiens eux-mêmes. Si le déclencheur conjoncturel de ce ce drame est un phénomène naturel, sa cause stucturelle en est la folie des maîtres de ce monde. En effet, comme le dit le président, Fidel Castro, de Cuba toute proche : « Les Haïtiens ne sont pas coupables de leur pauvreté actuelle : ils sont les victimes du système imposé au monde. Ils n’ont pas inventé le colonialisme, le capitalisme, l’impérialisme, l’échange inégal, le néolibéralisme, ni les formes d’exploitation et de pillage qui sévissent sur la planète depuis deux cents ans. »

Lorsque le sordide ministre Besson, se croyant charitable, annonce qu’il suspends les expulsions vers Haïti, nous devons lui retorquer avec fermeté que c’est le devoir de toutes les Nations occidentales d’accueillir sur leurs sols les victimes de ce drame. Comme c’est leur devoir également de panser les plaies de ce pays meurtri et de lui rendre son indépendance en lui fournissant tous les moyens matériels nécessaires de son autonomie, et ce quelqu’en soit le coût, ainsi qu’en cessant l’occupation néo-coloniale de ce pays sous couvert d’ONU. Sans quoi, il n’est pas de doute, qu’une fois le bal évènementiel de l’aide international passé, les mêmes causes ayant les mêmes effets, la situation pourrait se répéter au moindre soubresaut de notre planète.

Allah yester w yahfad.

Article publié initialement sur le site des Indigènes de la République le 17 janvier 2010.

  1. En 1825, Boyer obtint la reconnaissance de l’indépendance d’Haïti par la France, mais celle-ci exigea en contrepartie le paiement d’une énorme indemnité aux planteurs dépossédés. Pour payer cette indemnité, Haïti dut emprunter à la France, à un taux usuraire, l’argent nécessaire ; Haïti honora sa dette, mais, pendant un siècle, le remboursement et le service de cette dette allaient peser lourdement sur son économique(…)in « L’histoire d’haiti » []
  2. « Les mécanismes du pillage systématique des ressources africaines tournent à plein régime au mépris du développement économique et démocratique de l’Afrique » in « Les dessous de la présence économique de la France en Afrique » []

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La figure clivée du colonisé entre différence et ressemblance

février 3, 2010 · Posted in Pensées · Comment 

Colonisé sauvage

Colonisé régénéré (mimétisme)

Colonisé civilisé

«Il est en effet évident que le Malgache peut parfaitement supporter de ne pas être un Blanc. Un Malgache est un Malgache; ou plutôt non, un Malgache n’est pas un Malgache : il existe absolument sa « malgacherie ». S’il est Malgache, c’est parce que le Blanc arrive, et si, à un moment donné de son histoire, il a été amené à se poser la question de savoir s’il était un homme ou pas, c’est parce qu’on lui contestait cette réalité d’homme. Autrement dit, je commence à souffrir de ne pas être un Blanc dans la mesure où l’homme blanc m’impose une discrimination, fait de moi un colonisé, m’extorque toute valeur, toute originalité, me dit que je parasite le monde,  qu’il faut que je me mette le plus rapidement possible au pas du monde blanc, « que je suis une bête brute, que mon peuple et moi sommes comme un fumier ambulant hideusement prometteur de canne tendre et de coton soyeux, que je n’ai rien à faire au monde ». Alors j’essaierai tout simplement de me faire blanc, c’est-à-dire j’obligerai le Blanc à reconnaître mon humanité.»

Frantz Fanon, Du prétendu complexe de dépendance du colonisé – Peau Noire, masques blancs, 1952, p. 79

«Le Noir est à la fois le sauvage (le cannibale) et pourtant le plus obéissant et le plus célébré des serviteurs (le porteur de nourriture) ; il est l’incarnation de la sexualité ramante, le primitif, le simple d’esprit et pourtant le menteur  et le manipulateur des forces sociales le plus accompli du monde. À chaque fois, ce qui est dramatisé est une séparation – entre les races, les cultures et les histoires, au sein des histoires -, une séparation entre un avant et un après qui répète obsessivement le moment mythique de la disjonction. [...] Le fantasme colonial [...] propose une téléologie – dans certaines conditions de domination coloniale et de contrôle, l’indigène est progressivement réformable. De l’autre, toutefois, il affiche effectivement la «séparation», il la rend plus visible. C’est la visibilité de cette séparation qui, en déniant au colonisé toute capacité d’autogouvernement, d’indépendance, de modes occidentaux de civilité, donne son autorité à la version et à la mission officielles du pouvoir coloniale.»

Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.

«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. »

Ibid, p. 148

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