Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)

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Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)

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« Et le procès fait à la violence c’est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu’à l’héroïsme.»

Jean Genet, Violence et brutalité, 2 Septembre 1977

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience : « nous, nous qui avons tout, on est pour la paix … » Je sais ce que je dois leur crier, à ceux là : «  les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous !  Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscient que n’en aura jamais le désespéré qui a prit des armes pour essayer de sortir de son désespoir ». »

Abbé Pierre

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Racisme de la beauté et de l’intelligence

Bernard Henri-Lévy : «Quand j'écris, c'est généralement nu»...

L’intellectuel Bourgeois Blanc est Beau et Intelligent. Il l’est tellement qu’il Ecrit Nu. Sa Beauté ainsi se transmet à son écrit. Or un Homme, aussi Beau et Intelligent qu’il soit, transpire des aisselles. Si sa Beauté (avec un grand B comme dans Boursouflure) transpire de sous ses écrits, il en est de même pour la crasse sous les paillettes et le parfum… Laver, parfumer et emballer un crapeau n’en fait pas un prince. Tout comme une grenouille en robe de soirée n’est pas une princesse.

« [Le racisme de l’intelligence] est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné.
Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent justifiés d’exister comme dominants ; qu’ils se sentent d’une essence supérieure. »

(Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Minuit, 1984, p.264)

La figure clivée du colonisé entre différence et ressemblance

Colonisé sauvage

Colonisé régénéré (mimétisme)

Colonisé civilisé

«Il est en effet évident que le Malgache peut parfaitement supporter de ne pas être un Blanc. Un Malgache est un Malgache; ou plutôt non, un Malgache n’est pas un Malgache : il existe absolument sa « malgacherie ». S’il est Malgache, c’est parce que le Blanc arrive, et si, à un moment donné de son histoire, il a été amené à se poser la question de savoir s’il était un homme ou pas, c’est parce qu’on lui contestait cette réalité d’homme. Autrement dit, je commence à souffrir de ne pas être un Blanc dans la mesure où l’homme blanc m’impose une discrimination, fait de moi un colonisé, m’extorque toute valeur, toute originalité, me dit que je parasite le monde,  qu’il faut que je me mette le plus rapidement possible au pas du monde blanc, « que je suis une bête brute, que mon peuple et moi sommes comme un fumier ambulant hideusement prometteur de canne tendre et de coton soyeux, que je n’ai rien à faire au monde ». Alors j’essaierai tout simplement de me faire blanc, c’est-à-dire j’obligerai le Blanc à reconnaître mon humanité.»

Frantz Fanon, Du prétendu complexe de dépendance du colonisé – Peau Noire, masques blancs, 1952, p. 79

«Le Noir est à la fois le sauvage (le cannibale) et pourtant le plus obéissant et le plus célébré des serviteurs (le porteur de nourriture) ; il est l’incarnation de la sexualité ramante, le primitif, le simple d’esprit et pourtant le menteur  et le manipulateur des forces sociales le plus accompli du monde. À chaque fois, ce qui est dramatisé est une séparation – entre les races, les cultures et les histoires, au sein des histoires -, une séparation entre un avant et un après qui répète obsessivement le moment mythique de la disjonction. […] Le fantasme colonial […] propose une téléologie – dans certaines conditions de domination coloniale et de contrôle, l’indigène est progressivement réformable. De l’autre, toutefois, il affiche effectivement la «séparation», il la rend plus visible. C’est la visibilité de cette séparation qui, en déniant au colonisé toute capacité d’autogouvernement, d’indépendance, de modes occidentaux de civilité, donne son autorité à la version et à la mission officielles du pouvoir coloniale.»

Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.

«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. »

Ibid, p. 148