Mes signets du 17/02/2009 au 23/02/2009
Ma selection de liens du 17/02/2009 au 23/02/2009:
- http://www.english.emory.edu/Bahri/Glossary.html – Glossary of Key Terms in the Work of Gayatri Chakravorty Spivak.
Dictionnaire des termes utilisées par la philosophe et penseuse politique indienne Gayatri Spivak, chantre du subalternisme et de l'"essentialisme stratégique temporaire". - Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes" – 9 intellectuels antillais, Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".
- Le complexe du Goy. Ces « amis » français d’Israël qui flirtent avec l’antisémitisme – Le succès, ces dernières années, du thème de « l’antisémitisme arabo-musulman » qui fonctionne chez de nombreux Goys comme une entreprise de déculpabilisation collective, sur le registre : « Nous aimons Israël, les Juifs sont nos amis et les vrais antisémites sont les ‘petits Beurs’ de banlieues qui pour des raisons religieuses s’en prennent aux synagogues ».
- La défaite de la pensée souchienne – Relectures – Forger une légitimité de « la souche », c’est ce qui peut justifier, selon Dionys Mascolo, une véritable « haine de la philosophie ». Créer au contraire un concept qui soit une arme de connaissance et de résistance, c’est ce qu’a réussi à faire Houria Bouteldja, rendant – en un seul mot – sa dignité à la philosophie.
Contagion du virus palestinien
Depuis le début de l’attaque militaire israëlienne dans la bande de Ghaza, la minorité arabe de France est clairement suspecte. C’est sur on attends son coup de poignard dans le dos, ou plutot dans la kippa. C’est bien connu les musulmans euhh les beurs euhh les arabes euhh les palestiniens n’aiment pas les juifs ! Ou l’inverse !
En tout cas le mot d’ordre a été donné par Mme Fadela Amara, ministre de la Ville, « certains » veulent du mal aux juifs… Mais qui sont ces certains ? En tout cas ce qui est certain, c’est que les musulmans de banlieue, (ou plutôt la banlieue des musulmans ?), sont des certains potentiels. Et certainement, que le conflit Israëlo-Palestinien, n’est pas la question de tous les français, mais seulement de certains, ceux qui sont plus Mohamed ou David que Philippe ou Pierre[1]… Certains ressentent de l’émotion, mais Mme Amaraen appelle à la raison : comprenez au cynisme. D’ailleurs c’est bien pour ça que c’est elle qu’on interviewe.
En effet, ça ne mérite pas le déplacement de M. Kouchner, ministre des affaires étrangères, vu que c’est un problème interne… Si si, je vous assure, depuis qu’une entreprise appellée Communautarisme Inc. a importé le conflit Israelo-Palestinien en France, les arabes ont été contaminé par la haine anti juive tandis que les juifs sont pris d’un amour irraisonnée pour Israël. Les arabes sont bien sûr les habitants des quartiers populaires dont Mme Amara est chargée. Et c’est donc à elle que revient cette tâche de décontamination, de nettoyage (au kärcher ?) de ces « certains »…
Mais cette fausse neutralité des médias, de la classe politique, de l’Etat français, est bien vite démentie lorsque l’on ne voit invité à des plateaux télé que rabbins sommés de représenter Israel et islamologues modérément supportant modérément les palestiniens. Lorsque les représentants des partis politiques se taisent sur le sujet, et lorsque Mme Amara invite des associations des quartiers populaires et une association juive pour signer un manifeste en faveur de la paix. On croirait que Gaza est une banlieue française et que Sderot est le centre-ville bourgeois d’à côté qui se plait de l’insécurité permanente de ses bruyants voisins…
Soyons sérieux, le conflit Israëlo-Palestinien mérite une vraie politique, des actes forts en faveur d’une paix juste et durable et du respects des droits humains, et non pas une mascarade visant à déplacer le problème sur une partie de la population française. Rappelons que la France a participé à la création de l’Etat d’Israël, l’équipe en centrale nucléaire qui lui ont servit à s’armer, est partenaire économique privilégié par l’UE, finance par le biais de l’UE des hopitaux et écoles palestiniennes, et donc s’est elle-même exportée dans le conflit et non l’inverse !
Tandis que les représentants de l’O.N.U sont choqués par la situation à Ghaza, en France, on se regarde le nombril et on fait tout pour regarder ce qui se passe. On préfère comme d’habitude monter les uns contre les autres… Et que l’on s’étonne pas si à la prochaine attaque israëlienne, des français juifs et arabes soient victimes d’actes racistes de ces fameux certains. A force de présenter le conflit Israëlo-Palestinien comme une problématique exclusivement entre juifs et arabes, on a finit par en persuader les populations…
Les actes racistes anti-juives contre des synagogues survenu ces dernières semaines doivent être considérés comme un problème raciste et non plus comme une question sociale liée aux quartiers populaires. N’oublions pas que le colonel Dreyfus, français juif, a subi une campagne de diffamation violente se basant sur un fond raciste anti-juif profondément ancré en France, à une époque où ni l’Etat d’Israël, ni l’immigration maghrébine n’existaient.
[1] 2 parmi les plus grands antisémites mondiaux sont des « patriotes » français « de souche » et ont livré à la gestapo, plusieurs milliers de citoyens français de confession juive, tziganes, ou simples dissidents politiques. Il s’agit de M. Pierre Laval et du Maréchal Philippe Pétain !
Pour aller plus loin :
La laicité, autopsie d’un projet inachevé
Bannir le voile, c’est être pour les droits des femmes et la modernité ? Accepter le voile, c’est être pour l’obscurantisme islamiste et contre le droit des femmes ? La pensée dominante a imposé ces seules options. Le voile islamique a défrayé les chroniques de la France ces dernières années. Et la laïcité a été brandie à la rescousse, mais était-ce sa mission ?
Suite à cette actualité, je me suis intéressé à sa genèse et à son actualité d’un point de vue matérialiste : qui a eu intérêt à la faire, à qui a-t-elle profité, et qui s’y est opposé et pourquoi…
Expulser le sacré du discours public
D’où vient l’idée de séparation de l’Eglise et de l’Etat ?
En France au XIXème siècle, l’Eglise Catholique a clairement soutenu le camp réactionnaire, royaliste, conservateur contre les républicains inspirés des idées des Lumières. Sachant que les ruraux était dans leur grande majorité pieux et que la France encore très rurale, il était difficile pour les républicains de mener les réformes qu’ils souhaitaient. En réalité l’Eglise catholique a agit comme si elle était un parti politique tout en étant une religion, elle disposait de bien plus de fidèles que tous les partis politiques réunis. Son emprise très profonde sur la sphère publique commençait à se fissurer dans les grands pôles urbains industrialisés. L’Eglise représentait donc un rival inacceptable pour la République industrielle et urbaine naissante. L’Eglise était opposée au monde ouvrier, porteur de tous les vices dont parmi eux le concubinage et l’égalité des hommes et des femmes devant le labeur. La laïcité est bien le fruit de cette nécessité historique de réduire le rôle politique d’une institution à la fois spirituelle et temporelle.
Mais dans un même temps la laicité est un compromis née d’un paradoxe. Comment, dans une France à très grande majorité croyante, imposer un projet politique rationnel évacuant le sacré ? C’est la laicité qui le permet car sans être l’interdiction de la religion, elle donne la possibilité du sécularisme aux croyants et la raison sans l’accusation d’athéisme.
Entre sphère privée et publique
La religion n’est pas simplement une croyance privée mais une pratique, avec des rites, partagée par la communauté des croyants et se vit en public. D’ailleurs les catholiques en France ne se cachent pas pour pratiquer leur culte. Les églises font même partie du patrimoine national. Les cloches sonnent tous les dimanches. Les processions religieuses connaissent une popularité jamais démentie. Les visites des hommes politiques auprès du Pape sont toujours médiatisé, tout comme ses propos, ses actes et même ses déplacements de par le monde. L’Église Catholique a ses médias : sa radio, ses émissions télé sur une chaîne publique, ainsi que sa presse.
Pourtant on parle de la laïcité comme le fait de confiner à l’espace privé la religion. La laicité ainsi conçue, la religion confinée à l’espace privée, reste projet à réaliser… Mais qui oserait dé-catholiciser la France ?
Un rempart au service de l’« identité nationale »
La laïcité est à présent revue de façon majoritaire comme l’interdiction de pratiquer sa religion ailleurs qu’en privé à l’exception notable des religions faisant partie de l’identité nationale. La nouvelle laïcité est désormais défendue par ses plus anciens détracteurs : les zélotes de l’identité « judéo-chrétienne » de la France. D’ailleurs des propos de Jesus « Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » sont employés pour expliquer que, contrairement à l’Islam, le christianisme contient en son sein la laïcité. Et par un tour de passe-passe, qui aurait fait hurler ses initiateurs, la laïcité devient un concept chrétien.
Il ne serait pas permis d’être musulman en public, mais catholique oui. Et pour cela, on définit les permissions et les autorisations en fonction des besoins des religions. Le vêtement chez la femme devient important (femmes voilées) mais pas chez les femmes organisant le culte (« bonnes » soeures). La barbe devient un signe religieux mais uniquement chez ceux qui ont l’air d’être musulman. Car sous prétexte de laïcité il ne s’agit pour beaucoup que d’un refus de l’alterité, d’une xénophobie tacite. Le racisme étant pénalisé, il ne trouve son expression que dans la nouvelle laïcité et la haine des musulmans sous l’euphémisme de critique de l’Islam.
En France, tout comme le pouvoir tunisien l’affirme dans ses discours contre le voile, il s’agit de lutter contre les « influences étrangères », car au fond tout va bien chez nous, et la menace a été importée d’ailleurs. Le problème de la menace contre la laïcité viendrait donc de la présence des immigrés. Quelle absurdité, sachant que la laïcité, permet justement à ceux qui ne sont pas de la religion « légitime » d’être des citoyens à part entière. Un projet progressiste serait que la laicité ne constitue pas un acquis de l’athée de culture franco-catholique mais une opportunité pour celui et celle qui n’est pas d’une culture française d’inspiration catholique de faire partie de la nation française.
Pour approfondir la discussion
- 1905-2005 : la laïcité à la française en question
- Une révolution conservatrice dans la laïcité : Réflexions sur les soubassements idéologiques de la loi anti-foulard
- Féminisme et laïcité : non aux amalgames: Quelques rappels historiques sur la réalité des relations entre féminisme et laïcité
- De la laïcité égalitaire à la laïcité sécuritaire (première partie) : Le milieu scolaire à l’épreuve du foulard islamique




