Le voile islamique, quelle soumission, quelle émancipation ?

Mode Islamique

La renaissance du voile

Aujourd’hui la majeure partie des femmes voilées en France le font par choix. Une telle affirmation fait sursauter encore plus d’un-e… L’on rétorquera que ces filles subissent la pression familiale, du grand frère d’abord, du quartier et de la réputation sociale, du père souvent, et puis plus rarement on évoquera la mère. De la même façon, j’affirme que les filles qui ne le portent pas subissent la pression de l’école, des médias, de ses copines, de la publicité… D’une part valoriser davantage la pression sociale à la marchandisation du corps de la femme, ou à l’assimiliation à l’ethnie majoritaire française, plutôt que celles des pressions familiales et locales (du quartier) c’est clairement empêcher l’émancipation individuelle ou collective. La pression sociale française au dévoilement est infiniment plus forte que celle au voile. Avez-vous déjà entendu dans la rue des femmes non voilées en France recevoir des injonction à se voiler ? En revanche, vous verrez et entendrez dans les médias, et même dans les lieux publics, les femmes voilées se faire violenter verbalement et physiquement Si l’hypothèse de l’opression familiale et locale se tenait, alors on aurait pu observé depuis bien plus longtemps le port du voile chez les jeunes filles françaises musulmanes. Or c’est un fait social, le voile gagne du terrain alors même que l’immigration baisse… Une conclusion logique serait celui d’un engouement venant d’un mouvement des femmes elles mêmes vers le voile et ce qu’il représente.

Je ne dis pas qu’elles le portent parce qu’elles sont musulmanes, bien que ça sera l’argumentation de grand nombre d’entre elles. De nombreuses musulmanes ne le portent pas ou fait plus rare y sont opposées. De là découlerais l’idée que le voile serait l’apanage d’une fraction radicale. Or c’est un fait une nouvelle fois contredit par la réalité : des femmes travaillant, faisant des études se voilent alors même qu’elles n’accepteraient pas qu’on leur retire leurs droits et qu’on les place à nouveau dans une position de mineure. Ce sont d’ailleurs souvent des femmes célibataires, ou qui sont mariées depuis un grand nombre d’années qui se voilent. Le renouveau du voile n’est pas du à un renouveau du machisme masculin qui d’ailleurs est objectivement en régression chez les arabo-musulmans. Pour décider de le porter, une femme urbaine doit avoir au préalable écarter l’association entre oppression patriarcale et voile.

Il faut donc distinguer le port du voile islamique selon le degré de liberté et d’autonomie de l’individu et de la femme dans les sociétés. Plus les individus sont libres, et moins la famille et la tradition ont un rôle prégnant, plus le voile est portée après un choix personnel.

Ne voir que le voile, c’est ne rien voir…

Le voile islamique est moderne, voire post-moderne, c’est la solution trouvée par les femmes pour à la fois revendiquer leur identité, et non plus la subir comme un amas de préjugés forgés par des sociétés patriarcales, autocratiques et ou racistes, mais également affirmer leur individualité, leur autonomie et ainsi s’affranchir d’une morale commune sensée leur dire quoi et comment penser. Le voile traditionnel porté essentiellement dans les milieux ruraux et parmi les vieilles générations, et donc parmi l’essentiel de la population immigrée maghrébine féminine, est l’une des manières d’acquérir une respectabilité sociale tout en se soumettant à l’autorité patriarcale. Alors que le voile islamique post-moderne lui transperce ces clivages communautaires pour se  placer dans l’universel religieux. J’irais même jusqu’à dire que pour s’émanciper d’une tradition pesante, les femmes peuvent opter pour le voile islamique afin de conserver la même reconnaissance sociale tout en obtenant la même autonomie qu’une femme laïque ou plutôt occidentalisée. Car une femme vivant dans un milieu essentiellement régie par des règles familiales (au sens large) ne pourra choisir de se dévoiler, sans choisir en même temps de perdre une reconnaissance morale nécessaire dans ces communautés ressérées. Le voile islamique post-moderne, permet donc à ces femmes issues la plupart du temps de milieux modestes ou ruraux, en tout cas socialement subalternes, de conserver leurs positions dans leur communauté et leur fidélité à cette communauté, tout en s’émancipant moralement et physiquement du pouvoir oppressif de sa communauté. Le pouvoir oppressif communautaire se perpétue en effet par l’impossibilité pour les femmes de s’extraire du dualisme pure-soumise/impure-occidentalisée. L’alternative laïque ne propose qu’une seule chose pour ces femmes : la sortie de la communauté, l’exil volontaire parmi les siens… Ce n’est que parmi des milieux privilégiés que le pouvoir oppressif renonce au voile comme instrument de domination lui substituant une infinités d’autres vexations. S’extraire de façon matérielle sans trahir sa communauté se réalise donc par un emploi rémunéré, par l’éducation scolaire, mais également de façon psychique par le symbole d’une allégeance à une autorité supérieure sous-entendue supérieure à celle de l’autorité coutumière. Celle que même l’autorité patriarcale craint, l’autorité universelle, l’autorité divine. En réalité certaines femmes ne le font que dans ce dessein : celui d’échapper à une tyrannie patriarcale en renversant l’accusation d’impudeur. Je suis une femme voilée, donc pudique, mon voile est le hijab et non pas le voile coutumier, mon seul maitre c’est Dieu, votre autorité hommes n’est que le fruit de cette autorité Divine et ne s’exerce que dans les contours de sa Loi.

Bien sûr ce n’est pas pour devenir des êtres libres qu’elles se voilent mais pour adhérer à un universalisme, certes religieux. Mais celà vaut mieux éthiquement qu’une autre adhésion aveugle à un modèle fondée sur la génuflexion et la soumission à des chefs et des totems qui sont là que pour légitimer le pouvoir de leurs possesseur. Car c’est le point commun de la France Républicaine laïque, de la Turquie nationaliste laïque et de la Tunisie patriarcale arabe. Des idées pures au service de réalisations dans tous ces pays qui ne réalisent ni leurs promesses en terme d’égalité hommes femmes, ni ceux d’égalité de tous les citoyens quelque soit leur religion et leur statut social de naissance. Sous couvert de maintenir une dynamique moderniste et rationaliste visant le progrès et l’émancipation des hommes et des femmes, ces sociétés emploient ces idéologies pour légitimer leur refus de se réformer vers plus d’autonomie pour leurs citoyens. Se vouloir moderne et progressiste ne suffit pas pour l’être. Lorsque ce sont exactement les mêmes personnes, les mêmes institutions, et les mêmes groupes sociaux qui tiennent ce même discours soit-disant moderne et progressiste pendant une cinquantaine d’année, on peut être sur d’une chose, c’est qu’il est tout sauf progressiste. Si au départ ce discours a permis de réaliser des changements, il est devenu un outil de légitimation d’une élite au pouvoir une fois accomplie sa grand œuvre d’entrée dans le grand ère de la société de consommation. Société qui nécessitait la rationalisation de l’éducation et l’intégration économique et sociale des femmes, accompagnée d’une marche forcée vers un progrès technologique orienté pour la continuation de la domination.

Pour conclure, est-ce vraiment les femmes que l’on libère avec une loi contre le voile ? Ou est-ce plutôt la libération d’un marché de plusieurs millions de version Jalouse-Glamour-Elle-Cosmopolitan de la femme ménagère de moins de 50 ans ?

Ressources pour aller plus loin :

Contagion du virus palestinien

Depuis le début de l’attaque militaire israëlienne dans la bande de Ghaza, la minorité arabe de France est clairement suspecte. C’est sur on attends son coup de poignard dans le dos, ou plutot dans la kippa. C’est bien connu les musulmans euhh les beurs euhh les arabes euhh les palestiniens n’aiment pas les juifs ! Ou l’inverse !

En tout cas le mot d’ordre a été donné par Mme Fadela Amara, ministre de la Ville, « certains » veulent du mal aux juifs… Mais qui sont ces certains ? En tout cas ce qui est certain, c’est que les musulmans de banlieue, (ou plutôt la banlieue des musulmans ?), sont des certains potentiels. Et certainement, que le conflit Israëlo-Palestinien, n’est pas la question de tous les français, mais seulement de certains, ceux qui sont plus Mohamed ou David que Philippe ou Pierre[1]… Certains ressentent de l’émotion, mais Mme Amaraen appelle à la raison : comprenez au cynisme. D’ailleurs c’est bien pour ça que c’est elle qu’on interviewe.

En effet, ça ne mérite pas le déplacement de M. Kouchner, ministre des affaires étrangères, vu que c’est un problème interne… Si si, je vous assure, depuis qu’une entreprise appellée Communautarisme Inc. a importé le conflit Israelo-Palestinien en France, les arabes ont été contaminé par la haine anti juive tandis que les juifs sont pris d’un amour irraisonnée pour Israël. Les arabes sont bien sûr les habitants des quartiers populaires dont Mme Amara est chargée. Et c’est donc à elle que revient cette tâche de décontamination, de nettoyage (au kärcher ?) de ces « certains »…

Mais cette fausse neutralité des médias, de la classe politique, de l’Etat français, est bien vite démentie lorsque l’on ne voit invité à des plateaux télé que rabbins sommés de représenter Israel et islamologues modérément supportant modérément les palestiniens. Lorsque les représentants des partis politiques se taisent sur le sujet, et lorsque Mme Amara invite des associations des quartiers populaires et une association juive pour signer un manifeste en faveur de la paix. On croirait que Gaza est une banlieue française et que Sderot est le centre-ville bourgeois d’à côté qui se plait de l’insécurité permanente de ses bruyants voisins…

Soyons sérieux, le conflit Israëlo-Palestinien mérite une vraie politique, des actes forts en faveur d’une paix juste et durable et du respects des droits humains, et non pas une mascarade visant à déplacer le problème sur une partie de la population française. Rappelons que la France a participé à la création de l’Etat d’Israël, l’équipe en centrale nucléaire qui lui ont servit à s’armer, est partenaire économique privilégié par l’UE, finance par le biais de l’UE des hopitaux et écoles palestiniennes, et donc s’est elle-même exportée dans le conflit et non l’inverse !

Tandis que les représentants de l’O.N.U sont choqués par la situation à Ghaza, en France, on se regarde le nombril et on fait tout pour regarder ce qui se passe. On préfère comme d’habitude monter les uns contre les autres… Et que l’on s’étonne pas si à la prochaine attaque israëlienne, des français juifs et arabes soient victimes d’actes racistes de ces fameux certains. A force de présenter le conflit Israëlo-Palestinien comme une problématique exclusivement entre juifs et arabes, on a finit par en persuader les populations…

Les actes racistes anti-juives contre des synagogues survenu ces dernières semaines doivent être considérés comme un problème raciste et non plus comme une question sociale liée aux quartiers populaires. N’oublions pas que le colonel Dreyfus, français juif, a subi une campagne de diffamation violente se basant sur un fond raciste anti-juif profondément ancré en France, à une époque où ni l’Etat d’Israël, ni l’immigration maghrébine n’existaient.

[1] 2 parmi les plus grands antisémites mondiaux sont des « patriotes » français « de souche » et ont livré à la gestapo, plusieurs milliers de citoyens français de confession juive, tziganes, ou simples dissidents politiques. Il s’agit de M. Pierre Laval et du Maréchal Philippe Pétain !

Pour aller plus loin :

Turquie et Tunisie : modernisme laïc contre islamisme obscurantiste ?

Voile traditionnelle tunisien (Sefsari)

Voile traditionnel tunisien (Sefsari)

Les femmes voilées en France reçoivent souvent la remarque que dans leur pays d’origine elles n’auraient pas eu le choix, elle n’auraient pas pu le porter et c’est tant mieux. Ou alors qu’une femme voilée n’aurait jamais pu accéder aux études du fait de son statut d’inférieure. On établit ainsi une échelle de valeurs entre pays musulmans laïques et donc modernes, et pays musulmans islamiques et donc obscurantistes… Mais pourquoi donc en Turquie et en Tunisie le concept de laïcité a-t-il été développé ? Je peux vous proposer quelques pistes.

En Turquie, parce que le pouvoir politique Ottoman se fondait sur la légitimité et l’institution religieuse pour gouverner aussi bien localement que l’ensemble de son Empire. Or le régime Ottoman était le principal obstacle au développement de la Turquie, ses provinces impériales ne lui apportant pas grand chose vu que de toute façon l’Empire était incapable de les défendre ou d’y imposer son autorité. Le pouvoir Ottoman avait même en son temps interdit l’imprimerie y voyant une menace à son autorité fondée sur son monopole de l’inteprétation coranique.

En Tunisie, il n’y a pas eu vraiment de laïcité, mais plutôt une instrumentalisation de la religion à des fins nationalistes et progressistes. Ces pays ont en commun qu’une institution religieuse contrôlait en grande partie la sphère publique notamment politique et culturelle.

En Tunisie le voile en soi n’est pas interdit mais les variantes importées du Machreq (l’Orient Arabe), grâce aux émissions religieuses sur les chaînes satellitaires, le sont. Et les autorités tunisiennes emploient souvent les moyens forts pour exécuter les ordres. Cependant, si on voyage en Tunisie ou si l’on y habite on constatera souvent des femmes vêtues d’un voile de la tête au pied même à l’Université, ne gardant comme découvert que le visage et encore… Le pouvoir tunisien explique que ce voile est contraire à l’authenticité et l’identité nationale tunisienne. Il ne serait donc pas opposé en pratique à la réapparition des voiles traditionnels. Pourtant ce sont les voiles traditionels, qui symbolisaient le statut de mineure de la femme et la plaçait sous la tutelle masculine.

Essaysons à présent d’élargir notre vision et de nous poser la question de l’origine du concept même de laïcité au Maghreb.

Durant la colonisation, en particulier en Algérie, la laïcité a été employée également dans le but de séculariser la société et permettre un développement intellectuel et culturel à la fois favorable aux intérêts coloniaux mais également dans le sens d’un réel développement économique et social. Le sens également de cette laïcité était impérialiste puisqu’il permettait de diviser les luttes nationalistes en séparant les progressistes des traditionnalistes d’alors.

Il y a le cas particulier et intéressant à noter des Kabyles, que le gouvernement colonial a tenté de séparer du reste de la population qualifiée d’Arabe. Un double effort de renforcement de l’identité ethnique d’une part, d’évangélisation chrétienne et de formation aux idées républicaines de l’autre fut entrepris. Ce fut en partie un succès. L’adhésion à l’idée laïque s’accompagna souvent de la perception que laïcité, modernité et Occident vont de pair. Perception qui s’appuie sur une dévalorisation de l’identité arabo-islamique à laquelle se substitue une identité Kabyle prétendument progressive et réprimée par l’oppression Arabe pré-coloniale permettant d’expliquer le « retard » pris par le Maghreb.

L’arabe étant la langue du Coran, une dé-arabisation, nommée pour plus de commodité laïcité, était censée porter en elle-même les germes d’un progressisme républicain émancipateur. Cette volonté de dé-islamiser, de dé-arabiser, vient du fait que la résistance majeure identifiée depuis toujours par les colonsisateurs était l’Islam. Et les arabes restent indissolublement dans la pensée dominante, jusqu’à nos jours, liés à l’Islam. Tant et si bien que nombre d’arabophones non-musulmans, vivant dans l’aire géographique arabo-musulmane, rechignent à se qualifier d’arabes. En réalité, la laïcité a servit comme prétexte à une occidentalisation censée permettre l’adhésion des indigènes au projet civilisateur de l’Empire. D’ailleurs les indigènes d’Algérie n’étaient pas nommés algériens mais musulmans, c’est dire à quel point religion et statut social étaient fortement liés. A tel point que les juifs du Maghreb se sont vu proposer durant la colonisation les mêmes droits que les colons, et à l’indépendance la nationalité française leur fut accorder.

Si le sujet vous intéresse :

Mes signets du 03/06/2008

Mes signets du jour :

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Islam, Nation et Individualisme

Les changements historiques irrémédiables en Tunisie

Le voile bourgeonne en Tunisie comme les mini-juppes en France au printemps… Non pas que les mini-juppes ne bourgeonnent pas à Tunis… Mais le voile islamique gagne du terrain. Et lorsque l’on dit voile, on oublie tout ce que ça entraine. Evitement de tout individu de sexe masculin, habits ayant pour but de cacher le maximum des formes féminines et pression implicite sur les non-voilées. (Je ne rentre pas dans le cas du voile intégré comme accessoire de mode). Car en Tunisie, il y a un concept avec lequel on ne transige pas : on est tous musulman. Mais le mur se fissure…

De nombreuses personnes osent aujourd’hui revendiquer la laicité pour la Tunisie. Un acte politique. La politique c’est pourtant tabou. Soyons honnête, parmi ces laïques un grand nombre de déistes, athés, agnostiques ou en tout cas non-musulman. Bien sûr, parmi eux un grand nombre de musulmans également, mais surtout de ceux qui se disent non-pratiquant. Pourtant ils ne semblent pas avoir peur. S’ils étaient sages ils devraient pourtant vu le contexte de soit-disant réislamisation et l’intransigeance du pouvoir.

Ne peut-on pas être musulman et revendiquer la laïcité ? Peut-être bien que c’est compatible, mais quel intérêt de revendiquer une telle chose dans un pays ou les mosquées cadrillent le territoire de la République de façon plus fine que les écoles, où l’Islam est enseigné en maternelle, et où on emploie quotidiennement des formules islamiques. Bien sûr, beaucoup les emploient dans un contexte laïque. Mais quand l’on vous corrige quand vous avez dit beslema ou 3aslema au lieu de salam alikoum, là vous pouvez être sur qu’implicitement être un arabe implique être musulman.

La communauté des musulmans, oumma, n’a pas cessé d’exister. On s’appelle frères entre hommes et soeurs entre femmes, vendredi on ne vends ni ne bois d’alcool. La nouvelle radio à vocation religieuse, Zitouna, fait un tabac chez les taxis. On évite de blasphémer… La patrie, ça vient après. Les taxis c’est la tunisie populaire. Le taxi il s’en tappe, il met Zitouna, et il t’emmerde. Le taxi exige de toi que tu lui dises « salam alikoum » comme un musulman. Il en a rien à cirer que 3aslema soit la tradition tunisienne, salam alikoum c’est pur, donc mieux.

L’Etat a beau être nationaliste et tenter d’insuffler l’amour de la patrie par tous les pors de la peau du citoyen, rien à faire, l’oumma reste la référence populaire. On se dit bien plus volontiers tunisien arabe non-musulman dans les beaux quartiers que dans un quartier populaire.

Le prophète des musulmans Mohammed, a été le premier à introduire l’individualisme instutionnalisé chez les Arabes en brisant le tribalisme polythéiste. Aujourd’hui celles qui portent le voile répètent son exemple. D’autant qu’elles ne sont pas des femmes soumises : elles font des études, travaillent, et ne se taisent pas devant un homme. Elles s’opposent à la doctrine officielle et rien ne leur résiste. D’ailleurs comment voulez-vous que les gens montrent leur individualité sinon ?

La consommation de masse, la mode, et la religion sont les trois choses qu’une tunisienne apprends dès toute petite. La société la veut bonne épouse. Elle se veut heureuse, elle veut voir ses désirs comblées. Les traditions tunisiennes c’est de la nostalgie comme ils disent, c’est bon mais archaïque. Et lorsque la frustration apparaît, ou simplement que la consommation de masse ne suffit pas, la tradition étant discréditée, et la politique inaccessible, il ne reste plus la religion. Débattre, discuter, remettre en question l’ordre établi est facile avec la religion. Qui t’empêchera d’être musulman comme tu le souhaites ? D’ailleurs les français musulmans ne se trompent pas de combat lorsqu’ils disent (hypocritement et lachement) que la Tunisie empêche la liberté de culte. C’est une valeur étrangère à la Tunisie, au monde Arabe. Classiquement tout le monde doit adopter la religion de son clan, sa tribu, sa Nation. Quelle idée choquante de choisir et pratiquer la religion de son choix de la façon que l’on veut ?! On ne nait plus musulman, on le devient. Quelle forme absolue d’individualisme ! La politique, plus subversive encore, n’a pas de légitimité traditionnelle, et peut donc encore être proscrite.

Cependant depuis que l’individualisme a gagné la religion, tout change. Les laïques, alliance de ceux qui ne veulent pas attendre le paradis pour vivre comme ils l’entendent, ont entrepris également leur oeuvre d’émancipation collective. Bourguiba est mort, Ben Ali a construit la mosquée Abidine et autorisée la radio Zitouna, alors les citoyens sont libres aujourd’hui quand ils choisissent la laïcité. Ils ne le font pas parce que c’est dans l’air du temps, mais par initiative individuelle. Et de cette initiative, auparavant naissait simplement l’acte individuel, isolé du groupe. Aujourd’hui les laïques n’ont pas peur de s’unir pour afficher leur existence et la défendre.

Les structures classiques arabes se fissurent, le clan, la tribu… Et même le Parti ! Aujourd’hui triomphent des conceptions de l’individu libérées de l’ancien mythe de l’unité collective. La classe moyenne a une maison, une voiture, la parabole, la télé, le téléphone portable et mange à sa faim. Elle peut même se payer des loisirs, des voyages. Et ce n’est pas une religion qui y changera quelque chose quoiqu’en pensent les khouenjiya. Peut-être que l’alcool passera dans le marché noir, qu’en publique la norme islamique s’affirmera comme la loi. Mais ça ne changera en rien les mentalités, et les désirs de consommation, de sexy, et de réussite, de tous les tunisiens. Aujourd’hui d’anciennes femmes émancipées du temps de la décolonisation se convertisse en masse à un Islam bourgeois des salons. Demain qui sait ce que les enfants des bigots, constatant la complète schizophrénie de leur parents, inventeront ?

Il n’y a qu’un mouvement qui soit obsolète. Celui qui veut réprimer cette formidable poussée de liberté, de volonté de s’affirmer comme individu, de création de communautés de semblables hors des liens traditionnels arabes. Celui qui veut imposée sa vision de l’Islam par décret, qu’elle soit modérée ou ancestrale. Celui où la politique est le monopole des sages chefs et de leurs savants conseillers. Cette époque historique agonise. L’ironie c’est que plus leur politique réussit dans ses objectifs d’allier valeurs ancestrales et modernité, plus la société évolue dans le sens où leur disparition apparaît comme ineluctable.

Le problème pour moi, c’est que je fais partie de ces obsolètes. Je suis certes parmi les obsolètes dissidents. Il n’en reste pas moins qu’en Tunisie et en France, je suis une curiosité historique. Se rendront-ils compte de celà et décreteront-ils que je suis une impossibilité puis m’anihilerons ? Peu importe, c’est un danger que je veux courir car je suis du coté de la transformation sociale et du progrès, et je vous invite à me rejoindre.

Khamsoun, Corps Otages, mais spectateurs libérés

Khamsoun
Hier, vendredi 18 janvier, je suis allé voir Khamsoun, Corps Otages en français, une pièce de théâtre tunisienne, décrivant l’histoire d’une jeune fille « marxiya bel oura9 » (marxiste authentique) élevée dans un milieu communiste et libéral, et qui va plonger dans l’islamisme, trempant dans une affaire de terrorisme islamiste. Ca m’a couté 7DT (soit environ 4.5€), et la salle était bien achalandée bien que la pièce ait déjà quelques années d’existence. Le public était chaud bouillant, à la tunisienne, applaudissant tous les bons mots.

Je vais commencer par l’essentiel : allez absolument la voir. Allez la voir si vous êtes tunisien, d’origine tunisienne, arabe, ou si vous vous intéressez à la Tunisie ou au monde Arabe. Allez si, si vous aimez la politique, la question de la laïcité. Allez la voir si vous aimez le théâtre. Allez y si vous avez une semaine en Mars. La pièce sera jouée le 18 et 19 mars 2008 au Théâtre de l’Agora d’Evry dans le cadre du festival des scènes du monde Vagamondes qui cette année sera focalisée sur la Tunisie. La pièce est en arabe, la plupart du temps dialecte tunisien, et surtitrée en français sur l’écran.

Amel lit le CoranOum Amel et son mari en compoteAmel d’extrémiste devient soufi

Pour les français (y compris même les français descendants immigrés tunisiens), tout ça peut ne pas être très clair, je vais donc un peu vous expliquer. En Tunisie, historiquement après l’indépendance les milieux libéraux (au niveau des moeurs), démocrates, sont des gens baignant dans un milieu de gauche radicale. Pendant toute l’ère Bourguiba, ce sont eux qui ont représenté la menace principale pour le régime. Syndicaliste, journalistes, avocats, professeurs, bref toute une élite intellectuelle adhérait en grande partie au marxisme. En Tunisie, l’idéologie, la religion, les pratiques culturelles, les moeurs, sont intimement liés. Et ce n’est pas un mal.

Revenons à l’histoire. Cette jeune fille pars en France pour fuir la Tunisie, et se convertit alors à l’Islam, puis à l’Islamisme. Elle revient en Tunisie, et voilà que débute l’histoire. Elle se lie d’amitié avec une femme qui finira par se faire exploser. Durant la pièce on entends par exemple, dans des discours typiques entre des policiers et les « coupables », des réalités tunisiennes, arabes, et islamiques qu’il fait bon d’entendre. L’Islam n’est pas un, il y a des dizaines, des centaines, des milliers d’interprétations. Les femmes qui choisissent le voile islamique le font à présent en grande partie librement, pour s’émanciper. Elles ne sont pas pour autant traditionnalistes bien au contraire, elle se rebelle contre l’autorité, représenté par le père, la société Arabe et l’Etat. Le médias tunisiens, sont raillés à juste titre pour leur vide informationnel sidéral lorsque justement on a besoin d’eux. La torture y est décortiquée jusqu’à sa formidable banalité.

C’est également une pièce remarquablement bien jouée, dont la mise en scène est prenante, physiquement. Dans plusieurs scènes, la prière est métamorphosée en rite d’art martial. C’est une armée de danseurs spirituels qui joue une chorégraphie. Le doigt pointé vers le ciel, semblant accuser Dieu plus que les hommes, sacrilège, ces islamistes sont terriblement matérialistes. Les islamistes ne sont pas diabolisés, ils sont réduit à leur réalité humaine la plus simple. En fait c’est toute la Tunisie qui est montrée sous le visage de ces personnages si criants de réalisme. La mère d’Amel, l’héroïne, pourrait être la mienne, le père, un oncle, l’avocate engagée mais réaliste, moi même. Le tortionnaire devient un personnage fantastique, tellement empreint d’humanité. Et le père, qui ne prononce pas un mot durant toute la pièce, est tellement présent…

Au festival Vagamondes, vous pourrrez voir aussi des artistes tunisiens contemporains soit mondialement connu comme le jazzmen, joueur de oud (luth tunisien), le comédien tunisien célèbre Radhouane El Meddeb, les danseurs contemporains (hip hop, danse moderne), Anouar Brahim, ainsi que les frères Amine et Hamza.

Premières impressions en vrac en Tunisie…

Aéroport de Roissy Charles de Gaulle. Un terminal destiné aux charters, aux destinations pas cher. A ceux qui voyagent souvent dans l’année ou ceux qui font un voyage occasionnel mais qui n’ont pas une fortune à dépenser. En gros les pays du Sud. Et aussi des irlandais pour le coup.

Je repère facilement les tunisiens ou ceux en partance pour la Tunisie. Ils n’ont pas l’air stressé. Ils prenent leur temps mais sont à l’aguet. Alors que le vol n’a même pas été affiché, il a suffit d’une annonce pour qu’il soit tous sur le coup. Et moi il m’a suffit d’un coup de fil pour me faire doubler dans la file. Un avant gout de la Tunisie.

Pour le moment je n’ai pas vu grand chose. Je suis rentré chez la famille. Chez ma tante maternelle. Mon cousin Skander m’a attendu à l’aéroport. C’est quand même mieux que de prendre le RER ou un taxi 🙂

C’est quoi cette manie qu’ont les tunisiens de se dévaloriser par rapport à la France ? Tel est parti en France faire ses études. Tel compte y aller. Tel calque ses habitudes de consommation sur ceux de la France, matte les émissions française et s’imagine que les chanteuses stars de la chanson française s’appelle Jennyfer, Nolwenn et Amel Bent.

Le foot est devenu encore plus présent aujourd’hui qu’hier et c’est peu de le dire. Le foot est l’espace de discussion libre et démocratique. Tout le monde peut parler de foot, soutenir l’équipe de son choix, la voire gagner ou perdre, huer les dirigeants d’un club, ses entraîneurs, et même sa propre équipe. En France quand quelqu’un hue l’équipe française on remet en cause sa francité. Ici le patriotisme n’est pas une valeur à la mode. Et tant mieux.

Quand je suis venu ici je me suis dit il faut que je vive tunisien. Exit donc les habitudes françaises. Mais quand j’ai commencé à appliquer ça pour les goûts en terme de bouffe j’ai remarqué mon erreur. Quand est-ce qu’un produit ou une façon d’être est française ? Je ne veux pas faire l’erreur des imbéciles pensant que tout ce qui est moderne n’est pas tunisien. Penser que la modernité c’est français, c’est le summum du culturalisme, et oserais-je, du racisme. Je ferais donc comme les autres, en préférant le produit plus tunisien quand j’aurais le choix, mais pas systématiquement. Par exemple j’ai vu un pot de Danette, la crème, un produit typiquement français, au goût d’Assida Sgougou, un dessert typiquement tunisien. Au final ça donne un produit totalement tunisien selon moi !

Ici coté politique, on prépare les présidentielles de 2009 et les municipales de 2008. Bien entendu le président sera reconduit dans ses fonctions. Ce qui sera intéressant ça sera la campagne. Un test de popularité en quelque sorte. Pour les municipales ça parle de démocratie locale. Utiliser la ville comme cellule de base de la démocratie. Ca me semble évident. Maintenant, entre les discours et la réalité, il faut savoir faire la part des choses. C’est ça aussi le monde arabe et plus particulièrement la Tunisie. Philosopher veut d’ailleurs dire en tunisien être verbeux pour noyer le poisson. En regardant le film Halfaouine, j’ai vu les grandes différences entre hier et aujourd’hui mais aussi la continuité ainsi que l’exception tunisoise. Le quartier de La Goulette est nettement moins pittoresque et ressemble davantage à la Goutte d’Or à Paris… Un quartier pittoresque certes, mais historiquement mal famé .

J’ai aussi vu un bout de misère, avec une dame d’age mure, qui demandait l’aumone, et aussi du pain. Elle le revends à ce qu’il paraît pour nourrir son enfant handicapé. Elle était habillé de vêtements d’été. Ici il fait assez froid, aux environs de 10° et les gens n’ont pas tous le chauffage central loin de là. Il fait donc un peu humide dans les maisons et on reste habillé à la maison. D’ailleurs je m’habille encore davantage dans mon appart loué à Sidi Bou Said que lorsque je sors.

La France parait bien loin. Elle renvoie une image d’elle-même épurée, très inspirée de l’image qu’elle voulait donner pendant l’époque coloniale, et aussi celle des médias. C’est dommage parce que sa principale richesse justement c’est de ne pas être un pays homogène culturellement. Ici en Tunisie, un pays de 10 millions d’habitants, il y a des rivalités entre habitants de régions différentes voire de wilaya (départements) différents. Et socialement aussi, les différentes classes sociales se cotoient voire se mélangent à diverses endroits.

Rien à voir là avec la France, où la ligne de démarcation sociale est un mur infranchissable, et ou la ligne de demarcation ethnique me semblait plus que problématique. Ici que des arabes, je ne suis moins une originalité qu’en France, alors même que je n’ai quasiment vécu qu’en France. Je suis ici le « de France », on va s’imaginer que je suis riche et bizarrement que je suis une caillera. Ici, on n’aime pas trop les parvenus. Ceux qui sont riches sans avoir la culture. Alors même qu’avoir une voiture constitue une nécessité pour tout jeune homme voulant être un bon parti, et vivre l’amour tout simplement. Ici la France c’est de plus en plus le pays de l’argent, la démystification est en bonne marche. Je pense que d’ici quelques années, seuls les vieux auront gardé en eux l’image d’une France entourée d’un aura civilisationnel.

Législatives 2007 et les candidats de la «diversité»

Le second tour des législatives 2007 vient de se terminer, et c’est une grande victoire de l’UMP. Mais au final, si on regarde les résultats de près, pas tant que ça ! C’est certes une défaite pour le PS, mais il améliore son score par rapport à 2002. Et encore plus étonnant, le PCF conserverait 18 députés. C’est une surprise sachant le score qu’il a fait aux présidentielles et sachant qu’il n’est plus allié au PS.

Mais est-ce réellement une surprise ? Dans les endroits (circonscriptions) où Ségolène Royal a obtenue de très bon scores, la gauche a ensuite obtenu de très bon scores également aux législatives. Ça a profité pas seulement au PS, parce que Ségolène s’est présentée comme une candidate libre de son parti, comme la candidate de la gauche.

Pourtant au PS, nombreux sont ceux qui voulaient «la réforme», sous entendu la réforme social-libérale ou social-démocrate comme il l’appelle. Pourtant, Fabius qui représente la gauche du PS aux yeux du grand publique a été réelu avec 67.5% des voix. Les communistes auront 18 sièges. La gauche de transformation sociale l’a donc emporté par rapport à la gauche capitaliste, la gauche du fatalisme.

Mais pire encore, c’est les soit-disant représentant de la diversité de l’UMP que sont Rama Yade et Rachida Dati, ne sont que les faire valoir d’une politique discriminatoire au sein même de la droite. L’UMP a présenté 3/4 de candidats hommes, et seulement 1/4 de femmes qui ne peuvent espérer être élu pour la plupart. Les candidats issus des minorités visibles ne sont qu’une dizaine à l’UMP, et un seul est présent au second tour. Alors que les Verts et le PCF ont présenté une cinquantaine de candidats issus de ces soit-disant minorités. De plus, 87% des candidats UMP se représentent. Alors j’aimerais bien qu’on m’explique où se trouve la rupture. Et vous saviez que plus 90% des députés sont des cadres, chefs d’entreprises et professions intermédiaires ? Les ouvriers et employés réunis, alors qu’ils sont la grande majorité de la population, ne représentaient que 5.9% des députés, et la plupart bien sûr à gauche.

Je parle de soit-disant minorités parce qu’au fond on est tous la minorité d’un autre groupe. Et dire qu’il y a une minorité c’est dire qu’il y a une majorité. Une minorité de français issus de l’immigration, ça voudrait dire une majorité de français de souche depuis 10 générations. Or ce n’est pas le cas… En fait lorsqu’on parle d’immigration, on veut parler des noirs et des arabes. Ce sont eux qui gènent. L’immigration des retraités anglais important leur mode de vie ne gène «personne» soit disant. L’immigration intraeuropéenne est même un bien puisque permettant l’intégration européenne, soit disant. Alors que les immigrés qui travaillent et paient des impôts, placent leurs enfants dans les écoles républicaines, seraient une charge pour la France ? Bien au contraire, ils rapportent socialement en travaillant, économique par le travail et l’impôt, culturellement, mais également par leurs enfants qu’ils confient à la République. Ces enfants sont une richesse à développer, et non pas à repousser !

Sources:

Je me lance en politique

La défaite de la gauche hier, m’a décidé à me lancer en politique. Ou plutôt elle a a accéléré ma décision. En effet jusque là, j’attendais ma naturalisation. Elle ne risque de pas venir de si tôt. (J’ai fais ma demande il y a près de 2 ans et demi). Je veux apporter ma pierre à l’édifice, compter pour que ça change. Mes opinions politiques sont fondées depuis maintenant longtemps. Je me rappelle qu’en 1995, je scandais déjà « Balladur, Ordure! ». J’avais suivis les élections de 1995 et vu la victoire de Chirac et de son « mangez des pommes ». Depuis lors la passion de la politique ne m’a plus quitté. Ma mère est de gauche, mon père je dirais gaulliste. Le fait de ne pas avoir la nationalité française m’a encore davantage incité à m’y intéresser.

Je savais que le consensus est qu’un étranger n’avait pas le droit de m’exprimer sur la politique de son pays. Et je voyais déjà là une injustice. Et puis, autour de moi, je voyais la détresse sociale. Moi-même je l’ai vécu. Ma famille est passé de périodes de prosperité jusqu’au début des années 90 à la crise.
Tout ce passif m’a conduit à connaître les idées et la logique qui les portaient: les idéologies. J’ai toujours été un fervent républicain. Je me rappelle toujours avoir adhéré à l’idéal démocratique, à Liberté Égalité Fraternité, aux droits de l’Homme et du citoyen. Pour moi c’est ça la France, bien avant d’être une nation, c’est une République. Devant toutes les inégalitées, les injustices, j’étais farouchement pour la justice et le progrès. Ne pas penser qu’à sa pomme est également central à mon éducation, d’où l’idée de l’intérêt commun primant sur l’intérêt de groupes particuliers.
Au fur et à mesure que je grandissais je me suis rendu compte que ce point de vue avait un nom: la gauche.

Je me suis alors intéressé à la politique en Tunisie, compris le nationalisme arabe de gauche de Bourguiba tout en rejettant sa composante clanique et autoritaire. En France, l’autoritarisme et la recherche de l’intérêts de minorités privilégiés a pour moi un nom: la droite.
Jusqu’à mon adolescence, la politique chez moi était utopique, idéalisée. A l’adolescence je voulais le progrès, le changement j’étais réformiste. Mais les grands héros à mes yeux étaient encore ceux de la Révolution française, de la Commune de Paris et de la Résistance. J’ai vaguement papillonné autour des mouvements anarchistes et communistes. Mais comme on m’avait expliqué que le communisme était disqualifié et que l’anarchisme est plus un romantisme, je me suis intéressé à la social-démocratie et à DSK. Mais au fur et à mesure des mes idées et de mes rencontres, j’ai réalisé qu’il existe un énorme fossé entre la France qui ignore son peuple, et ce dernier. Celle qui voient dans le pauvre un assisté, un d’origine étrangère, une racaille en puissance. J’ai découvert des gens de droite. J’ai réalisé l’étendue de la richesse et de la pauvreté dans notre pays. Et en même temps je me suis intéressé aux fondements théoriques du socialisme, du communisme et de la social-démocratie.
Nous pouvons et nous avons le devoir de faire en sorte que chacun vive dignement. Les théories libérales ont montré leurs limites et ne sont pas nécessairement meilleures pour l’économie. La pensée: « la droite c’est bon pour l’économie, la gauche pour le social » m’est totalement étrangère. Je n’ai jamais vu la gauche comme un mouvement de romantiques pour la charité. C’est un projet pour une meilleure société, plus efficace et plus juste. Alors cette conclusion a, à mes yeux, totalement disqualifié la social-démocratie.
Si j’avais suivit mon éducation et mon milieu social j’aurais été écolo, ou au PS. Mais je connais les idées derrières les sigles. Je suis pour le progrès économique. Par conséquent ma famille c’est le socialisme démocratique.
Comme je sais que mon point de vue aujourd’hui est minoritaire et dévalorisé, je ne vise pas le pouvoir, je vise à influer sur ceux qui l’auront. Je veux convaincre les gens que l’espoir est possible, que la politique peut changer leurs vies. Que la justice et la démocratie sont bénéfiques pour tous.
De toute façon, je suis fils d’immigrés et suis vu comme tel. Même si mes parents ont eu tous deux une éducation dans le supérieur, même s’ils n’ont jamais été ouvriers, je suis vu comme appartenant à ce monde. Quant bien même je m’enrichirais, je réussirais, je deviendrais un bourgeois bien établi, cette vision persistera. Bien loin de la rejetter, je l’épouse totalement !

La lutte c’est classe…
contre classe.