Mes signets du 02/03/2009 au 03/03/2009

Ma selection de liens du 02/03/2009 au 03/03/2009:

  • Fragments mécréants IV : Hantologies de l’Etre juif – « Hantologies de l’Etre juif » constitue le quatrième chapitre de l’ouvrage de Daniel Bensaïd, Fragments mécréants. Mythes identitaires et république imaginaire.
  • Dénoncer l’instrumentalisation et la confessionnalisation de la question palestinienne par les pouvoirs publics – Le Collectif Resistance Palestine tient à dénoncer publiquement l’instrumentalisation et la confessionnalisation de la question palestinienne par les pouvoirs publics, les représentants des cultes et certaines organisations ou personnalités en mal de reconnaissance.
  • La gauche et l’appui à la résistance palestinienne – [Alternatives International] – Le fait même que des slogans sont criés en arabe suffit parfois à irriter la gauche. Ainsi le comité organisateur de la manifestation du 11 janvier était préoccupé des langues qui y seraient utilisés. Mais ne peut-on tout simplement pas diffuser les traductions de ces slogans ? Ce serait peut-être le premier pas dans la compréhension mutuelle. Quand nous manifestions en 1973 contre le coup d’état militaire pro-américain de Pinochet au Chili, personne ne se serait aviser de dire aux manifestants latino-américains « Scandez en français, s’il vous plait ! ». Pour mener ce combat, nous avons tous appris des slogans en espagnol et cela ne choquait personne.

Mes signets du 23/02/2009 au 26/02/2009

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  • RACE, CASTE ET GENRE EN FRANCE par Christine Delphy – D’un côté ils refusent de vivre avec des descendants d’Arabes, mais de l’autre ils ne peuvent pas les jeter à la mer. Mon hypothèse est que devant ce dilemme insoluble, il s’est formé dans leur imaginaire un dessein : prendre les femmes, les prendre même pour épouses, […] et ainsi dissoudre la “ race ”. Ce dessein, informulé parce qu’inconscient en France, a été la base de politiques publiques explicites et mises en œuvre dans d’autres pays racistes. Le Brésil par exemple, a eu dans les années 50 une politique explicite d’encourager les mariages mixtes pour ‘blanchir’ la population. On a créé pour la descendance de ces croisements – car ils étaient vus comme des croisements à l’instar de ce qui se fait pour les vaches—une dénomination de couleur, la couleur « mauve », que l’on trouve encore sur les cartes d’identité.
  • Qui est Marocain? par Abdellah TAIA sur ELPAÍS.com – Qu'est-ce que cela veut-il bien dire ? Que l'homosexuel marocain est bienvenu en Espagne mais pas une femme appartenant à un mouvement islamiste, ni un journaliste qui a eu de gros ennuis avec les autorités marocaines ? Je ne peux pas accepter cela. Je ne peux pas me laisser récupérer de cette façon-là. Je ne veux pas qu'on me donne la parole au détriment d'autres Marocains. Quand j'ai parlé au Maroc de mon homosexualité, c'était une nécessité intérieure (et je n'ai eu besoin d'aucune autorisation, d'aucune bénédiction), c'était avant tout un combat pour accéder à l'individualité, mais pas seulement pour moi.
  • Folies coloniales de la compagnie "Passeurs de Mémoires" » Alter Nativa – A partir de textes exhumés, tous authentiques, sur l’Algérie française des années 30, Dominique Lurcel dresse un état des lieux du langage colonial, tel qu’il s’est exprimé lors des cérémonies du Centenaire de l’Algérie française en 1930.

Mes signets du 17/02/2009 au 23/02/2009

Ma selection de liens du 17/02/2009 au 23/02/2009:

  • http://www.english.emory.edu/Bahri/Glossary.html – Glossary of Key Terms in the Work of Gayatri Chakravorty Spivak.
    Dictionnaire des termes utilisées par la philosophe et penseuse politique indienne Gayatri Spivak, chantre du subalternisme et de l'"essentialisme stratégique temporaire".
  • Le manifeste de neuf intellectuels antillais pour "des sociétés post-capitalistes" – 9 intellectuels antillais, Ernest Breleur, Patrick Chamoiseau, Serge Domi, Gérard Delver, Edouard Glissant, Guillaume Pigeard de Gurbert, Olivier Portecop, Olivier Pulvar, Jean-Claude William ont rédigé ce "Manifeste pour les 'produits' de haute nécessité".
  • Le complexe du Goy. Ces « amis » français d’Israël qui flirtent avec l’antisémitisme – Le succès, ces dernières années, du thème de « l’antisémitisme arabo-musulman » qui fonctionne chez de nombreux Goys comme une entreprise de déculpabilisation collective, sur le registre : « Nous aimons Israël, les Juifs sont nos amis et les vrais antisémites sont les ‘petits Beurs’ de banlieues qui pour des raisons religieuses s’en prennent aux synagogues ».
  • La défaite de la pensée souchienne – Relectures – Forger une légitimité de « la souche », c’est ce qui peut justifier, selon Dionys Mascolo, une véritable « haine de la philosophie ». Créer au contraire un concept qui soit une arme de connaissance et de résistance, c’est ce qu’a réussi à faire Houria Bouteldja, rendant – en un seul mot – sa dignité à la philosophie.

Le voile islamique, quelle soumission, quelle émancipation ?

Mode Islamique

La renaissance du voile

Aujourd’hui la majeure partie des femmes voilées en France le font par choix. Une telle affirmation fait sursauter encore plus d’un-e… L’on rétorquera que ces filles subissent la pression familiale, du grand frère d’abord, du quartier et de la réputation sociale, du père souvent, et puis plus rarement on évoquera la mère. De la même façon, j’affirme que les filles qui ne le portent pas subissent la pression de l’école, des médias, de ses copines, de la publicité… D’une part valoriser davantage la pression sociale à la marchandisation du corps de la femme, ou à l’assimiliation à l’ethnie majoritaire française, plutôt que celles des pressions familiales et locales (du quartier) c’est clairement empêcher l’émancipation individuelle ou collective. La pression sociale française au dévoilement est infiniment plus forte que celle au voile. Avez-vous déjà entendu dans la rue des femmes non voilées en France recevoir des injonction à se voiler ? En revanche, vous verrez et entendrez dans les médias, et même dans les lieux publics, les femmes voilées se faire violenter verbalement et physiquement Si l’hypothèse de l’opression familiale et locale se tenait, alors on aurait pu observé depuis bien plus longtemps le port du voile chez les jeunes filles françaises musulmanes. Or c’est un fait social, le voile gagne du terrain alors même que l’immigration baisse… Une conclusion logique serait celui d’un engouement venant d’un mouvement des femmes elles mêmes vers le voile et ce qu’il représente.

Je ne dis pas qu’elles le portent parce qu’elles sont musulmanes, bien que ça sera l’argumentation de grand nombre d’entre elles. De nombreuses musulmanes ne le portent pas ou fait plus rare y sont opposées. De là découlerais l’idée que le voile serait l’apanage d’une fraction radicale. Or c’est un fait une nouvelle fois contredit par la réalité : des femmes travaillant, faisant des études se voilent alors même qu’elles n’accepteraient pas qu’on leur retire leurs droits et qu’on les place à nouveau dans une position de mineure. Ce sont d’ailleurs souvent des femmes célibataires, ou qui sont mariées depuis un grand nombre d’années qui se voilent. Le renouveau du voile n’est pas du à un renouveau du machisme masculin qui d’ailleurs est objectivement en régression chez les arabo-musulmans. Pour décider de le porter, une femme urbaine doit avoir au préalable écarter l’association entre oppression patriarcale et voile.

Il faut donc distinguer le port du voile islamique selon le degré de liberté et d’autonomie de l’individu et de la femme dans les sociétés. Plus les individus sont libres, et moins la famille et la tradition ont un rôle prégnant, plus le voile est portée après un choix personnel.

Ne voir que le voile, c’est ne rien voir…

Le voile islamique est moderne, voire post-moderne, c’est la solution trouvée par les femmes pour à la fois revendiquer leur identité, et non plus la subir comme un amas de préjugés forgés par des sociétés patriarcales, autocratiques et ou racistes, mais également affirmer leur individualité, leur autonomie et ainsi s’affranchir d’une morale commune sensée leur dire quoi et comment penser. Le voile traditionnel porté essentiellement dans les milieux ruraux et parmi les vieilles générations, et donc parmi l’essentiel de la population immigrée maghrébine féminine, est l’une des manières d’acquérir une respectabilité sociale tout en se soumettant à l’autorité patriarcale. Alors que le voile islamique post-moderne lui transperce ces clivages communautaires pour se  placer dans l’universel religieux. J’irais même jusqu’à dire que pour s’émanciper d’une tradition pesante, les femmes peuvent opter pour le voile islamique afin de conserver la même reconnaissance sociale tout en obtenant la même autonomie qu’une femme laïque ou plutôt occidentalisée. Car une femme vivant dans un milieu essentiellement régie par des règles familiales (au sens large) ne pourra choisir de se dévoiler, sans choisir en même temps de perdre une reconnaissance morale nécessaire dans ces communautés ressérées. Le voile islamique post-moderne, permet donc à ces femmes issues la plupart du temps de milieux modestes ou ruraux, en tout cas socialement subalternes, de conserver leurs positions dans leur communauté et leur fidélité à cette communauté, tout en s’émancipant moralement et physiquement du pouvoir oppressif de sa communauté. Le pouvoir oppressif communautaire se perpétue en effet par l’impossibilité pour les femmes de s’extraire du dualisme pure-soumise/impure-occidentalisée. L’alternative laïque ne propose qu’une seule chose pour ces femmes : la sortie de la communauté, l’exil volontaire parmi les siens… Ce n’est que parmi des milieux privilégiés que le pouvoir oppressif renonce au voile comme instrument de domination lui substituant une infinités d’autres vexations. S’extraire de façon matérielle sans trahir sa communauté se réalise donc par un emploi rémunéré, par l’éducation scolaire, mais également de façon psychique par le symbole d’une allégeance à une autorité supérieure sous-entendue supérieure à celle de l’autorité coutumière. Celle que même l’autorité patriarcale craint, l’autorité universelle, l’autorité divine. En réalité certaines femmes ne le font que dans ce dessein : celui d’échapper à une tyrannie patriarcale en renversant l’accusation d’impudeur. Je suis une femme voilée, donc pudique, mon voile est le hijab et non pas le voile coutumier, mon seul maitre c’est Dieu, votre autorité hommes n’est que le fruit de cette autorité Divine et ne s’exerce que dans les contours de sa Loi.

Bien sûr ce n’est pas pour devenir des êtres libres qu’elles se voilent mais pour adhérer à un universalisme, certes religieux. Mais celà vaut mieux éthiquement qu’une autre adhésion aveugle à un modèle fondée sur la génuflexion et la soumission à des chefs et des totems qui sont là que pour légitimer le pouvoir de leurs possesseur. Car c’est le point commun de la France Républicaine laïque, de la Turquie nationaliste laïque et de la Tunisie patriarcale arabe. Des idées pures au service de réalisations dans tous ces pays qui ne réalisent ni leurs promesses en terme d’égalité hommes femmes, ni ceux d’égalité de tous les citoyens quelque soit leur religion et leur statut social de naissance. Sous couvert de maintenir une dynamique moderniste et rationaliste visant le progrès et l’émancipation des hommes et des femmes, ces sociétés emploient ces idéologies pour légitimer leur refus de se réformer vers plus d’autonomie pour leurs citoyens. Se vouloir moderne et progressiste ne suffit pas pour l’être. Lorsque ce sont exactement les mêmes personnes, les mêmes institutions, et les mêmes groupes sociaux qui tiennent ce même discours soit-disant moderne et progressiste pendant une cinquantaine d’année, on peut être sur d’une chose, c’est qu’il est tout sauf progressiste. Si au départ ce discours a permis de réaliser des changements, il est devenu un outil de légitimation d’une élite au pouvoir une fois accomplie sa grand œuvre d’entrée dans le grand ère de la société de consommation. Société qui nécessitait la rationalisation de l’éducation et l’intégration économique et sociale des femmes, accompagnée d’une marche forcée vers un progrès technologique orienté pour la continuation de la domination.

Pour conclure, est-ce vraiment les femmes que l’on libère avec une loi contre le voile ? Ou est-ce plutôt la libération d’un marché de plusieurs millions de version Jalouse-Glamour-Elle-Cosmopolitan de la femme ménagère de moins de 50 ans ?

Ressources pour aller plus loin :

Contagion du virus palestinien

Depuis le début de l’attaque militaire israëlienne dans la bande de Ghaza, la minorité arabe de France est clairement suspecte. C’est sur on attends son coup de poignard dans le dos, ou plutot dans la kippa. C’est bien connu les musulmans euhh les beurs euhh les arabes euhh les palestiniens n’aiment pas les juifs ! Ou l’inverse !

En tout cas le mot d’ordre a été donné par Mme Fadela Amara, ministre de la Ville, « certains » veulent du mal aux juifs… Mais qui sont ces certains ? En tout cas ce qui est certain, c’est que les musulmans de banlieue, (ou plutôt la banlieue des musulmans ?), sont des certains potentiels. Et certainement, que le conflit Israëlo-Palestinien, n’est pas la question de tous les français, mais seulement de certains, ceux qui sont plus Mohamed ou David que Philippe ou Pierre[1]… Certains ressentent de l’émotion, mais Mme Amaraen appelle à la raison : comprenez au cynisme. D’ailleurs c’est bien pour ça que c’est elle qu’on interviewe.

En effet, ça ne mérite pas le déplacement de M. Kouchner, ministre des affaires étrangères, vu que c’est un problème interne… Si si, je vous assure, depuis qu’une entreprise appellée Communautarisme Inc. a importé le conflit Israelo-Palestinien en France, les arabes ont été contaminé par la haine anti juive tandis que les juifs sont pris d’un amour irraisonnée pour Israël. Les arabes sont bien sûr les habitants des quartiers populaires dont Mme Amara est chargée. Et c’est donc à elle que revient cette tâche de décontamination, de nettoyage (au kärcher ?) de ces « certains »…

Mais cette fausse neutralité des médias, de la classe politique, de l’Etat français, est bien vite démentie lorsque l’on ne voit invité à des plateaux télé que rabbins sommés de représenter Israel et islamologues modérément supportant modérément les palestiniens. Lorsque les représentants des partis politiques se taisent sur le sujet, et lorsque Mme Amara invite des associations des quartiers populaires et une association juive pour signer un manifeste en faveur de la paix. On croirait que Gaza est une banlieue française et que Sderot est le centre-ville bourgeois d’à côté qui se plait de l’insécurité permanente de ses bruyants voisins…

Soyons sérieux, le conflit Israëlo-Palestinien mérite une vraie politique, des actes forts en faveur d’une paix juste et durable et du respects des droits humains, et non pas une mascarade visant à déplacer le problème sur une partie de la population française. Rappelons que la France a participé à la création de l’Etat d’Israël, l’équipe en centrale nucléaire qui lui ont servit à s’armer, est partenaire économique privilégié par l’UE, finance par le biais de l’UE des hopitaux et écoles palestiniennes, et donc s’est elle-même exportée dans le conflit et non l’inverse !

Tandis que les représentants de l’O.N.U sont choqués par la situation à Ghaza, en France, on se regarde le nombril et on fait tout pour regarder ce qui se passe. On préfère comme d’habitude monter les uns contre les autres… Et que l’on s’étonne pas si à la prochaine attaque israëlienne, des français juifs et arabes soient victimes d’actes racistes de ces fameux certains. A force de présenter le conflit Israëlo-Palestinien comme une problématique exclusivement entre juifs et arabes, on a finit par en persuader les populations…

Les actes racistes anti-juives contre des synagogues survenu ces dernières semaines doivent être considérés comme un problème raciste et non plus comme une question sociale liée aux quartiers populaires. N’oublions pas que le colonel Dreyfus, français juif, a subi une campagne de diffamation violente se basant sur un fond raciste anti-juif profondément ancré en France, à une époque où ni l’Etat d’Israël, ni l’immigration maghrébine n’existaient.

[1] 2 parmi les plus grands antisémites mondiaux sont des « patriotes » français « de souche » et ont livré à la gestapo, plusieurs milliers de citoyens français de confession juive, tziganes, ou simples dissidents politiques. Il s’agit de M. Pierre Laval et du Maréchal Philippe Pétain !

Pour aller plus loin :

Turquie et Tunisie : modernisme laïc contre islamisme obscurantiste ?

Voile traditionnelle tunisien (Sefsari)

Voile traditionnel tunisien (Sefsari)

Les femmes voilées en France reçoivent souvent la remarque que dans leur pays d’origine elles n’auraient pas eu le choix, elle n’auraient pas pu le porter et c’est tant mieux. Ou alors qu’une femme voilée n’aurait jamais pu accéder aux études du fait de son statut d’inférieure. On établit ainsi une échelle de valeurs entre pays musulmans laïques et donc modernes, et pays musulmans islamiques et donc obscurantistes… Mais pourquoi donc en Turquie et en Tunisie le concept de laïcité a-t-il été développé ? Je peux vous proposer quelques pistes.

En Turquie, parce que le pouvoir politique Ottoman se fondait sur la légitimité et l’institution religieuse pour gouverner aussi bien localement que l’ensemble de son Empire. Or le régime Ottoman était le principal obstacle au développement de la Turquie, ses provinces impériales ne lui apportant pas grand chose vu que de toute façon l’Empire était incapable de les défendre ou d’y imposer son autorité. Le pouvoir Ottoman avait même en son temps interdit l’imprimerie y voyant une menace à son autorité fondée sur son monopole de l’inteprétation coranique.

En Tunisie, il n’y a pas eu vraiment de laïcité, mais plutôt une instrumentalisation de la religion à des fins nationalistes et progressistes. Ces pays ont en commun qu’une institution religieuse contrôlait en grande partie la sphère publique notamment politique et culturelle.

En Tunisie le voile en soi n’est pas interdit mais les variantes importées du Machreq (l’Orient Arabe), grâce aux émissions religieuses sur les chaînes satellitaires, le sont. Et les autorités tunisiennes emploient souvent les moyens forts pour exécuter les ordres. Cependant, si on voyage en Tunisie ou si l’on y habite on constatera souvent des femmes vêtues d’un voile de la tête au pied même à l’Université, ne gardant comme découvert que le visage et encore… Le pouvoir tunisien explique que ce voile est contraire à l’authenticité et l’identité nationale tunisienne. Il ne serait donc pas opposé en pratique à la réapparition des voiles traditionnels. Pourtant ce sont les voiles traditionels, qui symbolisaient le statut de mineure de la femme et la plaçait sous la tutelle masculine.

Essaysons à présent d’élargir notre vision et de nous poser la question de l’origine du concept même de laïcité au Maghreb.

Durant la colonisation, en particulier en Algérie, la laïcité a été employée également dans le but de séculariser la société et permettre un développement intellectuel et culturel à la fois favorable aux intérêts coloniaux mais également dans le sens d’un réel développement économique et social. Le sens également de cette laïcité était impérialiste puisqu’il permettait de diviser les luttes nationalistes en séparant les progressistes des traditionnalistes d’alors.

Il y a le cas particulier et intéressant à noter des Kabyles, que le gouvernement colonial a tenté de séparer du reste de la population qualifiée d’Arabe. Un double effort de renforcement de l’identité ethnique d’une part, d’évangélisation chrétienne et de formation aux idées républicaines de l’autre fut entrepris. Ce fut en partie un succès. L’adhésion à l’idée laïque s’accompagna souvent de la perception que laïcité, modernité et Occident vont de pair. Perception qui s’appuie sur une dévalorisation de l’identité arabo-islamique à laquelle se substitue une identité Kabyle prétendument progressive et réprimée par l’oppression Arabe pré-coloniale permettant d’expliquer le « retard » pris par le Maghreb.

L’arabe étant la langue du Coran, une dé-arabisation, nommée pour plus de commodité laïcité, était censée porter en elle-même les germes d’un progressisme républicain émancipateur. Cette volonté de dé-islamiser, de dé-arabiser, vient du fait que la résistance majeure identifiée depuis toujours par les colonsisateurs était l’Islam. Et les arabes restent indissolublement dans la pensée dominante, jusqu’à nos jours, liés à l’Islam. Tant et si bien que nombre d’arabophones non-musulmans, vivant dans l’aire géographique arabo-musulmane, rechignent à se qualifier d’arabes. En réalité, la laïcité a servit comme prétexte à une occidentalisation censée permettre l’adhésion des indigènes au projet civilisateur de l’Empire. D’ailleurs les indigènes d’Algérie n’étaient pas nommés algériens mais musulmans, c’est dire à quel point religion et statut social étaient fortement liés. A tel point que les juifs du Maghreb se sont vu proposer durant la colonisation les mêmes droits que les colons, et à l’indépendance la nationalité française leur fut accorder.

Si le sujet vous intéresse :

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