Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)

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La théologie de libération du Père François Houtard

Le sociologue et prêtre catholique François Houtart est un des penseurs de la théologie de libération. Voici quelques uns de ses textes concernant notamment les rapports entre religion, théologie et transformation sociale :

  • Analyse marxiste et foi chrétienne – 1ère partie : Le Père et sociologue François Houtart présente certains concepts clés du marxisme qui font le plus de difficultés aux croyants : le matérialisme historique, l’analyse marxiste des fonctions sociales de la religion, l’athéisme.
  • Analyse marxiste et foi chrétienne – 2ème partie : Analyse par François Houtart du facteur religieux dans le mode de production capitaliste.
  • L’état actuel de la théologie de la libération en Amérique latine – La théologie de la libération prend comme point de départ la situation des opprimés. C’est ce qu’on appelle un « lieu théologique », c’est-à-dire la perspective au départ de laquelle se construit le discours sur Dieu. Un Dieu d’amour ne peut exister avec l’injustice, l’exploitation, la guerre. Donc, comme le disait un théologien récemment, il s’agit d’une théologie qui ne se demande pas si Dieu existe, mais où il se trouve ? C’est la réalité des luttes sociales et l’engagement des chrétiens, en faveur de la justice, qui forment la base de l’élaboration de la pensée et du discours.
  • De nouveaux défis pour la théologie de la libération – Mémoire des luttes – La théologie de la libération est une véritable théologie, c’est-à-dire un discours sur Dieu. Elle s’affirme cependant contextuelle, à l’encontre d’une théologie a-historique qui se prétend hors du temps. Ce que l’on pourrait appeler une théologie sur la Lune…
  • Echanges et Synergie asbl – François Houtart – On ne doit pas idéaliser le vaudou comme s’il était un système parfait par rapport à une histoire de désir d’émancipation constante, mais on doit voir le vaudou comme un partenaire à l’intérieur de cette grande résistance dans le monde entier face à ce qui écrase, et la nature, et les être humains.
  • François Houtart, Sociologie de la religion – Cairn.info – François Houtart nous livre son credo personnel : la perspective sociologique, qui étudie la religion comme fait social, comme construction culturelle liée à une certaine formation sociale, n’est pas contradictoire avec la foi religieuse. On peut étudier sociologiquement les religions, comme les philosophies, l’art ou tout autre produit culturel humain. Cela ne contredit pas un point de vue théologique : dans l’hypothèse de l’existence de Dieu, tout ce qui est observable est la façon dont les groupes humains se le représentent, s’organisent pour le culte, etc. Ce n’est pas à la sociologie de se prononcer sur l’existence de Dieu…
  • HOUTART, François, Religion et modes de production précapitalistes– Cet ouvrage mérite certainement d’être pris en sérieuse considération. Il vaut comme synthèse d’études utilisant une grille d’analyse marxiste pour l’analyse des religions. Il illustre également, à bien des égards, la fécondité des hypothèses qui peuvent être faites à partir d’une sociologie qui s’inspire du materialisme historique.
  • Construire un nouveau sujet historique – Mémoire des luttes – L’enjeu est véritablement la construction d’un nouveau sujet historique, qui a été la classe ouvrière pendant le XIXe et le XXe siècle. Il est en train de se faire sa place aujourd’hui, mais le nouveau sujet historique est un sujet plus réel, précisément parce que nous nous trouvons devant la nécessité d’une convergence d’existences. C’est un sujet pluriel, populaire et démocratique. Ce sera quelque chose à discuter plus tard.

Mes signets du 27/03/2009

Ma selection de liens du 27/03/2009 :

  • S’aimer dans les banlieues – La vie des idées – Comme tous les adolescents, les jeunes des cités draguent, s’aiment et se séparent… La sociologue Isabelle Clair a enquêté sur les jeux de l’amour et du hasard dans deux villes de la banlieue parisienne. Son étude, exemplaire, révèle l’ambiguïté des relations entre filles et garçons, entre rapports de domination, transports amoureux et construction des identités de genres.
  • The Atlantic Online | May 2009 | The Quiet Coup | Simon Johnson – Nationalization seem like strong medicine. But in fact, while necessary, it is insufficient. The problem the U.S. faces—the power of the oligarchy—is just as important as the immediate crisis of lending. And the advice from the IMF and Simon Johnson (MIT) on this front would again be simple: *break* the oligarchy.
  • Pièce de théâtre sur La Fraction Armée Rouge – Les blogs du Diplo – La Décennie rouge retrace de façon chronologique les principaux événements ayant marqué l’histoire de la RAF (Rote Armee Fraktion). Chaque séquence s’ouvre sur une indication de date et de lieu donnée par une voix off (Ingrid Caven). Elle convoque archives, citations, extraits de journaux… qu’elle mélange à de la fiction, mais en restant au plus près d’un théâtre de documentation. Elle associe des extraits de textes produits par la RAF, des lettres échangées entre ses membres, des minutes des procès, avec des textes d’écrivains engagés comme Heinrich Böll ou Günter Grass.

Le voile islamique, quelle soumission, quelle émancipation ?

Mode Islamique

La renaissance du voile

Aujourd’hui la majeure partie des femmes voilées en France le font par choix. Une telle affirmation fait sursauter encore plus d’un-e… L’on rétorquera que ces filles subissent la pression familiale, du grand frère d’abord, du quartier et de la réputation sociale, du père souvent, et puis plus rarement on évoquera la mère. De la même façon, j’affirme que les filles qui ne le portent pas subissent la pression de l’école, des médias, de ses copines, de la publicité… D’une part valoriser davantage la pression sociale à la marchandisation du corps de la femme, ou à l’assimiliation à l’ethnie majoritaire française, plutôt que celles des pressions familiales et locales (du quartier) c’est clairement empêcher l’émancipation individuelle ou collective. La pression sociale française au dévoilement est infiniment plus forte que celle au voile. Avez-vous déjà entendu dans la rue des femmes non voilées en France recevoir des injonction à se voiler ? En revanche, vous verrez et entendrez dans les médias, et même dans les lieux publics, les femmes voilées se faire violenter verbalement et physiquement Si l’hypothèse de l’opression familiale et locale se tenait, alors on aurait pu observé depuis bien plus longtemps le port du voile chez les jeunes filles françaises musulmanes. Or c’est un fait social, le voile gagne du terrain alors même que l’immigration baisse… Une conclusion logique serait celui d’un engouement venant d’un mouvement des femmes elles mêmes vers le voile et ce qu’il représente.

Je ne dis pas qu’elles le portent parce qu’elles sont musulmanes, bien que ça sera l’argumentation de grand nombre d’entre elles. De nombreuses musulmanes ne le portent pas ou fait plus rare y sont opposées. De là découlerais l’idée que le voile serait l’apanage d’une fraction radicale. Or c’est un fait une nouvelle fois contredit par la réalité : des femmes travaillant, faisant des études se voilent alors même qu’elles n’accepteraient pas qu’on leur retire leurs droits et qu’on les place à nouveau dans une position de mineure. Ce sont d’ailleurs souvent des femmes célibataires, ou qui sont mariées depuis un grand nombre d’années qui se voilent. Le renouveau du voile n’est pas du à un renouveau du machisme masculin qui d’ailleurs est objectivement en régression chez les arabo-musulmans. Pour décider de le porter, une femme urbaine doit avoir au préalable écarter l’association entre oppression patriarcale et voile.

Il faut donc distinguer le port du voile islamique selon le degré de liberté et d’autonomie de l’individu et de la femme dans les sociétés. Plus les individus sont libres, et moins la famille et la tradition ont un rôle prégnant, plus le voile est portée après un choix personnel.

Ne voir que le voile, c’est ne rien voir…

Le voile islamique est moderne, voire post-moderne, c’est la solution trouvée par les femmes pour à la fois revendiquer leur identité, et non plus la subir comme un amas de préjugés forgés par des sociétés patriarcales, autocratiques et ou racistes, mais également affirmer leur individualité, leur autonomie et ainsi s’affranchir d’une morale commune sensée leur dire quoi et comment penser. Le voile traditionnel porté essentiellement dans les milieux ruraux et parmi les vieilles générations, et donc parmi l’essentiel de la population immigrée maghrébine féminine, est l’une des manières d’acquérir une respectabilité sociale tout en se soumettant à l’autorité patriarcale. Alors que le voile islamique post-moderne lui transperce ces clivages communautaires pour se  placer dans l’universel religieux. J’irais même jusqu’à dire que pour s’émanciper d’une tradition pesante, les femmes peuvent opter pour le voile islamique afin de conserver la même reconnaissance sociale tout en obtenant la même autonomie qu’une femme laïque ou plutôt occidentalisée. Car une femme vivant dans un milieu essentiellement régie par des règles familiales (au sens large) ne pourra choisir de se dévoiler, sans choisir en même temps de perdre une reconnaissance morale nécessaire dans ces communautés ressérées. Le voile islamique post-moderne, permet donc à ces femmes issues la plupart du temps de milieux modestes ou ruraux, en tout cas socialement subalternes, de conserver leurs positions dans leur communauté et leur fidélité à cette communauté, tout en s’émancipant moralement et physiquement du pouvoir oppressif de sa communauté. Le pouvoir oppressif communautaire se perpétue en effet par l’impossibilité pour les femmes de s’extraire du dualisme pure-soumise/impure-occidentalisée. L’alternative laïque ne propose qu’une seule chose pour ces femmes : la sortie de la communauté, l’exil volontaire parmi les siens… Ce n’est que parmi des milieux privilégiés que le pouvoir oppressif renonce au voile comme instrument de domination lui substituant une infinités d’autres vexations. S’extraire de façon matérielle sans trahir sa communauté se réalise donc par un emploi rémunéré, par l’éducation scolaire, mais également de façon psychique par le symbole d’une allégeance à une autorité supérieure sous-entendue supérieure à celle de l’autorité coutumière. Celle que même l’autorité patriarcale craint, l’autorité universelle, l’autorité divine. En réalité certaines femmes ne le font que dans ce dessein : celui d’échapper à une tyrannie patriarcale en renversant l’accusation d’impudeur. Je suis une femme voilée, donc pudique, mon voile est le hijab et non pas le voile coutumier, mon seul maitre c’est Dieu, votre autorité hommes n’est que le fruit de cette autorité Divine et ne s’exerce que dans les contours de sa Loi.

Bien sûr ce n’est pas pour devenir des êtres libres qu’elles se voilent mais pour adhérer à un universalisme, certes religieux. Mais celà vaut mieux éthiquement qu’une autre adhésion aveugle à un modèle fondée sur la génuflexion et la soumission à des chefs et des totems qui sont là que pour légitimer le pouvoir de leurs possesseur. Car c’est le point commun de la France Républicaine laïque, de la Turquie nationaliste laïque et de la Tunisie patriarcale arabe. Des idées pures au service de réalisations dans tous ces pays qui ne réalisent ni leurs promesses en terme d’égalité hommes femmes, ni ceux d’égalité de tous les citoyens quelque soit leur religion et leur statut social de naissance. Sous couvert de maintenir une dynamique moderniste et rationaliste visant le progrès et l’émancipation des hommes et des femmes, ces sociétés emploient ces idéologies pour légitimer leur refus de se réformer vers plus d’autonomie pour leurs citoyens. Se vouloir moderne et progressiste ne suffit pas pour l’être. Lorsque ce sont exactement les mêmes personnes, les mêmes institutions, et les mêmes groupes sociaux qui tiennent ce même discours soit-disant moderne et progressiste pendant une cinquantaine d’année, on peut être sur d’une chose, c’est qu’il est tout sauf progressiste. Si au départ ce discours a permis de réaliser des changements, il est devenu un outil de légitimation d’une élite au pouvoir une fois accomplie sa grand œuvre d’entrée dans le grand ère de la société de consommation. Société qui nécessitait la rationalisation de l’éducation et l’intégration économique et sociale des femmes, accompagnée d’une marche forcée vers un progrès technologique orienté pour la continuation de la domination.

Pour conclure, est-ce vraiment les femmes que l’on libère avec une loi contre le voile ? Ou est-ce plutôt la libération d’un marché de plusieurs millions de version Jalouse-Glamour-Elle-Cosmopolitan de la femme ménagère de moins de 50 ans ?

Ressources pour aller plus loin :

Contagion du virus palestinien

Depuis le début de l’attaque militaire israëlienne dans la bande de Ghaza, la minorité arabe de France est clairement suspecte. C’est sur on attends son coup de poignard dans le dos, ou plutot dans la kippa. C’est bien connu les musulmans euhh les beurs euhh les arabes euhh les palestiniens n’aiment pas les juifs ! Ou l’inverse !

En tout cas le mot d’ordre a été donné par Mme Fadela Amara, ministre de la Ville, « certains » veulent du mal aux juifs… Mais qui sont ces certains ? En tout cas ce qui est certain, c’est que les musulmans de banlieue, (ou plutôt la banlieue des musulmans ?), sont des certains potentiels. Et certainement, que le conflit Israëlo-Palestinien, n’est pas la question de tous les français, mais seulement de certains, ceux qui sont plus Mohamed ou David que Philippe ou Pierre[1]… Certains ressentent de l’émotion, mais Mme Amaraen appelle à la raison : comprenez au cynisme. D’ailleurs c’est bien pour ça que c’est elle qu’on interviewe.

En effet, ça ne mérite pas le déplacement de M. Kouchner, ministre des affaires étrangères, vu que c’est un problème interne… Si si, je vous assure, depuis qu’une entreprise appellée Communautarisme Inc. a importé le conflit Israelo-Palestinien en France, les arabes ont été contaminé par la haine anti juive tandis que les juifs sont pris d’un amour irraisonnée pour Israël. Les arabes sont bien sûr les habitants des quartiers populaires dont Mme Amara est chargée. Et c’est donc à elle que revient cette tâche de décontamination, de nettoyage (au kärcher ?) de ces « certains »…

Mais cette fausse neutralité des médias, de la classe politique, de l’Etat français, est bien vite démentie lorsque l’on ne voit invité à des plateaux télé que rabbins sommés de représenter Israel et islamologues modérément supportant modérément les palestiniens. Lorsque les représentants des partis politiques se taisent sur le sujet, et lorsque Mme Amara invite des associations des quartiers populaires et une association juive pour signer un manifeste en faveur de la paix. On croirait que Gaza est une banlieue française et que Sderot est le centre-ville bourgeois d’à côté qui se plait de l’insécurité permanente de ses bruyants voisins…

Soyons sérieux, le conflit Israëlo-Palestinien mérite une vraie politique, des actes forts en faveur d’une paix juste et durable et du respects des droits humains, et non pas une mascarade visant à déplacer le problème sur une partie de la population française. Rappelons que la France a participé à la création de l’Etat d’Israël, l’équipe en centrale nucléaire qui lui ont servit à s’armer, est partenaire économique privilégié par l’UE, finance par le biais de l’UE des hopitaux et écoles palestiniennes, et donc s’est elle-même exportée dans le conflit et non l’inverse !

Tandis que les représentants de l’O.N.U sont choqués par la situation à Ghaza, en France, on se regarde le nombril et on fait tout pour regarder ce qui se passe. On préfère comme d’habitude monter les uns contre les autres… Et que l’on s’étonne pas si à la prochaine attaque israëlienne, des français juifs et arabes soient victimes d’actes racistes de ces fameux certains. A force de présenter le conflit Israëlo-Palestinien comme une problématique exclusivement entre juifs et arabes, on a finit par en persuader les populations…

Les actes racistes anti-juives contre des synagogues survenu ces dernières semaines doivent être considérés comme un problème raciste et non plus comme une question sociale liée aux quartiers populaires. N’oublions pas que le colonel Dreyfus, français juif, a subi une campagne de diffamation violente se basant sur un fond raciste anti-juif profondément ancré en France, à une époque où ni l’Etat d’Israël, ni l’immigration maghrébine n’existaient.

[1] 2 parmi les plus grands antisémites mondiaux sont des « patriotes » français « de souche » et ont livré à la gestapo, plusieurs milliers de citoyens français de confession juive, tziganes, ou simples dissidents politiques. Il s’agit de M. Pierre Laval et du Maréchal Philippe Pétain !

Pour aller plus loin :

Siffler la Marseillaise : un délit d’ingratitude ?

La France a encore une fois été humilié au stade de France lors d’un match de football entre une équipe d’un pays du Maghreb ancien colonisé et d’origine de grands nombres de français descendants d’immigrés. Le motif suprême de l’humiliation : l’hymne national français, que Mme la ministre Christine Boutin souhaitait abolir, y a été sifflé. Encore une fois c’est le tollé dans les rangs des hommes d’Etat. M. Le Premier ministre propose d’interrompre les matchs lorsque les hymnes nationaux sont sifflés. Et c’est l’entraîneur de la très « De Souche » équipe de rugby national, qui propose de discriminer les pays du Maghreb en ne jouant pas avec eux.

Les hommes politiques renoueraient donc-ils avec l’amour de la patrie et le nationalisme ? N’est-il plus permis de critiquer son propre pays ? Ou alors est-ce plutôt qu’il n’est pas permis de critiquer le pays qui nous accueille mais dont on reste fondamentalement un étranger ? D’ailleurs ces « soit-disant » français ne sont-ils pas suspects de trahison lorsqu’ils soutiennent le pays de leur parents contre le « généreux » pays qui les a « accueilli » ? Ils devraient apparamment se montrer bien reconnaissant de l’honneur qui leur est fait. Au lieu de ça ils profitent des avantages de la France, et rejettent ce qui ne leur plaît pas. A peu près comme tous les autres citoyens. Des citoyens qui n’ont de cesse de parler de leur pays comme d’un pays à la trâine, d’un pays de fénéants. Ce droit à la critique, garanti par les droits de l’Homme, dont la France se voit comme la patrie mère ne s’applique apparamment à tous de la même façon. Pour avoir le droit de critiquer apparamment il faut montrer patte blanche…

Frédéric Lefebvre, éminent membre de la très patriote UMP, explique que les français d’origine tunisienne ont été adoptés par la France et qu’en conséquence ils lui doivent le respect. C’est évident l’enfant abandonné et adopté par une nouvelle famille lui doit le respect. La France a recueilli les orphelins tunisiens, ces mal-famés dont personne ne voulait, et les a traité comme ses propres enfants. Nan mais on croit rêver… Les français d’origine tunisienne apprécieront… Sont-ils des enfants illégitimes ? Sont-ils des enfants adoptés ? Avoir une mère et un père tunisien est-ce moins honorable qu’avoir des parents français ?

Razzy Hammadi, secrétaire national du PS, n’a pas joué lui sur la fibre nationaliste mais sur la République. Un idéal qu’il est interdit de critiquer. Ces français selon M. Hammadi devraient être reconnaissant car il est à l’opposé de celui de Ben Ali. Pourtant M. Ben Ali est le président d’une République également. Et c’est là qu’on comprends, la République française est elle pure, intouchable, et ces nouveaux citoyens devraient être reconnaissant de vivre dans un pays où ils sont égaux, libre et la fraternité règne. Du moins dans l’idéal. Car dans cet idéal républicain, les citoyens descendants d’immigrés semblent devoir rester moins égaux, moins libre et se contenter de ce qu’ils ont.

Articles, que j’ai apprécié, sur le même sujet :

Islam, Nation et Individualisme

Les changements historiques irrémédiables en Tunisie

Le voile bourgeonne en Tunisie comme les mini-juppes en France au printemps… Non pas que les mini-juppes ne bourgeonnent pas à Tunis… Mais le voile islamique gagne du terrain. Et lorsque l’on dit voile, on oublie tout ce que ça entraine. Evitement de tout individu de sexe masculin, habits ayant pour but de cacher le maximum des formes féminines et pression implicite sur les non-voilées. (Je ne rentre pas dans le cas du voile intégré comme accessoire de mode). Car en Tunisie, il y a un concept avec lequel on ne transige pas : on est tous musulman. Mais le mur se fissure…

De nombreuses personnes osent aujourd’hui revendiquer la laicité pour la Tunisie. Un acte politique. La politique c’est pourtant tabou. Soyons honnête, parmi ces laïques un grand nombre de déistes, athés, agnostiques ou en tout cas non-musulman. Bien sûr, parmi eux un grand nombre de musulmans également, mais surtout de ceux qui se disent non-pratiquant. Pourtant ils ne semblent pas avoir peur. S’ils étaient sages ils devraient pourtant vu le contexte de soit-disant réislamisation et l’intransigeance du pouvoir.

Ne peut-on pas être musulman et revendiquer la laïcité ? Peut-être bien que c’est compatible, mais quel intérêt de revendiquer une telle chose dans un pays ou les mosquées cadrillent le territoire de la République de façon plus fine que les écoles, où l’Islam est enseigné en maternelle, et où on emploie quotidiennement des formules islamiques. Bien sûr, beaucoup les emploient dans un contexte laïque. Mais quand l’on vous corrige quand vous avez dit beslema ou 3aslema au lieu de salam alikoum, là vous pouvez être sur qu’implicitement être un arabe implique être musulman.

La communauté des musulmans, oumma, n’a pas cessé d’exister. On s’appelle frères entre hommes et soeurs entre femmes, vendredi on ne vends ni ne bois d’alcool. La nouvelle radio à vocation religieuse, Zitouna, fait un tabac chez les taxis. On évite de blasphémer… La patrie, ça vient après. Les taxis c’est la tunisie populaire. Le taxi il s’en tappe, il met Zitouna, et il t’emmerde. Le taxi exige de toi que tu lui dises « salam alikoum » comme un musulman. Il en a rien à cirer que 3aslema soit la tradition tunisienne, salam alikoum c’est pur, donc mieux.

L’Etat a beau être nationaliste et tenter d’insuffler l’amour de la patrie par tous les pors de la peau du citoyen, rien à faire, l’oumma reste la référence populaire. On se dit bien plus volontiers tunisien arabe non-musulman dans les beaux quartiers que dans un quartier populaire.

Le prophète des musulmans Mohammed, a été le premier à introduire l’individualisme instutionnalisé chez les Arabes en brisant le tribalisme polythéiste. Aujourd’hui celles qui portent le voile répètent son exemple. D’autant qu’elles ne sont pas des femmes soumises : elles font des études, travaillent, et ne se taisent pas devant un homme. Elles s’opposent à la doctrine officielle et rien ne leur résiste. D’ailleurs comment voulez-vous que les gens montrent leur individualité sinon ?

La consommation de masse, la mode, et la religion sont les trois choses qu’une tunisienne apprends dès toute petite. La société la veut bonne épouse. Elle se veut heureuse, elle veut voir ses désirs comblées. Les traditions tunisiennes c’est de la nostalgie comme ils disent, c’est bon mais archaïque. Et lorsque la frustration apparaît, ou simplement que la consommation de masse ne suffit pas, la tradition étant discréditée, et la politique inaccessible, il ne reste plus la religion. Débattre, discuter, remettre en question l’ordre établi est facile avec la religion. Qui t’empêchera d’être musulman comme tu le souhaites ? D’ailleurs les français musulmans ne se trompent pas de combat lorsqu’ils disent (hypocritement et lachement) que la Tunisie empêche la liberté de culte. C’est une valeur étrangère à la Tunisie, au monde Arabe. Classiquement tout le monde doit adopter la religion de son clan, sa tribu, sa Nation. Quelle idée choquante de choisir et pratiquer la religion de son choix de la façon que l’on veut ?! On ne nait plus musulman, on le devient. Quelle forme absolue d’individualisme ! La politique, plus subversive encore, n’a pas de légitimité traditionnelle, et peut donc encore être proscrite.

Cependant depuis que l’individualisme a gagné la religion, tout change. Les laïques, alliance de ceux qui ne veulent pas attendre le paradis pour vivre comme ils l’entendent, ont entrepris également leur oeuvre d’émancipation collective. Bourguiba est mort, Ben Ali a construit la mosquée Abidine et autorisée la radio Zitouna, alors les citoyens sont libres aujourd’hui quand ils choisissent la laïcité. Ils ne le font pas parce que c’est dans l’air du temps, mais par initiative individuelle. Et de cette initiative, auparavant naissait simplement l’acte individuel, isolé du groupe. Aujourd’hui les laïques n’ont pas peur de s’unir pour afficher leur existence et la défendre.

Les structures classiques arabes se fissurent, le clan, la tribu… Et même le Parti ! Aujourd’hui triomphent des conceptions de l’individu libérées de l’ancien mythe de l’unité collective. La classe moyenne a une maison, une voiture, la parabole, la télé, le téléphone portable et mange à sa faim. Elle peut même se payer des loisirs, des voyages. Et ce n’est pas une religion qui y changera quelque chose quoiqu’en pensent les khouenjiya. Peut-être que l’alcool passera dans le marché noir, qu’en publique la norme islamique s’affirmera comme la loi. Mais ça ne changera en rien les mentalités, et les désirs de consommation, de sexy, et de réussite, de tous les tunisiens. Aujourd’hui d’anciennes femmes émancipées du temps de la décolonisation se convertisse en masse à un Islam bourgeois des salons. Demain qui sait ce que les enfants des bigots, constatant la complète schizophrénie de leur parents, inventeront ?

Il n’y a qu’un mouvement qui soit obsolète. Celui qui veut réprimer cette formidable poussée de liberté, de volonté de s’affirmer comme individu, de création de communautés de semblables hors des liens traditionnels arabes. Celui qui veut imposée sa vision de l’Islam par décret, qu’elle soit modérée ou ancestrale. Celui où la politique est le monopole des sages chefs et de leurs savants conseillers. Cette époque historique agonise. L’ironie c’est que plus leur politique réussit dans ses objectifs d’allier valeurs ancestrales et modernité, plus la société évolue dans le sens où leur disparition apparaît comme ineluctable.

Le problème pour moi, c’est que je fais partie de ces obsolètes. Je suis certes parmi les obsolètes dissidents. Il n’en reste pas moins qu’en Tunisie et en France, je suis une curiosité historique. Se rendront-ils compte de celà et décreteront-ils que je suis une impossibilité puis m’anihilerons ? Peu importe, c’est un danger que je veux courir car je suis du coté de la transformation sociale et du progrès, et je vous invite à me rejoindre.