Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)

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La Terre parle Afro-Arabe le 2 avril

Soirée Culturelle le 2 avril à 18H avec l’intervention de :

  • Nur Masalha : Historien d’origine palestinienne, professeur et chercheur au St Mary’s University College


  • Yasser Qous : Représentant de la Communauté Africaine à Jérusalem
  • Taher Elabadi : Président de l’Union Générale des Etudiants de Palestine – France

Avec une projection de « la Terre parle Arabe », un film de Maryse Gargour.

ENS 45 rue d’Ulm 75005 Paris / Amphithéâtre Rataud
Bâtiment de la Bibliothèque de l’ENS, 1er sous-sol.

Au cours des premiers jours du printemps 1976, alors que les Palestiniens manifestent contre une nouvelle confiscation de leurs terres en Galilée, ils sont réprimés dans le sang par la police ainsi que l’armée israéliennes. Depuis, ce jour symbolise l’attachement des Palestiniens à leur terre, et leur volonté de résister à la spoliation qu’ils continuent de subir.

Plus de 62 ans après notre Nakba (catastrophe) alors que ¾ de la population palestinienne est contrainte à l’exil, la politique d’expansion coloniale d’Israël continue de causer les massacres, la persécution et le drame de tout un peuple. Pourtant toute la sauvagerie et la violence du projet sioniste en Palestine n’auront pas suffi à venir à bout de notre peuple. Ce projet parait plus injuste, plus immoral, plus illégitime aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Tandis que la jeunesse palestinienne, est plus que jamais animée par ses idéaux de justice et de liberté.

Cette volonté est renforcée aujourd’hui par un vent de liberté qui souffle sur le monde Arabe. La chute de régimes qui associèrent la répression contre leurs peuples à la manipulation et au musèlement de notre cause nous laisse entrevoir un horizon nouveau. Au détriment de leurs peuples, les tyrans dans la région ont bien souvent acheté la stabilité de leurs régimes dans la corruption, en se soumettant aux puissances impérialistes, ou en garantissant un soutien inconditionnel et en assurant la protection du seul régime colonial d’apartheid situé en plein cœur du monde arabe, Israël ! Ainsi ces révolutions arabes contribueront certainement à briser l’isolement délétère et asphyxiant dans lequel se trouvent les Palestiniens nous ouvrant ainsi de nouvelles perspectives dans la lutte pour la libération.

En tant que jeunes, Arabes et Palestiniens, nous saluons le courage et la détermination de ces soulèvements populaires qui ont réaffirmé le droit et la responsabilité pour tout peuple de déterminer son propre devenir. La GUPS – Union Générale des Etudiants de Palestine en France, rend ici hommage aux martyrs, aux prisonniers et à leurs familles, des révolutions arabes et palestinienne, ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué et contribuent encore à faire vivre cette cause juste au côté de notre peuple.

Nous le réaffirmons aujourd’hui, les compromis politiques imposés aux Palestiniens par l’occupant israélien et ses alliés ne sauront nous faire oublier nos aspirations au retour et à la libération de notre terre et de notre peuple. Les bantoustans et l’Etat palestinien fantoche promis en Cisjordanie, la prison à ciel ouvert de Gaza, la ségrégation subie par nos compatriotes palestiniens en Israël ou les camps de réfugiés et l’exil forcé, ne correspondent certainement pas au rêve palestinien d’une Palestine libre pour tous ses habitants.

A l’occasion de la journée de la Terre en Palestine, nous célébrerons ensemble cette volonté de résister et cet espoir de libération qui vit en chacun de nous, de Tunis au Caire, de Paris à Jérusalem.

Hassan el-Wazzan ou Léon l’Africain ?

Portrait d'un humaniste (Léon l'Africain à Rome) par Sebastian del Piombo

Portrait d'un humaniste (Léon l'Africain à Rome) par Sebastian del Piombo

« A l’époque où les oiseaux savaient parler, vivait une sorte de courageux oiseau dont l’intelligence était tout à fait remarquable. Il était unique par sa capacité à vivre à la fois sur terre, avec d’autres oiseaux, et dans la mer au milieu des poissons1. A cette époque, tous les oiseaux devaient payer un impôt à leur roi une fois par an. Notre petit oiseau était résolu à ne rien payer du tout. Et quand le roi lui envoya ses représentants pour collecter ses impôts, il s’envola et ne s’arrêta pas avant d’avoir atteint les profondeurs de la mer. Tous les poissons vinrent pour l’accueillir et le pressèrent de rapporter des nouvelles de la terre. Il leur raconta que la vie devint tristement injuste là-haut, depuis qu’un roi lâche avait tenté de l’écarteler, sans raison particulière, en dépit du fait que lui, pauvre petit oiseau était le meilleur de ses sujets. Il les pria de l’accepter en leur sein et leur promis de dire au monde que ces étrangers avaient été plus hospitalier que les siens. Les poissons le crurent et il vécu parmi eux une année entière. Toutefois, quand vint le moment pour le roi des poissons de collecter ses impôts, notre petit oiseau s’envola également et cherche refuge sur terre. Et ainsi, chaque fois que le collecteur des impôts du roi des oiseaux venait, il plongeait sous les eaux et à chaque fois que c’était le collecteur des impôts du roi des poissons, il se précipitait à la surface. »

Hassan al-Wazzan – Léon l’Africain – néé musulman andalou à Fès, vécu 10 ans et se convertit au christianisme à Rome, et mouru sujet ottoman musulman à Tunis. Il fut celui qui apporta notamment le savoir carthographique islamique aux chrétiens, savoir qui leur permit par la suite de « découvrir » puis de coloniser l’Afrique de l’Ouest.

  1. le poisson est un symbole du christianisme []

La triste et tragique condition de minorité visible

Pour parler de culture, quoi de mieux que de commencer par une chanson. Cartman de Southpark chante dans There is too many minorities : « Il y a trop de minorités [… ] C’était notre terre, notre rêve et ils ont tout pris . » Ce n’est pas du grand art, certes, mais c’est une parfaite illustration de l’idéologie De Souche. Ce que craint le plus cette idéologie, c’est que nous sortions de ce statut de minoritaire et que nous réclamions notre du. Elle s’imagine dominante parce que plus nombreuse. Elle croit sincèrement au titre de propriété racial, qu’elle s’est auto-attribuée sur la Terre.

Mais ce, en quoi elle n’a pas tort, c’est que, malheureusement, nous partageons son rêve. Rêve pour elle, réalité cauchemardesque pour nous ! Or un rêve ne part pas de rien, il s’ancre dans l’imaginaire d’une culture. Si notre imagination est enlisée, c’est surtout parce que nos cultures sont à genoux. Pour vivre nos propres rêves, il faut donc les relever !

La culture ne nous intéresse donc pas comme une couleur supplémentaire apportée à l’arc-en-ciel diversité. Elle nous intéresse par le potentiel de dignité qu’elle détient pour les indigènes. En ce qui nous concerne, c’est surtout l’indignité… Nos cultures sont infériorisées, minorisées, dominées et reléguées à la marge. Or nos cultures, qu’est-ce sinon nous-mêmes qui pratiquons, échangeons, créons ? Nous continuons à exister que parce que nos cultures existent. Sans culture propre nous ne pouvons exister que dans le regard de l’Autre, du dominant, du Blanc. Relever la dignité de nos cultures conduira à nous-relever nous-mêmes. C’est un problème lié à notre statut de dite « minorité visible ».

Le Noir est un grand enfant euhh... une minorité visible !

La condition de minorité visible, une infantilisation

Nous, originaires de l’immigration post-coloniale, avons été récemment affublés du sobriquet de minorités visibles. Popularisé par les dominants, le terme de minorité est comme un appel à la condescendance, lorsque l’on parle de nous comme de pauvres victimes. Mais c’est également un appel au contrôle étroit, lorsque nous sommes soupçonnés de communautarisme. Ce discours, les plus darwinisés d’entre nous, sont même, comme souvent, venus à le reprendre. A ceux qui sont comme hypnotisés par la magie du chiffre, j’aimerais qu’ils se réveillent. Parle-t-on de la minorité chômeur ? De la minorité étudiante ? De la minorité retraitée ? Pourtant ces groupes sociaux sont, on ne peut plus, minoritaires en nombres. Non, pour eux on ne parle pas de minorité, car ce terme de minorité ne sert à rien de plus qu’à parler des groupes sociaux dominés et marginalisés. A l’exception notable des enfants que l’on qualifie de mineurs. Mais au fond n’est-ce pas simplement qu’ils nous conçoivent comme de grands enfants, des mineurs à vie ? Le Noir est un grand enfant perturbateur, l’Arabe un assisté ingrat. Ce ne sont pas simplement des représentations coloniales, ce sont aussi les destins qui nous sont imposés. Le français De Souche, colon dans notre pays commun, endossant, lui, le rôle de l’adulte, de notre tuteur. Car en nous (dis)qualifiant de minoritaire, les De Souche s’autoproclament majoritaires affirmant ainsi leur domination et leur normalité. Inversement, nous les minoritaires sommes à la fois les dominés et les anormaux. L’anormalité nous relègue, nous et notre parole, à la marge, à la périphérie aussi bien spatialement dans la banlieue, que culturellement dans l’espace privée. Nous ne sommes pas les bienvenus dans la ville et dans l’espace public. Nulle part et à aucun moment, nous n’avons le pouvoir ou la capacité d’affirmer notre volonté sans, au préalable, obtenir l’autorisation du maître.

Vu à la TV

La condition de minorité visible, une forme de ségrégation culturelle

Nos cultures, toujours considérées soit comme exotiques et primitives, soit comme menaçantes et ostentatoires, sont les premières à en pâtir. Partout dans l’espace public, il nous est demandé, au nom de l’identité nationale, des valeurs républicaines, de l’identité nationale, de la laïcité, de l’universalisme républicain, du vivre ensemble contre le communautarisme ou même de la modernité émancipatrice, de bien vouloir laisser dans le domaine privé nos manières d’être et de penser. Seule une culture moderne, c-a-d blanco-europoéano-chrétienne, a pleinement droit de citer dans l’espace public. Sous couvert de distinction public-privé,, il s’agit d’une réelle ségrégation culturelle. A titre exceptionnel, ils exhibent de pâles imitations de nos cultures vidées de leurs substance, c’est-à-dire vidées de ce qui les rends vivantes : nous-mêmes. Une Afrique réinventée démontre, ainsi, par le burlesque et le grotesque, le sublime et le sérieux de leur modernité. Des figures fascinantes et menaçantes, fanatiques et décadentes, sont violemment projetées dans les téléviseurs des chaumières occidentales. Elles y apparaissent comme des irruptions intrusives et néfastes ou des exhibitions indécentes. L’Orient, sorte d’épouvantail par l’obscène et le nuisible, démontre ainsi le raisonnable et la bienveillance de l’Occident chevaleresque. Nos cultures ne servent alors qu’à produire le négatif de l’image idéal du Nous, moderne et occidental, comme sublime et sérieux, raisonnable et bienveillant. En refoulant sur nous ses angoisses les plus inavouables, nous ne sommes plus que sa transgression ou la monstruosité. C’est ainsi qu’ils légitiment la ségrégation culturelle dont nous sommes la cible.