El-Hajj Malik el-Shabazz et la famille traditionnelle
La récupération par Malcolm X de la famille hierarchique et genrée normativement arrive précisément à un moment où le mythe de la famille nucléaire Blanche est contesté par la contre-culture des années 60 et particulièrement par la contre-culture Blanche. Il voit la récupération de cette unité familiale conventionnelle comme essentielle pour la survie et l’avancement des Noirs dans les ghettos des Etats-Unis. La récupération de la famille comme modèle pour les projets du nationalisme Noir a été vivement critiqué par les féministes Africaines-Américaines et les théoricien-ne-s queer. La légitimité de cette critique mise à part, la récupération par les muslims Noirs1 de la famille nucléaire a eu l’effet radical d’inverser la logique du mimétisme colonial. La construction de cette unité familiale au sein de la Nation of Islam, et la propagation par Malcolm X de cette unité familiale dans toute la communauté Noire par ses prêches, coincide avec une anxiété croissante chez les Blancs Américains à propos de l’érosion de cette famille perçue comme élément fondateur de la nation Blanche. En effet, le succès de Nation of Islam dans la propagation de cette idée de la famille produit cette anxiété. Soudain, les familles de muslims Noirs apparaissent comme participant de cette ordre familial genré et structuré avec un plus grand succès que toutes les autres familles, Noires ou Blanches. Les muslims Noirs vivaient le mythe de la famille Américaine nucléaire, « plus encore ». Cette unité rationalisée et disciplinée de la reproduction économique et idéologique n’est dorénavant plus essentiellement Blanche.
- Black Muslims a été traduit en muslims Noirs suivant les commentaires suivant de Malcolm X lui-même : Here in America the word « Muslim » is westernized or anglicized and pronounced « Moslem. » Muslim and Moslem are actually the same word. The true believers in Allah call themselves Muslims, but the nonbelieving infidels refer to Muslims as Moslems or Muhammadans. L’appellation musulmans semblant être la traduction la plus proche du terme moslems, il ne m’est pas apparu judicieux de la conserver. [↩]
Articles similaires
Chacun est tenu de désobéir aux lois injustes.

Une loi juste est une prescription établie par l'homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu. Une loi injuste est une prescription qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale.
Devinez de qui est la citation accompagnant l’illustration ci-haut et le texte suivant ? :
- d’un islamiste, tendance frère musulman double-langage, voulant appliquer la Chariaah ?
- d’un militant non-violent pro-américain pour l’égalité et l’intégration ?
- d’un leader communautariste bafouant ostensiblement la laïcité et la République ?
« Comment pouvez-vous recommander de violer certaines lois et d’en respecter certaines autres ? » La réponse repose sur le fait qu’il existe deux catégories de lois : celles qui sont justes et celles qui sont injustes. Je suis le premier à prêcher l’obéissance aux lois justes. L’obéissance aux lois justes n’est pas seulement un devoir juridique, c’est aussi un devoir moral. Inversement, chacun est tenu de désobéir aux lois injustes. J’abonderais dans le sens de saint Augustin pour qui « une loi injuste n’est pas une loi ».
Comment déterminer si une loi est juste ou injuste ? Une loi juste est une prescription établie par l’homme en conformité avec la loi morale ou la loi de Dieu. Une loi injuste est une prescription qui ne se trouve pas en harmonie avec la loi morale. Pour le dire dans les termes qu’emploie saint Thomas d’Aquin, une loi injuste est une loi humaine qui ne plonge pas ses racines dans la loi naturelle et éternelle. Toute loi qui élève la personne humaine est juste. Toute loi qui la dégrade est injuste.
[...]
Une prescription que la majorité impose à la minorité sans s’y soumettre elle-même est une loi injuste. Elle établit l’inégalité devant la loi. À l’inverse, une prescription que la majorité impose à la minorité mais qu’elle est disposée à respecter elle-même est une loi juste. Elle établit l’égalité devant la loi. Ajoutons-y une autre explication. Une prescription imposée à la minorité qui n’a pris aucune part à son élaboration ou à sa promulgation, faute de disposer du droit de voter librement, est une loi injuste.
Martin Luther King, Lettre de la geôle de Birmingham, 1963
Le fameux militant non-violent pour l’égalité et l’intégration…
Articles similaires
Rééducation des corps. Leçon 2 : le mimétisme
«Le mimétisme colonial est le désir d’un Autre réformé, reconnaissable, comme sujet d’une différence qui est presque le même, mais pas tout à fait. Ce qui revient à dire que le discours du mimétisme se construit autour d’une ambivalence ; pour être efficace, le mimétisme doit sans cesse produire son glissement, son excès, sa différence. L’autorité de ce mode de discours colonial que j’ai appelé mimétisme est donc frappé d’une indétermination : le mimétisme émerge comme la représentation d’une différence qui est elle-même un processus de déni. Le mimétisme est ainsi le signe d’une double articulation ; une stratégie complexe de réforme, de régulation et de discipline, qui « s’approprie » l’Autre au moment où elle visualise le pouvoir. »
Homi Bhabha, Les lieux de la culture, Payot, 2007, p. 144.



