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	<description>politique {émancipation, oppression, colonisés, subalternes}, arts {cinéma, musique, théâtre, littérature}</description>
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		<title>Frantz Omar Fanon et le racisme colonial</title>
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		<pubDate>Sun, 22 Apr 2012 11:12:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La racisme est une production de l’ère coloniale or nous avons tous appris sur les bancs de l’école Républicaine que le colonialisme a pris fin avec les indépendances nationales. De la même manière son corollaire la race nous apparaît comme absurde depuis que nous avons appris qu’il n’y a qu’une race : la race humaine. Et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">La racisme est une production de l’ère coloniale or nous avons tous appris sur les bancs de l’école Républicaine que le colonialisme a pris fin avec les indépendances nationales. De la même manière son corollaire la race nous apparaît comme absurde depuis que nous avons appris qu’il n’y a qu’une race : la race humaine. Et pourtant le racisme perdure. Pourquoi ? Et surtout, pourquoi mobiliser Frantz Fanon ici et maintenant pour y répondre ?</p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Partir de Fanon ne s’explique que si l’on prend comme postulat spatial et temporel que le colonialisme ne s’est pas déroulé seulement dans les colonies, mais également en métropole et qu’il ne s’est pas terminé avec les indépendances nationales. Il y a donc une actualité de la question coloniale en France métropolitaine. Si nous prenons au sérieux l&#8217;hypothèse de la continuité coloniale de cette société, nous devons analyser le racisme à travers les théories critiques du racisme colonial français. Frantz Fanon représente l’auteur phare de ces critiques.</p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Né à Fort-de-France, en Martinique, colonie française des Antilles, le 20 juillet 1925 d&#8217;un couple «sang mêlé» aisé dont il est cependant un enfant illégitime. Frantz est le plus noir de ses 8 frères et sœurs dans un pays où le colorisme règne : le statut social dépend de la blanchitude relative entre noirs. Au lycée son professeur, mentor, et bientôt ami se nommera Aimé Césaire. Durant la seconde guerre mondiale, il se porte volontaire pour combattre le nazisme et libérer la France dans les rangs des Forces Françaises Libres. Comme beaucoup de soldats coloniaux, il ressort déçu de cette lutte dont il espérait probablement qu’elle débouche à la l’émancipation des colonies. Il dira suite à cet engagement : <em>« Si je ne retournais pas, si vous appreniez un jour ma mort face à l’ennemi, consolez-vous, mais ne dites jamais : il est mort pour la cause. Dites : Dieu l’a rappelé à lui ; car cette fausse idéologie, bouclier des laïciens et des politiciens imbéciles ne doit plus nous illuminer. Je me suis trompé ! Rien ici, rien qui justifie cette subite décision de me faire le défenseur des intérêts du fermier quand lui-même s’en fout. »</em><em> </em>((Actes du Mémorial Frantz Fanon de 1982, Frantz Fanon, éd. Présence Africaine, 1984., 1945, p. 269)). Son propre engagement dépendra désormais de la lutte réelle des principaux concernés. En 47, il s&#8217;inscrit à la faculté de médecine de Lyon et se spécialise en psychiatrie. C&#8217;est alors qu&#8217;il s&#8217;engage dans la rédaction de sa thèse, Essai sur la désaliénation des Noirs, surtout connu sous le nom qui lui fut imposé par l&#8217;éditeur : Peau noire, masques blancs. Thèse qui lui fut refusé à l’université pour des raisons de censure politique.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Colonisé</h3>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">En 1953, il est nommé médecin-chef de l&#8217;hôpital de Blida en Algérie où il passera trois ans à soigner des malades mentaux dans le contexte de la guerre de libération nationale. Il y combattra les thèses imputant la folie des indigènes à leur biologie ou leur culture. Son analyse c’est qu’elle provient avant tout de la situation coloniale. Il adhère au Front de Libération Nationale (FLN), dont il deviendra un cadre dirigeant, en 1957, et démissionne de son poste de médecin-chef en 1956 pour se rendre à Tunis et s&#8217;engager plus avant dans le combat. En 1960, au moment où il rédige son grand livre, Les Damnés de la Terre, le plus beau manifeste de la révolte anticoloniale, il se sait atteint d&#8217;une leucémie. Il meurt en décembre 1961 à l&#8217;âge de 36 ans. Fanon n&#8217;est pas un musulman, condition religieuse de l&#8217;indigénat en Algérie. C&#8217;est en tant que Martiniquais Noir qu&#8217;il est colonisé. Cadre dirigeant du FLN, Fanon est un colonisé de l&#8217;Empire Français qui le combattra dans sa plus grande colonie de peuplement : l&#8217;Algérie. Il adoptera le prénom de mujahid d’Omar. Mujahid est le terme islamique désignant les militants de la Révolution algérienne comme le nom de la revue du FLN qu’il dirigera. C&#8217;est de sa position de colonisé qu&#8217;il parlera du racisme comme d’un rapport colonial de race.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Racisme et Culture</h3>
<p><iframe width="425" height="319"	frameborder="0" marginheight ="0" marginwidth="0" scrolling ="no" src="http://www.ina.fr/video/embed/PH909013001/921388/49a7de1d26f96e6eb10ea67645b47f16/425/319/0" ></iframe></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">C’est à partir de sa participation au Congrès des écrivains et artistes noirs où sa présentation s&#8217;intitule <a href="http://www.ina.fr/audio/PH909013001/conference-de-frantz-fanon-au-congres-des-ecrivains-et-artistes-noirs.fr.html">&laquo;&nbsp;Racisme et Culture&nbsp;&raquo; (publié dans Présence Africaine, juin 1956)</a>. que nous tirerons quelques enseignements sur le racisme. Ce texte est publié dans <em>Frantz Fanon, Racisme et culture in Pour la révolution africaine, Paris, La Découverte et Syros, 2001, p.41.</em></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY"><a class="wpaudio" href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/04/racisme-structure-fanon.mp3">Frantz Fanon &#8211; Structure</a></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Pour Fanon le racisme n’est pas une maladie mais une structure coloniale, calqué dans sa forme islamophobe sur le conflit des Croisades, réifiant le colonisé et l’aliénant par une mystification verbale afin de lui faire accepter sa condition en cooptant une partie d’entre eux.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Pas une maladie, une Structure, Coloniale</h3>
<p><a class="wpaudio" href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/04/racisme-tare-esprit-abandon.mp3">Frantz Fanon &#8211; Abandon du racisme tare de l&#8217;esprit</a></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Fanon ramène le racisme à une structure, le colonial, et donc, dans le cas des colonisés à un système : le colonialisme. Il veut dépasser l’idée du racisme comme maladie où les seuls vrais racistes seraient les méchants, agressifs, ignorants, frustrés. Il l’élargit à l’ensemble du groupe colonial dominant et à la partie aliénée des colonisés.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Objectivation</h3>
<p><a class="wpaudio" href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/04/racisme-objectivation.mp3">Frantz Fanon &#8211; Objectivation</a></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Pour Fanon l&#8217;objectif du racisme n&#8217;est pas l&#8217;extermination mais <em>« l&#8217;oppression systématisée d&#8217;un peuple »</em>, l&#8217;étude du racisme recoupant celle du comportement du <em>« peuple qui opprime ». </em>Ce comportement veut plutôt provoquer <em>« agonie continuée qu&#8217;une disparition totale de la culture pré-existante »</em>. Par agonie constituée, ou momification, il entend un maintien dans une forme rigide et invariable de la culture du colonisé qui n&#8217;est pas la culture pré-coloniale mais sa caricature. Il s&#8217;agit donc d&#8217;une culture fondée sur ses traits tels que le colonisateur les observe, de faire correspondre à la culture du colonisé, la vision orientaliste qu&#8217;en a le colonisateur. L&#8217;objectif de cette démarche relève de la tentative d&#8217;objectiver, d&#8217;encapsuler, d&#8217;emprisonner, d&#8217;enkyster la culture du colonisé de façon à pouvoir permettre au colon, le dominant dans le système racial, à prédire le comportement du colonisé et à l&#8217;identifier. La racisme relève également du maintien dans le stéréotype, dans la confirmation du préjugé.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Croix contre Croissant</h3>
<p><a class="wpaudio" href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/04/racisme-valeurs-occidentales.mp3">Frantz Fanon &#8211; Valeurs Occidentales</a></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Mais il faut aussi comprendre le racisme comme dynamique, car le produit de la société coloniale. A mesure des résistances au colonialisme, le racisme biologique se mue en racisme culturel. Fanon ne nie pas la persistance de ce qu&#8217;il nomme <em>« l&#8217;équation morphologique »</em> mais la défaite du nazisme, les luttes des colonisés, la prise de conscience des travailleurs des pays colonisateurs amène le racisme à se reformuler.</p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Fanon propose de façon fort originale la possibilité, de fait, d&#8217;une racialisation tenant des habitudes, traditions, rites, croyances, visions du monde d&#8217;un groupe social. Ce qu&#8217;il résume par <em>« forme d&#8217;exister »</em> ou de façon plus précise <em>« des valeurs culturelles, des modalités d&#8217;existence »</em>. Fanon le présente comme un <em>comportement</em> se matérialisant dans la critique <em>« d&#8217;un chapeau original, d&#8217;une façon de parler, de marcher »</em>. La racialisation constitue des groupes raciaux de la même façon que peuvent se constituer des classes.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Mystification verbale</h3>
<p><a class="wpaudio" href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/04/mystification-verbale.mp3">Frantz Fanon &#8211; Mystification verbale</a></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Par ailleurs les luttes des colonisés font sentir le raciste coupable et l’amène à tenter une autre stratégie. Celle de produire le consentement chez le ou la colonisé-e ou racisé-e (celui ou celle qui existe d’abord publiquement en fonction de sa « race »). Pour Fanon, il s&#8217;agit également de rechercher <em>les répercussions du racisme à tous les niveaux de sociabilité </em>et en particulier ce qui relève de la <em>mystification verbale</em>, mais également les actions d&#8217;adhésion, de collaboration du colonisé à sa propre exploitation. Il me semble également que nous devons penser le racisme sans consentement, et celui qui mystifie comme pouvant coexister dans une même société et dépendant des groupes sociaux en présence. S&#8217;il s&#8217;agit des fractions inférieures des groupes racisés ou de la fraction supérieure ou collaboratrice comme la décrit Fanon.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Aliénation</h3>
<p><a class="wpaudio" href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/04/alienation.mp3">Frantz Fanon &#8211; Aliénation</a></p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">A cette racialisation figeant le racisé s&#8217;ajoute une déracialisation paradoxale. Pour légitimer sa domination alors même que le racisme est disqualifié, le colon se nie en tant que race. Seul le groupe colonisé apparaît comme racialisé. C&#8217;est pourquoi, il me semble, important de persister à l&#8217;emploi de deux termes différentes pour décrire les groupes raciaux qualifiés de racialisés, et les groupes dominés rendus racialement visibles : les racisés. Fanon décrit également les stratégies du groupe racisé. Probablement en référence à la situation martiniquaise, Fanon décrit l&#8217;assimilation comme stratégie du groupe racisé essayant <em>« d&#8217;imiter l&#8217;oppresseur et par là de se déracialiser. La « race inférieure » se nie en tant que race différente. Elle partage avec « la race supérieure » les convictions, doctrines et autres attendus la concernant. » </em>Il rend ainsi problématique la thématique même de la racialisation, perçu nécessairement comme un mal, et la déracialisation comme un bien, alors même que la déracialisation fait partie intégrante du racisme tout comme la racialisation. La déracialisation du groupe dominant par lui-même est une mystification. La stratégie de déracialisation d&#8217;individus du groupe racisé renforçant la supériorité de la culture dominante puisqu&#8217;il s&#8217;agit <em>« d&#8217;une condamnation irréversible de son style culturel propre »</em> lorsque l&#8217;opprimé proclame son adhésion totale et inconditionnelle aux modèles culturels dominants.</p>
<h3 lang="fr-FR" align="LEFT">Conclusion</h3>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Le racisme pensé par Fanon nous permet de comprendre que la racialisation, le fait d’assigner ou de se revendiquer d’une « race », comme la déracialisation, le fait de refuser de reconnaître ou de s’identifier à une « race », sont les deux faces du même phénomène. Son approche est également originale dans la manière de penser comme le racisme et le colonialisme comme allant de pair, et évoluant l&#8217;un avec l&#8217;autre.</p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Le décalage qu&#8217;il réalise du morphologique vers le culturel, vers la forme d&#8217;exister, devrait nous interpeller sur ce qui est désormais qualifier comme le nouveau racisme, probablement à tort.</p>
<p lang="fr-FR" align="JUSTIFY">Nous avons notamment pu voir comment un racisme sans race peut exister, (les races ça n’existe pas, il n’y a qu’une race, la race humaine) et permettre au colonialisme de continuer à exploiter et opprimer les colonisés en désarmant leurs résistances en les invitant à se nier comme race pour échapper à leurs conditions&#8230; La question de se présenter ou non de façon universelle ou particulière pour mettre fin au racisme est d’abord une question de stratégie de lutte contre le colonialisme.</p>
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		<title>Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 19:51:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tout d&#8217;abord, il faut noter que Malcolm X n&#8217;ignorait en rien la théorie de la non-violence puisque durant son séjour en prison, il en a profité pour lire notamment Thoreau1. Le penseur de la non-violence aux USA. Mais dans le même temps, il s&#8217;était enquis de l&#8217;histoire des noirs aux USA, et notamment celle du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span id="more-1169"></span>Tout d&#8217;abord, il faut noter que Malcolm X n&#8217;ignorait en rien la théorie de la non-violence puisque durant son séjour en prison, il en a profité pour lire notamment Thoreau<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_0_1169" id="identifier_0_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 134">1</a></sup>. Le penseur de la non-violence aux USA. Mais dans le même temps, il s&#8217;était enquis de l&#8217;histoire des noirs aux USA, et notamment celle du pasteur Nat Turner qu&#8217;il utilise pour envoyer une pique au pasteur King :</p>
<blockquote><p>Je découvris le pasteur noir Nat Turner qui avait fait naître la terreur de Dieu dans le cœur des maîtres blancs. Il n&#8217;était pas de ceux qui prêchent la résignation et la liberté par la « non-violence ».<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_1_1169" id="identifier_1_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 159">2</a></sup></p></blockquote>
<h3>La nécessité de l&#8217;auto-défense</h3>
<p>Pour Malcolm X, s&#8217;il faut parler de violence c&#8217;est exclusivement celle des suprématistes blancs. De ce fait, la stratégie de l&#8217;auto-défense s&#8217;impose pour s&#8217;en débarrasser. Celle de la non-violence s&#8217;attaquant principalement à la violence de l&#8217;oppressé n&#8217;a pour lui pas de sens :</p>
<blockquote><p>Je ne crois pas en la violence, c&#8217;est pourquoi je veux y mettre fin. Vous ne parviendrez pas à y mettre fin au moyen de l&#8217;amour, de l&#8217;amour des choses d&#8217;ici bas. Non ! Tout ce que nous demandons, c&#8217;est une vigoureuse action auto-défensive que nous nous sentons en droit de susciter par n&#8217;importe quel moyen.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_2_1169" id="identifier_2_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s l&amp;#8217;attentat&nbsp;: Je ne suis pas raciste&amp;#8230; ,13 f&eacute;vrier 1965">3</a></sup></p></blockquote>
<p>Malcolm défend l&#8217;idée de l&#8217;auto-défense au nom de l&#8217;égalité. Si eux utilisent la violence, alors nous devons répondre par la violence dit-il en somme :</p>
<blockquote><p>Moi-même, je serais partisan de la non-violence si c&#8217;était logique, si tout le monde devait être non violent tout le temps. Je dirais : « D&#8217;accord, allons-y, soyons tous non violents. » Mais je n&#8217;accepte aucune sorte de non-violence tant que tout le monde ne se rallie pas à la non-violence.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_3_1169" id="identifier_3_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 d&eacute;cembre 1964">4</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Puisque nous sommes américains, à ce qu&#8217;on nous dit, eh bien ! Nous agirons à l&#8217;américaine : nous écraserons tout ce qui nous fait obstacle.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_4_1169" id="identifier_4_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">5</a></sup></p></blockquote>
<p>La rhétorique de l&#8217;auto-défense, comme manière de présenter l&#8217;usage de la violence contre l&#8217;agresseur, se construit également contre l&#8217;accusation de racisme à rebours qui l&#8217;attend au tournant, du fait de son passé chez NOI, clairement suprématiste noir :</p>
<blockquote><p>Pour moi, réagir avec violence au racisme blanc, ce n&#8217;est pas du racisme noir. Si vous venez me passer une corde au cou et que je vous pende pour cela, ce n&#8217;est pas du racisme. C&#8217;est votre attitude qui est raciste, mais ma réaction n&#8217;a rien à voir avec le racisme ; c&#8217;est la réaction d&#8217;un être humain qui cherche à se défendre et à se protéger.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_5_1169" id="identifier_5_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le pouvoir noir, Sur le racisme">6</a></sup></p></blockquote>
<h3>Une menace crédible</h3>
<p>Pour Malcolm X, les choses sont simples, la réussite de la libération des Noirs ne peut se faire qu&#8217;en usant de l&#8217;auto-défense, violence proportionnelle à l&#8217;agression. Le slogan <em>« par tous les moyens nécessaires »</em> est donc essentiellement une menace de réaction dont l&#8217;efficacité tient plus à sa crédibilité qu&#8217;à sa mise en œuvre :</p>
<blockquote><p>On obtient sa liberté en faisant savoir à l&#8217;ennemi que l&#8217;on est prêt à tout pour l&#8217;obtenir : alors, on devient libre, et alors seulement.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_6_1169" id="identifier_6_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 d&eacute;cembre 1964">7</a></sup></p></blockquote>
<p>Ce que confirme en filigrane cet extrait de l&#8217;appel aux Chefs d&#8217;États africains :</p>
<blockquote><p>Dorénavant, si nous devons de toute façon mourir, nous périrons en rendant coup pour coup et nous ne tomberons pas seuls. Nous entendons faire en sorte que nos oppresseurs racistes connaissent eux aussi le goût de la mort. Nous savons bien que les tentatives que nous ferons pour nous défendre en usant de représailles – en répondant à la violence par la violence, œil pour œil et dent pour dent – pourraient provoquer en Amérique un conflit racial de nature à se transformer sans difficultés en un conflit international qui opposerait les races dans une guerre sanglante et violente. Dans l&#8217;intérêt de la paix et de la sécurité du monde, nous supplions les chefs des États africains indépendants de recommander que la Commission des Droits de l&#8217;Homme de l&#8217;O.N.U procède immédiatement à une enquête sur notre problème<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_7_1169" id="identifier_7_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Appel aux chefs d&amp;#8217;Etats africains, 17 juillet 1964">8</a></sup></p></blockquote>
<p>Ou encore ces appel du pieds au gouvernement fédéral US :</p>
<blockquote><p>Puisque le gouvernement fédéral a montré que son intervention se limiterait à des paroles, c&#8217;est un devoir, notre devoir d&#8217;hommes, d&#8217;êtres humains, notre devoir envers les nôtres, que de nous organiser et de faire savoir au gouvernement que s&#8217;il ne met pas un terme aux activistes du Klan, nous y mettrons fin nous-mêmes. C&#8217;est alors que vous verrez le gouvernement chercher remède à la situation. Mais n&#8217;allez pas vous imaginer qu&#8217;il agira pour un quelconque motif moral.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_8_1169" id="identifier_8_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s l&amp;#8217;attentat&nbsp;: Je ne suis pas raciste&amp;#8230; ,13 f&eacute;vrier 1965">9</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Par conséquent, si les serpents ne veulent pas qu&#8217;on leur donne la chasse à tous sans discrimination, je leur conseille de s&#8217;entendre pour nettoyer la maison reptilienne.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_9_1169" id="identifier_9_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">10</a></sup></p></blockquote>
<p>Et finalement ces appels à l&#8217;auto-défense contre ceux perpétrant des exactions racistes :</p>
<blockquote><p>Vous pouvez faire savoir à ces porteurs de cagoules que dorénavant, lorsqu&#8217;ils se mettront à tuer des noirs innocents, nous pensons qu&#8217;il faut leur répondre du tac au tac.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_10_1169" id="identifier_10_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">11</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>On nous a assassiné trois des nôtres et la tête de l&#8217;assassin n&#8217;a pas été mise à prix. Ne vous contentez pas d&#8217;une mise à prix, dites qu&#8217;il vous le faut « mort ou vif ». Que le Klan sache que nous pouvons rendre coup pour coup, oui, coup pour coup. A bon chat, bon rat.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_11_1169" id="identifier_11_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">12</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Si l&#8217;agitation raciste que vous menez en ce moment contre les nôtres dans l&#8217;Alabama entraîne un dommage physique pour le pasteur King ou pour l&#8217;un quelconque des noirs américains qui ne font que chercher à jouir de leurs droits d&#8217;hommes libres, vous subirez, vous et vos amis du Ku Klux Klan, le maximum de représailles physiques de la main de ceux d&#8217;entre nous qui ne sont pas liés et désarmés par la doctrine de la non violence, et qui pensent que nous devons affirmer notre droit à l&#8217;auto-défense – par tous les moyens.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_12_1169" id="identifier_12_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s la tentative d&amp;#8217;assassinat &agrave; l&amp;#8217;encontre de MLK, 24 janvier 1965">13</a></sup></p></blockquote>
<p>Dans son autobiographie, on voit comment Malcolm X développe une réflexion systémique sur comment obtenir ce que l&#8217;on désire. La famille jouant chez lui un rôle de puissante parabole, chacune des anecdotes qu&#8217;il cite est source d&#8217;enseignement de sa part :</p>
<blockquote><p>Je me souviens très bien que ma mère me demandait pourquoi je n&#8217;étais pas sage comme Wilfred, mais je pensais à part, moi, que Wilfred, si gentil et si doux, restait souvent sur sa faim. Je compris donc assez vite que, si l&#8217;on veut obtenir quelque chose, il vaut mieux faire du bruit.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_13_1169" id="identifier_13_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 31">14</a></sup></p></blockquote>
<p>Ainsi, ce n&#8217;est pas tant la violence mais faire du bruit qui, à son sens, permet d&#8217;obtenir quelque chose. La menace de violence tient le rôle clef plus encore que la violence elle-même. Mais cette violence, il la limite. En aucune façon, elle ne pourrait se retourner contre les noirs eux-mêmes, sa famille, ce que nous pouvons comprendre, notamment, par cette parabole sur sa mère :</p>
<blockquote><p>Quand elle apprenait que j&#8217;avais maraudé, elle me donnait le fouet, et moi j&#8217;essayais de donner l&#8217;alarme en hurlant. Une chose dont j&#8217;ai toujours été fier c&#8217;est que je n&#8217;ai jamais levé la main sur ma mère.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_14_1169" id="identifier_14_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 40">15</a></sup></p></blockquote>
<p>Malcolm s&#8217;emploiera à mettre en exergue l&#8217;iniquité de traitement entre la violence raciste contre les noirs et la défense des noirs.</p>
<blockquote><p>Quand on lynche, quand on tue de sang-froid un Noir, on dit toujours : « Ça s&#8217;arrangera . » La constitution autorise le port d&#8217;arme, et les Blancs en profitent. Mais si les Noirs s&#8217;avisent d&#8217;en faire autant, c&#8217;est « très mauvais signe ».<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_15_1169" id="identifier_15_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 288">16</a></sup></p></blockquote>
<h3>Non-violence contre-productive</h3>
<p>Mettant en avant la justice avant tout et faisant découler les moyens nécessaires, il dénonce comme criminelle la doctrine de la non-violence dans sa compréhension dominante :</p>
<blockquote><p>On m&#8217;appelait « le Noir en colère numéro un. » Je ne désavouais pas ce titre. Je disais exactement ce que je pensais. « Je crois à la colère. La Bible dit qu&#8217;il y a un temps pour la colère. » Quand on m&#8217;accusait d&#8217; « incitation à la violence », je répondais : « C&#8217;est faux. Je ne suis pas pour la violence gratuite. Je suis pour la justice. J&#8217;estime que si des Noirs attaquent des Blancs, et si les forces de l&#8217;ordre s&#8217;avèrent incapables de les protéger alors les Blancs ont le droit de se défendre, au besoin par les armes. Et si la loi ne parvient pas à protéger les Noirs contre l&#8217;agression des Blancs, les Noirs doivent prendre les armes, s&#8217;il le faut, pour se défendre. » « Malcolm X veut armer les Noirs! » titrèrent aussitôt les journaux. Eh bien ! J&#8217;estime que quiconque se laisse brutaliser sans rien faire pour se défendre est un criminel. Si c&#8217;est ainsi qu&#8217;on interprète la philosophie chrétienne, si c&#8217;est cela qu&#8217;enseigne Gandhi, alors je dirai que ce sont là des doctrines criminelles.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_16_1169" id="identifier_16_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 292-293">17</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Pour ce qui est de la non-violence, il est criminel d&#8217;apprendre à un homme à ne pas se défendre lorsqu&#8217;il est constamment en butte à des agressions violentes. Il est légal et licite de détenir un fusil ou une carabine. Nous pensons qu&#8217;il faut respecter les lois.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_17_1169" id="identifier_17_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, D&eacute;claration d&amp;#8217;ind&eacute;pendance, 12 mars 1963">18</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Je ne suis pas pour quiconque me dit de tendre l&#8217;autre joue lorsqu&#8217;un racisme me décroche la mâchoire. Je ne suis pas pour quiconque dit aux noirs d&#8217;être non-violents, tandis que personne ne dit aux blancs de l&#8217;être.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_18_1169" id="identifier_18_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">19</a></sup></p></blockquote>
<p>C&#8217;est au nom de l&#8217;égale condition d&#8217;humain des noirs que Malcolm X défend pour eux le droit de recourir aux mêmes méthodes que tous les autres peuples européens. C&#8217;est également parce qu&#8217;il estime que la stratégie de non-violence ne fait que repousser dans le temps la résolution du problème des noirs qu&#8217;il exige que le problème soit réglé immédiatement par l&#8217;auto-défense.</p>
<blockquote><p>Je suis pour la violence, si la non-violence ne nous conduit qu&#8217;à ajourner indéfiniment la solution du problème noir, sous prétexte d&#8217;éviter la violence. Je suis contre la non-violence si elle signifie le renvoi de la solution aux calendes grecques. Si, pour faire reconnaître ses droits d&#8217;être humain, le Noir américain n&#8217;a de recours que la violence, alors je suis pour la violence comme le seraient, et vous le savez très bien, les Irlandais, les Polonais ou les Juifs qui feraient l&#8217;objet d&#8217;une discrimination flagrante. Je serais, comme eux, pour la violence quelles qu&#8217;en soient les conséquences et quelles qu&#8217;en soient les victimes.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_19_1169" id="identifier_19_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 293">20</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Je prétends qu&#8217;un noir est en droit, pour conquérir sa liberté, de faire tout ce que d&#8217;autres hommes ont dû faire pour conquérir la leur. Je prétends que nous n&#8217;obtiendrons jamais notre liberté, vous et moi, par la non-violence, la patience et l&#8217;amour.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_20_1169" id="identifier_20_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">21</a></sup></p></blockquote>
<p>Plus grave encore pour Malcolm X, c&#8217;est l&#8217;inefficacité du mouvement pour les droits civiques. Il faut rappeler qu&#8217;il a commencé en 1955, et que jusqu&#8217;en 1964, les droits civiques ne sont toujours pas accordés.</p>
<blockquote><p>Monsieur, j&#8217;éprouve beaucoup de respect et d&#8217;admiration pour un homme qui a l&#8217;audace de se lier lui-même les mains pour aller ensuite subir les violences d&#8217;une brute. Je suis bien obligé de le respecter, puisqu&#8217;il fait une chose que je ne comprends pas.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_21_1169" id="identifier_21_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avis &agrave; un chaud partisan de la non-violence">22</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Je ne crois pas en la violence, c&#8217;est pourquoi je veux y mettre fin. Vous ne parviendrez pas à y mettre fin au moyen de l&#8217;amour, de l&#8217;amour des choses d&#8217;ici bas. Non ! Tout ce que nous demandons, c&#8217;est une vigoureuse action auto-défensive que nous nous sentons en droit de susciter par n&#8217;importe quel moyen.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_22_1169" id="identifier_22_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s l&amp;#8217;attentat&nbsp;: Je ne suis pas raciste&amp;#8230; ,13 f&eacute;vrier 1965">23</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Ce que je dis, sans chercher à condamner le C.O.F.O. ou le S.N.C.C (je connais trop de militants de cette organisation, des gens courageux, étudiants et adultes) c&#8217;est que, puisque votre méthode est, comme vous dites, « tactique » : une méthode tactique doit permettre d&#8217;obtenir certains résultats. Elle doit vous permettre de rester en vie. Elle doit avoir pour but de vous assurer la victoire. Eh bien, nous ne pouvons pas dire qu&#8217;une victoire ait été remportée. Nous ne pouvons pas dire que cette méthode maintienne les gens en vie&#8230; Je ne vous critique ni ne vous condamne, mais je mets en doute la valeur de votre tactique.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_23_1169" id="identifier_23_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avis &agrave; un chaud partisan de la non-violence">24</a></sup></p></blockquote>
<h3>Les causes de l&#8217;hégémonie de la non-violence</h3>
<p>Le problème de Malcolm X n&#8217;est donc pas tant le mouvement des droits civiques que sa direction prônant la non-violence, quelquefois en contradiction avec sa base. Si elle est contreproductive, rejetée par une partie importante de sa base, l&#8217;on peut se demander pourquoi elle reste hégémonique. Il identifie trois causes de cette domination de l&#8217;hégémonie non-violente : une direction intégrationniste, une presse partisane et la présence de libéraux blancs.</p>
<p>Le fait de chercher à avoir une bonne réputation, de donner une bonne image, d&#8217;éviter d&#8217;être blessé, et de ne pas se donner les moyens que les racistes utilisent sont à son sens les trois fautes des leaders noirs intégrationnistes du mouvement des droits civiques :</p>
<blockquote><p>[Nos dirigeants] nous disent toujours que nous sommes battus d&#8217;avance, que nous devons agir de façon non-violente et prudente si nous ne voulons pas être blessés ou anéantis. Mais nous ne marchons pas.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_24_1169" id="identifier_24_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">25</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Si les dirigeants du mouvement non violent peuvent aller dans la communauté blanche enseigner la non-violence, fort bien, je suis d&#8217;accord. Mais tant qu&#8217;ils se borneront à enseigner la non-violence dans la seule communauté noire, nous ne pourrons être d&#8217;accord. (…) Si les noirs doivent être les seuls à pratiquer la non-violence, ce n&#8217;est pas équitable. C&#8217;est renoncer à la vigilance. C&#8217;est en fait nous désarmer et nous priver nous-mêmes de toute défense&#8230;</p></blockquote>
<blockquote><p>Nul de ceux qui veulent avoir bonne réputation ne sera jamais libre. Ce genre de réputation ne vous donne pas la liberté. Il faut tenir quelque chose à la main et dire : « Ce sera toi ou ce sera moi, mais l&#8217;un de nous deux y restera ». Je vous assure qu&#8217;alors « l&#8217;homme » vous donnera votre liberté. Il dira : « Mais, c&#8217;est qu&#8217;il le ferait ! » J&#8217;ai dit qu&#8217;il fallait tenir quelque chose à la main – je ne préciserai pas ce que j&#8217;entends par là. Ce n&#8217;est pas à une banane que je pense.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_25_1169" id="identifier_25_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">26</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Or, maintenant que vient l&#8217;heure de notre libération, voilà que vous cherchez au fond du sac, dans l&#8217;espoir d&#8217;y trouver des non-violents, des pacifiques, des hommes durs à la souffrance qui pratiquent le pardon des offenses. Ce n&#8217;est pas cela que je cherche.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_26_1169" id="identifier_26_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avec le salut de Che Guevara, 13 d&eacute;cembre 1964">27</a></sup></p></blockquote>
<p>La deuxième cause de la domination de la stratégie non-violente selon lui relève de la presse. Il faut noter que Malcolm X fut le fondateur du journal <em>Muhammad speaks</em> au sein de Nation of Islam, et qu&#8217;il vit ce média qu&#8217;il avait fondé devenir son pire ennemi. Il a donc une conscience aigüe du pouvoir de la presse. La presse participerait à l&#8217;aliénation des Africains-américains en leur faisant admettre l&#8217;idéologie raciste :</p>
<blockquote><p>C&#8217;est le rôle de la presse, de cette presse irresponsable : faire passer l&#8217;assassin pour la victime et la victime pour l&#8217;assassin. Si vous n&#8217;y prenez pas garde, les journaux vous feront haïr les opprimés et aimer les oppresseurs. Si vous n&#8217;y prenez pas garde, ils vous arrive ce que j&#8217;ai vu arriver à certains d&#8217;entre vous : vous tombez dans le piège, vous vous haïssez vous-mêmes et vous aimez cet homme [blanc] qui vous fait mener une vie infernale. Vous laissez cet homme-là vous amener, par ses manœuvres, à penser que vous avez tort de lui faire la guerre lorsqu&#8217;il vous fait la guerre. Il vous fait la guerre le matin, et le midi, et le soir, tout le temps et vous persistez à croire que vous auriez tort de lui rendre coup pour coup. Pourquoi ? À cause de la presse. Des journaux qui vous donnent tort. Tant que vous prenez des raclées, vous êtes des types bien. Tant que vous vous faites casser la gueule, vous êtes des types bien. Tant que vous vous laissez attaquer par ses chiens, vous êtes des types bien. À cause de cette presse qui fabrique des images de vous. Cela est dangereux si vous ne vous en gardez pas : la presse vous fera aimer l&#8217;assassin, ainsi que je vous le dis, et haïr la victime de l&#8217;assassin.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_27_1169" id="identifier_27_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avec le salut de Che Guevara, 13 d&eacute;cembre 1964">28</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Quand je dis que nous devons nous défendre contre la violence d&#8217;autrui, ils usent habilement de leur presse pour faire croire au monde que j&#8217;appelle à la violence, un point c&#8217;est tout. Je n&#8217;appellerais personne à la violence sans motif.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_28_1169" id="identifier_28_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s l&amp;#8217;attentat&nbsp;: Je ne suis pas raciste&amp;#8230; ,13 f&eacute;vrier 1965">29</a></sup></p></blockquote>
<p>Le troisième facteur de l&#8217;absence d&#8217;action directe et d&#8217;auto-défense dans le mouvement des droits civiques découle de la présence de libéraux blancs dans le mouvement. Il estime, en effet, que seul un groupe composé exclusivement de Noirs peut se départir de la stratégie de la non-violence :</p>
<blockquote><p>Vous remarquerez que la lutte de libération à laquelle participent les groupes intégrés se caractérise toujours essentiellement par la non-violence. Chaque fois qu&#8217;un groupe intégré se présente, c&#8217;est toujours sur la non-violence que l&#8217;accent est mis. L&#8217;étude de ces groupes intégrés démontre que les blancs qui s&#8217;engagent dans une action dont le succès est censé profiter aux noirs, sont ordinairement plus enclins à adopter une attitude non-violente. C&#8217;est cela qui suscite la défiance des noirs. Les groupes prêts à se battre ne sont habituellement pas intégrés.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_29_1169" id="identifier_29_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, L&amp;#8217;affaire du &laquo;&nbsp;gang de la haine&nbsp;&raquo; de Harlem. 29 mai 1964">30</a></sup></p></blockquote>
<div id="attachment_1220" class="wp-caption aligncenter" style="width: 465px"><a href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/02/muhammadmosqueletter.jpg"><img class=" wp-image-1220" title="muhammadmosqueletter" src="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/02/muhammadmosqueletter.jpg" alt="" width="455" height="770" /></a><p class="wp-caption-text">Lettre de Malcolm X invitant Martin Luther King, ou un des représentants du SCLC à une conférence amicale au nom de l&#39;unité noire. Source : The Martin Luther King, Jr Papers Project.</p></div>
<h3>La subversion des militants des droits civiques</h3>
<p>Malcolm mentionnera de façon explicite un des éléments les plus visuellement frappants de la violence policière contre le mouvement des droits civiques, les lâchers de chiens sur les manifestants. Il appellera à tuer ces chiens. Il est permis de comprendre l&#8217;appel au meurtre des serviteurs canins de la répression raciste blanche comme une volonté de voir l&#8217;homme noir se considérer comme humain en tuant le chien, serviteur de l&#8217;Homme Blanc. Pour se considérer comme humain, il serait nécessaire d&#8217;accomplir ce que le seul homme reconnu comme tel, l&#8217;Homme Blanc, se permet.</p>
<blockquote><p>Lorsque les nôtres sont mordus par des chiens, ils sont en droit d&#8217;abattre ces chiens. Nous devons être pacifiques et respecter les lois – mais le moment est venu, pour le noir américain, de recourir à l&#8217;auto-défense chaque fois qu&#8217;il est victime d&#8217;une agression injuste et illégale.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_30_1169" id="identifier_30_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, D&eacute;claration d&amp;#8217;ind&eacute;pendance, 12 mars 1963">31</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Lorsque vous manifestez contre la ségrégation et qu&#8217;un homme a l&#8217;audace de lancer sur vous un chien policier, abattez ce chien, tuez ce chien. Même s&#8217;ils doivent me jeter en prison demain, je vous dis de tuer-ce-chien. C&#8217;est ainsi que vous mettrez fin à cela.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_31_1169" id="identifier_31_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">32</a></sup></p></blockquote>
<p>Dans le même temps, il s&#8217;agit d&#8217;une tentative de subversion du mouvement des droits civiques lui-même en tentant d&#8217;y insérer des éléments de la stratégie de l&#8217;auto-défense. Il déclarera, par exemple :</p>
<blockquote><p>Je le déclare, il est temps que les noirs s&#8217;unissent pour mener ensemble l&#8217;action nécessaire pour leur arracher leurs cagoules, afin qu&#8217;ils cessent de faire peur aux nôtres. C&#8217;est tout. Lorsque nous disons cela, leur presse nous traite de « racistes à rebours ». « Ne combattez que dans le respect des règles fondamentales établies par ceux contre lesquels vous luttez. » C&#8217;est de la folie, mais cela montre comment ils font.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_32_1169" id="identifier_32_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s l&amp;#8217;attentat&nbsp;: Je ne suis pas raciste&amp;#8230; ,13 f&eacute;vrier 1965">33</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Je ne pense tout simplement pas que nous triompherons en chantant. Si vous vous procurez un 45 et que vous chantiez « We shall overcome », je suis avec vous.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_33_1169" id="identifier_33_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">34</a></sup></p></blockquote>
<p>Tentative qui avait déjà démarré en 1963. Malcolm X en tant que ministre du culte de la mosquée n°7 de Nation of Islam à New York avait invité Martin Luther King, ou un de ses représentants, à faire un discours sans qu&#8217;il puisse être contredit en expliquant la nécessité de l&#8217;unité face aux Blancs.</p>
<p>Puis, publiquement, à propos de la marche sur Washington, Malcolm déclarera :</p>
<blockquote><p>C&#8217;était la révolution. C&#8217;était la révolution noire. C&#8217;étaient les masses qui étaient dans la rue. Elles faisaient mortellement peur à l&#8217;homme blanc et aux organes du pouvoir blanc, à Washington, D.C ; j&#8217;y étais.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_34_1169" id="identifier_34_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Et d&amp;#8217;abord qu&amp;#8217;est-ce qu&amp;#8217;une r&eacute;volution, NOI, 9/10 novembre 1963">35</a></sup></p></blockquote>
<p>Il se fera plus précis dès 1963, dans le discours <em>The Ballot or the bullet, </em>le bulletin de vote ou le fusil où il évoque le processus de lutte enclenché par le COFO et le SNCC visant à inscrire les noirs sur les listes électorales :</p>
<blockquote><p>Ne gaspillez pas vos bulletins de vote. Un bulletin, c&#8217;est comme une balle. Ne votez pas tant que vous n&#8217;apercevrez pas de cible et si la cible est hors d&#8217;atteinte, gardez votre bulletin en poche.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_35_1169" id="identifier_35_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">36</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Nous collaborerons en tous lieux et en tous temps avec tous ceux qui veulent pour de bon s&#8217;attaquer de front à ce problème, de façon non-violente tant que l&#8217;ennemi est non-violent et de façon violente lorsqu&#8217;il recourt à la violence.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_36_1169" id="identifier_36_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">37</a></sup></p></blockquote>
<p>Il appelle ainsi, en même temps, à participer au mouvement des droits civiques, et à ne pas donner ses voix au parti Démocrate dans l&#8217;attente d&#8217;une offre politique adéquate. Le Mississipi Freedom Democratic Party, porté par le COFO, forma début 1964, une délégation intégrée du parti Démocrate dans le Sud souhaitant remplacer la délégation ségrégationniste existante. Est-ce l&#8217;offre politique qu&#8217;il attend ? Rien n&#8217;est moins sûr, puisqu&#8217;à son sens, le refus de se voir inscrire sur les listes électorales par des moyens non-violents appelle à une réaction violente :</p>
<blockquote><p>Eh bien, à supposer que vous ne deviez jamais me revoir, que je doive mourir demain matin, mes derniers mots seront : le bulletin de vote ou le fusil, le bulletin de vote ou le fusil.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_37_1169" id="identifier_37_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">38</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Pour y parvenir sans effusion de sang, il n&#8217;y a qu&#8217;un moyen : donner aux noirs le droit de vote sans restriction dans tous les États de l&#8217;Union. Mais si les noirs n&#8217;obtiennent pas le droit d&#8217;user du bulletin de vote, vous trouverez en face de vous un homme nouveau qui renoncera au bulletin pour donner la parole au fusil.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_38_1169" id="identifier_38_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Rejoindre la r&eacute;volution noire mondiale, 8 avril 1964">39</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>C&#8217;est seulement ainsi que l&#8217;on conquiert sa liberté, à coups de bulletin ou à coups de fusil.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_39_1169" id="identifier_39_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">40</a></sup></p></blockquote>
<h3>La place des blancs</h3>
<p>Cette réflexion sur les causes du choix pour la violence ou la non-violence, faisant reposer sur la présence de blancs le choix de la non-violence, l&#8217;amène à poser de façon aigüe la place des blancs dans le mouvement des droits civiques.</p>
<blockquote><p>Je crois bien que certains blancs sont sincères. Mais je pense qu&#8217;ils doivent faire la preuve de leur sincérité. Et ce n&#8217;est pas en chantant avec moi que vous me convaincrez. Ni en vous montrant non-violents. Vous pouvez me convaincre en reconnaissant la loi de la justice. Cette loi dit : « Vous récolterez ce que vous avez semé. » Cette loi dit : « Qui frappe avec l&#8217;épée périra par l&#8217;épée ». La justice, c&#8217;est cela. Si vous êtes avec nous, tout ce que je vous demande, c&#8217;est de nous soutenir dans notre lutte de libération en faisant ce que les blancs ont toujours fait lorsqu&#8217;ils se battaient pour conquérir leur propre liberté.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_40_1169" id="identifier_40_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">41</a></sup></p></blockquote>
<p>La condition qu&#8217;il pose à la participation des blancs c&#8217;est leur soutien à la stratégie de l&#8217;auto-défense. Le terme libéraux qualifiant en réalité les libéraux blancs.</p>
<blockquote><p>Mais je ne veux pas entendre parler des libéraux non-violents. Cela ne veut pas dire qu&#8217;il faille être violent, mais qu&#8217;on ne peut être non-violent.</p></blockquote>
<blockquote><p>Il faut des groupes, qu&#8217;ils soient blancs ou noirs, résolus à user de tous les moyens nécessaires pour sauvegarder la vie et les biens des gens lorsque la loi se montre incapable de jouer son rôle.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_41_1169" id="identifier_41_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avis &agrave; un chaud partisan de la non-violence in Le pouvoir noir, p. 248">42</a></sup></p></blockquote>
<p>C&#8217;est l&#8217;un des sujets sir lequel il évoluera le plus après sa sortie de Nation Of Islam. Il déclarera ainsi que son plus grand regret est d&#8217;avoir répondu « Rien » à une jeune étudiante blanche, lui demandant ce qu&#8217;elle pouvait bien faire pour l&#8217;aider.</p>
<h3>La religion</h3>
<p>La religion joue un rôle important de ressources spirituelles et divines d&#8217;appui à la stratégie de l&#8217;auto-défense. Le ministre du culte Malcolm utilise la religion pour justifier sa stratégie en évoquant la loi du talion :</p>
<blockquote><p>Il n&#8217;y a rien dans notre livre, le Coran, qui nous apprenne à souffrir en silence. Notre religion nous apprend à être intelligents. Soyez pacifique, poli, respectueux des lois, et des gens ; mais si quelqu&#8217;un pose la main sur vous, envoyez-le au cimetière. Voilà une bonne religion. En fait, c&#8217;est la religion de l&#8217;ancien temps. C&#8217;est celle dont Maman et Papa parlait : œil pour œil, dent pour dent, vie pour vie. Voilà une bonne religion. Personne ne craint que cette religion soit enseignée excepté un loup, qui veut faire de vous son repas&#8230; Non, préserver votre vie, c&#8217;est la meilleure chose que vous avez. Et si vous devez l&#8217;abandonner, alors rendez-leur la monnaie de leur pièce.<sup><sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_42_1169" id="identifier_42_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Et d&amp;#8217;abord qu&amp;#8217;est-ce qu&amp;#8217;une r&eacute;volution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre,1963">43</a></sup></sup></p></blockquote>
<p>Chez Malcolm, la providence divine est un moteur de l&#8217;action pour réaliser, par tous les moyens nécessaires, la prophétie divine de justice :</p>
<blockquote><p>Je ne prétends pas être inspiré par Dieu, mais j&#8217;ai foi en la direction divine, en la puissance divine et en la réalisation de la divine prophétie.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_43_1169" id="identifier_43_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, D&eacute;claration d&amp;#8217;ind&eacute;pendance, 12 mars 1963">44</a></sup></p></blockquote>
<p>Mais la religion joue un autre rôle pour Malcolm X à l&#8217;opposé de Martin Luther King pour qui elle permet de proclamer l&#8217;amour de l&#8217;ennemi. Ce rôle c&#8217;est celui de pacificateur des relations entre frères et sœurs. Ces frères et sœurs sont certes les Musulmans du monde entier dans une réflexion universaliste islamique. Mais ce sont surtout d&#8217;autres Noirs puisqu&#8217;il s&#8217;adresse à un public à majorité non-musulmane. Cette fraternité raciale et religieuse, il faut, vu la compréhension de Malcolm X du terme <em>Black</em>, la comprendre au sens universel de non-blanc :</p>
<blockquote><p>Je crois qu&#8217;il me faut d&#8217;abord expliquer ce que je veux dire par « Salam aleikum ». Cette expression se traduit par « paix » ; on l&#8217;emploie toujours lorsqu&#8217;on s&#8217;adresse à son frère ou à sa sœur. (…) Autrement dit, nous sommes tous en paix les uns avec les autres, en tant que frères et sœurs.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/#footnote_44_1169" id="identifier_44_1169" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 d&eacute;cembre 1964">45</a></sup></p></blockquote>
<p>La paix et l&#8217;amour étant ainsi une obligation entre<em> Blacks</em>, Malcolm X promeut ainsi la stratégie de la non-violence entre <em>Blacks</em>. Nous voyons là un autre exemple où apparaît le caractère relatif et non-essentialiste de la stratégie de Malcolm X.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :</h3>
<ol>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/">Introduction</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/">Penser sa propre mort</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/">Les émeutes raciales</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/">Enjeux de la stratégie de la non-violence</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/">Condamner la non-violence</a></li>
<li><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-conclusion-6/">Conclusion</a></li>
</ol>
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      </div>
    </div><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 134</li><li id="footnote_1_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 159</li><li id="footnote_2_1169" class="footnote">Malcolm X, Après l&#8217;attentat : Je ne suis pas raciste&#8230; ,13 février 1965</li><li id="footnote_3_1169" class="footnote">Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 décembre 1964</li><li id="footnote_4_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li><li id="footnote_5_1169" class="footnote">Malcolm X, Le pouvoir noir, Sur le racisme</li><li id="footnote_6_1169" class="footnote">Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 décembre 1964</li><li id="footnote_7_1169" class="footnote">Malcolm X, Appel aux chefs d&#8217;Etats africains, 17 juillet 1964</li><li id="footnote_8_1169" class="footnote">Malcolm X, Après l&#8217;attentat : Je ne suis pas raciste&#8230; ,13 février 1965</li><li id="footnote_9_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li><li id="footnote_10_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li><li id="footnote_11_1169" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_12_1169" class="footnote">Malcolm X, Après la tentative d&#8217;assassinat à l&#8217;encontre de MLK, 24 janvier 1965</li><li id="footnote_13_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 31</li><li id="footnote_14_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 40</li><li id="footnote_15_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 288</li><li id="footnote_16_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 292-293</li><li id="footnote_17_1169" class="footnote">Malcolm X, Déclaration d&#8217;indépendance, 12 mars 1963</li><li id="footnote_18_1169" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_19_1169" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 1993, p. 293</li><li id="footnote_20_1169" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_21_1169" class="footnote">Malcolm X, Avis à un chaud partisan de la non-violence</li><li id="footnote_22_1169" class="footnote">Malcolm X, Après l&#8217;attentat : Je ne suis pas raciste&#8230; ,13 février 1965</li><li id="footnote_23_1169" class="footnote">Malcolm X, Avis à un chaud partisan de la non-violence</li><li id="footnote_24_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li><li id="footnote_25_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li><li id="footnote_26_1169" class="footnote">Malcolm X, Avec le salut de Che Guevara, 13 décembre 1964</li><li id="footnote_27_1169" class="footnote">Malcolm X, Avec le salut de Che Guevara, 13 décembre 1964</li><li id="footnote_28_1169" class="footnote">Malcolm X, Après l&#8217;attentat : Je ne suis pas raciste&#8230; ,13 février 1965</li><li id="footnote_29_1169" class="footnote">Malcolm X, L&#8217;affaire du « gang de la haine » de Harlem. 29 mai 1964</li><li id="footnote_30_1169" class="footnote">Malcolm X, Déclaration d&#8217;indépendance, 12 mars 1963</li><li id="footnote_31_1169" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_32_1169" class="footnote">Malcolm X, Après l&#8217;attentat : Je ne suis pas raciste&#8230; ,13 février 1965</li><li id="footnote_33_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li><li id="footnote_34_1169" class="footnote">Malcolm X, Et d&#8217;abord qu&#8217;est-ce qu&#8217;une révolution, NOI, 9/10 novembre 1963</li><li id="footnote_35_1169" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_36_1169" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_37_1169" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_38_1169" class="footnote">Malcolm X, Rejoindre la révolution noire mondiale, 8 avril 1964</li><li id="footnote_39_1169" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_40_1169" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_41_1169" class="footnote">Malcolm X, Avis à un chaud partisan de la non-violence in Le pouvoir noir, p. 248</li><li id="footnote_42_1169" class="footnote">Malcolm X, Et d&#8217;abord qu&#8217;est-ce qu&#8217;une révolution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre,1963</li><li id="footnote_43_1169" class="footnote">Malcolm X, Déclaration d&#8217;indépendance, 12 mars 1963</li><li id="footnote_44_1169" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour. 20 décembre 1964</li></ol>]]></content:encoded>
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		<title>Malcolm X et le problème de la violence : Conclusion (6)</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 19:50:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Nous l&#8217;avons vu, la violence recouvre divers aspects de la politique Africaine-américaine de la période des luttes pour les droits civiques. À travers le problème de la violence, Malcolm X nous transmet son message qu&#8217;il s&#8217;agisse de sa propre mort, des émeutes raciales, du mouvement des droits civiques ou de la stratégie de la non-violence. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span id="more-1175"></span>Nous l&#8217;avons vu, la violence recouvre divers aspects de la politique Africaine-américaine de la période des luttes pour les droits civiques. À travers le problème de la violence, Malcolm X nous transmet son message qu&#8217;il s&#8217;agisse de sa propre mort, des émeutes raciales, du mouvement des droits civiques ou de la stratégie de la non-violence.</p>
<p>La violence dans les discours de Malcolm autant que dans les faits de la <em>Black revolution</em>, se décline de plusieurs façons qu&#8217;il s&#8217;agisse de l&#8217;assassinat politique, du racisme, de la répression, de la haine, de la colère, de l&#8217;émeute, de l&#8217;auto-défense, de la violence symbolique, de la mise en crise. Le ghetto Noir du Nord des USA d&#8217;un Malcolm ex-délinquant se fait sentir, de façon profonde, précisément sur cette question.</p>
<p>Mourir pour Malcolm revêt un sens politique. Il s&#8217;est projeté dans une mort prématurée de façon violente et de fait, il meurt assassiné.  Ce que Malcolm X espère le plus de sa mort, c&#8217;est qu&#8217;elle serve de phare pour les luttes à venir par l&#8217;exemple d&#8217;un Noir devenu homme en sacrifiant tout, y compris sa famille, pour l&#8217;amour de son peuple. Se tenir prêt à mourir, c&#8217;est essentiellement un appel à une lutte de libération qui ne recule pas devant les moyens violents.</p>
<p>Les émeutes raciales des Africains-américains sont pour Malcolm un levier de leurs luttes. Ce sont des menaces à l&#8217;ordre établi à prendre au sérieux et qui devraient servir de signal pour répondre aux problèmes auxquels les Africains-américains sont confrontés. La violence des émeutiers est exploiteé politiquement. Malcolm, qui vécut au ghetto noir de Harlem, développe une réflexion quasi-sociologique sur ces événements. Il y voit une potentialité de lutte, une fois organisée. Il espère transformer la violence de l&#8217;émeute désorganisée en violence politisée.</p>
<p>Malcolm pense la violence d&#8217;abord comme celle du blanc contre le noir. L&#8217;amour et la violence sont dans une relation dialectique qu&#8217;il cherche à dépasser. À son sens la stratégie intégrationniste de la non-violence c&#8217;est l&#8217;amour des autres et la violence entre soi. Alors que celle d&#8217;auto-défense, celle qu&#8217;il défend c&#8217;est l&#8217;amour de soi et la violence contre les autres. De part son expérience du ghetto, Malcolm voit que la violence la plus importante de la part des noirs est subie par les noirs eux-mêmes au travers de la criminalité et la délinquance entre eux. Violence qu&#8217;ils se font subir entre eux parce qu&#8217;ils subissent eux-mêmes la violence sans y répondre. Or pour lui, une fois accumulée, elle doit être redirigée pour s&#8217;en débarrasser. La solution qu&#8217;il préconise est de transférer cette violence vers l&#8217;oppresseur afin de la faire cesser entre les noirs. Cette logique n&#8217;est pas dépourvue de faille. Bien qu&#8217;il explique que la violence qu&#8217;il défend n&#8217;est qu&#8217;auto-défense, ses mots dépasseront de loin ses actions puisqu&#8217;il défendra les assassinats de colons au Kenya sans pour autant organiser aucune lutte d&#8217;auto-défense sur le territoire des USA.</p>
<p>L&#8217;objectif de la déségrégation est au cœur de l&#8217;idéologie de la non-violence. Or la fin de la ségrégation n&#8217;aura pas signifié la fin du système raciste, et encore moins l&#8217;amélioration de la condition de tous les noirs. Certes les classes moyennes et bourgeoises noires, les noirs les moins noirs si l&#8217;on peut dire, en profiteront. Dans le même temps, les noirs des ghettos paieront cette fuite des classes supérieures noires par une pauvreté et une précarité accrue. Le fait que Malcolm, ne s&#8217;intéresse que peu à la déségrégation peut se comprendre à l&#8217;aune de cette réalité. De plus, la déségrégation ne se comprend que dans une volonté d&#8217;intégration dans un cadre national. Ce que relève Malcolm c&#8217;est que cette nation Américaine est avant tout et surtout blanche. Le slogan du Ku Klux Klan n&#8217;est-il pas <em>« 100% Américain » </em>? Là où les intégrationnistes dans leur optimisme fondent l&#8217;espoir d&#8217;une nation américaine post-raciale, Malcolm s&#8217;affirme clairement contre la nation américaine. La violence d&#8217;inspiration anticolonialiste qu&#8217;il développe s&#8217;ancre dans ce discours.</p>
<p>L&#8217;hégémonie non-violente et intégrationniste tiendra pourtant jusqu&#8217;à la mort de Martin Luther King. Malcolm impute cette réussite, ou plutôt cet échec de son point de vue, à la presse, à la direction politique qui conservera le cap non-violent et intégrationniste et à la présence de blancs. Or ce sont plutôt les victoires ou les défaites du mouvement intégrationniste qui renforcent ou affaiblissent la stratégie de la non-violence. La violence de la répression renforce le camp nationaliste et l&#8217;auto-défense comme stratégie. Mais l&#8217;acquisition des droits civiques vient tout bouleverser, rendant caduque tout à la fois la logique non-violente et celle de libération nationale. Car une fois les droits civiques acquis, les Noirs sont en mesure d&#8217;obtenir de nouveaux droits pour eux-mêmes sans les quémander ni passer à la lutte armée. Or c&#8217;est une éventualité que Malcolm ne semble pas avoir prise en compte dans ses discours. Il s&#8217;arrête avec l&#8217;acquisition de ces droits avec cette menace : les droits ou la guerre. La centralité de la question de la violence semble alors intrinsèquement liée avec l&#8217;absence de droits civiques et l&#8217;exclusion de la citoyenneté de ceux qui la subissent de plein fouet au quotidien et qui pourraient être tentés d&#8217;opter pour la loi du talion pour toute réponse.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :</h3>
<ol>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/">Introduction</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/">Penser sa propre mort</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/">Les émeutes raciales</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/">Enjeux de la stratégie de la non-violence</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/">Condamner la non-violence</a></li>
<li><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-conclusion-6/">Conclusion</a></li>
</ol>
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		<item>
		<title>Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 19:17:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La seule stratégie de lutte en action La seule stratégie politique de lutte organisée qui exista jusqu&#8217;à l&#8217;obtention des droits civiques fut celle de la non-violence. La seule autre stratégie visant à l&#8217;action politique : l&#8217;auto-défense, ne fut pas mise en œuvre avant l&#8217;apparition des patrouilles d’alerte des citoyens noirs des Black Panthers en 1967. L&#8217;alternative [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span id="more-1167"></span><br />
<h3>La seule stratégie de lutte en action</h3>
<p>La seule stratégie politique de lutte organisée qui exista jusqu&#8217;à l&#8217;obtention des droits civiques fut celle de la non-violence. La seule autre stratégie visant à l&#8217;action politique : l&#8217;auto-défense, ne fut pas mise en œuvre avant l&#8217;apparition des patrouilles d’alerte des citoyens noirs des Black Panthers en 1967. L&#8217;alternative séparatiste ne conduisant à aucune action concrète, comme l&#8217;explique en filigrane Malcolm X décrivant la stratégie de réussite économique et morale de Elijah Muhammad, « prophète » de la Nation of Islam :</p>
<blockquote><p>Un jour M. Muhammad trouva un verre d&#8217;eau sale sur un comptoir. Il posa à côté un verre propre. « Tu veux savoir comment disséminer mes idées, dit-il, montrant du doigt les deux verres. Ne condamne pas celui dont le verre est sale. Contente-toi de lui montrer le tien, qui est propre. Il l&#8217;examinera de lui-même. Ainsi tu n&#8217;auras pas à en vanter la propreté. » C&#8217;est de tout ce que M. Muhammad m&#8217;a appris, ce qui me reste le plus présent à l&#8217;esprit, quoique je n&#8217;aie pas toujours suivi son conseil. J&#8217;aime trop la bagarre. J&#8217;ai tendance à dire aux gens que leur verre est sale.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_0_1167" id="identifier_0_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 17 f&eacute;vrier 1993, p. 183-184">1</a></sup></p></blockquote>
<h3>La transformation des êtres</h3>
<p>La stratégie de la non-violence a pour objectif de toucher la conscience de l&#8217;oppresseur et de le pousser à se transformer en lui montrant la souffrance endurée pacifiquement par les victimes. Or pour Malcolm X, la transformation souhaitée au travers de la stratégie de la non-violence n&#8217;a pas de sens. Pire, cette non-violence et cet amour de l&#8217;opprimé pour l&#8217;oppresseur, du Noir pour le Blanc ne se fait qu&#8217;au détriment de l&#8217;amour et de la non-violence entre noirs eux-mêmes :</p>
<blockquote><p>Un grand nombre d&#8217;entre nous veulent être non violents et nous parlons très haut de non-violence. Ici, à Harlem, où les noirs se trouvent probablement concentrés en plus grand nombre que nulle part ailleurs, certains parlent aussi de non-violence. Mais nous constatons qu&#8217;ils ne sont pas non violents les uns à l&#8217;égard des autres. (…) L&#8217;expérience m&#8217;a appris que, bien souvent, les noirs que vous voyez parler de non-violence ne sont pas non violents dans leurs rapports entre eux, qu&#8217;ils ne s&#8217;aiment pas les uns les autres et qu&#8217;ils ne pardonnent pas les offenses. Lorsqu&#8217;ils se déclarent non violents, cela veut dire habituellement qu&#8217;ils sont non violents à l&#8217;égard de quelqu&#8217;un d&#8217;autre. (…) Ils sont non violents à l&#8217;égard de l&#8217;ennemi. Qu&#8217;un blanc se présente chez vous dans l&#8217;intention d&#8217;user de violences à votre endroit, vous serez non violents ; ou bien qu&#8217;il vienne prendre votre père et lui mettre une corde au cou, vous serez non violents. Mais qu&#8217;un autre noir tape seulement du pied, et vous vous battrez avec lui dans une minute.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_1_1167" id="identifier_1_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 d&eacute;cembre 1964">2</a></sup><sup><br />
</sup></p></blockquote>
<p>La transformation de l&#8217;être par l&#8217;amour ne sert, pour Malcolm, qu&#8217;à renforcer la domination, si ce n&#8217;est l&#8217;hégémonie blanche. Hégémonie poussant à consentir, si ce n&#8217;est collaborer à sa propre domination, la sienne individuellement mais également, et surtout dans le cas présent, celles des autres noirs. Malcolm X n&#8217;oppose pas à l&#8217;amour la haine mais la colère, une colère qui, selon lui, permet la prise de conscience :</p>
<blockquote><p>Lorsque la colère [prend les gens tristes], ils se rendent compte des conditions dans lesquelles ils vivent, ils comprennent que leur souffrance est injuste, immorale, illégale et qu&#8217;ils sont en droit de tout faire pour y remédier ou y mettre fin.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_2_1167" id="identifier_2_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">3</a></sup></p></blockquote>
<h3>L&#8217;auto-défense comme alternative</h3>
<h4>l&#8217;impossible transformation du raciste par l&#8217;amour</h4>
<p>Pour Malcolm X, il n&#8217;est pas possible pour un raciste d&#8217;admettre l&#8217;égalité des noirs avec les blancs autrement que par l&#8217;auto-défense. L&#8217;auto-défense, seule stratégie menaçante pour l&#8217;<em>Homme Blanc</em>, est la seule à même de résoudre le problème :</p>
<blockquote><p>Ne transformez pas l&#8217;esprit de l&#8217;homme blanc – vous n&#8217;y parviendrez pas, et tout le battage que font ceux qui veulent en appeler à la conscience morale de l&#8217;Amérique – la conscience morale de l&#8217;Amérique est faillie.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_3_1167" id="identifier_3_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">4</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Ils ne s&#8217;efforcent pas de mettre fin à un mal parce que c&#8217;est un mal, ou parce que c&#8217;est illégal, ou parce que c&#8217;est immoral ; ils n&#8217;y mettent fin que si cela constitue une menace pour leur existence.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_4_1167" id="identifier_4_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">5</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Il faut par conséquent parler [aux racistes] dans leur langue. La langue qu&#8217;ils parlaient à Mme Hamer (ndlr, une femme noire victime d&#8217;une agression raciste), c&#8217;était celle de la brutalité. (…) Si [le raciste] s&#8217;exprime avec un fusil, apprenons le parler des fusils. Oui, je dis bien : s&#8217;il ne comprend que le parler des fusils, prenez un fusil, s&#8217;il ne comprend que la langue des cordes, prenez une corde. Mais si vous tenez à établir une communication réelle, ne perdez pas votre temps à parler à votre interlocuteur une langue qu&#8217;il n&#8217;entend pas.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_5_1167" id="identifier_5_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">6</a></sup><sup><br />
</sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Ne cherchez donc pas à vous faire des amis de gens qui vous privent de vos droits. Ce ne sont pas vos amis, mais vos ennemis. Traitez-les en ennemis, faites-leur la guerre, et votre ennemi vous respectera, nous vous respecterons. Je le dis sans haine ; ce sentiment m&#8217;est étranger : je n&#8217;ai pas la moindre haine pour qui que ce soit. Mais j&#8217;ai quelque bon sens et je ne laisserai pas un homme qui me hait me dire de l&#8217;aimer. Ce n&#8217;est pas dans mes façons. Vous, qui êtes jeunes et qui commencez à réfléchir, vous ne l&#8217;admettrez pas non plus. Vous ne vous laissez prendre à ce piège que si vous y êtes poussés par quelqu&#8217;un. Et ce quelqu&#8217;un n&#8217;a pas votre bien à cœur.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_6_1167" id="identifier_6_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 d&eacute;cembre 1964">7</a></sup></p></blockquote>
<h4>l&#8217;amour prioritaire des siens et la colère salvatrice</h4>
<p>Et s&#8217;il ne veut pas des blancs pour frères, c&#8217;est parce que l&#8217;enjeu n&#8217;est pas la fraternité, mais choisir le groupe qui bénéficiera, de façon prioritaire, de cette fraternité raciale. Pour Malcolm X, ce sont avant tout les noirs qui doivent s&#8217;aimer entre eux et pratiquer la fraternité de façon inconditionnelle, et de façon conditionnelle avec les blancs. Ainsi la doctrine de l&#8217;auto-défense d&#8217;une violence proportionnelle à celle de l&#8217;oppresseur et de non-violence entre noirs se double d&#8217;une doctrine de l&#8217;amour réciproquement proportionnel à l&#8217;endroit des blancs et d&#8217;amour absolu entre noirs. C&#8217;est la condition qu&#8217;il met à la libération des Noirs :</p>
<blockquote><p>Je le répète, je ne suis pas raciste. Je ne crois en aucune forme de ségrégation. Je suis partisan de la fraternité à l&#8217;égard de tout le monde, mais je ne crois pas qu&#8217;il faille imposer la fraternité à des gens qui n&#8217;en veulent pas. Pratiquons-la entre nous, et si d&#8217;autres veulent la pratiquer à notre égard, nous accepterons de leur rendre la pareille. Mais je ne pense pas que nous devions chercher à aimer qui ne nous aime pas.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_7_1167" id="identifier_7_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Apr&egrave;s l&amp;#8217;attentat&nbsp;: Je ne suis pas raciste&amp;#8230; ,13 f&eacute;vrier 1965">8</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>L&#8217;hostilité est une bonne chose. Il y a trop longtemps qu&#8217;elle est contenue. Quand nous cesserons de toujours dire oui à M. Charlie et de tourner la haine contre nous-mêmes, nous commencerons à êtres libres.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_8_1167" id="identifier_8_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Blancs militants et noirs militants, Militant Labor Forum, 7 janvier 1965">9</a></sup></p></blockquote>
<p>Malcolm est encore plus clair sur les fins de sa défense discursive de la violence une fois interrogé sur la haine qu&#8217;il est supposé propager :</p>
<blockquote><p>Marlene Nadle, une journaliste, demande à Malcolm s&#8217;il compte recourir à la haine pour organiser les gens. Je ne vous permets pas d&#8217;appeler cela de la haine. Disons que je ferai prendre conscience aux gens de ce qui leur a été fait. Cette prise de conscience fera naître une grande quantité d&#8217;énergie, tant négative que positive, qui pourra être canalisée de façon constructive. (…) La plus grande erreur du mouvement, c&#8217;est d&#8217;avoir voulu organiser un peuple endormi en vue d&#8217;une lutte sur des objectifs spécifiques. Il faut commencer par éveiller les gens, l&#8217;action vient ensuite.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_9_1167" id="identifier_9_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le pouvoir Noir, p. 236">10</a></sup></p></blockquote>
<p>Sa rhétorique de l&#8217;auto-défense et plus généralement son discours offensif sur la question du racisme comporte de façon claire une fonction symbolique d&#8217;élévation du niveau de conscience visant à pouvoir agir dans la direction souhaitée. La stratégie de l&#8217;auto-défense repose ainsi sur une part discursive et rhétorique visant à produire un effet de transformation sur les victimes du racisme elles-mêmes visant à préparer la lutte. Ne niant pas les risques de violence, il compte sur l&#8217;organisation pour la canaliser dans le sens de la <em>Black revolution</em> qu&#8217;il appelle de ses vœux.</p>
<h4>qui sème le vent récolte la tempête</h4>
<p>Malcolm X développera un discours de dénonciation de la violence raciste des Blancs à l&#8217;égard des Noirs. Pour lui, l&#8217;usage incontrôlé de la violence contre les Noirs, devenant haine, se retourne contre les oppresseurs  :</p>
<blockquote><p>Lorsqu&#8217;une bombe explosa dans une église chrétienne noire de Birmingham (Alabama), tuant quatre ravissantes petites filles noires, j&#8217;ai commenté, certes, l&#8217;évènement, mais pas comme il aurait fallu. Il aurait fallu dire que plus on laissait la haine se déchaîner au lieu de la contenir, plus cette haine devenait féroce, et finissait par déferler sur les Blancs eux-mêmes, et leurs leaders.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_10_1167" id="identifier_10_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 17 f&eacute;vrier 1993, p. 254">11</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>(à propos de la déclaration sur les poulets retournant au poulailler après l&#8217;assassinat du président J. F. Kennedy). Je dis que la haine ne s&#8217;était pas limitée chez l&#8217;homme blanc à l&#8217;assassinat de Noirs sans défense, mais puisqu&#8217;on la laissait s&#8217;étendre sans frein, elle s&#8217;était finalement retournée, pour l&#8217;abattre, contre le chef de l&#8217;État.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_11_1167" id="identifier_11_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Alex Haley, L&amp;#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 17 f&eacute;vrier 1993, p. 258">12</a></sup></p></blockquote>
<p>Ce dont il est question ici est non pas l&#8217;usage de la violence dans l&#8217;absolue mais son usage contre des opprimés sans défense (petites filles, noirs sans défense) qui conduit au déchaînement incontrôlé de cette violence. Il distingue ainsi la haine de l&#8217;auto-défense, au contraire de Martin Luther King qui replie les deux notions sur celles de violence, d&#8217;amertume ou de haine.</p>
<p>Malcolm X, appelle essentiellement à l&#8217;amour des Noirs entre eux et à l&#8217;auto-défense. Dénonçant vigoureusement l&#8217;amour de l&#8217;oppresseur, il y voit un affaiblissement de la conscience de cette même oppression. Malcolm voit dans la violence un outil d&#8217;élévation du niveau de conscience autant qu&#8217;une méthode de défense. Il semble faire sienne la thèse de Frantz Fanon, psychiatre martiniquais du côté de la révolution anticoloniale nationale algérienne, dans son essai <em>Les Damnés de la terre</em> (1961), selon laquelle <em>« la violence désintoxique, débarrasse le colonisé de son complexe d’infériorité, de ses attitudes contemplatives ou désespérées »</em><sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_12_1167" id="identifier_12_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Frantz Fanon , Les Damn&eacute;s de la Terre, &eacute;d. La D&eacute;couverte poche, 2002, p. 127">13</a></sup>. Cependant dans les faits, durant toute cette période, Malcolm X, n&#8217;a pas mis en œuvre sa stratégie. Le mouvement des droits civiques était largement dominé par la tendance intégrationniste du pasteur King marginalisant les éléments en faveur de l&#8217;auto-défense en lien avec Malcolm X.</p>
<h4>la critique de l&#8217;intégrationnisme du mouvement</h4>
<p>De son long passage chez Nation of Islam, Malcolm X y retient un farouche rejet de l&#8217;intégrationnisme. Il s&#8217;empare du terme de <em>Black revolution</em> pour appuyer l&#8217;aspect révolutionnaire, et le distinguer du mouvement des droits civiques, qu&#8217;il qualifie de <em>Nigger revolution</em>. Le terme <em>nigger</em> est ici péjoratif, non dans un sens raciste, mais dans le sens d&#8217;une tonalité paternaliste et misérabiliste. Il souligne le caractère misérabiliste de la tendance intégrationniste en tournant en ridicule la revendication d&#8217;abolition de la ségrégation du mouvement pour les droits civiques. Sa conception de la révolution est encore imprégnée du nationalisme séparatiste voulant un État noir<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_13_1167" id="identifier_13_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Position qui fut &eacute;galement celle des trotksystes am&eacute;ricains">14</a></sup> d&#8217;où l&#8217;insistance sur la terre comme fondement de la révolution. Sa réflexion évoluera en abandonnant l&#8217;aspect séparatiste mais en conservant les luttes de libération nationales comme prototypes de sa révolution.</p>
<blockquote><p>Je vous rappelle toutes ces révolutions, mes frères et mes sœurs, pour vous montrer qu&#8217;il n&#8217;existe pas de révolution pacifique. Il n&#8217;existe pas de révolution où l&#8217;on tende la joue gauche. Une révolution non-violente, ça n&#8217;existe pas. La seule espèce de révolution qui soit non-violente, c&#8217;est la révolution nègre. C&#8217;est la seule qui ait pour but la déségrégation des comptoirs de restaurants, la déségrégation des jardins publics, la déségrégation des lavabos dans les lieux publics ; vous pouvez vous asseoir à côté d&#8217;un blanc – sur le siège des cabinets. Ce n&#8217;est pas une révolution. La révolution est fondée sur la terre. La terre est le fondement de toute indépendance. La terre est le fondement de la liberté, de la justice, et de l&#8217;égalité.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_14_1167" id="identifier_14_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Et d&amp;#8217;abord qu&amp;#8217;est-ce qu&amp;#8217;une r&eacute;volution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre 1963">15</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>La révolution est sanglante, la révolution est hostile, la révolution ne connaît pas le compromis, la révolution renverse et détruit tout ce qui lui fait obstacle. Et vous, vous êtes assis là pareil à des bécasses posées sur un mur, disant : « Je m&#8217;en vais aimer ces gens-là, si fort qu&#8217;ils ne puissent me haïr. » Non, c&#8217;est une révolution qu&#8217;il vous faut.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_15_1167" id="identifier_15_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Et d&amp;#8217;abord qu&amp;#8217;est-ce qu&amp;#8217;une r&eacute;volution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre 1963">16</a></sup></p></blockquote>
<p>Or la notion même de révolution est incompatible avec la stratégie de la non-violence et de l&#8217;amour de l&#8217;oppresseur. Il fonde la légitimité de la violence dans les stratégies des révolutions de libérations nationales des pays colonisés, mais également des révolutions américaines, françaises et russes. Une violence qui va jusqu&#8217;au point où le sang est versé. Il faut noter avec attention que c&#8217;est du sang des Africains-américains dont il s&#8217;agit. C&#8217;est avant tout une prise de risque consciente de la répression féroce qui suivrait la mise en place de la stratégie de l&#8217;auto-défense :</p>
<blockquote><p>Nous voulons la liberté immédiatement, mais nous ne l&#8217;aurons pas en disant « We shall overcome ». Il nous faudra combattre jusqu&#8217;à ce que nous remportions la victoire.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_16_1167" id="identifier_16_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">17</a></sup><sup><br />
</sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Il n&#8217;y a pas de révolution qui ne fasse pas couler le sang. Et vous avez peur de verser votre sang. Oui, vous avez peur de verser votre sang.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_17_1167" id="identifier_17_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Et d&amp;#8217;abord qu&amp;#8217;est-ce qu&amp;#8217;une r&eacute;volution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre 1963">18</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>La lutte révolutionnaire ne se mène jamais en tendant l&#8217;autre joue. La révolution n&#8217;est jamais fondée sur l&#8217;amour des ennemis et le pardon des offenses. La lutte révolutionnaire n&#8217;est jamais menée sur l&#8217;air de « We shall overcome ». La révolution, c&#8217;est l&#8217;effusion de sang. En révolution, il n&#8217;y a jamais de compromis. La révolution ne se fonde jamais sur les négociations. La révolution ne reconnaît aucune forme de gradualisme. La révolution ne consiste pas à supplier une société ou un système corrompu de nous accepter dans son sein. La révolution renverse les systèmes et il n&#8217;est pas, sur cette terre, de système qui se soit montré plus corrompu, plus criminel que celui qui en 1964, tient encore colonisés et réduits en esclavage vingt-deux millions d&#8217;Afro-américains.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_18_1167" id="identifier_18_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Rejoindre la r&eacute;volution noire mondiale, 8 avril 1964">19</a></sup></p></blockquote>
<p>La différence entre Noir et nègre est essentielle dans la réflexion à venir de Malcolm et dépasse la simple mise en cause de la stratégie du mouvement des droits civiques. Reprenant la pensée de Nation of Islam, il se distingue du terme <em>nigger</em> pour imposer celui de <em>Black</em>. Dans les discours de NOI, est accolée l&#8217;expression <em>so-called</em> à chaque fois que <em>nigger</em> est mentionné. Depuis le Moorish Science Temple de Noble Drew Ali, <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mat_0769-3206_2004_num_75_1_992">le terme <em>nigger</em> est déprécié en faveur d&#8217;une fabrication identitaire <em>maure</em> sur le modèle des immigrations européennes</a>. Nation of Islam, puis à son tour Malcolm X, reprennent cette stratégie. Mais ce dernier, va passer du modèle de transposition de l&#8217;identité noire sur celui des immigrations européennes, à celui de l&#8217;universalisme noir. En somme, Noir pour dire non-blanc se substitue à noir pour dire <em>American negro</em>. La <em>Black revolution </em>devient le nom générique de toute révolution anticoloniale des peuples non-blanc. Cette conception n&#8217;est pas éloignée des tendances radicales développées par W.E.B Du Bois<em> </em>dans la revue <em>Crisis</em> dont le slogan <em>Tales of the darker races </em>(Chroniques des races sombres, NdT) reprends cette volonté universaliste de dénoncer le racisme colonial des peuples européens. Dans la même veine, Malcolm X, déclarera :</p>
<blockquote><p>La révolution noire se poursuit en Afrique, en Asie, en Amérique Latine ; lorsque je dis « noir » j&#8217;entends non-blanc – noir, marron, rouge, jaune.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_19_1167" id="identifier_19_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Rejoindre la r&eacute;volution noire mondiale, 8 avril 1964">20</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Parmi les « nègres » de ce pays, les membres des groupements de lutte pour les droits civiques, ceux qui croient aux droits civiques passent en règle générale la majeure partie de leur temps à s&#8217;efforcer de démontrer qu&#8217;ils sont américains. Ils envisagent ordinairement les choses d&#8217;un point de vue domestique sans vouloir sortir des frontières de l&#8217;Amérique, et se considèrent toujours comme une minorité. Lorsqu&#8217;ils envisagent leur rôle sur la scène américaine, c&#8217;est sur une scène blanche qu&#8217;ils se voient. Aussi le noir qui se tient sur cette scène américaine appartient-il automatiquement à une minorité. Il est battu d&#8217;avance et sa méthode de lutte consiste toujours à mendier, le chapeau à la main, et à rechercher le compromis.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_20_1167" id="identifier_20_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Rejoindre la r&eacute;volution noire mondiale, 8 avril 1964">21</a></sup></p></blockquote>
<p>Le terme de <em>Black Revolution</em> est une tentative de distinction de la Révolution Nègre. Alors que les nègres sont une minorité raciale américaine définie par sa couleur, les Noirs sont une nation contre-américaine déterminée par le statut de colonisé. La <em>Black revolution </em>place la lutte des noirs américains comme une prolongation locale d&#8217;une lutte globale contre le racisme colonial. Cette critique de la blanchité intrinsèque des USA constitue une rupture. Il sort ainsi de façon radicale du cadre national et démocratique qui impliquait que c&#8217;est la majorité, donc les Blancs, qui décident. Le cadre global lui permet ainsi de fonder en raison la méthode de l&#8217;auto-défense. Il ne s&#8217;agit désormais plus d&#8217;être reconnu comme pleinement entièrement américains mais comme des victimes du racisme colonial global. C&#8217;est en dénonçant la minorisation des Africains-américains par le cadre national qu&#8217;il peut réécrire l&#8217;identité noire de façon non plus essentialiste mais dialectique dans le contexte colonial global. C&#8217;est dans la même lancée de mise en contexte et de dé-essentialisation, et après son Hajj, qu&#8217;il fera de sa position sur l&#8217;auto-défense une position liée à <em>la période et à ses conditions</em>. L&#8217;élargissement au cadre colonial global découle directement de la période et de ses conditions, et non pas d&#8217;une essence africaine des Africains-américains. L&#8217;essence qu&#8217;il conserve est un humanisme existentialiste<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_21_1167" id="identifier_21_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans ses discours, plusieurs passages sont tir&eacute;s directement des &eacute;crits de Sartre.">22</a></sup> : les noirs doivent être <em>reconnus comme des humains et respectés en tant que tels</em>.</p>
<blockquote><p>Les politiques et les programmes varient suivant la période. Mais l&#8217;objectif ne varie jamais. On peut modifier la méthode utilisée pour atteindre un objectif, mais l&#8217;objectif, lui, ne varie jamais. Ce que nous voulons par tous les moyens, c&#8217;est une liberté absolue, une justice absolue, une égalité absolue. Cela ne varie jamais. Être absolument et immédiatement reconnus et respectés en tant qu&#8217;êtres humains, voilà ce que nous voulons tous, et cela ne varie pas. Peu m&#8217;importe votre appartenance – ce qui compte c&#8217;est que vous vouliez être reconnus pour des êtres humains et respectés en tant que tels. Mais au cours du temps, vous avez utilisé diverses méthodes pour parvenir à vos fins. Si vous en avez changé, c&#8217;est parce qu&#8217;il faut modifier les méthodes en fonction de la période et de ses conditions. L&#8217;une des conditions dont nous sommes trop peu informés, c&#8217;est la liaison entre notre lutte et la lutte de libération des peuples du monde entier.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/#footnote_22_1167" id="identifier_22_1167" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour, 20 d&eacute;cembre 1964">23</a></sup></p></blockquote>
<h3 style="text-align: justify;">Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :</h3>
<ol>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/">Introduction</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/">Penser sa propre mort</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/">Les émeutes raciales</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/">Enjeux de la stratégie de la non-violence</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/">Condamner la non-violence</a></li>
<li><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-conclusion-6/">Conclusion</a></li>
</ol>
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      </div>
    </div><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1167" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 17 février 1993, p. 183-184</li><li id="footnote_1_1167" class="footnote">Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 décembre 1964</li><li id="footnote_2_1167" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_3_1167" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_4_1167" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_5_1167" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_6_1167" class="footnote">Malcolm X, Avec la jeunesse du Mississipi, 31 décembre 1964</li><li id="footnote_7_1167" class="footnote">Malcolm X, Après l&#8217;attentat : Je ne suis pas raciste&#8230; ,13 février 1965</li><li id="footnote_8_1167" class="footnote">Malcolm X, Blancs militants et noirs militants, Militant Labor Forum, 7 janvier 1965</li><li id="footnote_9_1167" class="footnote">Malcolm X, Le pouvoir Noir, p. 236</li><li id="footnote_10_1167" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 17 février 1993, p. 254</li><li id="footnote_11_1167" class="footnote">Malcolm X, Alex Haley, L&#8217;auto-biographie de Malcolm X, Grasset, 17 février 1993, p. 258</li><li id="footnote_12_1167" class="footnote">Frantz Fanon , Les Damnés de la Terre, éd. La Découverte poche, 2002, p. 127</li><li id="footnote_13_1167" class="footnote">Position qui fut également celle des trotksystes américains</li><li id="footnote_14_1167" class="footnote">Malcolm X, Et d&#8217;abord qu&#8217;est-ce qu&#8217;une révolution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre 1963</li><li id="footnote_15_1167" class="footnote">Malcolm X, Et d&#8217;abord qu&#8217;est-ce qu&#8217;une révolution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre 1963</li><li id="footnote_16_1167" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_17_1167" class="footnote">Malcolm X, Et d&#8217;abord qu&#8217;est-ce qu&#8217;une révolution, Nation of Islam, 9 ou 10 novembre 1963</li><li id="footnote_18_1167" class="footnote">Malcolm X, Rejoindre la révolution noire mondiale, 8 avril 1964</li><li id="footnote_19_1167" class="footnote">Malcolm X, Rejoindre la révolution noire mondiale, 8 avril 1964</li><li id="footnote_20_1167" class="footnote">Malcolm X, Rejoindre la révolution noire mondiale, 8 avril 1964</li><li id="footnote_21_1167" class="footnote">Dans ses discours, plusieurs passages sont tirés directement des écrits de Sartre.</li><li id="footnote_22_1167" class="footnote">Malcolm X, Montrez-moi le capitaliste, je vous montrerai le vautour, 20 décembre 1964</li></ol>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 19:03:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les émeutes raciales sont au centre de l&#8217;intérêt donné à la question de la violence. La question des moyens, des méthodes, ressurgit à chaque nouvelle émeute. L&#8217;émeute est tel le pouls du mouvement. À chaque nouvelle émeute, le doute s&#8217;empare du mouvement des droits civiques et de ses soutiens. Chaque nouvelle émeute est une occasion [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span id="more-1164"></span>Les émeutes raciales sont au centre de l&#8217;intérêt donné à la question de la violence. La question des moyens, des méthodes, ressurgit à chaque nouvelle émeute. L&#8217;émeute est tel le pouls du mouvement. À chaque nouvelle émeute, le doute s&#8217;empare du mouvement des droits civiques et de ses soutiens. Chaque nouvelle émeute est une occasion pour les soutiens de l&#8217;auto-défense de passer à l&#8217;acte. Mais qu&#8217;en est-il dans les discours de Malcolm ?</p>
<h3>Malcolm X, entre menace et organisation</h3>
<p>Malcolm X analysait les émeutes raciales urbaines des jeunes noirs en termes quasi-sociologiques :</p>
<blockquote><p>Leur amertume était à l&#8217;échelle de la nation – amertume militante, sans organisation, sans dirigeants. Ce furent les jeunes Noires, surtout, qui jetaient le défi, sans regarder aux conséquences. Le Blanc avait toutes les raisons de s&#8217;inquiéter. La moindre étincelle aurait pu déclencher une insurrection noire.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_0_1164" id="identifier_0_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alex Haley, Malcolm X, L&amp;#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 242">1</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Les causes qui [ont fait couler le sang] en 1964 ont-elles été éliminées ? Celles qui l&#8217;ont fait couler en 1963 ont-elles été éliminées ? Non, elles subsistent encore aujourd&#8217;hui.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_1_1164" id="identifier_1_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le pouvoir est le ma&icirc;tre-mot, 7 janvier 1965">2</a></sup></p></blockquote>
<p>Il présente l&#8217;émeute d&#8217;un point de vue extérieur en établissant une distinction importante entre l&#8217;émeute non organisée, sans dirigeants et l&#8217;insurrection qui probablement serait organisée et auraient des dirigeants. L&#8217;émeute sert également, ici, à la fois d&#8217;épouvantail et d&#8217;incitation à sa récupération à des fins révolutionnaires. Mais à aucun moment, Malcolm n&#8217;encourage à l&#8217;émeute :</p>
<blockquote><p>Je ne veux pas dire qu&#8217;il faille descendre dans la rue et se livrer à des violences, mais que vous ne devez être non-violent que si vous vous heurtez à une forme d&#8217;action non-violente. Je suis non-violent à l&#8217;égard de ceux qui pratiquent la non-violence à mon égard.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_2_1164" id="identifier_2_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963">3</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>N&#8217;allez pas croire que j&#8217;incite qui que ce soit à la violence. Tout ce que je veux, c&#8217;est vous avertir que la situation est explosive. Faites-en ce qu&#8217;il vous plaira. Si vous en tenez compte, peut-être pourrez-vous encore sauver votre peau. Mais si vous ignorez mon conseil ou si vous le tournez en ridicule, alors la mort est déjà à votre porte.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_3_1164" id="identifier_3_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Rejoindre la r&eacute;volution noire mondiale, 8 avril 1964">4</a></sup></p></blockquote>
<blockquote><p>Si ceux d&#8217;entre vous qui sont blancs ont à cœur le bien des noirs de ce pays, qu&#8217;ils comprennent, maintenant que le temps de la résistance non violente est révolu, que le temps de la résistance passive est révolu.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_4_1164" id="identifier_4_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, L&amp;#8217;affaire du &laquo;&nbsp;gang de la haine&nbsp;&raquo; de Harlem. 29 mai 1964">5</a></sup></p></blockquote>
<p>Ainsi l&#8217;émeute lui sert à justifier sa stratégie. En se distinguant de la violence pour elle-même, il décrit sa stratégie d&#8217;auto-défense sous forme d&#8217;une violence réactive. De plus, l&#8217;émeute sert d&#8217;épouvantail pour pousser à prendre en considération les requêtes des noirs. Or le seul mouvement organisé au niveau national de tous les noirs, c&#8217;est celui des droits civiques. Par là, et de façon étonnante, il appelle les Blancs à répondre favorablement à leurs exigences sous peine d&#8217;émeutes.</p>
<p>Dans le même temps, il se refuse à toute condamnation des émeutiers ou de toute forme de racisme réactif. Il les qualifie même de <em>frères de sang</em>, du fait de la commune expérience de la vie dans le ghetto. Le passage par une naturalisation, une biologisation, du statut social est une manière  encore plus forte de présenter le lien de fraternité :</p>
<blockquote><p>En ce qui me concerne, quiconque a connu la même sorte d&#8217;enfer que moi est mon frère par le sang. Et j&#8217;ai quantité de ces frères. Car tous nous avons eu la même vie d&#8217;enfer. Il s&#8217;agit donc de savoir, à supposer qu&#8217;ils n&#8217;existent pas, si les Frères de sang devraient exister ? Non pas de savoir s&#8217;ils existent mais s&#8217;ils devraient exister. Ont-ils le droit d&#8217;exister ? Depuis quand doit-on nier l&#8217;existence de son frère par le sang ? C&#8217;est comme si l&#8217;on refusait de reconnaître sa propre famille.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_5_1164" id="identifier_5_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, L&amp;#8217;affaire du &laquo;&nbsp;gang de la haine&nbsp;&raquo; de Harlem. 29 mai 1964">6</a></sup></p></blockquote>
<p>Il cherche même à transformer les émeutes en action politique organisée tournée vers l&#8217;auto-défense. Ainsi, il estime que la criminalité comme l&#8217;émeute sont récupérables dans le mouvement qu&#8217;il espère construire :</p>
<blockquote><p>En conclusion, je vous dirai, à vous qui vivez à Harlem comme moi : bien souvent nous nous entredéchirons, nous guettons l&#8217;occasion de nous nuire par d&#8217;aigres propos ou par le mensonge, nous secouons sur le seuil d&#8217;autrui la poussière de nos souliers ; si nous voulions vraiment la liberté pour les nôtres, nous ne perdrions pas tout ce temps et toute cette énergie à chercher les moyens de nous nuire les uns aux autres. Que ceux qui ont ce genre de talent viennent me trouver ; s’ils s’y entendent je leur donnerais de l&#8217;argent et je leur dirais où aller et à qui faire du tort. Ils entreront dans l&#8217;Histoire avec une réputation d&#8217;honorabilité.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_6_1164" id="identifier_6_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">7</a></sup><sup><br />
</sup></p></blockquote>
<p>À peine plus d&#8217;un mois plus tard, alors qu&#8217;il souhaitait l&#8217;organisation de Harlem en vue de l&#8217;auto-défense et proclamait sa solidarité avec les émeutiers, notamment en refusant de condamner les émeutes, il loue la modération et légitime l&#8217;absence d&#8217;une action insurrectionnelle violente :</p>
<blockquote><p>Comprenant que l&#8217;on préparait une provocation qui permettrait d&#8217;intervenir et d&#8217;écraser les militants, des éléments de Harlem, qui étaient préparés, entraînés et équipés pour riposter dans des situations de ce genre, se sont exprès abstenu d&#8217;intervenir. Le vrai miracle, dans cette explosion, c&#8217;est la modération dont ont fait preuve les gens de Harlem.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/#footnote_7_1164" id="identifier_7_1164" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Le pouvoir est le ma&icirc;tre-mot, 7 janvier 1965">8</a></sup></p></blockquote>
<p>Mais bien entendu, il n&#8217;explique ce non-passage à l&#8217;action que par le rapport de force. Ce qui est peu convaincant sachant à quel point Malcolm X insiste sur le droit à l&#8217;auto-défense. Malcolm X, le noir du ghetto de Harlem, ne cherche-t-il pas d&#8217;abord à faire passer un message aux autres noirs des ghettos dans un langage qu&#8217;ils comprennent lorsqu&#8217;il parle de droit à l&#8217;auto-défense plutôt que d&#8217;appel à l&#8217;insurrection ?</p>
<h3 style="text-align: justify;">Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :</h3>
<ol>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/">Introduction</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/">Penser sa propre mort</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/">Les émeutes raciales</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/">Enjeux de la stratégie de la non-violence</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/">Condamner la non-violence</a></li>
<li><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-conclusion-6/">Conclusion</a></li>
</ol>
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      </div>
    </div><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1164" class="footnote">Alex Haley, Malcolm X, L&#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 242</li><li id="footnote_1_1164" class="footnote">Malcolm X, Le pouvoir est le maître-mot, 7 janvier 1965</li><li id="footnote_2_1164" class="footnote">Malcolm X, Le bulletin de vote ou le fusil, 3 mars 1963</li><li id="footnote_3_1164" class="footnote">Malcolm X, Rejoindre la révolution noire mondiale, 8 avril 1964</li><li id="footnote_4_1164" class="footnote">Malcolm X, L&#8217;affaire du « gang de la haine » de Harlem. 29 mai 1964</li><li id="footnote_5_1164" class="footnote">Malcolm X, L&#8217;affaire du « gang de la haine » de Harlem. 29 mai 1964</li><li id="footnote_6_1164" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_7_1164" class="footnote">Malcolm X, Le pouvoir est le maître-mot, 7 janvier 1965</li></ol>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 18:10:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
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		<description><![CDATA[Malcolm fut menacé de mort à plusieurs reprises et finalement assassiné le 21 février 1965 à 39 ans. Le personnage de Malcolm X est la figure qui incarne la violence révolutionnaire anticoloniale dans l&#8217;imaginaire collectif. Le sacrifice de Malcolm X pour son peuple au nom de la liberté La mort hante les discours et la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><span id="more-1153"></span>Malcolm fut menacé de mort à plusieurs reprises et finalement assassiné le 21 février 1965 à 39 ans. Le personnage de Malcolm X est la figure qui incarne la violence révolutionnaire anticoloniale dans l&#8217;imaginaire collectif.</p>
<h3>Le sacrifice de Malcolm X pour son peuple</h3>
<h4>au nom de la liberté</h4>
<p>La mort hante les discours et la biographie de Malcolm X. Sa mort, celle des révolutionnaires Africains-américains, qu&#8217;ils soient intégrationnistes ou nationalistes, mais aussi celle de la communauté Africaine-américaine dans son ensemble jusqu&#8217;aux petites filles noires<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_0_1153" id="identifier_0_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="qu&amp;#8217;il mentionne au d&eacute;tour d&amp;#8217;un discours mentionnant un attentat supr&eacute;matiste blanc contre une &eacute;cole">1</a></sup> en premier lieu. Et seulement en dernier lieu celle des suprématistes blancs eux-mêmes ainsi que de la communauté blanche américaine dans son ensemble<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_1_1153" id="identifier_1_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Quelquefois dans un parall&egrave;le avec les colons europ&eacute;ens blancs au Kenya tu&eacute;s par les Mau-Mau">2</a></sup>. L&#8217;assassinat de Malcolm X semble s&#8217;inscrire de façon optimale dans ce récit, où sa propre mort servirait de schéma fondateur des luttes des Africains-américains à venir, les orientant dans la perspective unificatrice et révolutionnaire portée par Malcolm X. Les affiches Malcolm X avec ses portraits, dont celle où il tient un fusil, légendéespar des citations confirment la réussite de l&#8217;auto-fabrication de ce récit. Parmi ces affiches, trois traitent directement de la question de la violence et de la mort. La première et plus explicite :<em>« Si vous n&#8217;êtes pas prêt à mourir pour la liberté, retirez ce mot de votre vocabulaire. »</em><em><sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_2_1153" id="identifier_2_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="If you&amp;#8217;re not ready to die for it&nbsp;, take the word freedom out of your vocabulary.">3</a></sup></em>; ce qui, dans un pays où la liberté tient lieu de valeur fondatrice, enjoint davantage à se tenir prêt à mourir pour la liberté plutôt qu&#8217;à y renoncer. La seconde, qui n&#8217;est pas vraiment une citation mais une simple affirmation faisant écho à ses propres propos, déclare <em>« Il était prêt ! »</em><sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_3_1153" id="identifier_3_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="He was ready!">4</a></sup>, sous-entendu prêt à mourir, et implicitement mourir pour la <em>Black revolution</em> puisqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une affiche postérieur à l&#8217;obtention des droits civiques et la multiplication des émeutes signant la fin du mouvement pour les droits civiques. La dernière et plus connue, celle avec un Malcolm X tenant un fusil et regardant par la fenêtre, est légendée par le fameux <em>«Par tous les moyens nécessaires » </em><em></em>((By any means necessary)) qui semble résumer à elle seule ce que le grand public a le plus retenu de Malcolm X.</p>
<blockquote><p>J&#8217;ai toujours pensé que moi aussi je mourrais de mort violente. J&#8217;ai fait tout ce que j&#8217;ai pu pour être prêt.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_4_1153" id="identifier_4_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alex Haley, Malcolm X, L&amp;#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 22">5</a></sup></p></blockquote>
<div id="attachment_1154" class="wp-caption aligncenter" style="width: 514px"><a href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/02/liberareyourminds.jpg"><img class="size-full wp-image-1154 " title="liberateyourminds" src="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2012/02/liberareyourminds.jpg" alt="Liberate your minds" width="504" height="717" /></a><p class="wp-caption-text">Libérer nos esprits, par tous les moyens nécessaires, affiche postérieure à la mort de Malcolm X le 21 février 1965</p></div>
<h4>au nom de la famille</h4>
<blockquote><p>Je n&#8217;ai jamais pensé que je vivrais assez longtemps pour être vieux. Je sais, j&#8217;ai toujours su, que je mourrais de mort violente. C&#8217;est dans ma famille. Prenez les choses auxquelles je crois, prenez mon tempérament, ajoutez-y le fait que je me dévoue corps et âme à la cause que je défends – avec tous ces ingrédients, comment voulez-vous que je meure dans mon lit ?<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_5_1153" id="identifier_5_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alex Haley, Malcolm X, L&amp;#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 300">6</a></sup></p></blockquote>
<p>Malcolm X met en scène dans son autobiographie sa propre mort, ainsi que celle de son père au profit d&#8217;un récit de tragédie optimiste, une tragédie personnelle pour un espoir collectif. Sa mort, il l&#8217;inscrit dans une destinée filiale de père en fils&#8230; La mort de son père est présentée comme le déclencheur de la chute irrémédiable de sa propre famille, en même temps qu&#8217;un sacrifice pour avoir continué son combat pour la dignité de la race noire au côté de l&#8217;UNIA de Marcus Garvey. Marcus Garvey, originaire des Caraïbes, fut un tribun panafricaniste d&#8217;Harlem qui organisa à travers l&#8217;UNIA (United Negro Improvement Association – Association de l&#8217;Amélioration de l&#8217;Unité Nègre) le plus grand réseau de radicaux Noirs des USA. Il popularisa le slogan One God, One Aim, One Destiny (Un Dieu, Un But, Une Destinée) inspiré du concept de Tawhid de la résistance anticoloniale islamique en Égypte que lui a enseigné le musulman noir égyptien Dusé Mohamed Ali. C&#8217;est au nom de Dieu que ce pasteur et père de Malcolm X a ainsi sacrifié sa famille nucléaire, pour une famille élargie, celle du peuple noire. Pour un homme dans une société patriarcale, le sacrifice de sa famille représente un sacrifice inimaginable. Imaginez un peu la hauteur du sacrifice lorsque cette même famille, loin d&#8217;être un acquis, relève quasiment du privilège<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_6_1153" id="identifier_6_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Majors, Richard, et Janet Mancini Billson, Cool Pose: The Dilemmas of Black Manhood in America, New York: Lexington Books, 1992">7</a></sup> pour un noir dans une société post-esclavagiste du Sud. L&#8217;organisation communautaire Nation Of Islam à laquelle Malcolm X appartient et doit sa découverte de l&#8217;Islam, joue sur sa capacité à réaliser des succès moraux, ce qui implique en premier lieu la réussite du modèle conventionnel américain de la famille. <a href="http://bader.lejmi.org/2010/05/08/el-hajj-malik-el-shabazz-et-la-famille-traditionnelle/">La famille de Malcolm X en sera le prototype</a>. Si Malcolm X n&#8217;évoque pas cette question, nous ne pouvons passer à côté de cet élément essentiel. De fait, en réemployant le drame paternel pour la future mort dans laquelle il se projette, Malcolm X s&#8217;insère également dans cette lecture sacrificielle du père de famille noir pour l&#8217;amour de son peuple-famille Africain-américain.</p>
<p>&nbsp;</p>
<div id="attachment_728" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><a href="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2010/05/malcolm-with-family.jpg"><img class="size-full wp-image-728" title="malcolm-with-family" src="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2010/05/malcolm-with-family.jpg" alt="Malcolm X, sa femme et ses 2 filles" width="500" height="752" /></a><p class="wp-caption-text">Malcolm Shabazz, sa femme Betty X, et ses 2 premières filles, entre 1962 et 1964, durant son mandat de porte-parole national à Nation of Islam qu&#39;atteste le portrait d&#39;Elijah Muhammad accroché au mur</p></div>
<h4>au nom de la masculinité</h4>
<p>Une autre citation articule la liberté non pas avec la mort mais avec l&#8217;humanité, ou plutôt la masculinité, ici confondu dans le mot polysémique <em>homme</em> : <em>« Personne ne peut vous donner la liberté. Personne ne peut vous donner l&#8217;égalité ou la justice ou quoi que ce soit. Si vous êtes un homme, vous la prenez ! »</em>. Se tenir prêt à la mort s&#8217;articule également avec une masculinité virile que la polysémie du mot homme permet et dont Malcolm X joue à de nombreuses reprises.</p>
<blockquote><p>En écoutant Mme Hamer, cette femme noire qui pourrait être ma mère, ma sœur ou ma fille, décrire ce qu&#8217;on lui a fait subir dans le Mississipi, je me demande comment nous pouvons espérer être jamais respectés en tant qu&#8217;hommes, alors que nous tolérons que de pareilles choses soient faites à nos femmes et que nous ne faisons rien pour les défendre ? (…) Nous ne méritons pas d&#8217;être reconnus pour des hommes et respectés en tant que tels, tant que nos femmes pourront subir des brutalités comparables à celles qu&#8217;a décrites cette femme, sans que nous fassions, pour les défendre, autre chose que de rester assis à chanter « We shall overcome » (Ndlr, « Nous vaincrons », slogan du mouvement non-violent des droits civiques).<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_7_1153" id="identifier_7_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 d&eacute;cembre 1964">8</a></sup></p></blockquote>
<h4>Le récit de soi pour contrer celui du noir haineux</h4>
<p><span style="color: #000000;">Ce que Malcolm craint le plus de cette mort violente, c&#8217;est qu&#8217;on l&#8217;exploite pour l&#8217;accabler, lui le prêcheur extrémiste et haineux, de sa propre mort. </span>Malcolm évoque à travers cet extrait de son autobiographie, où il cite nommément le Dr. Martin Luther King, que la mort guette tout leader politique Africain-américain et que la mort ne discrimine pas entre violent et non-violent :</p>
<blockquote><p>Ma voix n&#8217;est qu&#8217;une voix parmi d&#8217;autres, mais notre but a toujours été le même. Certes, mes méthodes sont radicalement opposées à celles du Dr Martin Luther King, apôtre de la non-violence (doctrine qui a le mérite de mettre en relief la brutalité du Blanc à l&#8217;égard des Noirs). Mais dans l&#8217;atmosphère qui règne actuellement en Amérique je me demande lequel de ces deux « extrémistes » : le « violent » Malcolm X ou le « non violent » Dr King, sera mort le premier.<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_8_1153" id="identifier_8_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alex Haley, Malcolm X, L&amp;#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 299">9</a></sup></p></blockquote>
<p>Dans la même logique montrant qu&#8217;il perçoit le récit de sa mort comme étant celle d&#8217;un leader noir haineux, il déclarera :</p>
<blockquote><p>La presse blanche identifiera Malcolm X à la « haine ». Vous verrez. L&#8217;homme blanc se servira de moi mort, comme il s&#8217;est servi de moi vivant : j&#8217;incarne à ses yeux, la « haine » &#8211; incarnation commode, car elle lui permet de nier la vérité, de nier que je n&#8217;ai fait que tendre à l&#8217;homme blanc son propre miroir, afin de lui montrer les crimes abominables de sa race contre ma race. (Ndt, fait allusion ici à un attentat suprématiste blanc contre une école)<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/#footnote_9_1153" id="identifier_9_1153" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Alex Haley, Malcolm X, L&amp;#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 301">10</a></sup></p></blockquote>
<h3 style="text-align: justify;">Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :</h3>
<ol>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/">Introduction</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/">Penser sa propre mort</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/">Les émeutes raciales</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/">Enjeux de la stratégie de la non-violence</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/">Condamner la non-violence</a></li>
<li><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-conclusion-6/">Conclusion</a></li>
</ol>
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      </div>
    </div><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1153" class="footnote">qu&#8217;il mentionne au détour d&#8217;un discours mentionnant un attentat suprématiste blanc contre une école</li><li id="footnote_1_1153" class="footnote">Quelquefois dans un parallèle avec les colons européens blancs au Kenya tués par les Mau-Mau</li><li id="footnote_2_1153" class="footnote"></em>If you&#8217;re not ready to die for it , take the word freedom out of your vocabulary.<em></li><li id="footnote_3_1153" class="footnote">He was ready!</li><li id="footnote_4_1153" class="footnote">Alex Haley, Malcolm X, L&#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 22</li><li id="footnote_5_1153" class="footnote">Alex Haley, Malcolm X, L&#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 300</li><li id="footnote_6_1153" class="footnote">Majors, Richard, et Janet Mancini Billson, Cool Pose: The Dilemmas of Black Manhood in America, New York: Lexington Books, 1992</li><li id="footnote_7_1153" class="footnote">Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964</li><li id="footnote_8_1153" class="footnote">Alex Haley, Malcolm X, L&#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 299</li><li id="footnote_9_1153" class="footnote">Alex Haley, Malcolm X, L&#8217;autobiographie de Malcolm X, p. 301</li></ol>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)</title>
		<link>http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/</link>
		<comments>http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 12 Feb 2012 17:39:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Politique]]></category>
		<category><![CDATA[Travaux]]></category>
		<category><![CDATA[black]]></category>
		<category><![CDATA[blanc]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[jean genet]]></category>
		<category><![CDATA[libération nationale]]></category>
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		<category><![CDATA[révolution]]></category>
		<category><![CDATA[révolutionnaire]]></category>
		<category><![CDATA[sociologie]]></category>
		<category><![CDATA[usa]]></category>

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		<description><![CDATA[« Et le procès fait à la violence c&#8217;est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu&#8217;à l&#8217;héroïsme.» Jean Genet, Violence et brutalité, 2 Septembre 1977 [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><em>« Et le procès fait à la violence c&#8217;est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu&#8217;à l&#8217;héroïsme.</em>»</p>
<p>Jean Genet, Violence et brutalité, 2 Septembre 1977</p>
<p><em>« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience : « nous, nous qui avons tout, on est pour la paix … » Je sais ce que je dois leur crier, à ceux là : «  les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous !  Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscient que n’en aura jamais le désespéré qui a prit des armes pour essayer de sortir de son désespoir ». »</em></p>
<p>Abbé Pierre</p></blockquote>
<p style="text-align: justify;">La pensée de Malcolm X, fondatrice de la <em>Black Revolution</em><sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/#footnote_0_1147" id="identifier_0_1147" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nous retiendrons l&amp;#8217;appellation Black Revolution en lieu et place du dominant Mouvement pour les droits civiques parce que le dernier oriente directement la lecture de cette lutte dans un sens int&eacute;grationniste, alors que le premier a &eacute;t&eacute; employ&eacute; aussi bien par des int&eacute;grationnistes comme Martin Luther King dans le sens d&amp;#8217;une r&eacute;forme radicale, que par des nationalistes tel Malcolm X o&ugrave; elle a pris le sens d&amp;#8217;une lutte de lib&eacute;ration nationale">1</a></sup>, a la plupart du temps été présentée comme tout à la fois celle d&#8217;un haineux, anti-américain, raciste anti-blanc, extrémiste, révolutionnaire, noir du ghetto du nord, islamiste etc. Ce n&#8217;est vraisemblablement qu&#8217;à la suite du film de Spike Lee sur la vie de Malcolm X en 1992, que ce dernier fut reconnu comme une figure majeure du mouvement africain-américain.</p>
<p style="text-align: justify;">Il m&#8217;a semblé nécessaire d&#8217;étudier de près la position de Malcolm X sur la thématique de la violence. Par la suite, c&#8217;est la thématique de la violence elle-même qu&#8217;il m&#8217;a fallu étudier. En effet, loin d&#8217;être univoque, la violence est ambivalente, paradoxale, complexe, et loin de se réduire à une opposition entre guerre contre les blancs ou paix, elle est partie prenante d&#8217;une vision politique. Il s&#8217;agit alors de problématiser la violence et d&#8217;en déceler les significations et implications dans les discours de l&#8217;un ou de l&#8217;autre et les motivations de ces orientations.</p>
<p style="text-align: justify;">La discussion que je propose ne s&#8217;inscrit pas tout à fait dans le cadre américain. En effet, le cadre de réception de Malcolm X en France a forgé son image autant que sa position supposée vis-à-vis du problème du racisme. Mon premier postulat est que la manière dont le contexte africain-américain est compris en France n&#8217;est pas tant celui de l&#8217;histoire des USA, mais celle des Africains-américains. Au sens que les Africains-américains sont interprétés comme une minorité racisée (Noire et, ou Afro-descendante) dans un contexte métropolitain (la France hexagonale ou les USA), post-esclavagiste et post-colonial. D&#8217;où mon second postulat qu&#8217;il est plus intéressant, pour nous, de comprendre la réception de leur Histoire en France par la caisse de résonance qu&#8217;est le problème racial en France, plutôt que par un intérêt pour les USA en eux-mêmes. Cette interprétation n&#8217;est pas sans poser de problèmes pour les historiens ou sociologues qui oscille entre l&#8217;analogie, la comparaison, la parabole ou la continuité, pour aborder ces deux situations. En sociologie, le terme même de ghetto, importé, dans les années 80<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/#footnote_1_1147" id="identifier_1_1147" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jeremy ROBINE, SOS RACISME ET LES &laquo; GHETTOS DES BANLIEUES &raquo; : CONSTRUCTION ET UTILISATIONS D&rsquo;UNE REPR&Eacute;SENTATION, H&eacute;rodote, n&deg;113, 2004/2, p. 134-151">2</a></sup>, en référence explicite à la situation des africains-américains aux USA, continue de faire débat<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/#footnote_2_1147" id="identifier_2_1147" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel KOKOREFF, Ghettos et marginalit&eacute; urbaine, Lectures crois&eacute;es de Didier Lapeyronnie et Lo&iuml;c Wacquant, Revue fran&ccedil;aise de sociologie, 50-3, 2009, p. 553-572">3</a></sup>. Plus généralement, c&#8217;est la notion même de société post-coloniale qui fait débat en France. L&#8217;enjeu est notamment de savoir si l&#8217;on peut, au nom du continuum colonial assimiler la situation des africains-américains dans les USA des années 60 avec les populations racisées de France métropolitaine de ce début de siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">En pratique, je me suis appuyé sur les discours et la biographie de Malcolm X traduits en français et publiés en France. Il s&#8217;agit de deux ouvrages : L&#8217;Autobiographie par Alex Haley, imprégnée de considérations explicitement politiques de la part de Malcolm X ; et Le Pouvoir Noir, recueil des plus célèbres discours de Malcolm X. Ces textes s&#8217;étalent sur une période de 2 ans, de 1963 à 1965, dans la vie de Malcolm. Les changements majeurs dans sa réflexion au cours de cette période suivant sa rupture avec Nation of Islam et son retour du Hajj en 1964. À partir de là, il sortira de l&#8217;apolitisme et prendra position en faveur de la lutte contre la ségrégation et pour le droit de vote des Africains-américains dans les États du Sud. Il rejettera le nationalisme séparatiste, le racisme noir, et adoptera l&#8217;universalisme Noir et anticolonial. L&#8217;essentiel des discours présentés sont de cette seconde période. Le Malcolm que nous présenterons sera, de fait, celui d&#8217;après Nation of Islam.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour aborder le problème de la violence, nous commencerons avec le plus intime, en abordant <a href="http://bader.lejmi.org/?p=1153">la façon dont Malcolm X pense sa propre mort</a>. Puis nous examinerons <a href="http://bader.lejmi.org/?p=1164">le phénomène violent que sont les émeutes raciales qui furent l&#8217;objet de nombreux commentaires de la part de Malcolm</a>. Ce qui nous amènera à étudier <a href="http://bader.lejmi.org/?p=1167">sa critique de la philosophie de la non-violence au cœur du mouvement des droits civiques</a>. Les <a href="http://bader.lejmi.org/?p=1169">orientations politiques qu&#8217;implique la doctrine de la non-violence sur la </a><em><a href="http://bader.lejmi.org/?p=1169">Black revolution</a> </em>devront être analysées. Enfin nous <a href="http://bader.lejmi.org/?p=1175">concluerons sur la problématique de la violence chez Malcolm X</a>.</p>
<h3 style="text-align: justify;">Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :</h3>
<ol>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence/">Introduction</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-penser-sa-propre-mort-2/">Penser sa propre mort</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Les émeutes raciales (3)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-les-emeutes-raciales-3/">Les émeutes raciales</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Enjeux de la stratégie de la non-violence (4)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-enjeux-de-la-strategie-de-la-non-violence-4/">Enjeux de la stratégie de la non-violence</a></li>
<li><a title="Malcolm X et le problème de la violence : Condamner la non-violence (5)" href="../2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-condamner-la-non-violence-5/">Condamner la non-violence</a></li>
<li><a href="http://bader.lejmi.org/2012/02/12/malcolm-x-et-le-probleme-de-la-violence-conclusion-6/">Conclusion</a></li>
</ol>
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      </div>
    </div><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1147" class="footnote">Nous retiendrons l&#8217;appellation <em>Black Revolution</em> en lieu et place du dominant <em>Mouvement pour les droits civiques</em> parce que le dernier oriente directement la lecture de cette lutte dans un sens intégrationniste, alors que le premier a été employé aussi bien par des intégrationnistes comme Martin Luther King dans le sens d&#8217;une réforme radicale, que par des nationalistes tel Malcolm X où elle a pris le sens d&#8217;une lutte de libération nationale</li><li id="footnote_1_1147" class="footnote">Jeremy ROBINE, SOS RACISME ET LES « GHETTOS DES BANLIEUES » : CONSTRUCTION ET UTILISATIONS D’UNE REPRÉSENTATION, Hérodote, n°113, 2004/2, p. 134-151</li><li id="footnote_2_1147" class="footnote">Michel KOKOREFF, Ghettos et marginalité urbaine, Lectures croisées de Didier Lapeyronnie et Loïc Wacquant, Revue française de sociologie, 50-3, 2009, p. 553-572</li></ol>]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Le personnage d&#8217;Angela Davis, fruit de l&#8217;américanisation et de la contre-culture de Chloé Zollman</title>
		<link>http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/</link>
		<comments>http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 12:51:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
				<category><![CDATA[d'Ailleurs]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://bader.lejmi.org/?p=1136</guid>
		<description><![CDATA[Extrait du mémoire de master en Histoire «L&#8217;Engagement pour Angela Davis en Belgique (août 1970 – juin 1972)» de Chloé Zollman en 2009 à l&#8217;Université catholique de Louvain au sous la direction du Prof. Paul Servais.  Le personnage d&#8217;Angela Davis, fruit de l&#8217;américanisation et de la contre­-culture1 Après avoir parcouru la vie d&#8217;Angela Davis, il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Extrait du mémoire de master en Histoire <a href="http://www.ethesis.net/Angela%20Davis/Angela%20Davis.pdf">«L&#8217;Engagement pour Angela Davis en Belgique (août 1970 – juin 1972)»</a> de Chloé Zollman en 2009 à l&#8217;Université catholique de Louvain au sous la direction du Prof. Paul Servais. </em></p>
<div id="attachment_1138" class="wp-caption aligncenter" style="width: 207px"><a href="http://www.ethesis.net/Angela%20Davis/Angela%20Davis.pdf"><img class="size-medium wp-image-1138" title="Angela Davis Parle" src="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2011/11/R160079219-197x300.jpg" alt="" width="197" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">J&#39;ai moi-même redécouvert ce vieux livre jauni, dans la bibliothèque de ma mère en Tunisie : «Angela Davis Parle»...</p></div>
<p style="text-align: justify;">Le personnage d&#8217;Angela Davis, fruit de l&#8217;américanisation et de la contre­-culture<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/#footnote_0_1136" id="identifier_0_1136" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="BARJOT (D.), &laquo; Introduction &raquo;, in BARJOT (D.), R&Eacute;VEILLARD (C.), dir., L&amp;#8217;am&eacute;ricanisation de l&amp;#8217;Europe occidentale au XXe si&egrave;cle. Mythe et r&eacute;alit&eacute;. Actes du colloque des Universit&eacute;s europ&eacute;ennes d&amp;#8217;&eacute;t&eacute;, 9&shy;11 juillet 2001, Paris, 2002, pp. 7&shy;37 ; EUDES (Y.), La conqu&ecirc;te des esprits. L&amp;#8217;appareil d&amp;#8217;exportation culturelle du gouvernement am&eacute;ricain vers le tiers monde, Paris, 1982 ; HAROUEL (J.&shy;L.), Culture et contre&shy;cultures, Paris, 1998, pp. 1&shy;11 ; MCKAY (G.), Yankee go home (&amp;amp; take me with u) : Americanization and popular culture, Sheffield, 1997, pp. 12&shy;53 ; STEPHAN (A.), &laquo; Cold War Alliances and the Emergence of Transatlantic Competition : an Introduction &raquo;, in STEPHAN (A.), ed., The Americanization of European culture, diplomacy and Anti &shy;Americanism after 1945, New York, 2006, pp. 1&shy;20 ; VAN DEBURG (W.L.), New Day in Babylon (&amp;#8230;), pp. 11&shy;62.">1</a></sup><br />
Après avoir parcouru la vie d&#8217;Angela Davis, il nous semble important d&#8217;inscrire le personnage dans son époque, une époque qui oscille entre fascination et rejet de total des États­-Unis.<br />
L&#8217;américanisation est un terme qui recouvre des réalités diverses. Une définition générale nous est donnée par Dominique Barjot dans son introduction à la publication des actes d&#8217;un colloque sur le sujet. Selon lui, l&#8217;américanisation est :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">« la généralisation d&#8217;un mode de vie, d&#8217;une civilisation née outre­atlantique par fusion d&#8217;apports multiples eux­mêmes venus, pour l&#8217;essentiel, d&#8217;Europe. (&#8230;) [Elle] résulte d&#8217;un transfert vers l&#8217;Europe occidentale des méthodes de production, des modèles de consommation, du mode de vie, des pratiques socio­culturelles ou des cadres de pensée nés ou adoptés originellement aux États­-Unis. »<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/#footnote_1_1136" id="identifier_1_1136" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="BARJOT (D.), op. cit., p. 7.">2</a></sup>.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Cette définition peut être enrichie par une nuance qu&#8217;apporte George McKay. Être américanisé, ce serait avoir acquis les codes culturels permettant de « comprendre les produits culturels américains comme si l&#8217;on était américain »<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/#footnote_2_1136" id="identifier_2_1136" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="MCKAY (G.), op. cit., p. 14 (traduit par nous).">3</a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Phénomène apparu au XIXe siècle, l&#8217;américanisation connaît un essor particulier après la Seconde guerre mondiale. À la fin du conflit, face à une Europe détruite par cinq années de guerre ou d&#8217;occupation, les États­-Unis, grands vainqueurs avec l&#8217;Union soviétique, se posent en modèle de réussite à tous les niveaux (économique, social, culturel, conceptuel). L&#8217;aide américaine pour la reconstruction du vieux continent s&#8217;organise et avec elle, les méthodes et modes de pensée américains se propagent. Avec le début de la Guerre froide (1948), les deux blocs tentent d&#8217;accroître leurs zones d&#8217;influence respectives ; l&#8217;Europe est, dans cet objectif, un enjeu particulier. Les positions stratégiques des puissances Est et Ouest se fixent avec la conclusion des alliances militaires (OTAN en 1949 et Pacte de Varsovie en 1955).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette situation de Guerre froide est donc la force motrice des relations entre l&#8217;Europe et les États­-Unis. L&#8217;Amérique s&#8217;engage en Europe dans différents domaines : militaire, politique et économique d&#8217;abord ; ensuite, et par conséquent, culturel, la dimension économique s&#8217;étant diffusée dans tous les secteurs de la société. Cette américanisation sera généralisée en Europe mais ne sera jamais dominante. Des pays y résistent, d&#8217;autres sélectionnent, adaptent, transforment les apports américains selon leurs identités nationales propres.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;ensemble des auteurs consultés se rencontrent en général sur un point : le décalage qui existe entre l&#8217;Amérique telle qu&#8217;elle est imaginée par les Européens et la réalité des États­-Unis. Cette vision est tantôt réductrice, tantôt construite de toutes pièces, formée autour d&#8217;images stéréotypées issues du mythe du « rêve américain ». Un espace utopique de désirs mais aussi de peurs se crée, régi par des valeurs de libération, de rêve, de jeunesse, parfois aussi de violence. Ce système exerce son influence tant à l&#8217;extérieur qu&#8217;à l&#8217;intérieur de son cadre de production. Il joue aussi un rôle dans la vision qu&#8217;ont les Américains d&#8217;eux­mêmes, avec les déceptions que cela peut engendrer – le Willy Loman de Death of a Salesman en est l&#8217;exemple parfait<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/#footnote_3_1136" id="identifier_3_1136" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="MILLER (A.), Death of a Salesman, 1949.">4</a></sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avec l&#8217;américanisation, c&#8217;est la culture de masse qui se propage dans le monde entier et, en tout premier lieu, en Europe. La société libérale de tous les possibles à l&#8217;américaine rencontre une Europe où milieux sociaux et formes spécifiques de culture sont encore intimement liés. De cette confrontation naîtra un changement du système culturel européen. Les frontières entre culture d&#8217;élite et culture populaire se gomment, les générations sont à présent sur un pied d&#8217;égalité face à la culture.</p>
<p style="text-align: justify;">Au cours des décennies d&#8217;après­guerre, une évolution s&#8217;opère. La rhétorique de libération promouvant le modèle américain est peu à peu utilisée dans le cadre de discours soutenant un autre mode de pensée. L&#8217;américanisation, vue par certains comme libératrice, commence à être envisagée comme potentiellement annihilante. La génération des baby­ boomers exprime sa frustration face à une société bourgeoise qui semble stagner. Dans le cadre des revendications des mouvements afro­américains, de la guerre du Vietnam et des mouvements estudiantins, une revendication générale ébranle les bases de la société américaine en remettant en cause ses fondements. Cette contre­culture rejette non seulement la civilisation mais aussi l&#8217;idée même de civilisation. Dans une société où les valeurs spirituelles semblent écrasées par le matériel, il faut réinventer une culture et, avec elle, de nouvelles valeurs enfin égalitaires. Cette profonde remise en cause émane principalement des mouvements de gauche, voire d&#8217;extrême-gauche, qui légitiment la révolution comme seule voie de destruction du passé. Les structures sociales sont au centre des critiques puisqu&#8217;elles produisent cette culture majoritaire blanche et masculine où les minorités n&#8217;ont pas leur place. La contre-culture, lieu de contestation des positions sociales établies, est une lame de fond qui va bouleverser profondément la société, d&#8217;abord américaine, puis, par extension, européenne. Cette critique de l&#8217;ethnocentrisme occidental est le signe d&#8217;une rupture générationnelle qui se traduira dans différents domaines, notamment dans celui de la culture.</p>
<p style="text-align: justify;">Angela Davis s&#8217;inscrit parfaitement dans son époque dont elle est à la fois un produit et un élément moteur. La société américaine des années d&#8217;après-guerre peut être caractérisée par une série de phénomènes et d&#8217;événements : les mouvements afro-américains pour les droits civiques, l&#8217;américanisation et la culture de masse, la Guerre froide, la guerre du Vietnam, la montée des contestations notamment étudiante et féministe. D&#8217;une manière ou d&#8217;une autre, le parcours d&#8217;Angela Davis est lié à ces moments de l&#8217;histoire des États-Unis.</p>
<p style="text-align: justify;">Angela Davis naît dans un milieu afro-américain de classe moyenne, un milieu où la ségrégation est déjà affaiblie puisque ses parents ont tous les deux fait des études et qu&#8217;ils pourront permettre à leur fille d&#8217;en faire également, notamment en Europe. Néanmoins, A.Davis grandit dans un quartier où les tensions entre les communautés noire et blanche sont exacerbées, ce qui la confronte à ce problème américain qu&#8217;est le rapport entre les « races ». Le manque de cohérence entre cette réalité et le discours égalitaire et libéral à l&#8217;américaine la conduit tout naturellement à chercher des alternatives. Dans un contexte de Guerre froide, l&#8217;idéologie communiste semble une possibilité rêvée, d&#8217;autant plus que c&#8217;est un système de pensée qu&#8217;A. Davis a déjà côtoyé dans sa famille.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant ses années d&#8217;études aux États-Unis et en Europe, Angela Davis entre dans un milieu intellectuel à une époque où certaines revendications, notamment étudiantes, sont menées par des intellectuels. Ce monde brasse un ensemble de contestations propres à la contre-culture qui, dans les années soixante, en sont à leurs débuts. Angela Davis est étudiante en philosophie, élève de Marcuse. Sa sensibilité contestataire ne peut que s&#8217;épanouir dans les divers combats à mener. La guerre du Vietnam, les conditions de vie des Afro-Américains, la liberté des femmes sont autant de luttes qui correspondent à différents aspects de sa personnalité. La profonde intellectualité d&#8217;Angela Davis couplée à son engagement communiste la mène logiquement à l&#8217;action sur le terrain, auprès de ses frères.</p>
<p style="text-align: justify;">Par ailleurs, avec les années soixante, le mouvement des droits civiques se transforme et se mue en un mouvement dont l&#8217;influence dépasse la simple sphère politique. Le concept de Black Power est né et avec lui, l&#8217;idée de la spécificité de la culture noire par rapport à la culture blanche majoritaire. Le Black Power peut être considéré comme une philosophie pragmatique – et non anarchiste comme ont voulu le croire certains – qui déclare que le pouvoir doit souvent être arraché ou gagné et qu&#8217;il n&#8217;est que rarement partagé de plein gré. Différentes idéologies sont groupées sous l&#8217;expression « Black Power » mais une volonté leur est à toutes commune : les Afro-Américains doivent prendre leur destin en main. L&#8217;expression culturelle afro-américaine doit donc s&#8217;auto-déterminer afin de se construire une identité propre et indépendante. Le Black Power va se diffuser dans tous les secteurs de la culture, qu&#8217;il s&#8217;agisse des arts plastiques, de la mode ou de la musique. Le combat d&#8217;Angela Davis pour les Afro-Américains se situe dans ces optiques-là. Tout d&#8217;abord, la lutte comme moyen d&#8217;aboutir à ses objectifs, « la lutte politique, par le peuple en mouvement qui se battrait pour ceux qui se trouvaient derrière les murs »<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2011/11/08/le-personnage-dangela-davis-fruit-de-lamericanisation-et-de-la-contre-culture-de-chloe-zollman/#footnote_4_1136" id="identifier_4_1136" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="DAVIS (A.), op. cit., p. 246.">5</a></sup>, notamment lorsqu&#8217;elle s&#8217;engage pour la libération des prisonniers politiques. Ensuite, la culture comme moyen de revendication. Angela Davis, vingt ans dans les années soixante, arbore une coupe de cheveux afro, symbole de rébellion à l&#8217;image du poing revendicateur des militants noirs américains.</p>
<p style="text-align: justify;">Juxtaposer le contexte social, politique et culturel des années soixante et les dimensions multiples du personnage d&#8217;Angela Davis nous montre en quoi celle-ci est typiquement un personnage de son époque. Les années d&#8217;après-guerre seront celles d&#8217;une tentative d&#8217;américanisation profonde de l&#8217;Europe dans les sphères politique, économique, sociale et culturelle. Le mouvement parallèle de la contre-culture, qui émane notamment d&#8217;une attitude paradoxale d&#8217;amour-haine à l&#8217;égard de l&#8217;Amérique, se diffuse par les mêmes canaux. Dans cette époque de contacts intenses entre l&#8217;Europe et les États-Unis, les différents aspects ainsi que les formes que prendra la lutte d&#8217;Angela Davis sont déterminés par les influences idéologiques qu&#8217;elle subit, les milieux qu&#8217;elle traverse, les personnes qu&#8217;elle rencontre. Certes, tout engagement est le fruit d&#8217;une conjonction de paramètres souvent imprévisible, peu palpable et dépendant totalement des opportunités saisies ou manquées. Néanmoins, dans le cas d&#8217;Angela Davis, il faut constater qu&#8217;elle combine des attributs rarement réunis. Pensons, par exemple, à son engagement communiste. Schématiquement, une telle adhésion, conjuguée à sa réflexion intellectuelle profonde, lui permet de potentiellement toucher des ouvriers réunis autour des promesses libératrices de cette idéologie, mais aussi des universitaires déçus par un système capitaliste dans lequel ils ne se retrouvent plus. Active dans les mouvements afro-américains, elle y défend aussi la place de la femme. Une telle spécificité de combat lui permet d&#8217;être une figure représentative pour des cercles de militants dont les luttes peuvent être très différentes. Cette caractéristique peut probablement expliquer pourquoi son emprisonnement et son procès ont provoqué une telle levée de boucliers. La pluralité de son combat et de son personnage pouvait toucher des personnes issues d&#8217;horizons très divers, animés par des valeurs différentes et connaissant des parcours de vie extrêmement dissemblables.</p>
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    </div><ol class="footnotes"><li id="footnote_0_1136" class="footnote">BARJOT (D.), « Introduction », in BARJOT (D.), RÉVEILLARD (C.), dir., L&#8217;américanisation de l&#8217;Europe occidentale au XXe siècle. Mythe et réalité. Actes du colloque des Universités européennes d&#8217;été, 9­11 juillet 2001, Paris, 2002, pp. 7­37 ; EUDES (Y.), La conquête des esprits. L&#8217;appareil d&#8217;exportation culturelle du gouvernement américain vers le tiers monde, Paris, 1982 ; HAROUEL (J.­L.), Culture et contre­cultures, Paris, 1998, pp. 1­11 ; MCKAY (G.), Yankee go home (&amp; take me with u) : Americanization and popular culture, Sheffield, 1997, pp. 12­53 ; STEPHAN (A.), « Cold War Alliances and the Emergence of Transatlantic Competition : an Introduction », in STEPHAN (A.), ed., The Americanization of European culture, diplomacy and Anti ­Americanism after 1945, New York, 2006, pp. 1­20 ; VAN DEBURG (W.L.), New Day in Babylon (&#8230;), pp. 11­62.</li><li id="footnote_1_1136" class="footnote">BARJOT (D.), op. cit., p. 7.</li><li id="footnote_2_1136" class="footnote">MCKAY (G.), op. cit., p. 14 (traduit par nous).</li><li id="footnote_3_1136" class="footnote">MILLER (A.), Death of a Salesman, 1949.</li><li id="footnote_4_1136" class="footnote">DAVIS (A.), op. cit., p. 246.</li></ol>]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>A propos de l&#8217;ijtihad pour un Islam progressiste et populaire</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 10:26:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Pensées]]></category>
		<category><![CDATA[ijtihad]]></category>
		<category><![CDATA[islam]]></category>
		<category><![CDATA[islam politique]]></category>
		<category><![CDATA[islamisme]]></category>
		<category><![CDATA[progressisme]]></category>
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		<category><![CDATA[réforme morale]]></category>

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		<description><![CDATA[Commentaire d&#8217;Omar Mazri à Ijtihad : pour un « Islam progressiste et populaire » que j&#8217;ai cru bon de partager avec vous. J’ai lu et relu votre bilan sur votre action et j’ai analysé vos démarches et propositions. Il y a beaucoup de bien comme il y a beaucoup de pistes à explorer, à tenter [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em>Commentaire d&#8217;Omar Mazri à <a href="http://oumma.com/Ijtihad-pour-un-Islam-progressiste">Ijtihad : pour un « Islam progressiste et populaire »</a> que j&#8217;ai cru bon de partager avec vous.</em></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai lu et relu votre bilan sur votre action et j’ai analysé vos démarches et propositions. Il y a beaucoup de bien comme il y a beaucoup de pistes à explorer, à tenter et à débattre sur le terrain des acteurs au quotidien. Bravo. Je ne vais pas m’étaler sur l’action positive qui vous honore mais je vais &nbsp;&raquo; vous dénigrer amicalement&nbsp;&raquo; selon la règle du bon conseil en Islam et selon la peur que j’ai en moi devant toutes les tentatives de saucissoner l’islam, de l’occidentaliser, de le Jahiliser sans l’avoir pratiqué dans sa logique interne qui est une alternative au matérialisme, au paganisme athée ou aux religions païennes (Chirk)</p>
<p style="text-align: justify;">Permettez moi donc de réagir sans malices à ce qui a heurté ma sensibilité de musulman : cette caricature sémantique &nbsp;&raquo; Islam progressiste et populaire&nbsp;&raquo; et tous les préjugés idéologiques qui la sous tendent comme l&nbsp;&raquo;islam français&nbsp;&raquo; est soutenu par d’autres préjugés. En aucun ce que je vais dire n’est dirigé méchamment contre vous ou est la négation de vos efforts. C’est un travail de clarification qui va dans le sens de l’Ijtihad que vous, moi et tout musulman ou non musulman concerné par la désastreuse gestion du monde réclament pour sa dignité et la survie de ses enfants et de ses frètes en humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut nous mettre dans la tête et dans le cœur qu’il y un seul Dieu, un seul Coran, un seul et ultime Prophète Mohamed et que c’est une hérésie sur le plan religieux de vouloir présenter plusieurs islams ou de croire en plusieurs islams. Des raisons idéologiques, politiques en Occident veulent que la division soit la règle qui unit les musulmans et que les seuls qualificatifs pour parler de l’islam sont ceux produits par la culture occidentale dans sa version chrétienne ou matérialiste (libérale ou marxiste). L’islam n’est ni libérale ni marxiste, ni populaire ni élitiste, ni progressiste ni réactionnaire, ni essentialiste, ni existentialiste, il est la religion d’Adam, de Moise, de Jésus, de Mohamed, la religion que Dieu a choisi pour le bien être moral, social, spirituel et politique des hommes qu’Il a crée. Ces créatures n’ont pas compétence de donner des attributs ou des qualificatifs à la religion de Dieu autres que Lui même a donné à Sa religion :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Allah atteste, et aussi les Anges et les doués de science, qu’il n’y a point de divinité à part Lui, le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part Lui, le Puissant, le Sage ! Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. Et quiconque ne croit pas aux signes d’Allah, alors Allah est prompt à demander compte ! S’ils te contredisent, dis leur : ‹Je me suis entièrement soumis à Allah, moi et ceux qui m’ont suivi›. Et dis à ceux à qui le Livre a été donné, ainsi qu’aux illettrés : ‹Avez-vous embrassé l’Islam ?› S’ils embrassent l’Islam, ils seront bien guidés. Mais, s’ils tournent le dos&#8230; Ton devoir n’est que la transmission (du message). Allah, sur [Ses] serviteurs est Clairvoyant.</p>
<p style="text-align: justify;">Al Imrane, 13</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;il vous plaît tout est à débattre, tout est sujet d’ijtihad sauf ce qui a été défini par Dieu sans possibilité de réforme, de relecture ou d’interprétation. Il n’y a pas et il n’y aura pas d’islam avec un qualificatif que celui donné par Dieu dans le Coran. Il n’y a pas d’islam arabe et d’islam iranien, d’islam du temps du Prophète et d’islam post Prophète, ni d’islam boudhiste, ni d’islam conservateur, ni d’islam sioniste. Il y a l’islam d’Allah al Ahad al Qahar malikou al Moulk<sup><a href="http://bader.lejmi.org/2011/10/27/a-propos-de-lijtihad-pour-un-islam-progressiste-et-populaire/#footnote_0_1082" id="identifier_0_1082" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="l&amp;#8217;Unique, le Dominant, le Souverain Absolu">1</a></sup>:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Désirent-ils une autre religion que celle d’Allah, alors que se soumet à Lui, bon gré, mal gré, tout ce qui existe dans les cieux et sur terre, et que c’est vers Lui qu’ils seront ramenés ? Dis : ‹Nous croyons en Allah, à ce qu’on a fait descendre sur nous, à ce qu’on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux ; et c’est à Lui que nous sommes Soumis›. Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agrée, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.</p>
<p style="text-align: justify;">Al Imrane, 83</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">C’est un seul et même islam qui gouverne l’univers, le monde des hommes, des Djinns, des plantes, des animaux, des minéraux. Les hommes peuvent être libres de s’y soumettre totalement ou de le transgresser. S’ils s’y soumettent ils deviennent des mouslims qui peuvent selon leur culture, leur background intellectuel, leurs penchants politiques et leurs intentions être comme Abraham ou Mohamed .</p>
<p style="text-align: justify;">Même pecheur, innovateur, réformateur, moujtahid, transgresseur celui dont le coeur contient une graine de moutarde de foi et un vernis microscopique d’islamité ne peut tolérer que l’islam soit fracionné, partitionné, qualifié selon la mode et les préoccupations même nobles et légitimes des uns ou les stratagèmes les plus complexes des autres. Il n’ y a plus d’Ijtihad quand le socle de la foi le Thawhid ou le monothéisme pur et parfait est mis en doute sur le fond ou la forme :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Aujourd’hui, les mécréants désespèrent de vous détourner de votre religion : ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous.</p>
<p style="text-align: justify;">Al Maida, 3</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les musulmans peuvent diverger sur la manière de résoudre un problème économique, politique, diplomatique car ils constituent en principe un feuillage avec des branches et des fruits multiples sur le plan de la forme , de la couleur et du goût. Dieu et l’Islam sont Un nous les croyants comme toute la création nous sommes multiples, divers et ondoyants :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">N’as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l’eau ? Puis nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur. Ceux qui récitent le Livre d’Allah, accomplissent la Salat, et dépensent, en secret et en public de ce que Nous leur avons attribué, espèrent ainsi faire une commerce qui ne périra jamais afin [qu’Allah] les récompensent pleinement et leur ajoute Sa grâce. Il est Pardonneur et Reconnaissant.</p>
<p style="text-align: justify;">Fater, 27</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Allah al Fater, le Créateur ex nihilo autorise la divergence et favorise donc l’Ijtihad y compris dans la manière de parvenir jusqu’à sa connaissance et son amour. C’est la loi de l’harmonie qui gouverne l’univers. Dans cette loi il y a trois sous lois qui œuvrent pour l’équilibre et le mouvement créatif : la dialectique, le retour à l’ordre initial, la conjonction des similitudes. Cette même loi de l’Harmonie présidée par la sagesse divine veut que les hommes ne sont pas égaux en efforts, en intelligence et en qualité de foi et il appartient aux plus doués, aux plus vigilants, aux plus responsables d’exercer leurs devoirs vis de Dieu et des hommes pour construire cette harmonie ou y revenir quand elle est troublée :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et ce que Nous t’avons révélé du Livre est la Vérité confirmant ce qui l’a précédé. Certes Allah est Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant sur Ses serviteurs. Ensuite, Nous fîmes héritiers du Livre ceux qui de Nos serviteurs que Nous avons choisis. Il en est parmi eux qui font du tort à eux-mêmes, d’autres qui se tiennent sur une voie moyenne, et d’autres avec la permission d’Allah devancent [tous les autres] par les bonnes actions ; telle est la grâce infinie.</p>
<p style="text-align: justify;">Fater, 31</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La divergence et son corollaire l’Ijtihad est donc recommandée, c’est un devoir, une manifestation de la vitalité, de la vie, une harmonie avec l’œuvre du Créateur qui crée en permanence sans fatigue, sans lassitude et toujours avec sagesse :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Chaque jour (de la création) est dans un état nouveau (Cha’n jadid)</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes une créature de Dieu, la loi du mouvement nous concerne. Nous devons donc nous mouvoir, exprimer nos divergence et faire l’effort (ijtihad) de réformer, d’innover, d’inventer, de symboliser d’être pleinement humain mais nous ne pouvons diverger sur la vérité, pas la notre mais celle de Dieu L’islam que Dieu a appelé comme le Coran al Haq, la religion de la droiture, din al qayim. Croyants nous ressemblons à ces feuilles, ces branches et ces fruits : ils sont portés par un seul et même arbre celui de la foi, la foi pure et authentique le Thawhid qui a pour nom ISLAM. Nous ne pouvons par la liberté de notre imagination décider d’appeler cet arbre du nom qui nous convient et nous donne vie. Résoudre les défis sur le calcul de la lune, sur la redéfinition du Riba dans ce monde de globalisation et de financiarisation, chercher des facilitations dans un monde plus complexe et plus rapide sont des impératifs logiques qui méritent reconnaissance et récompense. Mais vouloir introduire des particularismes temporels ou spatiaux dans l’ISLAM consciemment ou inconsciemment c’est mettre en doute le principe du Thawhid : l’immuabilité, la vérité, la justice et la perfection du verbe et de l’acte divin.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allah, alors qu’il est appelé à l’Islam ?</p>
<p style="text-align: justify;">As Saf, 7</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Quelque soit notre intelligence, notre richesse lexicale, notre érudition philosophique nous ne pouvons sur le plan de l’unicité et de la permanence de l’islam dire plus, moins ou mieux que Abraham :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Vous qui croyez ! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Afin de réussir ! Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus ; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés ‹Musulmans› avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit témoin pour vous , et que vous soyez vous-mêmes témoins pour les gens. Accomplissez donc la Salat, acquittez la Zakat et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Et quel Excellent Maître ! Et quel Excellent soutien !</p>
<p style="text-align: justify;">Al Hadj, 72</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Que les musulmans soient engagés politiquement et socialement à côté de tout ceux qui luttent pour le progrès et les couches populaires c’est un impératif moral, politique et religieux car l’islam a pour vocation la promotion de la justice en général et la réalisation de la justice sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne s’agit donc pas de construire un nouvel islam &laquo;&nbsp;progressiste et populaire&nbsp;&raquo; mais de redonner vie à l’islam authentique dans le cœur et l’esprit des hommes mais aussi dans les différentes sphères de la société. Il s’agit de mobiliser les populations musulmanes par un enseignement authentique de leur religion et en les impliquant dans la vie de la cité pour qu’ils débattent et surtout qu’ils exercent leur devoir de Vicariat. Entrainer les populations sur des &laquo;&nbsp;Islams&nbsp;&raquo; c’est faire le jeu des confréries &laquo;&nbsp;réactionnaires&nbsp;&raquo; et des pouvoirs qui veulent des musulmans analphabètes et inconscients sur le plan de la religion et du monde c’est à dire vivre l’islamité tout simplement en musulmans conscients de ses devoirs vis à vis de Dieu et de son prochain sans dérive angélique et sans confiscation de sa liberté de dire et de faire ce qui est juste et bien. Cet islamité a pour vocation la défense de la dignité de l’humain, la promotion des devoirs de l’homme, la lutte contre le Riba dans sa forme ancienne ou dans sa forme capitaliste, la défense de la femme, la lutte pour la cause de Dieu qui souvent se ramène à la lutte pour défendre les opprimés sans distinction de religion et défendre leurs convictions mêmes si elles ne sont pas islamiques :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Et qu’avez vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, et pour la cause des faibles : hommes, femmes et enfants qui disent : ‹Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes, et assigne-nous de Ta part un allié, et assigne-nous de Ta part un secoureur›.</p>
<p style="text-align: justify;">An Nissa, 75</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui ont fait du tort à eux mêmes, les Anges enlèveront leurs âmes en disant : ‹Où en étiez-vous ?› (à propos de votre religion et de votre dignité) &#8211; ‹Nous étions impuissants sur terre›, dirent-ils. Alors les Anges diront : ‹La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ?› Voilà bien ceux dont le refuge et l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! A l’exception des impuissants : hommes, femmes et enfants, incapables de se débrouiller, et qui ne trouvent aucune voie</p>
<p style="text-align: justify;">An Nissa, 93</p>
<p style="text-align: justify;">Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue</p>
<p style="text-align: justify;">Al Baqara, 225</p>
<p style="text-align: justify;">Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant, ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable.</p>
<p style="text-align: justify;">Al Hadj, 43</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">La vocation de l’islam n’est de prôner ni la révolution ni le conservatisme ni réactionnaire mais la justice. Sur ce principe de justice nous pouvons nous mobiliser avec tous les hommes de bonne volonté pour que la justice et la paix règne dans nos cœurs, dans nos cités et dans le monde qui nous environne dans le cadre éthique et esthétique qui ne remet pas en cause notre foi monothéiste, notre pudeur, notre dignité, nos devoirs :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">O les croyants ! Remplissez fidèlement vos engagements.[...] Et ne laissez pas la haine pour un peuple qui vous a obstrué la route vers la Mosquée sacrée vous inciter à transgresser. Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes oeuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Et craignez Allah, car Allah est, certes, dur en punition !</p>
<p style="text-align: justify;">Al Maida, 1</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Tout le problème est un problème de libération des musulmans vivant en France ou vivant dans d’autres contrées. La libération des musulmans est un aspect d’un problème plus en amont : la libération ou l’humanisation des hommes. Le Prophète a laissé un hadith d’une portée capitale en matière d’ingénierie sociale sous l’angle islamique :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">Les meilleurs d’entre vous dans l’islam sont les meilleurs d’entre vous avant l’islam s’ils font l’effort de connaître leur religion.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Ce hadith donne à l’Ijtihad un sens plus large et plus universel que celui préconisé par les parisans du sabordage de l’islam de l’intérieur en y introduisant des bidaâ (innovations hérétiques des égarés).</p>
<p style="text-align: justify;">Ma conviction personnelle, ma pratique sur le terrain et mon regard sur la guerre de libération nationale (Algérie) me permettent d’affirmer que nous pouvons tisser des liens de travail et de militance sur des thèmes précis avec les authentiques chrétiens et avec les authentiques marxistes léninistes et trotskistes sans collaboration de classes ni partage de place mais pour l’émancipation de la démocratie et de la justice sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Salam à tous et Ramadhan agréé inchaallah.</p>
<p style="text-align: justify;">Omar Mazri</p>
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		<title>Mettre en scène la «fin» du colonialisme pour un colonialisme sans fin</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Oct 2011 09:53:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bader Lejmi</dc:creator>
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		<category><![CDATA[cinquantenaire]]></category>
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		<description><![CDATA[Une branche de la tradition critique, incapable d’imaginer la fin du colonialisme, en nie même l’existence. Selon cette conception, l’indépendance des colonies a signifié la fin du colonialisme ; depuis lors, l’anticapitalisme est devenu le seul objectif légitime de la politique émancipatrice. Cette branche de la pensée critique se focalise sur la lutte des classes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_1090" class="wp-caption aligncenter" style="width: 230px"><a href="http://www.cairn.info/revue-etudes-rurales-2011-1-page-21.htm"><img class="size-medium wp-image-1090" title="timbre__cinquantenaire_des_independances_africaines__0_87___autocollant_grande" src="http://bader.lejmi.org/wp-content/uploads/2011/10/timbre__cinquantenaire_des_independances_africaines__0_87___autocollant_grande-220x300.jpg" alt="" width="220" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Célébrer les indépendances pour mieux nier l&#39;actualité du colonialisme</p></div>
<blockquote><p>Une branche de la tradition critique, incapable d’imaginer la fin du colonialisme, en nie même l’existence. Selon cette conception, l’indépendance des colonies a signifié la fin du colonialisme ; depuis lors, l’anticapitalisme est devenu le seul objectif légitime de la politique émancipatrice. Cette branche de la pensée critique se focalise sur la lutte des classes et, de ce fait, ne reconnaît pas la validité des luttes ethnoculturelles. Au contraire, elle valorise l’hybridité ou le métissage – qu’elle identifie comme un élément clé du colonialisme ibérique – comme preuve supplémentaire du dépassement du colonialisme. En conséquence, la démocratie raciale est célébrée comme la représentation de l’état actuel des choses, et n’est pas présentée comme un but à atteindre.</p>
<p style="text-align: right;"><a href="http://www.cairn.info/revue-etudes-rurales-2011-1-page-21.htm">de Sousa Santos Boaventura , « Épistémologies du Sud » ,<br />
Etudes rurales, 2011/1 n°187, p. 21-49.</a></p>
</blockquote>
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