De la minorité à la citoyenneté !

Posant comme nécessaire la dignité de nos cultures afin d’obtenir l’égalité, j’ai, dans un précédent article, pointé l’infantilisation et la ségrégation culturelle que portait notre condition de minorité. Une fois fait ce constat, il importe de penser une stratégie pour en sortir. Dans ce présent article, je tente d’analyser les stratégies politiques entreprises pour nous maintenir dans cette condition comme pour nous en sortir. Je me focalise sur un paradoxe, l’hégémonie de la République comme référence à la fois du camp de ceux qui souhaitent nous maintenir dans cette condition comme du camp de ceux qui luttent pour nous en sortir.

La plupart des mouvements des quartiers, des immigrations de colonisés et de leurs descendants, contre le racisme dont la négrophobie et l’islamophobie, bref les mouvements réels des colonisés de la République invoquent, en effet, la « République » à tout bout de champ. Ils les invoquent à un rythme et une intensité inconnues de tous les autres mouvements sociaux. Cette pratique d’exception de notre part se fonde, non sans ironie, sur l’idée que lorsqu’il s’agit des minorités le fait d’exception supplante la règle universelle.

Mission civilisatrice de la République

La République réelle, un État d’exception

La République que nous vivons n’est pas la même que pour eux. Celle que nous vivons est une République d’exception. A notre contact, elle devient coloniale. La République, pour eux, signifie démocratie. Or pour nous, et ce depuis la colonisation, elle n’a pas cessé d’être le nom de l’Empire. La laïcité qui protège la liberté de leurs cultes oppresse les nôtres. La police nationale les protège mais qui nous protège de la police ? La nationalité française leur confère des droits de citoyens tandis qu’elle nous impose des devoirs de sujets : « La France aime-la ou quitte la ! » L’intégration pour eux c’est le refus de l’exclusion, pour nous c’est l’oppression et l’acculturation. Le « vivre ensemble » et la mixité « sociale » pour eux c’est la fraternité, pour nous c’est une accusation de communautarisme à chaque fois que nous nous retrouvons à plus de 2 non-souchiens. L’éducation nationale qui leur enseigne la grandeur de leurs cultures, nous enseigne la honte des nôtres. L’égalité hommes-femmes et le planning familial pour eux c’est la libération des femmes et le congé de paternité, pour nous c’est le contrôle de notre supposée trop forte natalité et le mépris à l’égard de nos hommes présumés violeurs-voleurs-voileurs. La liste des vécus différenciés et clivants de cette République pourraît être rallongée à n’en plus finir.

Gentil flic républicain sauvant femme musulmane laïque oppressée par homme musulman communautariste

La République entre gentil et méchant flic

La République coloniale, entendant nos révoltes et nos exigences de dignité et d’égalité, qui sonnent à ses oreilles comme autant d’appels à l’émeute et à la rébellion, songe à nous préparer des solutions dans le cadre bien compris de ses intérêts. C’est ainsi que, majoritairement, la contestation de cette norme d’origine coloniale s’appuie sur les aspects dits positifs de cette même République. La légitimation de l’ordre, comme l’appel à sa réforme, fonctionne autour du couple Républicain, de la bonne ou de la mauvaise République. Quand il s’agit de « paix sociale », du Front National aux diverses associations de l’immigration post-coloniale, le discours nous concernant s’articule de façon hégémonique autour du couple du gentil et du méchant flic. Cette métaphore du couple de keufs s’impose à nous, les mineurs, comme seul discours autorisé. Pour les souchistes, la bonne République c’est le méchant flic. Pour les minorités « issus de » la diversité, comme ils disent, ça devrait être le gentil flic. Mais le gentil flic, fait tout autant partie de la Police républicaine coloniale que le méchant flic. Or lorsqu’il s’agit de répressions ou de violences policières, l’intérêt de l’indigène est fondamentalement contradictoire avec celui de la Police. Si nous nous soulevons, ça ne doit pas être pour nous soumettre, à la première occasion, de nouveau à la République sous prétexte qu’elle aura arborée le visage du gentil flic. Ce gentil flic qui, ne l’oublions pas, garde quand-même la matraque à portée de main.

Syndrome de Stockholm

Le syndrome de Stockholm des « enfants » de la République

Quand il s’agit de la question sociale et non simplement sécuritaire, ce couple Républicain se met à nous faire la leçon sur : le « vivre ensemble républicain » et la « mixité sociale » contre le « communautarisme », le « on peut tous y arriver, il faut s’en donner les moyens et refuser la victimisation », le « soyez reconnaissants, regardez ceux qui sont restés au Bled » et le « tout le monde est raciste, les Noirs et les Arabes autant que les Blancs », tous les trois, contre la « victimisation ». En niant la dignité de nos parents, il pense avoir remplacé notre père et notre mère. Il nous affuble du sobriquet d’enfants de la République. Nous sommes les mineurs de la République, n’oubliez-pas ! Le discours sur le couple républicain se comprend différemment selon que l’on s’identifie souchien ou indigène. Du point de vue souchien, la sévérité du père c’est la justice et l’indulgence de la mère de la faiblesse. Sévérité paternelle devenant méchanceté, et indulgence maternelle, compassion pour l’indigène aliéné. D’abord apparaît le père. Son paternalisme est une injonction à l’assimilation ou à la disparition, en somme la négation de notre humanité ou la mort de notre personnalité. Deviens identique à nous ou disparais de ma vue. D’un côté c’est la mort en tant qu’individu, et de l’autre la mort en tant que collectif. La France, notre foyer parental, aime la ou quitte la ! Certains atteints du syndrome de Stockholm, prennent leurs kidnappeurs, cette famille Thénardier, comme parents adoptifs. Ils se mettent, alors, à révérer le père colonisateur, certaines fantasment sur le mâle souchien, d’autres le servent fidèlement, tous y sont soumis. À cela, nous répondons par la fugue, le rejet viscéral et entier de leur injonction et par l’affirmation de notre fierté identitaire. Pour éviter une nouvelle fugue, la mère Thénardier, c’est-à-dire l’autorité maternaliste républicaine, se prenant au jeu de la mission civilisatrice, reconditionne sa propre culture périmée dans un emballage folklorique estampillé Islam des lumières ou «Métis, plus beaux enfants du monde». Nombreux sont ceux qui, pris dans un fantasme incestueux, s’y laissent prendre. Ils convoitent la mère Thénardier et rêvent de prendre la place de son mari dans son lit. À cette dernière ruse, nous répondons par l’amour de nos mères et nos sœurs, c’est-à-dire de nos religions et de nos couleurs. Nous sommes les enfants de nos parents, de nos pères et de nos mères, et non pas de la République. C’est à eux seuls que nous devons qui nous sommes, et ce sont eux nos modèles d’adultes.

Remplacez communistes par républicains...

Une seule République, la nôtre !

La réponse naïve à ce constat serait d’appliquer, à la réalité, l’idéal républicain en lieu et place de cet état d’exception. Or, nous l’avons vu, c’est également au nom de la République que nous sommes maintenus dans cette triste et tragique condition de minorité. Pour répondre à ce paradoxe est souvent avancée une République autre, plus authentique, plus proche de l’esprit originel de la loi, et qui aurait été pervertie par un quelconque lobby, communauté, ou groupe d’intérêts complotant dans l’ombre contre l’intérêt général. De là, émerge l’idée qu’il existerait ainsi deux Républiques : celle que nous subissons et une autre meilleure, sans être parfaite, que eux vivent. Or au cours de cet article, j’ai tenté de montrer que cette dernière n’était que le pôle humaniste du couple République : le gentil flic et la mère Thénardier. Ces deux Républiques ne forment donc qu’une seul couple policier et Thénardier. Ainsi si nous subissons la République, y compris son pôle humaniste, au lieu de bénéficier de la protection et de l’amour qu’elle accorde, c’est tout simplement qu’elle les accorde à d’autres que nous. Ne pas le reconnaître s’apparente à un déni de réalité qui, loin de provenir de l’ignorance, de la compromission ou de la perméabilité à l’idéologie intégrationniste est en réalité le fruit d’une incapacité à prendre en compte le rapport de force réel. Refuser de partir d’un nous (noirs, arabes, musulmans, de quartier etc.) et un eux (blanc, De Souche, catho-laïque, de centre ville ou des pavillons) en prétextant un nous universel idéal, c’est refuser de voir que ce dernier, un nous rêvé, n’est majoritaire que parmi le premier nous, le nous particulier ! Or à trop croire à cette République idéale, nous oublions un peu vite que dans la réalité, le nous Républicain abstrait universel et neutre est le même que le nous particulier blanc, de souche, catho-laïque et vraiment pas de quartiers… Ce sont eux qui, aujourd’hui, définissent ce qui est républicain de ce qui ne l’est pas. Reconduire un projet politique dont nous ne sommes pas les héros, mais les sous-fifres, c’est reconduire notre position de minorité au sein même d’une lutte qui prétend nous en émanciper.

Au regard de ce que je viens d’exposer, il est crucial que les mouvement réels des colonisés de la République soient dirigés par et pour eux-mêmes. Cela vaut aussi bien pour les partisans d’une République inclusive que pour ceux de l’option décoloniale. Cela signifie s’autoriser à défendre nos propres valeurs et notre propre idéal comme étant l’intérêt général. D’une façon qui pourra sembler à certains paradoxale, une meilleure République plus universelle ne pourra émerger que de nos luttes assumant leur particularité.

L’affaire Guerlain, symptôme du néo-colonialisme négrophobe

« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… »

Le succès de Guerlain : Explication.

La célèbre parfumerie française Guerlain s’est pourtant faite une renommée avec les senteurs dites « exotiques » à partir du XIXème siècle. Siècle des « grandes conquêtes » coloniales, elle permit à Guerlain, comme à d’autres, d’exploiter les richesses et la main d’œuvre de toutes ces nouvelles colonies, particulièrement en Afrique. Mais de cela, dans leur communication, pas un mot. Ce paradoxe s’explique par la volonté de nier l’apport du continent Noir et de ses peuples, après l’avoir surexploité dans des conditions indignes. Négation permettant de mettre ce succès au crédit du seul Guerlain, homme blanc européen. Jusqu’en 2002, J-P Guerlain faisait travailler des Comoriens sans-papiers sur l’ile de Mayotte1. Après un contrôle de l’inspection du travail, il licencie et délocalise sa production sans la moindre once de respect de la dignité des travailleurs, de leur famille et du peuple de l’île.

L’arrogance de la blanche Europe.

8 ans plus tard, le Grand Blanc Guerlain sort sa tirade négrophobe sur un journal télévisé quotidien de la première chaîne publique française. Expliquant à Elise Lucet la conception du parfum Shalimar, il se compare au travailleur ultime : le Nègre. A ce moment là votre esprit s’égare. Vous êtes alors à 2 doigts de découvrir que derrière le fétiche Guerlain se dissimule le secret de fabrication de ses parfums : une subtile alchimie entre l’exploitation colonialiste et le racisme négrophobe. Le négationnisme du travail des Noirs a pour objectif de dissimuler qu’en réalité, hier comme aujourd’hui, il est indispensable à la grandeur de cette arrogante Europe Blanche.

Les bienfaits de la colonisation.

La sortie raciste de J-P Guerlain est la démonstration éclatante que le colonialisme et le racisme négrophobe ne se limitent plus aux colonies mais ont été intégralement importés en métropole, complétant ainsi l’entreprise de soumission des Quartiers, des Noirs, des Arabes et des Musulmans en France, véritables colonisés de l’intérieur. C’est ce genre de petites phrases répétées de façon continue vers de larges audiences qui légitime le racisme et les discriminations systémiques dont nous sommes l’objet. Ils ont importé le colonialisme, exportons la décolonisation en métropole !

Prenons le parti de nous-mêmes !

  1. faisant partie des Comores mais annexée par la France au mépris du droit international []

PAGNY Florent convoqué en conseil de discipline !

Cher Florent,

je n’ai jamais apprécié ta musique, je t’avoue ça tout de suite histoire qu’on soit au clair, et que tu ne t’imagines pas qu’il s’agisse d’une lettre de fan déçu. Sur Chérie FM, le 8 novembre sur la Matinale, tu as tenu ces propos :
« Il y a un moment ton môme il rentre à la maison et tout à coup il se met à parler rebeu. (rires) C’est pas possible tu vas pas pouvoir nous parler ça-comme parce que verlan, encore, tout va bien mais là il y a pas de raisons. (…) Tu vas passer à autre chose et tu vas essayer plutôt de rattraper le groupe de tête plutôt que de … (l’animateur, Fédéric Ferrer, lui souffle : traîner dans le groupe de queue) traîner parce que d’un seul coup, il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où finalement les mômes ils raccrochent des codes pour être sûr de pas être emmerdé quoi…»

Pour que tu ne dises pas que l’on a sorti sa citation de son contexte, je vais le donner. Au début, tu expliquais qu’il fallait que ton fils vive à Miami pour s’affirmer comme son père, et être lui-même. Etre lui-même et s’affirmer comme son père c’est quoi au fait ? Tu en as donné une définition originale : faire du sport et ne plus parler « rebeu ». Le fils de Florent Pagny parlant rebeu, quelle idée saugrenue ! Bah oui, un bon petit Français, blanc et de souche forcément, doit assumer sa supériorité ethno-raciale sacrebleu ! Non non non, il ne s’agit pas de mépris de classe, puisque tu irais jusqu’à tolérer le parler verlan ! Il faut se rendre à l’évidence : il y a la culture du groupe de tête nécessairement blanche et desouche, et la culture des derniers de la classe, des cancres, des nuls, bref la culture rebeu. Il ne va quand même pas s’enrichir de la culture de ses petits camarades d’origine maghrébine ! Où irait la France si nous nous influençions les uns, les autres, sans complexe de supériorité et ce dès l’enfance ? Comment tolérer un tel modèle de société où le racisme s’estomperait ? Tu as bien raison quand tu parles de passer à autre chose. Car enfin, comment ton fils pourrait faire carrière s’il ne commençait pas sa vie avec une idée simple : ce qui est blanc est supérieur, ce qui est rebeu est inférieur !

Mais le plus insupportable de tout ça, c’est d’imaginer le calvaire qu’a du vivre ton fils pour être tombé si bas qu’il s’est senti forcé de parler rebeu. C’est la seule explication plausible d’ailleurs car comment imaginer qu’il se soit lié d’amitié avec ses camarades d’origine maghrébine ou de quartiers populaires ? Quartiers d’où la langue française s’appauvrit à cause des apports maghrébins, gitans ou subsahariens. Heureusement que le préjugé raciste de la bande de rebeux violente et tyrannique est facilement mobilisable, sinon tu te serais retrouvé à court d’explications !

Mais toi-même es-tu sûr de faire partie du groupe de tête ? En 2003, tu as chanté « Ma Liberté de Penser » où tu confondais la liberté d’expression et l’obligation de payer ses impôts (mais aussi à mon avis, celle de ne pas proférer de propos racistes). En cours d’éducation civique, tu aurais eu un 0. Quand en 2007, tu as sorti un album de reprise de Jacques Brel, sache qu’à l’école quand on copie sur le premier de la classe, ça s’appelle un plagiat, et on prends un 0. La même année, tu n’as pas vraiment chanté en bon français, puisque tu as sorti un album intitulé « C’est comme ça », qui était chanté en espagnol. En cours de français, tu aurais aussi pris un 0 pour hors-sujet !

Et pour ton fils, j’ai un scoop pour toi, son professeur d’arts plastiques se trouve avoir un nom rebeu ! Comment va-t-il faire pour rejoindre le groupe de tête si même le prof porte un nom rebeu ?1

Mais ce qui m’a le plus scié c’est quand même l’intervention de Frédéric Ferrer pour te donner du grain à moudre dans ton délire raciste. Un vrai duo délinquant ! Je pense qu’il va falloir sérieusement songer à vous exclure quelque temps de la classe publique et médiatique avant que votre comportement ne fasse tâche d’huile !

Une mise à pieds immédiate de Frédéric Ferrer me semble être le minimum, avant son passage en conseil de discipline et d’envisager son exclusion. Quant à toi, j’ose espérer que les adultes des médias et de la culture te feront porter le chapeau d’âne à chacune de tes apparitions. A défaut de quoi, ce serait un signal envoyé à tous tes petits camarades que ta pitrerie raciste est quelque chose de parfaitement convenable.

un rebeu,
Bader Lejmi pour les Indivisibles
Article repris sur Rue89

  1. Nadim Zeghoudi, professeur Français (!) de l’équipe, Nadim Zeghoudi, professeur d’arts plastiques []

La victoire du Ghana sur les USA, c’est la nôtre !

Dans cet article, je ne vous ferai pas une n-ième analyse du match. Pour ça, vous avez d’innombrables sites et revues et des personnes bien plus compétentes. Ce que j’aimerais montrer c’est toute la charge symbolique et politique de cette victoire du Ghana sur les USA.

Vous vous demandez peut-être pourquoi s’intéresser à la victoire du Ghana sur les USA, qui à première vue pourrait sembler ne pas avoir de rapport avec la lutte des descendants des immigrations coloniales en France. Pour répondre à cette épineuse question, rappelons-nous ces mots du martyr el-Hajj Malik el-Shabazz (Malcolm X) : « Nous sommes fermement convaincus que les problèmes de l’Afrique sont aussi les nôtres et que nos problèmes sont aussi ceux de l’Afrique. » et s’adressant aux chefs d’États Africains : « Vos problèmes ne seront jamais totalement résolus tant que les nôtres ne le seront pas. Vous ne serez jamais absolument jamais reconnus pour des hommes libres tant qu’on ne nous reconnaîtra pas et que l’on ne nous traitera pas comme des êtres humains. Notre problème est votre problème. Ce n’est pas le problème des Noirs ni un problème américain. C’est un problème mondial, qui se pose à toute l’humanité. Ce n’est pas un problème de droits civiques mais un problème de droits de l’homme. »

Pour commencer, parlons un peu du Ghana, ce pays qui tient une place de premier plan dans les luttes décoloniales africaines. Cette nation que Malik el-Shabazz avait considéré être « la source du panafricanisme ». Elle fut, le 6 mars 1957, la première nation d’Afrique Noire à obtenir son indépendance du Royaume-Uni. C’est le célèbre Kwame Nkrumah qui fut l’artisan de son indépendance aussi bien qu’un ardent promoteur du panafricanisme. Elle fut également, à partir de 1961 jusqu’à la fin de ses jours, la patrie d’adoption de la figure intellectuelle emblématique africaine-américaine, W.E.B. Du Bois, auteur notamment de Souls of Black Folk et du concept de double-conscience1. Il écrivit même un poème intitulé « Ghana calls », qui finissait par ce mot d’ordre « Pan Africa » et dédié à Nkrumah. Ce dernier avait lui-même fait ses études dans l’une des rares universités Noires des Etats-Unis: Lincoln University, en Pennsylvanie. Nkrumah alla jusqu’à nommer l’équipe nationale de football, les Black Stars (Étoiles Noires), en hommage à la compagnie maritime transatlantique monté par Marcus Garvey en vue de «servir de lien entre les peuples de couleur du monde dans leurs rapports commerciaux et industriels». Les liens historiques entre la lutte des Africains-Américains et celle des Africains colonisés sont donc solides et profonds. «  Il est temps que les Afro-américains deviennent partie intégrante des panafricanistes du monde entier ; même si nous devons rester physiquement en Amérique, en luttant pour les avantages que nous garantit la Constitution, il nous faut « revenir » en Afrique philosophiquement et culturellement et créer une unité efficace dans le cadre du panafricanisme. » disait Malik el-Shabazz.

C’est pourquoi la victoire des Black Stars face aux USA est celle de toute l’Afrique face à la plus grande puissance néo-coloniale mondiale. La puissance qui par son hypocrite soutien aux indépendances africaines a manigancé dans l’ombre pour établir un pouvoir néo-colonial en asservissant par la dette et en établissant à la tête des États des dirigeants à sa solde allant jusqu’à l’assassinat s’il le fallait comme dans le cas de feu Patrice Lumumba, rahimou Allah. La puissance qui par l’intégration et la fin de la ségrégation a réalisé l’un des plus grands tour de passe-passe de l’histoire moderne, en substituant à la suprématie raciale Blanche sur le continent Américain, le colonialisme interne envers « 22 millions de Noirs sur ce continent »2. Et cette analyse est celle du Noir américain le plus intégré de sa génération, qui fut éduqué dans une école où il était le seul Noir au beau milieu de Blancs, ce que la propagande US nous présente comme l’accomplissement de la lutte des droits civiques. Ce Noir c’est Malik el-Shabazz, bien entendu, qui déclarait également « Non, je ne me considère pas comme Américain. Je fais partie des 22 millions de Noirs victimes de l’américanisme, des 22 millions de Noirs victimes de la démocratie, qui n’est qu’un des masques de l’hypocrisie. Aussi n’est-ce pas en tant qu’Américain, patriote ou agitateur de drapeau que je vous parle. Non. C’est en tant que victime du système américain. C’est en victime que je porte les yeux sur l’Amérique. Et ce que j’aperçois, ce n’est pas le rêve américain, mais le cauchemar américain. » Une défaite des USA et une victoire africaine est donc également une victoire pour les Africains-Américains !

Le Ghana, ultime représentant de l’Afrique à cette coupe du monde de football 2010, première à se dérouler en Afrique. Si cette coupe du monde se déroule en Afrique, il ne faut pas oublier que c’est en 2010 la première fois que cela survient près de 50 ans après la plupart des indépendances africaines. S’ajoute une injustice plus flagrante, celle du nombre d’équipes qualifiées. Alors que l’Afrique est plus peuplée et compte autant de fédérations nationales que l’Europe, elle n’a le droit de qualifier que 6 équipes, là où l’Europe dispose de 13 équipes, soit plus du double ! Sans compter les féroces appétits de profits et de pouvoir qui entourent cet événement le plus regardé au monde. Les droits de retransmission télé, les produits dérivés, les billets, la publicité, croyez-vous que cette masse énorme d’argent profite aux Africains ? Permettez-moi d’en douter et de penser que tout cela ira encore une fois dans les poches des grosses huiles de la FIFA…

Ne boudons tout de même pas notre plaisir. Cette coupe du monde se déroule dans la nation de Nelson Mandela, du combat des Noirs contre l’apartheid et la domination coloniale. Nelson Mandela, cet homme qui avait été formé militairement par l’Algérie pour abattre le colonialisme chez lui. Lui-même déclarait d’ailleurs : « Quand je suis rentré dans mon pays pour affronter l’apartheid, ajoute-t-il, je me suis senti plus fort ». C’est d’ailleurs à son retour d’Algérie que Mandela sera arrêté et condamné à la prison à vie. Prison dont il ne sortira que pour mettre un terme à l’apartheid et entreprendre une réforme radicale de l’État colonialiste sud-africain, instrument à l’époque de la suprématie Blanche. À notre grand désarroi, c’est sur cette terre d’Afrique du Sud, que l’équipe de football d’Algérie a été éliminée par les USA. Son capitaine Carlos Bocanegra déclarait d’ailleurs : « Moi je reste convaincu que notre qualification se jouera face à l’Algérie lors du dernier match et ça ne sera pas du gâteau car on connaît la réputation de gagneurs des Algériens aussi.» Mettons au crédit des USA, contrairement à d’autres grandes nations européennes, de n’être pas des chauvins vaniteux qui sous-estiment, voire dénigrent, leurs adversaires lorsqu’ils sont africains ou arabes. Et il est vrai que les Algériens se sont bien défendus face à cette équipe états-unienne. Mais il ne suffit pas simplement d’empêcher les USA, ou toute autre nation européenne, d’agir contre nous. Il faut également les battre ! C’est la leçon que nous avons tous retenue en regardant le match Algérie-USA. Ce n’est pas faute d’avoir bien joué que l’Algérie a perdu, mais bien faute de ne pas avoir su attaquer et mettre dans la défensive le camp américain en portant la peur dans leur partie du terrain.

Chose que les joueurs du Ghana et leur entraîneur ont parfaitement compris. De nombreux joueurs Ghanéens évoluent dans des championnats européens. Et c’est parce qu’ils connaissaient cette Europe, ces Blancs, de près, qu’ils ont su déjouer leurs pièges. Comme le disait Malik el-Shabazz : « Nul mieux que le serviteur ne connaît le maître. Nous sommes serviteurs en Amérique depuis plus de 300 ans. Nous connaissons à fond et de l’intérieur cet homme qui se fait appeler « Oncle Sam ». » Ensuite le sélectionneur du Ghana, Milovan Rajevac, est un Serbe qui n’a jamais travaillé ailleurs qu’en Serbie avant de servir le Ghana. Ce n’est pas un mercenaire en safari en Afrique, mais un entraîneur au service de son équipe. Ce n’est donc pas si étonnant qu’à peine après 6 minutes de jeu Kevin-Prince Boateng marque pour le Ghana. Boateng, germano-ghanéen, sacré meilleur jeune joueur allemand en 2006, en choisissant le Ghana plutôt que l’Allemagne a apporté au Ghana tout le savoir sur cette Europe conquérante et sûre d’elle-même qu’il a acquis dans le contact intime avec cette civilisation dont il est un enfant. Choix à l’opposé des joueurs de football maghrébins qui péchant par excès d’amour en Marianne ont cru que depuis l’équipe de France « Black Blanc Beur » l’intégration d’Arabes dans l’équipe de France était acquise. Or l’intégration est un processus, qu’un indigène ne finit jamais de réaliser. Il faut toujours montrer patte Blanche, prouver son degré d’évolution vers la Blanche et catho-laïque humanité. Dans une équipe intégrée de beurs, de blacks, c’est le Blanc qui dirige. Ben Arfa et Benzema n’ont pas été sélectionnés par Domenech et c’est bien fait pour eux, ils n’avaient qu’à choisir leurs pays d’origine qui les avaient par ailleurs invités à rejoindre leurs sélections nationales. Appliquant la leçon de la laïcité à la lettre en laissant son cœur dans son placard, dans la sphère privée comme ils disent, Benzema déclarait : « L’Algérie c’est le pays de mes parents, c’est dans mon cœur, mais sportivement, je jouerai en équipe de France». Ce qu’il faut comprendre, c’est que sportivement Benzema dédaigne ses parents et méprise son cœur.

Mais je ne suis pas nationaliste pour autant… J’aurais pu, dans cette coupe du monde, soutenir également l’équipe de France, composée d’une majorité de Noirs, dont des Musulmans, y compris des Musulmans (Abidal, Ribery et Anelka) qui ne s’en cachent pas. Or sans parler de leurs médiocres performances sportives, cette équipe a subi des attaques à connotations clairement racistes d’intellectuels comme Alain Finkielkraut, de politiques comme François Bayrou, Malek Boutih, Fadela Amara ou la ministre Roselyne Bachelot aussi bien que des journalistes tel que le rédacteur en chef du Figaro, Jérôme Béglé. Les responsables de la Fédération Française de Football, son sélectionneur Domenech, tous Blancs, n’ont pas émis la moindre protestation contre la montagne d’insinuations racistes. En plus de la volonté de casser du négro à travers Anelka ou Evra, l’islamité de Ribery a été l’objet de trop nombreuses railleries pour que ça n’indique pas une volonté délibérée de s’attaquer aux Noirs et à l’islam lui-même. Nous avons pu voir une équipe certes majoritairement Noire mais qui, au moindre faux pas, se fait lâcher par ses parrains Blancs, et lyncher par la foule des zélateurs d’une Équipe de France de souche et catho-laïque comme l’a prouvé la mise à sac du siège de la Fédération Française de Football à Paris.

Pour en revenir au match, il a fallu malheureusement, qu’à la 62ème minute, le défenseur ghanéen Jonathan Mensah, joueur du Havre, commette une faute sur l’américain Dempsey qui permis aux USA d’égaliser sur un misérable penalty. Il faut cependant rappeler que Jonathan Mensah est souvent hué par des cris de singes dans le championnat français… C’est finalement dans les prolongations, à la 93ème minute, qu’Asamoah Gyan marque et permet au Ghana de se qualifier pour les ¼ de finale. Cette victoire sur les USA vengeant ainsi la défaite de l’Algérie face aux USA et l’élimination de toutes les autres nations africaines.

Alors si vous appréciez le foot, même modérément, soutenez ce vendredi 2 juillet à 20h30, la rayonnante équipe des Black Stars du Ghana contre l’Uruguay. Cette dernière avait d’ailleurs éliminé une autre équipe africaine : l’Afrique du Sud. J’espère que vous avez compris en lisant mon article, qu’une victoire du Ghana ce n’est pas simplement du foot, c’est un symbole ! Pour finir, Malik el-Shabazz disait :« [Les pouvoirs établis] comprennent que, s’il s’établit jamais un contact direct, une communication, une entente et un accord réel entre les 22 ou 30 millions d’Afro-américains et les Africains du continent, il n’y aurait rien que nous ne soyons en mesure d’accomplir. ». Il en est de même entre les descendants des immigrés ex-colonisés, car nous sommes tous des « frères de sang » œuvrant pour la « Black Revolution » comme le dirait Malik el-Shabazz pour qui toute révolution décoloniale est une « Black Revolution », et est frère ou sœur de sang toute personne subissant le joug du colonialisme européen y compris interne.

Bader Lejmi

  1. le sens de toujours se regarder avec les yeux d’autrui, comme si nous étions deux personnes à la fois, l’Américain et le Noir, le Français et le Noir []
  2. Malik el-Shabazz (1965) []

La triste et tragique condition de minorité visible

Pour parler de culture, quoi de mieux que de commencer par une chanson. Cartman de Southpark chante dans There is too many minorities : « Il y a trop de minorités [… ] C’était notre terre, notre rêve et ils ont tout pris . » Ce n’est pas du grand art, certes, mais c’est une parfaite illustration de l’idéologie De Souche. Ce que craint le plus cette idéologie, c’est que nous sortions de ce statut de minoritaire et que nous réclamions notre du. Elle s’imagine dominante parce que plus nombreuse. Elle croit sincèrement au titre de propriété racial, qu’elle s’est auto-attribuée sur la Terre.

Mais ce, en quoi elle n’a pas tort, c’est que, malheureusement, nous partageons son rêve. Rêve pour elle, réalité cauchemardesque pour nous ! Or un rêve ne part pas de rien, il s’ancre dans l’imaginaire d’une culture. Si notre imagination est enlisée, c’est surtout parce que nos cultures sont à genoux. Pour vivre nos propres rêves, il faut donc les relever !

La culture ne nous intéresse donc pas comme une couleur supplémentaire apportée à l’arc-en-ciel diversité. Elle nous intéresse par le potentiel de dignité qu’elle détient pour les indigènes. En ce qui nous concerne, c’est surtout l’indignité… Nos cultures sont infériorisées, minorisées, dominées et reléguées à la marge. Or nos cultures, qu’est-ce sinon nous-mêmes qui pratiquons, échangeons, créons ? Nous continuons à exister que parce que nos cultures existent. Sans culture propre nous ne pouvons exister que dans le regard de l’Autre, du dominant, du Blanc. Relever la dignité de nos cultures conduira à nous-relever nous-mêmes. C’est un problème lié à notre statut de dite « minorité visible ».

Le Noir est un grand enfant euhh... une minorité visible !

La condition de minorité visible, une infantilisation

Nous, originaires de l’immigration post-coloniale, avons été récemment affublés du sobriquet de minorités visibles. Popularisé par les dominants, le terme de minorité est comme un appel à la condescendance, lorsque l’on parle de nous comme de pauvres victimes. Mais c’est également un appel au contrôle étroit, lorsque nous sommes soupçonnés de communautarisme. Ce discours, les plus darwinisés d’entre nous, sont même, comme souvent, venus à le reprendre. A ceux qui sont comme hypnotisés par la magie du chiffre, j’aimerais qu’ils se réveillent. Parle-t-on de la minorité chômeur ? De la minorité étudiante ? De la minorité retraitée ? Pourtant ces groupes sociaux sont, on ne peut plus, minoritaires en nombres. Non, pour eux on ne parle pas de minorité, car ce terme de minorité ne sert à rien de plus qu’à parler des groupes sociaux dominés et marginalisés. A l’exception notable des enfants que l’on qualifie de mineurs. Mais au fond n’est-ce pas simplement qu’ils nous conçoivent comme de grands enfants, des mineurs à vie ? Le Noir est un grand enfant perturbateur, l’Arabe un assisté ingrat. Ce ne sont pas simplement des représentations coloniales, ce sont aussi les destins qui nous sont imposés. Le français De Souche, colon dans notre pays commun, endossant, lui, le rôle de l’adulte, de notre tuteur. Car en nous (dis)qualifiant de minoritaire, les De Souche s’autoproclament majoritaires affirmant ainsi leur domination et leur normalité. Inversement, nous les minoritaires sommes à la fois les dominés et les anormaux. L’anormalité nous relègue, nous et notre parole, à la marge, à la périphérie aussi bien spatialement dans la banlieue, que culturellement dans l’espace privée. Nous ne sommes pas les bienvenus dans la ville et dans l’espace public. Nulle part et à aucun moment, nous n’avons le pouvoir ou la capacité d’affirmer notre volonté sans, au préalable, obtenir l’autorisation du maître.

Vu à la TV

La condition de minorité visible, une forme de ségrégation culturelle

Nos cultures, toujours considérées soit comme exotiques et primitives, soit comme menaçantes et ostentatoires, sont les premières à en pâtir. Partout dans l’espace public, il nous est demandé, au nom de l’identité nationale, des valeurs républicaines, de l’identité nationale, de la laïcité, de l’universalisme républicain, du vivre ensemble contre le communautarisme ou même de la modernité émancipatrice, de bien vouloir laisser dans le domaine privé nos manières d’être et de penser. Seule une culture moderne, c-a-d blanco-europoéano-chrétienne, a pleinement droit de citer dans l’espace public. Sous couvert de distinction public-privé,, il s’agit d’une réelle ségrégation culturelle. A titre exceptionnel, ils exhibent de pâles imitations de nos cultures vidées de leurs substance, c’est-à-dire vidées de ce qui les rends vivantes : nous-mêmes. Une Afrique réinventée démontre, ainsi, par le burlesque et le grotesque, le sublime et le sérieux de leur modernité. Des figures fascinantes et menaçantes, fanatiques et décadentes, sont violemment projetées dans les téléviseurs des chaumières occidentales. Elles y apparaissent comme des irruptions intrusives et néfastes ou des exhibitions indécentes. L’Orient, sorte d’épouvantail par l’obscène et le nuisible, démontre ainsi le raisonnable et la bienveillance de l’Occident chevaleresque. Nos cultures ne servent alors qu’à produire le négatif de l’image idéal du Nous, moderne et occidental, comme sublime et sérieux, raisonnable et bienveillant. En refoulant sur nous ses angoisses les plus inavouables, nous ne sommes plus que sa transgression ou la monstruosité. C’est ainsi qu’ils légitiment la ségrégation culturelle dont nous sommes la cible.

Journée de LA femme ou journée des femmes ?

Economie de LA femme

Aujourd’hui, 8 mars 2010, journée de LA femme, nous pouvons l’affirmer le féminisme est dépassé. Le mythe de l’égalité déjà là lui a succédé. Désormais, il ne s’agit plus que de consacrer LA femme, la seule, l’unique, la belle, la docile, la désirable, la douce, la sexy, la farouche, la timide, la passionnée, la fidèle, l’amoureuse. Ce modèle de féminité super-woman qui dans sa fraicheur de fleur se laisse butiner par les jeunes hommes virils jusqu’à tomber sur le bon. Souvent il arrive que la fleur, trop banale, ressemblant davantage à une marguerite qu’à une rose, finisse avec un frêle moucheron ou un bourdon tabasseur. Mais si elle a réussi à montrer ses plus beaux reflets sans se fâner, ni se donner à trop de butineurs, elle pourra espérer tomber sur l’homme idéal. Ensuite arrivera donc le temps cumulée de la maternité et de la vie active. Libre de travailler autant qu’un homme pour un salaire, une carrière et un emploi raisonnable et féminin. Raisonnable et féminin signifie  aussi pour les grincheux, un salaire 27% inférieur en moyenne à celui d’un homme, une carrière bloquée par le plafond de verre, et des professions jugées peu sérieuses et peu socialement valorisées. A la maison c’est encore mieux, elle est émancipée forcément car avec son salaire elle pourra se payer robots et nounous. Elle est fortement encouragée  lire le plus souvent possible des magazines féminins pour être la plus sexuellement performante avec son Jules. Un Jules forcément, pas un Mohamed, ni un Mamadou, car le Jules est émancipateur, tout autant que bon amant… Tout ça bien sur en espérant ne pas faire partie des 100 000 femmes violéees par an, des 675 000 femmes battues par leur mari, des 80% d’emploi précaires occupées par des femmes, des millions de femmes pauvres qui doivent s’occuper quasiment seules de leur progéniture et du travail domestique ou des 156 femmes mortes tuées par leur mari ou compagnon. Concilier harmonieusement tout à la fois, vie de mère, de jeune fille, d’épouse, de fantasme sexuel, de travailleuse, de femme domestique, voici son nouvel idéal d’émancipation.

Si le féminisme est une chose dépassée en Occident, remplacée par l’harmonie entre les sexes, en revanche, c’est une chose qui reste bonne pour les Autres, les femmes non-blanches ou musulmanes. Bref ici, les femmes issues des immigrations post-coloniales ou carrément vivant là-bas dans le Sud. Mais plus que bonne, ce féminisme devient une mission de civilisation pour toutes les femmes d’Occident qui sont aimablement mais fermement invitées à déverser leur mélancolie de femmes émancipées dans une grande cause d’ingérence humanitaire.

Ce féminisme, que je me permets de qualifier de colonial, a pour but d’émanciper les jeunes fillettes africaines indigènes excisées et d’en faire de sublimes mannequins afin d’exporter, à travers le monde, ce merveilleux modèle de féminité moderne, émancipateur, bref occidental, à des millions d’Autres fillettes, jeunes femmes, et mères indigènes. Différents modèles existent, de fleur du désert, à fille du jasmin ou encore fleur de lotus bien sur en gardant les grands classiques roses roses (brunes) et roses rouges (blondes)…

Ce travail merveilleux s’accomplit bien sur au travers de Journée Mondiale de LA Femme, mais également  à travers de publicités non-sollicités par email, autrement dit SPAM. Publicités au profit d’entreprises tel que Pinault Printemps Redoute dirigée par 5 Jules et 0 femmes. Mais rassurez vous… Ces publicités sont réalisées probablement par une agence du type de Publicis suite à une étude de marché probablement réalisé par une entreprise du type d’IFOP. Publicis dont la principale actionnaire se trouve être une femme, féministe de surcroit, Elisabeth Badinter. Grande libératrice des femmes burkisées et voilées de France et d’Afghanistan au côté de Ni Putes, Ni Soumises… IFOP dont la dirigeante est la sémillante patronne des patrons Laurence Parisot. Celle-là même qui du haut de son émancipation déclarait «La vie est précaire, l’amour est précaire, pourquoi le travail ne serait pas précaire ?» Sans compter une éventuelle loi pour garantir aux bourgeois de sexe féminin un quota de sièges dans les CA des grandes entreprises… Ce modèle de prêt-à-porter unique de femme ne taille pas 40, mais plutôt CAC 40… La boucle est bouclée, LA femme produit de grande consommation est désormais partout disponible pour votre plus grand désir…

Si Christine Delphy appelerait, elle,  à retrouver l’élan du féminisme, je me bornerais, moi, de ma position de rajel1,  à appeler à la défense des femmes, de toutes les femmes, des filles, des jeunes femmes, des mères, des anciennes, des non-blanches, des prolos. Ne vous étonnez pas d’entendre déjà des grondements des défenseurs de LA femme, ils ont raison, il ne s’agit ni plus, ni moins que de sonner le glas de LA femme. Mais aussi de l’Homme…

  1. monsieur en arabe []

Une tempête faisant 48 morts est une bonne occasion pour vendre des meubles.

Xynthia a fait 48 morts... Et eux, ils en font un SPAM !

Xynthia fait 48 morts... Et eux en font un SPAM !

Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que, chaque fois qu’il y a au Viêt-nam une tête coupée et un œil crevé – et qu’en France on accepte –, une fillette violée – et qu’en France on accepte –, un Malgache supplicié – et qu’en France on accepte –, il y a un acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives tolérées, de tous ces prisonniers ficelés et « interrogés », de tous ces patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de l’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du continent.
Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme