Révolutions arabes, peut-on encore y croire ?

Mounir Chafik

Les révolutions arabes tanguent au point où l’on vient à se demander si elles ont vraiment un jour eu lieu. D’un côté, une vague contre-révolutionnaire semble les submerger. En Egypte, le putsch militaire de la junte et la chape de plomb qui s’en est suivie; en Syrie le renforcement militaire et géopolitique apporté au régime de Bachar al-Assad par ses alliés et l’étrange silence états-unien; en Tunisie, l’impunité de l’ancien régime toujours en fonction sans même parler du Yémen ou du Bahreïn… De l’autre, un vent de scepticisme se lève, mêlant pêle-mêle une analyse anti-impérialiste, islamiste ou humaniste décriant les nouveaux pouvoirs comme collabos de l’impérialisme, ayant renoncé à l’application intégrale de la charia ou encore insuffisamment respectueux des droits de l’Homme. Il nous apparaît crucial de réinjecter une dose d’espoir en revenant sur les apports indéniables des révolutions arabes au travers de l’analyse de l’intellectuel palestinien Mounir Chafik.

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Révolution du Bardo ou nouveau traité du Bardo ?

A propos du soutien du Front de Gauche aux “démocrates” du Bardo


Discours de Jean-Luc Mélenchon au meeting place… by lepartidegauche

Une délégation du FG s’est récemment rendue en Tunisie en soutien à la mobilisation du Bardo pour la dissolution de l’ANC. Pour rappel, l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) qui siège au Bardo à Tunis est la seule institution fruit des acquis de la révolution tunisienne. Elle est également la seule instance représentative du peuple Tunisien dans son ensemble. Appeler à sa dissolution revient, de facto, à balayer d’un revers de main non seulement la souveraineté populaire mais aussi et surtout à supprimer le seul lieu de délibération politique libre, pluraliste et rationnel en Tunisie. La mobilisation dite du Bardo ne s’arrête pas là. Elle appelle également à remplacer le gouvernement nommé par les élus du peuple par un gouvernement de technocrates expérimentés dit de “Salut National”. Or le terme de “compétences” en Tunisie ne désigne rien de plus que les haut fonctionnaires de l’ancien régime ou pire, des instances néo-libérales internationales telle la Banque Mondiale ou le FMI. N’est-ce pas cette même dictacture de la techocratie que dénonce pourtant la gauche radicale en Europe ? Sans compter que cette mobilisation est soutenue et financée par des hommes d’affaires véreux de l’ancien régime. Leur stratégie ? Arriver à une minorité de blocage en obtenant la démission d’1/3 des députés. Or le nombre de députés démissionnaires ne représentent pas meme 30% des élus de l’ANC et sont soit des partisans du retour de l’ancien régime soit alliés avec ce dernier au sein du “Front du Salut National”. Ce dernier est fondé sur le modèle du Front du meme nom en Egypte qui a récemment organisé le putsch et la dictature militaire du général Al Sissi. Ces memes méthodes fascistes se retrouvent en Tunisie. Ainsi une députée a meme été menacée dans son intégrité physique pour avoir désobéi à la consigne de son parti de se retirer de l’ANC. D’autres ont été débauchés pour rallier le mouvement contre rémunération sonnante et trébuchante. Certes ce mouvement se fonde également sur une critique légitime du bilan des députés tunisiens toute tendances confondues. Mais cette défiance vire à l’anti-parlementarisme quand il ne s’agit pas de nostalgie de l’ancien régime. En celà elle est assimilable en France à l’anti-parlementarisme des populismes du Général Boulanger ou de Poujade.

Une fois ce portrait dressé, comment des militants et élus de la principale force de gauche radicale en France peuvent-ils soutenir un tel mouvement ?

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La République est un Etat mais les républicains en ont fait une religion

Cher Mabrouck Rachedi,

J’ai lu avec intérêt ta tribune où tu clames haut et fort être un fondamentaliste républicain. (( Mabrouck Rachedi est écrivain, auteur de l’ouvrage. Le petit Malik(éditions Lattès, 2008). Sa tribune « Je suis fondamentaliste et j’assume » est parue le 30 août sur Libération. Pour le lire, cliquez ici.)) Tu seras peut-être étonné, mais je l’écrivais moi-même il y a quelques années dans des termes bigrement proche des tiens. Dans certains jours radieux comme aujourd’hui, je me revois le clamer comme si c’était hier.

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Mon voyage à Londres et les prisonniers politiques

Comme beaucoup de jeunes issus de l’immigration post-coloniale, Londres m’attire. Alors pour le pont du 16 au 20 mai 2012, je suis parti faire un petit voyage à Londres en Angleterre. Je voulais voir ce pays, cette ville, dont tellement de gens autour de moi parlent pour son rayonnement culturel et économique, son multiculturalisme et surtout la liberté de pratiquer sa religion. Cette religion, c’est l’islam.

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Frantz Omar Fanon et le racisme colonial


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La racisme est une production de l’ère coloniale or nous avons tous appris sur les bancs de l’école Républicaine que le colonialisme a pris fin avec les indépendances nationales. De la même manière son corollaire la race nous apparaît comme absurde depuis que nous avons appris qu’il n’y a qu’une race : la race humaine. Et pourtant le racisme perdure. Pourquoi ? Et surtout, pourquoi mobiliser Frantz Fanon ici et maintenant pour y répondre ?

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Si le Ramadan est un pilier de l’Islam, la ramadanophobie est un pilier de l’islamophobie

À Amin et Kamal,

Le Ramadan est LA pratique religieuse la plus populaire parmi les musulmans en plus d’être un des cinq piliers de l’Islam. C’est donc LA pratique par excellence qui permet de distinguer et d’identifier avec le plus de certitude le ou la musulmane attaché à sa religion sans beaucoup d’efforts. Lorsqu’on s’attaque au Ramadan en prétextant qu’il rend improductif, c’est en réalité, à l’Islam qu’on s’attaque. L’Islam moins le Ramadan n’est rien de moins qu’un fantasme taillé sur mesure par les islamophobes. Si le Ramadan est un pilier de l’Islam, alors la ramadanophobie est un pilier de l’islamophobie ! Nous connaissons tous les dénigrements du Ramadan. Mais il en est un qui est à la fois plus subtil et pernicieux que les autres. Celui prétendant que le Ramadan rend improductif. Et s’il est aussi pernicieux, c’est parce qu’il a été repris par des musulmans contre d’autres musulmans et qu’il est l’excuse qui semble la plus solide pour ne pas jeûner.

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De la minorité à la citoyenneté !

Posant comme nécessaire la dignité de nos cultures afin d’obtenir l’égalité, j’ai, dans un précédent article, pointé l’infantilisation et la ségrégation culturelle que portait notre condition de minorité. Une fois fait ce constat, il importe de penser une stratégie pour en sortir. Dans ce présent article, je tente d’analyser les stratégies politiques entreprises pour nous maintenir dans cette condition comme pour nous en sortir. Je me focalise sur un paradoxe, l’hégémonie de la République comme référence à la fois du camp de ceux qui souhaitent nous maintenir dans cette condition comme du camp de ceux qui luttent pour nous en sortir.

La plupart des mouvements des quartiers, des immigrations de colonisés et de leurs descendants, contre le racisme dont la négrophobie et l’islamophobie, bref les mouvements réels des colonisés de la République invoquent, en effet, la « République » à tout bout de champ. Ils les invoquent à un rythme et une intensité inconnues de tous les autres mouvements sociaux. Cette pratique d’exception de notre part se fonde, non sans ironie, sur l’idée que lorsqu’il s’agit des minorités le fait d’exception supplante la règle universelle.

Mission civilisatrice de la République

La République réelle, un État d’exception

La République que nous vivons n’est pas la même que pour eux. Celle que nous vivons est une République d’exception. A notre contact, elle devient coloniale. La République, pour eux, signifie démocratie. Or pour nous, et ce depuis la colonisation, elle n’a pas cessé d’être le nom de l’Empire. La laïcité qui protège la liberté de leurs cultes oppresse les nôtres. La police nationale les protège mais qui nous protège de la police ? La nationalité française leur confère des droits de citoyens tandis qu’elle nous impose des devoirs de sujets : « La France aime-la ou quitte la ! » L’intégration pour eux c’est le refus de l’exclusion, pour nous c’est l’oppression et l’acculturation. Le « vivre ensemble » et la mixité « sociale » pour eux c’est la fraternité, pour nous c’est une accusation de communautarisme à chaque fois que nous nous retrouvons à plus de 2 non-souchiens. L’éducation nationale qui leur enseigne la grandeur de leurs cultures, nous enseigne la honte des nôtres. L’égalité hommes-femmes et le planning familial pour eux c’est la libération des femmes et le congé de paternité, pour nous c’est le contrôle de notre supposée trop forte natalité et le mépris à l’égard de nos hommes présumés violeurs-voleurs-voileurs. La liste des vécus différenciés et clivants de cette République pourraît être rallongée à n’en plus finir.

Gentil flic républicain sauvant femme musulmane laïque oppressée par homme musulman communautariste

La République entre gentil et méchant flic

La République coloniale, entendant nos révoltes et nos exigences de dignité et d’égalité, qui sonnent à ses oreilles comme autant d’appels à l’émeute et à la rébellion, songe à nous préparer des solutions dans le cadre bien compris de ses intérêts. C’est ainsi que, majoritairement, la contestation de cette norme d’origine coloniale s’appuie sur les aspects dits positifs de cette même République. La légitimation de l’ordre, comme l’appel à sa réforme, fonctionne autour du couple Républicain, de la bonne ou de la mauvaise République. Quand il s’agit de « paix sociale », du Front National aux diverses associations de l’immigration post-coloniale, le discours nous concernant s’articule de façon hégémonique autour du couple du gentil et du méchant flic. Cette métaphore du couple de keufs s’impose à nous, les mineurs, comme seul discours autorisé. Pour les souchistes, la bonne République c’est le méchant flic. Pour les minorités « issus de » la diversité, comme ils disent, ça devrait être le gentil flic. Mais le gentil flic, fait tout autant partie de la Police républicaine coloniale que le méchant flic. Or lorsqu’il s’agit de répressions ou de violences policières, l’intérêt de l’indigène est fondamentalement contradictoire avec celui de la Police. Si nous nous soulevons, ça ne doit pas être pour nous soumettre, à la première occasion, de nouveau à la République sous prétexte qu’elle aura arborée le visage du gentil flic. Ce gentil flic qui, ne l’oublions pas, garde quand-même la matraque à portée de main.

Syndrome de Stockholm

Le syndrome de Stockholm des « enfants » de la République

Quand il s’agit de la question sociale et non simplement sécuritaire, ce couple Républicain se met à nous faire la leçon sur : le « vivre ensemble républicain » et la « mixité sociale » contre le « communautarisme », le « on peut tous y arriver, il faut s’en donner les moyens et refuser la victimisation », le « soyez reconnaissants, regardez ceux qui sont restés au Bled » et le « tout le monde est raciste, les Noirs et les Arabes autant que les Blancs », tous les trois, contre la « victimisation ». En niant la dignité de nos parents, il pense avoir remplacé notre père et notre mère. Il nous affuble du sobriquet d’enfants de la République. Nous sommes les mineurs de la République, n’oubliez-pas ! Le discours sur le couple républicain se comprend différemment selon que l’on s’identifie souchien ou indigène. Du point de vue souchien, la sévérité du père c’est la justice et l’indulgence de la mère de la faiblesse. Sévérité paternelle devenant méchanceté, et indulgence maternelle, compassion pour l’indigène aliéné. D’abord apparaît le père. Son paternalisme est une injonction à l’assimilation ou à la disparition, en somme la négation de notre humanité ou la mort de notre personnalité. Deviens identique à nous ou disparais de ma vue. D’un côté c’est la mort en tant qu’individu, et de l’autre la mort en tant que collectif. La France, notre foyer parental, aime la ou quitte la ! Certains atteints du syndrome de Stockholm, prennent leurs kidnappeurs, cette famille Thénardier, comme parents adoptifs. Ils se mettent, alors, à révérer le père colonisateur, certaines fantasment sur le mâle souchien, d’autres le servent fidèlement, tous y sont soumis. À cela, nous répondons par la fugue, le rejet viscéral et entier de leur injonction et par l’affirmation de notre fierté identitaire. Pour éviter une nouvelle fugue, la mère Thénardier, c’est-à-dire l’autorité maternaliste républicaine, se prenant au jeu de la mission civilisatrice, reconditionne sa propre culture périmée dans un emballage folklorique estampillé Islam des lumières ou «Métis, plus beaux enfants du monde». Nombreux sont ceux qui, pris dans un fantasme incestueux, s’y laissent prendre. Ils convoitent la mère Thénardier et rêvent de prendre la place de son mari dans son lit. À cette dernière ruse, nous répondons par l’amour de nos mères et nos sœurs, c’est-à-dire de nos religions et de nos couleurs. Nous sommes les enfants de nos parents, de nos pères et de nos mères, et non pas de la République. C’est à eux seuls que nous devons qui nous sommes, et ce sont eux nos modèles d’adultes.

Remplacez communistes par républicains...

Une seule République, la nôtre !

La réponse naïve à ce constat serait d’appliquer, à la réalité, l’idéal républicain en lieu et place de cet état d’exception. Or, nous l’avons vu, c’est également au nom de la République que nous sommes maintenus dans cette triste et tragique condition de minorité. Pour répondre à ce paradoxe est souvent avancée une République autre, plus authentique, plus proche de l’esprit originel de la loi, et qui aurait été pervertie par un quelconque lobby, communauté, ou groupe d’intérêts complotant dans l’ombre contre l’intérêt général. De là, émerge l’idée qu’il existerait ainsi deux Républiques : celle que nous subissons et une autre meilleure, sans être parfaite, que eux vivent. Or au cours de cet article, j’ai tenté de montrer que cette dernière n’était que le pôle humaniste du couple République : le gentil flic et la mère Thénardier. Ces deux Républiques ne forment donc qu’une seul couple policier et Thénardier. Ainsi si nous subissons la République, y compris son pôle humaniste, au lieu de bénéficier de la protection et de l’amour qu’elle accorde, c’est tout simplement qu’elle les accorde à d’autres que nous. Ne pas le reconnaître s’apparente à un déni de réalité qui, loin de provenir de l’ignorance, de la compromission ou de la perméabilité à l’idéologie intégrationniste est en réalité le fruit d’une incapacité à prendre en compte le rapport de force réel. Refuser de partir d’un nous (noirs, arabes, musulmans, de quartier etc.) et un eux (blanc, De Souche, catho-laïque, de centre ville ou des pavillons) en prétextant un nous universel idéal, c’est refuser de voir que ce dernier, un nous rêvé, n’est majoritaire que parmi le premier nous, le nous particulier ! Or à trop croire à cette République idéale, nous oublions un peu vite que dans la réalité, le nous Républicain abstrait universel et neutre est le même que le nous particulier blanc, de souche, catho-laïque et vraiment pas de quartiers… Ce sont eux qui, aujourd’hui, définissent ce qui est républicain de ce qui ne l’est pas. Reconduire un projet politique dont nous ne sommes pas les héros, mais les sous-fifres, c’est reconduire notre position de minorité au sein même d’une lutte qui prétend nous en émanciper.

Au regard de ce que je viens d’exposer, il est crucial que les mouvement réels des colonisés de la République soient dirigés par et pour eux-mêmes. Cela vaut aussi bien pour les partisans d’une République inclusive que pour ceux de l’option décoloniale. Cela signifie s’autoriser à défendre nos propres valeurs et notre propre idéal comme étant l’intérêt général. D’une façon qui pourra sembler à certains paradoxale, une meilleure République plus universelle ne pourra émerger que de nos luttes assumant leur particularité.

L’affaire Guerlain, symptôme du néo-colonialisme négrophobe

« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… »

Le succès de Guerlain : Explication.

La célèbre parfumerie française Guerlain s’est pourtant faite une renommée avec les senteurs dites « exotiques » à partir du XIXème siècle. Siècle des « grandes conquêtes » coloniales, elle permit à Guerlain, comme à d’autres, d’exploiter les richesses et la main d’œuvre de toutes ces nouvelles colonies, particulièrement en Afrique. Mais de cela, dans leur communication, pas un mot. Ce paradoxe s’explique par la volonté de nier l’apport du continent Noir et de ses peuples, après l’avoir surexploité dans des conditions indignes. Négation permettant de mettre ce succès au crédit du seul Guerlain, homme blanc européen. Jusqu’en 2002, J-P Guerlain faisait travailler des Comoriens sans-papiers sur l’ile de Mayotte ((faisant partie des Comores mais annexée par la France au mépris du droit international)). Après un contrôle de l’inspection du travail, il licencie et délocalise sa production sans la moindre once de respect de la dignité des travailleurs, de leur famille et du peuple de l’île.

L’arrogance de la blanche Europe.

8 ans plus tard, le Grand Blanc Guerlain sort sa tirade négrophobe sur un journal télévisé quotidien de la première chaîne publique française. Expliquant à Elise Lucet la conception du parfum Shalimar, il se compare au travailleur ultime : le Nègre. A ce moment là votre esprit s’égare. Vous êtes alors à 2 doigts de découvrir que derrière le fétiche Guerlain se dissimule le secret de fabrication de ses parfums : une subtile alchimie entre l’exploitation colonialiste et le racisme négrophobe. Le négationnisme du travail des Noirs a pour objectif de dissimuler qu’en réalité, hier comme aujourd’hui, il est indispensable à la grandeur de cette arrogante Europe Blanche.

Les bienfaits de la colonisation.

La sortie raciste de J-P Guerlain est la démonstration éclatante que le colonialisme et le racisme négrophobe ne se limitent plus aux colonies mais ont été intégralement importés en métropole, complétant ainsi l’entreprise de soumission des Quartiers, des Noirs, des Arabes et des Musulmans en France, véritables colonisés de l’intérieur. C’est ce genre de petites phrases répétées de façon continue vers de larges audiences qui légitime le racisme et les discriminations systémiques dont nous sommes l’objet. Ils ont importé le colonialisme, exportons la décolonisation en métropole !

Prenons le parti de nous-mêmes !

PAGNY Florent convoqué en conseil de discipline !

Cher Florent,

je n’ai jamais apprécié ta musique, je t’avoue ça tout de suite histoire qu’on soit au clair, et que tu ne t’imagines pas qu’il s’agisse d’une lettre de fan déçu. Sur Chérie FM, le 8 novembre sur la Matinale, tu as tenu ces propos :
« Il y a un moment ton môme il rentre à la maison et tout à coup il se met à parler rebeu. (rires) C’est pas possible tu vas pas pouvoir nous parler ça-comme parce que verlan, encore, tout va bien mais là il y a pas de raisons. (…) Tu vas passer à autre chose et tu vas essayer plutôt de rattraper le groupe de tête plutôt que de … (l’animateur, Fédéric Ferrer, lui souffle : traîner dans le groupe de queue) traîner parce que d’un seul coup, il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où finalement les mômes ils raccrochent des codes pour être sûr de pas être emmerdé quoi…»

Pour que tu ne dises pas que l’on a sorti sa citation de son contexte, je vais le donner. Au début, tu expliquais qu’il fallait que ton fils vive à Miami pour s’affirmer comme son père, et être lui-même. Etre lui-même et s’affirmer comme son père c’est quoi au fait ? Tu en as donné une définition originale : faire du sport et ne plus parler « rebeu ». Le fils de Florent Pagny parlant rebeu, quelle idée saugrenue ! Bah oui, un bon petit Français, blanc et de souche forcément, doit assumer sa supériorité ethno-raciale sacrebleu ! Non non non, il ne s’agit pas de mépris de classe, puisque tu irais jusqu’à tolérer le parler verlan ! Il faut se rendre à l’évidence : il y a la culture du groupe de tête nécessairement blanche et desouche, et la culture des derniers de la classe, des cancres, des nuls, bref la culture rebeu. Il ne va quand même pas s’enrichir de la culture de ses petits camarades d’origine maghrébine ! Où irait la France si nous nous influençions les uns, les autres, sans complexe de supériorité et ce dès l’enfance ? Comment tolérer un tel modèle de société où le racisme s’estomperait ? Tu as bien raison quand tu parles de passer à autre chose. Car enfin, comment ton fils pourrait faire carrière s’il ne commençait pas sa vie avec une idée simple : ce qui est blanc est supérieur, ce qui est rebeu est inférieur !

Mais le plus insupportable de tout ça, c’est d’imaginer le calvaire qu’a du vivre ton fils pour être tombé si bas qu’il s’est senti forcé de parler rebeu. C’est la seule explication plausible d’ailleurs car comment imaginer qu’il se soit lié d’amitié avec ses camarades d’origine maghrébine ou de quartiers populaires ? Quartiers d’où la langue française s’appauvrit à cause des apports maghrébins, gitans ou subsahariens. Heureusement que le préjugé raciste de la bande de rebeux violente et tyrannique est facilement mobilisable, sinon tu te serais retrouvé à court d’explications !

Mais toi-même es-tu sûr de faire partie du groupe de tête ? En 2003, tu as chanté « Ma Liberté de Penser » où tu confondais la liberté d’expression et l’obligation de payer ses impôts (mais aussi à mon avis, celle de ne pas proférer de propos racistes). En cours d’éducation civique, tu aurais eu un 0. Quand en 2007, tu as sorti un album de reprise de Jacques Brel, sache qu’à l’école quand on copie sur le premier de la classe, ça s’appelle un plagiat, et on prends un 0. La même année, tu n’as pas vraiment chanté en bon français, puisque tu as sorti un album intitulé « C’est comme ça », qui était chanté en espagnol. En cours de français, tu aurais aussi pris un 0 pour hors-sujet !

Et pour ton fils, j’ai un scoop pour toi, son professeur d’arts plastiques se trouve avoir un nom rebeu ! Comment va-t-il faire pour rejoindre le groupe de tête si même le prof porte un nom rebeu ? ((Nadim Zeghoudi, professeur Français (!) de l’équipe, Nadim Zeghoudi, professeur d’arts plastiques))

Mais ce qui m’a le plus scié c’est quand même l’intervention de Frédéric Ferrer pour te donner du grain à moudre dans ton délire raciste. Un vrai duo délinquant ! Je pense qu’il va falloir sérieusement songer à vous exclure quelque temps de la classe publique et médiatique avant que votre comportement ne fasse tâche d’huile !

Une mise à pieds immédiate de Frédéric Ferrer me semble être le minimum, avant son passage en conseil de discipline et d’envisager son exclusion. Quant à toi, j’ose espérer que les adultes des médias et de la culture te feront porter le chapeau d’âne à chacune de tes apparitions. A défaut de quoi, ce serait un signal envoyé à tous tes petits camarades que ta pitrerie raciste est quelque chose de parfaitement convenable.

un rebeu,
Bader Lejmi pour les Indivisibles
Article repris sur Rue89