Débat identitaire en Tunisie : quel modus vivendi pour une transition démocratique?

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Si les tensions se sont apaisées après le vote de la Constitution tunisienne adoptée le 26 janvier 2014, ce pan de l’histoire, marquant ainsi une étape juridique achevée, doit aussi se tourner vers une étape sociale où un modus vivendi avec les forces islamistes en présence, de la quiétiste à la plus radicale, est nécessaire pour éviter tout retour à l’ancien régime. Bader Lejmi, jeune Tunisien de France, militant anti-raciste anticolonialiste et membre d’Uni*T, association des Tunisiens de France en soutien à la révolution tunisienne et pour l’Etat de droit  a accepté de nous éclaircir sur les clefs d’un débat identitaire.

Propos recueillis par Lilia Marsali

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Révolution du Bardo ou nouveau traité du Bardo ?

A propos du soutien du Front de Gauche aux “démocrates” du Bardo


Discours de Jean-Luc Mélenchon au meeting place… by lepartidegauche

Une délégation du FG s’est récemment rendue en Tunisie en soutien à la mobilisation du Bardo pour la dissolution de l’ANC. Pour rappel, l’ANC (Assemblée Nationale Constituante) qui siège au Bardo à Tunis est la seule institution fruit des acquis de la révolution tunisienne. Elle est également la seule instance représentative du peuple Tunisien dans son ensemble. Appeler à sa dissolution revient, de facto, à balayer d’un revers de main non seulement la souveraineté populaire mais aussi et surtout à supprimer le seul lieu de délibération politique libre, pluraliste et rationnel en Tunisie. La mobilisation dite du Bardo ne s’arrête pas là. Elle appelle également à remplacer le gouvernement nommé par les élus du peuple par un gouvernement de technocrates expérimentés dit de “Salut National”. Or le terme de “compétences” en Tunisie ne désigne rien de plus que les haut fonctionnaires de l’ancien régime ou pire, des instances néo-libérales internationales telle la Banque Mondiale ou le FMI. N’est-ce pas cette même dictacture de la techocratie que dénonce pourtant la gauche radicale en Europe ? Sans compter que cette mobilisation est soutenue et financée par des hommes d’affaires véreux de l’ancien régime. Leur stratégie ? Arriver à une minorité de blocage en obtenant la démission d’1/3 des députés. Or le nombre de députés démissionnaires ne représentent pas meme 30% des élus de l’ANC et sont soit des partisans du retour de l’ancien régime soit alliés avec ce dernier au sein du “Front du Salut National”. Ce dernier est fondé sur le modèle du Front du meme nom en Egypte qui a récemment organisé le putsch et la dictature militaire du général Al Sissi. Ces memes méthodes fascistes se retrouvent en Tunisie. Ainsi une députée a meme été menacée dans son intégrité physique pour avoir désobéi à la consigne de son parti de se retirer de l’ANC. D’autres ont été débauchés pour rallier le mouvement contre rémunération sonnante et trébuchante. Certes ce mouvement se fonde également sur une critique légitime du bilan des députés tunisiens toute tendances confondues. Mais cette défiance vire à l’anti-parlementarisme quand il ne s’agit pas de nostalgie de l’ancien régime. En celà elle est assimilable en France à l’anti-parlementarisme des populismes du Général Boulanger ou de Poujade.

Une fois ce portrait dressé, comment des militants et élus de la principale force de gauche radicale en France peuvent-ils soutenir un tel mouvement ?

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Islam et indépendance par Al Mawdudi

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La situation vécue au cours de la période de l’indépendance se résume comme suit: dans chaque pays ou État, des hommes dépourvus de conscience islamique et d’une compréhension juste de la religion, ont pris le pouvoir politique et économique. Non seulement ils méprisent et dédaignent les coutumes héritées des musulmans, mais ils pensent qu’en suivant la voie islamique et en s’accrochant a ses valeurs et à ses principes, ils seraient atteints de déshonneur et d’humiliation, ils seraient au bas de l’échelle de l’humanité, sans valeur, privés du progrès et de la renaissance auxquels ils aspirent. Pour rattraper cette civilisation, ils se sentent obligés d’adopter les pensées et les principes de l’Occident, suivis à la lettre et imités dans leurs moindres détails.

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Révolutions arabes : nos camarades de la Fête de l’Humanité peuvent, et doivent mieux faire

Affiche orientaliste-sioniste Fête de l'Humanité

Affiche orientaliste-sioniste Fête de l’Humanité

{NDLR: un député de l’entité sioniste sera présent au débat sur les révolutions dans le monde arabe qui doit se tenir à l’Agora à la Fête de l’Humanité le vendredi 16 septembre 2011}

Il n’est jamais évident de mesurer l’ampleur du changement apporté par une révolution. Les vieilles habitudes ont la peau dure. Nous avons tous beaucoup à apprendre en cette ère qui s’ouvre. Les camarades organisateurs de la Fête de l’Humanité en particulier… S’ils tirent les leçons de leurs erreurs politiques, qui se multiplient.

D’abord, cette affiche, où deux drapeaux israéliens s’exhibent dans la chevelure d’une allégorie des révolutions arabes, alors que ne sont pas représentés les drapeaux égyptien ou du Bahrein, par exemple… Symbole par excellence de l’oppression du peuple palestinien, et d’agressions continues contre les peuples arabes, le drapeau israélien n’avait pas sa place dans cette affiche.

Ensuite, l’absence totale des artistes arabes des révolutions dans le programme de la scène centrale de la Fête. Et ce n’est pas le débat politique, cette « grande soirée consacrée aux révolutions arabes » qui va rattraper ces erreurs : glissé parmi de grandes figures des luttes du monde arabe, un député israélien, et pas de Palestinien !1

En plus, les étudiants palestiniens de la GUPS ont été poussés hors du stand qu’ils animaient depuis des années à la Fête.

Cette somme d’erreurs confine à la faute politique. Certains d’entre nous ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à cette édition de la Fête, d’autres tiennent à assurer une présence critique. Là n’est pas la question. Tous, nous voulons que les organisateurs de la Fête reconnaissent leurs erreurs. Qu’ils s’en expliquent. Et qu’ils s’en excusent. C’est une garantie nécessaire pour qu’elles ne se reproduisent pas.

Alors, nous pourrons tous reprendre le chemin de nos luttes pour la libération, la justice et la dignité.

Premiers signataires :
Omar ALSOUMI, Mogniss H. ABDALLAH, Samir ABDALLAH, Nahla CHAHAL, Hicham GAD, Brahim SENOUCI, Amer DEBEK, Khéridine MABROUK, Houria BOUTELDJA, Youssef BOUSSOUMAH, Omeyya SEDDIK, Abdelkarim AICHI, Chiraz GAFSIA, Najat KHANZY, Sarah OUNIFI, Soraya ZEROUAL, Mohammed SHARQAWI, Abdelhalim SAYYOUD, Benjamin NEAUD, Zakaria ARRASSI, Wassyla DOUMANDJI, Françoise HOFFET, Nasser SOUMI, José Luis MORAGUES, Adnan BENYOUNES, Jean-Yves CROIZE, Chris DEN HOND, Gilles LEMAIRE, Soraya EL KAHLAOUI, Mohamed JAITE, Alima BOUMEDIENE THIERY, Hassan MAC MEZ, Elyess NAJJAR, Romain HUET, Fatiha BENOU-HALIMA, Djamal BENMERAD, Galila EL KADI, Hakim BONNAMY, Alain BONNAMY, Djillali TAHRAOUI, Hanadi YAHYA, Jamalat ABOU YOUSSEF,Catherine SAMARY, Nouh CHEBBAÏ, Ayssar MIDANI, Adil HOUMAINE, Aïcha JABRANE, Saïd BOUAMAMA, Bader LEJMI, Serenade CHAFIK, Farah SAADAOUI, Maha AHMED, Philippe TASTEVIN, François PRADAL, Hussein EL GANAINY, Maguy BORRAS, Claire SAVINA, Dominique GRANGE, Taher ELABADI, Alvina NOBREGA, Loic BRUCKERT, Mohamed SAMRA, Ali EL BAZ, Mohamed JAITE, …

Pour signer vous aussi envoyez NOM et prénom à thawrat.2011@yahoo.fr

Voir aussi :

 

 

  1. Cf l’article : http://www.humanite.fr/monde/tunisie-yadh-ben-achour-«-une-revolution-de-type-moderne-»-478906 Rendez-vous à la Fête de l’Humanité. L’agora de l’Humanité organise, vendredi 16 septembre, à partir de 19 heures, une grande soirée consacrée au printemps des peuples arabes. Avec Samir Amin, Hamma Hammami, secrétaire général du PCOT, Samar Yazbek, écrivaine syrienne exilée en France, Salha Ashtewi, présidente de l’Association du 17 février pour le soutien au peuple libyen, Massaoud Romdhani, syndicaliste, membre de la haute instance pour la transition (Tunisie), Alaa El Aswani, écrivain égyptien, Tarek Teguia, cinéaste algérien, Ahmed Ibrahim, secrétaire général d’Ettajdid (Tunisie), Sihem Bensedrine, journaliste (Tunisie), Abdallah El Harref, secrétaire général de la Voie démocratique (Maroc), Yasmina Mabrouk, du Mouvement du 20 février (Maroc), Sofiène Bel Haj, cyberdissident (Tunisie), Youcef Tlili, syndicaliste étudiant (Tunisie), Dov Khénine, député israélien, Hamel Bedjani, journaliste à Tunisie Afrique Presse, Jacques Fath, responsable international du PCF, Roland Muzeau, député PCF des Hauts-de-Seine… Soirée animée par Pierre Barbancey et Rosa Moussaoui, journalistes à l’Humanité. []

La Tunisie, élève modèle de l’ordre néo-colonial

Sa réussite exemplaire fait palir d’envie nos « frères » (il faut le dire vite, ça brûle moins la langue) de la maison des Saoud qui nous récompense d’un prix phallique et doré. Jugez-en vous mêmes.

L'écusson de ''l'Université arabe Nayef des sciences sécuritaires'' remis au président Ben Ali

L'écusson de ''l'Université arabe Nayef des sciences sécuritaires'' remis au président Ben Ali

Sans compter qu’il fut également ancien élève de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr, de l’Ecole d’application de l’artillerie de Châlons-sur-Marne, de la Senior Intelligence School de Fort Holabird (Maryland) et de la School for Field and Anti-Aircraft de Fort Bliss (Texas). Quel palmarès ! Mais tout commença avec le parti de l’indépendance et de la post-colonie…

Comme on le voit, la bourgeoisie nationale de certains pays sous-développés n’a rien appris dans les livres. Si elle avait mieux regardé vers les pays d’Amérique latine, elle aurait sans doute identifié les dangers qui la guettent. On arrive donc à la conclusion que cette micro-bourgeoisie qui fait tant de bruit est condamnée à piétiner. Dans les pays sous-développés, la phase  bourgeoise est impossible. Il y aura certes une dictature policière, une caste de profiteurs, mais l’élaboration d’une société bourgeoise se révèle vouée à l’échec. le collège de profiteurs acharnés, qui s’arrachent les billets de banque sur le fonds d’un pays misérable, sera tôt ou tard un fétu de paille entre les mains de l’armée habilement manoeuvrée par des experts étrangers. Ainsi, l’ancienne métropole pratique le gouvernement indirect, à la fois par les bourgeois qu’elle nourrit et par une armée nationale encadrée par des experts et qui fixe le peuple, l’immobilise et le terrorise.

Frantz Fanon, Les damnés de la terre, p167

Dans ces pays pauvres, sous-développés, où, selon la règle, la plus grande richesse côtoie la plus grande misère, l’armée et la police constituent les piliers du régime. Une armée et une police qui, encore une règle dont il faudra se souvenir, sont conseillés par des experts étrangers. La force de cette police, la puissance de cette armée sont proportionnelles au marasme dans lequel baigne le reste de la nation.

Ibid, p. 165

Turquie et Tunisie : modernisme laïc contre islamisme obscurantiste ?

Voile traditionnelle tunisien (Sefsari)

Voile traditionnel tunisien (Sefsari)

Les femmes voilées en France reçoivent souvent la remarque que dans leur pays d’origine elles n’auraient pas eu le choix, elle n’auraient pas pu le porter et c’est tant mieux. Ou alors qu’une femme voilée n’aurait jamais pu accéder aux études du fait de son statut d’inférieure. On établit ainsi une échelle de valeurs entre pays musulmans laïques et donc modernes, et pays musulmans islamiques et donc obscurantistes… Mais pourquoi donc en Turquie et en Tunisie le concept de laïcité a-t-il été développé ? Je peux vous proposer quelques pistes.

En Turquie, parce que le pouvoir politique Ottoman se fondait sur la légitimité et l’institution religieuse pour gouverner aussi bien localement que l’ensemble de son Empire. Or le régime Ottoman était le principal obstacle au développement de la Turquie, ses provinces impériales ne lui apportant pas grand chose vu que de toute façon l’Empire était incapable de les défendre ou d’y imposer son autorité. Le pouvoir Ottoman avait même en son temps interdit l’imprimerie y voyant une menace à son autorité fondée sur son monopole de l’inteprétation coranique.

En Tunisie, il n’y a pas eu vraiment de laïcité, mais plutôt une instrumentalisation de la religion à des fins nationalistes et progressistes. Ces pays ont en commun qu’une institution religieuse contrôlait en grande partie la sphère publique notamment politique et culturelle.

En Tunisie le voile en soi n’est pas interdit mais les variantes importées du Machreq (l’Orient Arabe), grâce aux émissions religieuses sur les chaînes satellitaires, le sont. Et les autorités tunisiennes emploient souvent les moyens forts pour exécuter les ordres. Cependant, si on voyage en Tunisie ou si l’on y habite on constatera souvent des femmes vêtues d’un voile de la tête au pied même à l’Université, ne gardant comme découvert que le visage et encore… Le pouvoir tunisien explique que ce voile est contraire à l’authenticité et l’identité nationale tunisienne. Il ne serait donc pas opposé en pratique à la réapparition des voiles traditionnels. Pourtant ce sont les voiles traditionels, qui symbolisaient le statut de mineure de la femme et la plaçait sous la tutelle masculine.

Essaysons à présent d’élargir notre vision et de nous poser la question de l’origine du concept même de laïcité au Maghreb.

Durant la colonisation, en particulier en Algérie, la laïcité a été employée également dans le but de séculariser la société et permettre un développement intellectuel et culturel à la fois favorable aux intérêts coloniaux mais également dans le sens d’un réel développement économique et social. Le sens également de cette laïcité était impérialiste puisqu’il permettait de diviser les luttes nationalistes en séparant les progressistes des traditionnalistes d’alors.

Il y a le cas particulier et intéressant à noter des Kabyles, que le gouvernement colonial a tenté de séparer du reste de la population qualifiée d’Arabe. Un double effort de renforcement de l’identité ethnique d’une part, d’évangélisation chrétienne et de formation aux idées républicaines de l’autre fut entrepris. Ce fut en partie un succès. L’adhésion à l’idée laïque s’accompagna souvent de la perception que laïcité, modernité et Occident vont de pair. Perception qui s’appuie sur une dévalorisation de l’identité arabo-islamique à laquelle se substitue une identité Kabyle prétendument progressive et réprimée par l’oppression Arabe pré-coloniale permettant d’expliquer le « retard » pris par le Maghreb.

L’arabe étant la langue du Coran, une dé-arabisation, nommée pour plus de commodité laïcité, était censée porter en elle-même les germes d’un progressisme républicain émancipateur. Cette volonté de dé-islamiser, de dé-arabiser, vient du fait que la résistance majeure identifiée depuis toujours par les colonsisateurs était l’Islam. Et les arabes restent indissolublement dans la pensée dominante, jusqu’à nos jours, liés à l’Islam. Tant et si bien que nombre d’arabophones non-musulmans, vivant dans l’aire géographique arabo-musulmane, rechignent à se qualifier d’arabes. En réalité, la laïcité a servit comme prétexte à une occidentalisation censée permettre l’adhésion des indigènes au projet civilisateur de l’Empire. D’ailleurs les indigènes d’Algérie n’étaient pas nommés algériens mais musulmans, c’est dire à quel point religion et statut social étaient fortement liés. A tel point que les juifs du Maghreb se sont vu proposer durant la colonisation les mêmes droits que les colons, et à l’indépendance la nationalité française leur fut accorder.

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