Révolutions arabes : nos camarades de la Fête de l’Humanité peuvent, et doivent mieux faire
{NDLR: un député de l’entité sioniste sera présent au débat sur les révolutions dans le monde arabe qui doit se tenir à l’Agora à la Fête de l’Humanité le vendredi 16 septembre 2011}
Il n’est jamais évident de mesurer l’ampleur du changement apporté par une révolution. Les vieilles habitudes ont la peau dure. Nous avons tous beaucoup à apprendre en cette ère qui s’ouvre. Les camarades organisateurs de la Fête de l’Humanité en particulier… S’ils tirent les leçons de leurs erreurs politiques, qui se multiplient.
D’abord, cette affiche, où deux drapeaux israéliens s’exhibent dans la chevelure d’une allégorie des révolutions arabes, alors que ne sont pas représentés les drapeaux égyptien ou du Bahrein, par exemple… Symbole par excellence de l’oppression du peuple palestinien, et d’agressions continues contre les peuples arabes, le drapeau israélien n’avait pas sa place dans cette affiche.
Ensuite, l’absence totale des artistes arabes des révolutions dans le programme de la scène centrale de la Fête. Et ce n’est pas le débat politique, cette « grande soirée consacrée aux révolutions arabes » qui va rattraper ces erreurs : glissé parmi de grandes figures des luttes du monde arabe, un député israélien, et pas de Palestinien !1
En plus, les étudiants palestiniens de la GUPS ont été poussés hors du stand qu’ils animaient depuis des années à la Fête.
Cette somme d’erreurs confine à la faute politique. Certains d’entre nous ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à cette édition de la Fête, d’autres tiennent à assurer une présence critique. Là n’est pas la question. Tous, nous voulons que les organisateurs de la Fête reconnaissent leurs erreurs. Qu’ils s’en expliquent. Et qu’ils s’en excusent. C’est une garantie nécessaire pour qu’elles ne se reproduisent pas.
Alors, nous pourrons tous reprendre le chemin de nos luttes pour la libération, la justice et la dignité.
Premiers signataires :
Omar ALSOUMI, Mogniss H. ABDALLAH, Samir ABDALLAH, Nahla CHAHAL, Hicham GAD, Brahim SENOUCI, Amer DEBEK, Khéridine MABROUK, Houria BOUTELDJA, Youssef BOUSSOUMAH, Omeyya SEDDIK, Aya KHALIL, Abdelkarim AICHI, Chiraz GAFSIA, Najat KHANZY, Sarah OUNIFI, Soraya ZEROUAL, Mohammed SHARQAWI, Abdelhalim SAYYOUD, Benjamin NEAUD, Zakaria ARRASSI, Wassyla DOUMANDJI, Françoise HOFFET, Nasser SOUMI, José Luis MORAGUES, Adnan BENYOUNES, Jean-Yves CROIZE, Chris DEN HOND, Gilles LEMAIRE, Soraya EL KAHLAOUI, Mohamed JAITE, Alima BOUMEDIENE THIERY, Hassan MAC MEZ, Elyess NAJJAR, Romain HUET, Fatiha BENOU-HALIMA, Djamal BENMERAD, Galila EL KADI, Hakim BONNAMY, Alain BONNAMY, Djillali TAHRAOUI, Hanadi YAHYA, Jamalat ABOU YOUSSEF,Catherine SAMARY, Nouh CHEBBAÏ, Ayssar MIDANI, Adil HOUMAINE, Aïcha JABRANE, Saïd BOUAMAMA, Bader LEJMI, Serenade CHAFIK, Farah SAADAOUI, Maha AHMED, Philippe TASTEVIN, François PRADAL, Hussein EL GANAINY, Aimad BEN YAKHLEF, Maguy BORRAS, Claire SAVINA, Dominique GRANGE, Taher ELABADI, Alvina NOBREGA, Loic BRUCKERT, Mohamed SAMRA, Ali EL BAZ, Mohamed JAITE, …
Pour signer vous aussi envoyez NOM et prénom à thawrat.2011@yahoo.fr
Voir aussi :
- Pour la Fête de l’Humanité, suivre le drapeau israélien, par Omar Alsoumi
- Quid des acteurs culturels des révolutions du monde arabe dans l’édition 2011 de la fête de l’Huma ? par Mogniss H. Abdallah
- Cf l’article : http://www.humanite.fr/monde/tunisie-yadh-ben-achour-«-une-revolution-de-type-moderne-»-478906 Rendez-vous à la Fête de l’Humanité. L’agora de l’Humanité organise, vendredi 16 septembre, à partir de 19 heures, une grande soirée consacrée au printemps des peuples arabes. Avec Samir Amin, Hamma Hammami, secrétaire général du PCOT, Samar Yazbek, écrivaine syrienne exilée en France, Salha Ashtewi, présidente de l’Association du 17 février pour le soutien au peuple libyen, Massaoud Romdhani, syndicaliste, membre de la haute instance pour la transition (Tunisie), Alaa El Aswani, écrivain égyptien, Tarek Teguia, cinéaste algérien, Ahmed Ibrahim, secrétaire général d’Ettajdid (Tunisie), Sihem Bensedrine, journaliste (Tunisie), Abdallah El Harref, secrétaire général de la Voie démocratique (Maroc), Yasmina Mabrouk, du Mouvement du 20 février (Maroc), Sofiène Bel Haj, cyberdissident (Tunisie), Youcef Tlili, syndicaliste étudiant (Tunisie), Dov Khénine, député israélien, Hamel Bedjani, journaliste à Tunisie Afrique Presse, Jacques Fath, responsable international du PCF, Roland Muzeau, député PCF des Hauts-de-Seine… Soirée animée par Pierre Barbancey et Rosa Moussaoui, journalistes à l’Humanité. [↩]
Islamophobie au nom du féminisme : NON !

Nous, féministes, dénonçons l’utilisation des luttes féministes et LGBT à des fins racistes notamment islamophobes.
Marine le Pen a utilisé récemment la défense des homos pour mieux propager son racisme1.
C’est aussi au nom des femmes que nos dirigeants et grands médias ont jusqu’au bout soutenu un tyran comme Ben Ali, présenté comme le protecteur des Tunisiennes contre un patriarcat nécessairement islamiste.
Enfin, l’infâme débat sur le port du niqab, à l’occasion duquel des parlementaires hommes, jusque là totalement indifférents à la cause féministe, se sont soudainement érigés en défenseurs de l’égalité hommes/femmes.
Ça suffit ! Nous condamnons le racisme et refusons qu’il frappe en notre nom !
Construisons des outils, des ripostes féministes pour désamorcer ces « évidences » insupportables – musulman = islamiste = extrémiste = menace pour les femmes et les minorités sexuelles- qui s’annoncent déjà comme des vedettes des prochaines échéances électorales.
Il est plus que jamais nécessaire de rappeler que de nombreuses femmes étrangères ou françaises vivent le racisme, le sexisme et un sexisme raciste. Pire, les femmes musulmanes voilées sont réprimées. Décolonisons les luttes féministes et LGBT ! Ne laissons pas des féministes blanc-he-s donner des leçons aux autres ! Stoppons celles et ceux qui s’allient à des initiatives politiques et des discours racistes, y compris sous des bannières (pseudo)féministes ou « gay friendly » !
Retrouvons nous pour échanger et organiser la riposte !
Plusieurs invitéEs présenteront leurs analyses et expériences :
Nacira Guénif, sociologue ; Jessica Dorrance de l’association de migrant_es lesbien_nes/bisexuel_les et lesbiennes et personnes trans Noires de Berlin LesMigraS et d’autres militant-e-s.
Pour en finir avec le fraternalisme de l’égalité réelle
Dans un texte intitulé «Pour en finir avec le paternalisme de la discrimination positive», Faouzi Lamdaoui, ancien secrétaire national à l’égalité du Parti socialiste, vice-président de l’agglomération d’Argenteuil-Bezons, s’en prend à l’affirmative action. Dans un premier temps, il se contente de sortir des banalités déjà « vues à la télé » et estampillées républicainement correctes. D’abord, il fait le coup classique de l’opposition entre les USA, pays du «communautarisme», et la France qui, je cite, « n’est pas et ne sera jamais un pays communautariste. Son histoire, ses traditions, ses garde-fous institutionnels l’en préservent ». Gageons que cette histoire, ces traditions et ces garde-fous dont ils parlent sont ceux du racisme d’État… Au passage, il ne nous épargne pas le sempiternel sermon sur les effets pervers de l’affirmative action. Ensuite, il requalifie l’affirmative action en discrimination positive pour mieux la mettre en pièce par la suite.
Mais l’originalité commence lorsqu’exploitant sa sensibilité de descendant de colonisé de façon peu républicaine, il compare l’affirmative action aux stratégies de cooptation coloniales et de constitution d’une caste d’indigènes domestiqués : les évolués. Ce ne serait qu’une stratégie paternaliste laissant sur le carreau la masse des indigènes qui n’auront pas évolués. Il serait intéressant de se demander qui est le parrain, chose qu’il ne fait malheureusement pas… Son dernier paragraphe sonne par ailleurs comme un mot-d’ordre décolonial : « La société n’a nul besoin d’intégration. Elle a besoin d’égalité.» Cette analyse d’inspiration anticolonialiste appliquée à la métropole ne peut pas manquer de nous interpeller. Cependant le fait que ce soit de la part un cadre du PS devrait éveiller nos soupçons. Aussi arabe et descendant de colonisés qu’il soit, c’est aussi un cadre du PS avec toute la formation intellectuelle et pratique que cela suppose.
Quelle est donc cette égalité qu’il prône ? Le premier indice dans le texte est son allégeance appuyée à son mentor, François Hollande, au travers du soutien à une solidarité intergénérationnelle… Les arabes, noirs, musulmans et autres basanés des quartiers seraient-ils d’éternels jeunes ayant besoin de la solidarité de la vieille France ? Adroite parabole pour dire en somme que la France de souche ancienne devrait se porter au secours de la France de jeune branche ? Le second indice se trouve un peu plus haut dans le texte quand il dit que «la société française a besoin non point de paternalisme, mais de « fraternalisme », comme l’avait formulé Aimé Césaire.». Mais quel est ce fameux fraternalisme dont parle Aimé Césaire ? Me rappelant sa célèbre Lettre à Maurice Thorez du 24 octobre 1956 où il annonce sa démission du Parti Communiste Français en dénonçant, entre autres choses, son fraternalisme, j’en extrais le passage où il décrit cette notion :
Il faut dire en passant que les communistes français ont été à bonne école. Celle de Staline. Et Staline est bel et bien celui qui a réintroduit dans la pensée socialiste, la notion de peuples « avancés » et de peuples « attardés ». Et s’il parle du devoir du peuple avancé (en l’espèce les Grands Russes) d’aider les peuples arriérés à rattraper leur retard, je ne sache pas que le paternalisme colonialiste proclame une autre prétention. Dans le cas de Staline et de ses sectateurs, ce n’est peut-être pas de paternalisme qu’il s’agit. Mais c’est à coup sûr de quelque chose qui lui ressemble à s’y méprendre. Inventons le mot : c’est du « fraternalisme ». Car il s’agit bel et bien d’un frère, d’un grand frère qui, imbu de sa supériorité et sûr de son expérience, vous prend la main (d’une main hélas ! parfois rude) pour vous conduire sur la route où il sait se trouver la Raison et le Progrès. Or c’est très exactement ce dont nous ne voulons pas. Ce dont nous ne voulons plus.
Vous avez bien lu, le fraternalisme ne se différencie du paternalisme que par son aspect gauchiste… Le fraternalisme en mots d’ordre c’est par exemple des slogans humanistes mais creux tels que « travailleurs français-immigrés, même patron, même combat » ou même leurs variantes plus modernes d’« égalité réelle » et de « lutte contre toutes les formes de discriminations » qui dissimulent, voire nient, la centralité du racisme dans l’exploitation, les inégalités et les discriminations. En bref, le fraternalisme consiste à nier le caractère systémique du racisme en déployant un voile, que dis-je, une burqa, sur les conséquences sociales de l’appartenance à une couleur noire, une origine colonisée et une religion, l’islam. Il se croit indemne du racisme puisqu’il ne « fait pas de différences », qu’il ne prends pas en compte les origines, couleurs et religions ! Il faudra un jour leur expliquer que nous n’avons pas besoin d’un père ou d’un frère car nous avons déjà nos frères et nos parents ! Nous n’avons nul besoin d’un paternalisme, d’un fraternalisme, d’un maternalisme ou d’un sororisme Républicain bon teint… Mais alors que voulons-nous ? Je vous laisse avec la réponse, porteuse d’espoir incha Allah, d’Aimé Césaire :
Nous voulons que nos sociétés s’élèvent à un degré supérieur de développement, mais d’ elles-mêmes, par croissance interne, par nécessité intérieure, par progrès organique, sans que rien d’extérieur vienne gauchir cette croissance, ou l’altérer ou la compromettre.
Dans ces conditions on comprend que nous ne puissions donner à personne délégation pour penser pour nous ; délégation pour chercher pour nous ; que nous ne puissions désormais accepter que qui que ce soit, fût-ce le meilleur de nos amis, se porte fort pour nous. Si le but de toute politique progressiste est de rendre un jour leur liberté aux peuples colonisés, au moins faut-il que l’action quotidienne des partis progressistes n’entre pas en contradiction avec la fin recherchée et ne détruise pas tous les jours les bases mêmes, les bases organisationnelles comme les bases psychologiques de cette future liberté, lesquelles se ramènent à un seul postulat : le droit à l’initiative.
Pour ceux qui n’auraient pas compris, je le dis autrement et dans des mots qui sont les miens. Il faut en finir avec les accusations de communautarisme, de séparatisme et autres vilainies qui sapent les bases de notre liberté future incha Allah… Notre droit à l’initiative, c’est leur devoir de reconnaissance de nos luttes sans conditions. Y compris la condition contenue dans le chantage gauchiste de « la diversité contre l’égalité ». Car nous ne pouvons nous permettre le luxe de rechigner à conquérir l’action positive ! L’action positive est aujourd’hui nécessaire même si elle est loin d’être suffisante. Au lieu de s’y limiter, partons de là pour construire un projet et une stratégie politique qui posent sérieusement le problème du racisme systémique de la République Française anti-communautariste.



