La Terre parle Afro-Arabe le 2 avril

Soirée Culturelle le 2 avril à 18H avec l’intervention de :

  • Nur Masalha : Historien d’origine palestinienne, professeur et chercheur au St Mary’s University College


  • Yasser Qous : Représentant de la Communauté Africaine à Jérusalem
  • Taher Elabadi : Président de l’Union Générale des Etudiants de Palestine – France

Avec une projection de « la Terre parle Arabe », un film de Maryse Gargour.

ENS 45 rue d’Ulm 75005 Paris / Amphithéâtre Rataud
Bâtiment de la Bibliothèque de l’ENS, 1er sous-sol.

Au cours des premiers jours du printemps 1976, alors que les Palestiniens manifestent contre une nouvelle confiscation de leurs terres en Galilée, ils sont réprimés dans le sang par la police ainsi que l’armée israéliennes. Depuis, ce jour symbolise l’attachement des Palestiniens à leur terre, et leur volonté de résister à la spoliation qu’ils continuent de subir.

Plus de 62 ans après notre Nakba (catastrophe) alors que ¾ de la population palestinienne est contrainte à l’exil, la politique d’expansion coloniale d’Israël continue de causer les massacres, la persécution et le drame de tout un peuple. Pourtant toute la sauvagerie et la violence du projet sioniste en Palestine n’auront pas suffi à venir à bout de notre peuple. Ce projet parait plus injuste, plus immoral, plus illégitime aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. Tandis que la jeunesse palestinienne, est plus que jamais animée par ses idéaux de justice et de liberté.

Cette volonté est renforcée aujourd’hui par un vent de liberté qui souffle sur le monde Arabe. La chute de régimes qui associèrent la répression contre leurs peuples à la manipulation et au musèlement de notre cause nous laisse entrevoir un horizon nouveau. Au détriment de leurs peuples, les tyrans dans la région ont bien souvent acheté la stabilité de leurs régimes dans la corruption, en se soumettant aux puissances impérialistes, ou en garantissant un soutien inconditionnel et en assurant la protection du seul régime colonial d’apartheid situé en plein cœur du monde arabe, Israël ! Ainsi ces révolutions arabes contribueront certainement à briser l’isolement délétère et asphyxiant dans lequel se trouvent les Palestiniens nous ouvrant ainsi de nouvelles perspectives dans la lutte pour la libération.

En tant que jeunes, Arabes et Palestiniens, nous saluons le courage et la détermination de ces soulèvements populaires qui ont réaffirmé le droit et la responsabilité pour tout peuple de déterminer son propre devenir. La GUPS – Union Générale des Etudiants de Palestine en France, rend ici hommage aux martyrs, aux prisonniers et à leurs familles, des révolutions arabes et palestinienne, ainsi qu’à tous ceux qui ont contribué et contribuent encore à faire vivre cette cause juste au côté de notre peuple.

Nous le réaffirmons aujourd’hui, les compromis politiques imposés aux Palestiniens par l’occupant israélien et ses alliés ne sauront nous faire oublier nos aspirations au retour et à la libération de notre terre et de notre peuple. Les bantoustans et l’Etat palestinien fantoche promis en Cisjordanie, la prison à ciel ouvert de Gaza, la ségrégation subie par nos compatriotes palestiniens en Israël ou les camps de réfugiés et l’exil forcé, ne correspondent certainement pas au rêve palestinien d’une Palestine libre pour tous ses habitants.

A l’occasion de la journée de la Terre en Palestine, nous célébrerons ensemble cette volonté de résister et cet espoir de libération qui vit en chacun de nous, de Tunis au Caire, de Paris à Jérusalem.

De la minorité à la citoyenneté !

Posant comme nécessaire la dignité de nos cultures afin d’obtenir l’égalité, j’ai, dans un précédent article, pointé l’infantilisation et la ségrégation culturelle que portait notre condition de minorité. Une fois fait ce constat, il importe de penser une stratégie pour en sortir. Dans ce présent article, je tente d’analyser les stratégies politiques entreprises pour nous maintenir dans cette condition comme pour nous en sortir. Je me focalise sur un paradoxe, l’hégémonie de la République comme référence à la fois du camp de ceux qui souhaitent nous maintenir dans cette condition comme du camp de ceux qui luttent pour nous en sortir.

La plupart des mouvements des quartiers, des immigrations de colonisés et de leurs descendants, contre le racisme dont la négrophobie et l’islamophobie, bref les mouvements réels des colonisés de la République invoquent, en effet, la « République » à tout bout de champ. Ils les invoquent à un rythme et une intensité inconnues de tous les autres mouvements sociaux. Cette pratique d’exception de notre part se fonde, non sans ironie, sur l’idée que lorsqu’il s’agit des minorités le fait d’exception supplante la règle universelle.

Mission civilisatrice de la République

La République réelle, un État d’exception

La République que nous vivons n’est pas la même que pour eux. Celle que nous vivons est une République d’exception. A notre contact, elle devient coloniale. La République, pour eux, signifie démocratie. Or pour nous, et ce depuis la colonisation, elle n’a pas cessé d’être le nom de l’Empire. La laïcité qui protège la liberté de leurs cultes oppresse les nôtres. La police nationale les protège mais qui nous protège de la police ? La nationalité française leur confère des droits de citoyens tandis qu’elle nous impose des devoirs de sujets : « La France aime-la ou quitte la ! » L’intégration pour eux c’est le refus de l’exclusion, pour nous c’est l’oppression et l’acculturation. Le « vivre ensemble » et la mixité « sociale » pour eux c’est la fraternité, pour nous c’est une accusation de communautarisme à chaque fois que nous nous retrouvons à plus de 2 non-souchiens. L’éducation nationale qui leur enseigne la grandeur de leurs cultures, nous enseigne la honte des nôtres. L’égalité hommes-femmes et le planning familial pour eux c’est la libération des femmes et le congé de paternité, pour nous c’est le contrôle de notre supposée trop forte natalité et le mépris à l’égard de nos hommes présumés violeurs-voleurs-voileurs. La liste des vécus différenciés et clivants de cette République pourraît être rallongée à n’en plus finir.

Gentil flic républicain sauvant femme musulmane laïque oppressée par homme musulman communautariste

La République entre gentil et méchant flic

La République coloniale, entendant nos révoltes et nos exigences de dignité et d’égalité, qui sonnent à ses oreilles comme autant d’appels à l’émeute et à la rébellion, songe à nous préparer des solutions dans le cadre bien compris de ses intérêts. C’est ainsi que, majoritairement, la contestation de cette norme d’origine coloniale s’appuie sur les aspects dits positifs de cette même République. La légitimation de l’ordre, comme l’appel à sa réforme, fonctionne autour du couple Républicain, de la bonne ou de la mauvaise République. Quand il s’agit de « paix sociale », du Front National aux diverses associations de l’immigration post-coloniale, le discours nous concernant s’articule de façon hégémonique autour du couple du gentil et du méchant flic. Cette métaphore du couple de keufs s’impose à nous, les mineurs, comme seul discours autorisé. Pour les souchistes, la bonne République c’est le méchant flic. Pour les minorités « issus de » la diversité, comme ils disent, ça devrait être le gentil flic. Mais le gentil flic, fait tout autant partie de la Police républicaine coloniale que le méchant flic. Or lorsqu’il s’agit de répressions ou de violences policières, l’intérêt de l’indigène est fondamentalement contradictoire avec celui de la Police. Si nous nous soulevons, ça ne doit pas être pour nous soumettre, à la première occasion, de nouveau à la République sous prétexte qu’elle aura arborée le visage du gentil flic. Ce gentil flic qui, ne l’oublions pas, garde quand-même la matraque à portée de main.

Syndrome de Stockholm

Le syndrome de Stockholm des « enfants » de la République

Quand il s’agit de la question sociale et non simplement sécuritaire, ce couple Républicain se met à nous faire la leçon sur : le « vivre ensemble républicain » et la « mixité sociale » contre le « communautarisme », le « on peut tous y arriver, il faut s’en donner les moyens et refuser la victimisation », le « soyez reconnaissants, regardez ceux qui sont restés au Bled » et le « tout le monde est raciste, les Noirs et les Arabes autant que les Blancs », tous les trois, contre la « victimisation ». En niant la dignité de nos parents, il pense avoir remplacé notre père et notre mère. Il nous affuble du sobriquet d’enfants de la République. Nous sommes les mineurs de la République, n’oubliez-pas ! Le discours sur le couple républicain se comprend différemment selon que l’on s’identifie souchien ou indigène. Du point de vue souchien, la sévérité du père c’est la justice et l’indulgence de la mère de la faiblesse. Sévérité paternelle devenant méchanceté, et indulgence maternelle, compassion pour l’indigène aliéné. D’abord apparaît le père. Son paternalisme est une injonction à l’assimilation ou à la disparition, en somme la négation de notre humanité ou la mort de notre personnalité. Deviens identique à nous ou disparais de ma vue. D’un côté c’est la mort en tant qu’individu, et de l’autre la mort en tant que collectif. La France, notre foyer parental, aime la ou quitte la ! Certains atteints du syndrome de Stockholm, prennent leurs kidnappeurs, cette famille Thénardier, comme parents adoptifs. Ils se mettent, alors, à révérer le père colonisateur, certaines fantasment sur le mâle souchien, d’autres le servent fidèlement, tous y sont soumis. À cela, nous répondons par la fugue, le rejet viscéral et entier de leur injonction et par l’affirmation de notre fierté identitaire. Pour éviter une nouvelle fugue, la mère Thénardier, c’est-à-dire l’autorité maternaliste républicaine, se prenant au jeu de la mission civilisatrice, reconditionne sa propre culture périmée dans un emballage folklorique estampillé Islam des lumières ou «Métis, plus beaux enfants du monde». Nombreux sont ceux qui, pris dans un fantasme incestueux, s’y laissent prendre. Ils convoitent la mère Thénardier et rêvent de prendre la place de son mari dans son lit. À cette dernière ruse, nous répondons par l’amour de nos mères et nos sœurs, c’est-à-dire de nos religions et de nos couleurs. Nous sommes les enfants de nos parents, de nos pères et de nos mères, et non pas de la République. C’est à eux seuls que nous devons qui nous sommes, et ce sont eux nos modèles d’adultes.

Remplacez communistes par républicains...

Une seule République, la nôtre !

La réponse naïve à ce constat serait d’appliquer, à la réalité, l’idéal républicain en lieu et place de cet état d’exception. Or, nous l’avons vu, c’est également au nom de la République que nous sommes maintenus dans cette triste et tragique condition de minorité. Pour répondre à ce paradoxe est souvent avancée une République autre, plus authentique, plus proche de l’esprit originel de la loi, et qui aurait été pervertie par un quelconque lobby, communauté, ou groupe d’intérêts complotant dans l’ombre contre l’intérêt général. De là, émerge l’idée qu’il existerait ainsi deux Républiques : celle que nous subissons et une autre meilleure, sans être parfaite, que eux vivent. Or au cours de cet article, j’ai tenté de montrer que cette dernière n’était que le pôle humaniste du couple République : le gentil flic et la mère Thénardier. Ces deux Républiques ne forment donc qu’une seul couple policier et Thénardier. Ainsi si nous subissons la République, y compris son pôle humaniste, au lieu de bénéficier de la protection et de l’amour qu’elle accorde, c’est tout simplement qu’elle les accorde à d’autres que nous. Ne pas le reconnaître s’apparente à un déni de réalité qui, loin de provenir de l’ignorance, de la compromission ou de la perméabilité à l’idéologie intégrationniste est en réalité le fruit d’une incapacité à prendre en compte le rapport de force réel. Refuser de partir d’un nous (noirs, arabes, musulmans, de quartier etc.) et un eux (blanc, De Souche, catho-laïque, de centre ville ou des pavillons) en prétextant un nous universel idéal, c’est refuser de voir que ce dernier, un nous rêvé, n’est majoritaire que parmi le premier nous, le nous particulier ! Or à trop croire à cette République idéale, nous oublions un peu vite que dans la réalité, le nous Républicain abstrait universel et neutre est le même que le nous particulier blanc, de souche, catho-laïque et vraiment pas de quartiers… Ce sont eux qui, aujourd’hui, définissent ce qui est républicain de ce qui ne l’est pas. Reconduire un projet politique dont nous ne sommes pas les héros, mais les sous-fifres, c’est reconduire notre position de minorité au sein même d’une lutte qui prétend nous en émanciper.

Au regard de ce que je viens d’exposer, il est crucial que les mouvement réels des colonisés de la République soient dirigés par et pour eux-mêmes. Cela vaut aussi bien pour les partisans d’une République inclusive que pour ceux de l’option décoloniale. Cela signifie s’autoriser à défendre nos propres valeurs et notre propre idéal comme étant l’intérêt général. D’une façon qui pourra sembler à certains paradoxale, une meilleure République plus universelle ne pourra émerger que de nos luttes assumant leur particularité.

La stratégie antiraciste au risque d’une comparaison cocasse.

Amphithéâtre de la Sorbonne
Amphithéâtre de la Sorbonne

Permettez-moi de vous proposer une illustration estudiantine de la lutte antiraciste dans une perspective décoloniale. Imaginez un amphithéâtre composé de rangées de bancs. Les places sont distribuées une fois pour toutes en début d’année en fonction de l’intérêt manifesté pour le cours, pourtant très ennuyeux et bourré d’erreurs. De surcroît en bas, on entend mieux le cours qu’en haut. Les bons élèves sont donc plutôt en bas et les mauvais en haut. Il y a cependant des mauvais élèves qui se trouvent en bas et des bons en haut. Pourtant, le professeur ne souhaitant donner la parole qu’aux bons élèves, ne la donne qu’à ceux du bas, et note ensuite favorablement ceux qui ont participé en classe, c’est-à-dire ceux d’en bas. Rapidement « haut » devient un synonyme de mauvais élève et « bas » de bon élève. Toutes les places du bas étant prises, les bons élèves du haut réfléchissent alors à comment améliorer leur position. Ceux du bas s’en émeuvent et les critiquent durement en les encourageant plutôt à rendre le professeur plus indulgent afin que tous aient de meilleures notes. Mais ceux du haut ne sont pas dupes, si tout le monde a ses notes augmentées en proportion du travail accompli les mauvais élèves du bas en bénéficieront davantage que tous les élèves du haut, bons ou mauvais.

À part une poignée de traîtres cherchant à gagner les faveurs des élèves du bas, les bons élèves du haut cherchent d’autres stratégies. Dans un premier temps, une partie d’entre eux va voir le professeur à la fin de l’heure pour se faire bien voir et lui faire comprendre que malgré leur position en haut, ils font en réalité partie des bons élèves. Ils luttent contre les préjugés. Mais le professeur n’est pas très disposé à discuter avec les élèves en fin d’heure. De plus ceux du haut ont appris à hurler pour se faire entendre et ça déplaît fortement au professeur. Ils ont mauvaise réputation. Une autre partie des bons élèves du haut mécontents entreprend alors de demander au professeur de constituer des demi-groupes en fonction de la position dans l’amphithéâtre. Ils espèrent avoir des cours sans les élèves du bas et ainsi prendre leur place dans l’amphithéâtre. Cependant le professeur, pas dupe, continue de penser que le groupe A est globalement composé des bons élèves car ce sont ceux du bas alors que le groupe B est composé d’élèves médiocres car ce sont des élèves du haut malgré des exceptions notables qui n’en sont que plus méritants. Les premiers mettent l’accent sur le fait qu’ils sont de bons élèves, les seconds sont revendicatifs sur le fait qu’ils sont des élèves du haut. La première stratégie améliorera les résultats d’une partie seulement des bons élèves du haut alors que la seconde améliorera nettement les résultats des bons élèves du haut tout en nuisant à ceux des mauvais élèves du bas. Mais les notes des mauvais élèves du haut resteront sensiblement les mêmes dans les deux stratégies. Et pour cause, personne n’a remis en cause, ni le cours du professeur, ni son jugement, ni la disposition de l’amphithéâtre. Pour cela, il faut obtenir l’assentiment de la majorité des élèves du bas et plus probablement le soutien des mauvais élèves du bas… Or la nécessaire revendication identitaire « haut » les rebute et celle de « mauvais » élèves rebutent ceux du « haut », y compris les « mauvais » du « haut ». Tenter de séduire les « mauvais » du « bas » en leur disant qu’ils sont « haut-isés », que les « bons » du bas sont des fayots du prof et en dénonçant le professeur comme responsable de leurs « mauvais » résultats me semble être la stratégie à employer en leur direction.

Maintenant, revenons au racisme… L’amphithéâtre est la société dans laquelle nous vivons et le professeur son système. La stratégie de séduire ceux d’en bas a un nom : l’assimilationnisme. Celle de faire du lobbying auprès du professeur, c’est la déracialisation ou intégrationnisme. Et celle enfin de vouloir des classes séparées, c’est le nationalisme ou communautarisme. La stratégie assimilationniste est la pire de toutes. Celles du nationalisme et de l’intégrationnisme sont quant à elles assez similaires car elles cherchent à faire cesser l’amalgame entre la couleur, l’origine ou religion et le statut colonial sans faire cesser ce dernier. Pour faire cesser ce système, il nous faut utiliser les stratégies à notre disposition en fonction de la situation tout en essayant de rallier à notre cause les dominés parmi le groupe racial dominant. Pour les rallier, il faut pointer du doigt le fait que malgré leur « bonne » couleur, religion ou origine ils sont inférieurs socialement, que leur confrères et consœurs de couleur, origine et religion ont les faveurs du système et de l’État et que c’est ce dernier contre lequel il faut lutter.

Ce que j’ai cependant passé sous silence dans mon explication, c’est qu’il y a des élèves qui sont comme ceux du haut mais qui ne sont pas entrés dans l’amphi. Ils sont à l’extérieur, et quelques fois sont en lutte contre l’université elle-même. Leur action militante contribue à attiser le ressentiment du professeur et des élèves du bas à l’égard des élèves du haut encourageant ces derniers à opter plutôt pour une stratégie de copinage avec ceux du bas ou de recherche des faveurs des professeurs. La stratégie à mener pour une justice dans l’amphithéâtre devient d’autant plus complexe car il faut prendre en compte la force militante des étudiants de l’extérieur. Il ne sera possible de compter sur la mobilisation des élèves du haut à la fois en soutien à ceux de l’extérieur et pour la justice dans l’amphithéâtre qu’en fonction du rapport de force dans la lutte de ceux de l’extérieur qui prendra alors une importance de premier plan. Le soutien à leur apporter devra être sans faille tout en tâchant de renforcer l’unité des élèves du haut et d’empêcher l’esprit de corps de ceux du bas de se renforcer à la fois contre ceux du haut et ceux de l’extérieur coalisés.

Vous l’avez compris, je parlais là des politiques impérialistes et en particulier de l’impérialisme contre l’Islam et de l’islamophobie qu’il génère en Occident. Et je n’ai pas de réponse à donner à cet insoluble problème…. Et vous ?

L’affaire Guerlain, symptôme du néo-colonialisme négrophobe

« Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin… »

Le succès de Guerlain : Explication.

La célèbre parfumerie française Guerlain s’est pourtant faite une renommée avec les senteurs dites « exotiques » à partir du XIXème siècle. Siècle des « grandes conquêtes » coloniales, elle permit à Guerlain, comme à d’autres, d’exploiter les richesses et la main d’œuvre de toutes ces nouvelles colonies, particulièrement en Afrique. Mais de cela, dans leur communication, pas un mot. Ce paradoxe s’explique par la volonté de nier l’apport du continent Noir et de ses peuples, après l’avoir surexploité dans des conditions indignes. Négation permettant de mettre ce succès au crédit du seul Guerlain, homme blanc européen. Jusqu’en 2002, J-P Guerlain faisait travailler des Comoriens sans-papiers sur l’ile de Mayotte ((faisant partie des Comores mais annexée par la France au mépris du droit international)). Après un contrôle de l’inspection du travail, il licencie et délocalise sa production sans la moindre once de respect de la dignité des travailleurs, de leur famille et du peuple de l’île.

L’arrogance de la blanche Europe.

8 ans plus tard, le Grand Blanc Guerlain sort sa tirade négrophobe sur un journal télévisé quotidien de la première chaîne publique française. Expliquant à Elise Lucet la conception du parfum Shalimar, il se compare au travailleur ultime : le Nègre. A ce moment là votre esprit s’égare. Vous êtes alors à 2 doigts de découvrir que derrière le fétiche Guerlain se dissimule le secret de fabrication de ses parfums : une subtile alchimie entre l’exploitation colonialiste et le racisme négrophobe. Le négationnisme du travail des Noirs a pour objectif de dissimuler qu’en réalité, hier comme aujourd’hui, il est indispensable à la grandeur de cette arrogante Europe Blanche.

Les bienfaits de la colonisation.

La sortie raciste de J-P Guerlain est la démonstration éclatante que le colonialisme et le racisme négrophobe ne se limitent plus aux colonies mais ont été intégralement importés en métropole, complétant ainsi l’entreprise de soumission des Quartiers, des Noirs, des Arabes et des Musulmans en France, véritables colonisés de l’intérieur. C’est ce genre de petites phrases répétées de façon continue vers de larges audiences qui légitime le racisme et les discriminations systémiques dont nous sommes l’objet. Ils ont importé le colonialisme, exportons la décolonisation en métropole !

Prenons le parti de nous-mêmes !

PAGNY Florent convoqué en conseil de discipline !

Cher Florent,

je n’ai jamais apprécié ta musique, je t’avoue ça tout de suite histoire qu’on soit au clair, et que tu ne t’imagines pas qu’il s’agisse d’une lettre de fan déçu. Sur Chérie FM, le 8 novembre sur la Matinale, tu as tenu ces propos :
« Il y a un moment ton môme il rentre à la maison et tout à coup il se met à parler rebeu. (rires) C’est pas possible tu vas pas pouvoir nous parler ça-comme parce que verlan, encore, tout va bien mais là il y a pas de raisons. (…) Tu vas passer à autre chose et tu vas essayer plutôt de rattraper le groupe de tête plutôt que de … (l’animateur, Fédéric Ferrer, lui souffle : traîner dans le groupe de queue) traîner parce que d’un seul coup, il y a aussi cette histoire de peur et d’ambiance un peu bizarre où finalement les mômes ils raccrochent des codes pour être sûr de pas être emmerdé quoi…»

Pour que tu ne dises pas que l’on a sorti sa citation de son contexte, je vais le donner. Au début, tu expliquais qu’il fallait que ton fils vive à Miami pour s’affirmer comme son père, et être lui-même. Etre lui-même et s’affirmer comme son père c’est quoi au fait ? Tu en as donné une définition originale : faire du sport et ne plus parler « rebeu ». Le fils de Florent Pagny parlant rebeu, quelle idée saugrenue ! Bah oui, un bon petit Français, blanc et de souche forcément, doit assumer sa supériorité ethno-raciale sacrebleu ! Non non non, il ne s’agit pas de mépris de classe, puisque tu irais jusqu’à tolérer le parler verlan ! Il faut se rendre à l’évidence : il y a la culture du groupe de tête nécessairement blanche et desouche, et la culture des derniers de la classe, des cancres, des nuls, bref la culture rebeu. Il ne va quand même pas s’enrichir de la culture de ses petits camarades d’origine maghrébine ! Où irait la France si nous nous influençions les uns, les autres, sans complexe de supériorité et ce dès l’enfance ? Comment tolérer un tel modèle de société où le racisme s’estomperait ? Tu as bien raison quand tu parles de passer à autre chose. Car enfin, comment ton fils pourrait faire carrière s’il ne commençait pas sa vie avec une idée simple : ce qui est blanc est supérieur, ce qui est rebeu est inférieur !

Mais le plus insupportable de tout ça, c’est d’imaginer le calvaire qu’a du vivre ton fils pour être tombé si bas qu’il s’est senti forcé de parler rebeu. C’est la seule explication plausible d’ailleurs car comment imaginer qu’il se soit lié d’amitié avec ses camarades d’origine maghrébine ou de quartiers populaires ? Quartiers d’où la langue française s’appauvrit à cause des apports maghrébins, gitans ou subsahariens. Heureusement que le préjugé raciste de la bande de rebeux violente et tyrannique est facilement mobilisable, sinon tu te serais retrouvé à court d’explications !

Mais toi-même es-tu sûr de faire partie du groupe de tête ? En 2003, tu as chanté « Ma Liberté de Penser » où tu confondais la liberté d’expression et l’obligation de payer ses impôts (mais aussi à mon avis, celle de ne pas proférer de propos racistes). En cours d’éducation civique, tu aurais eu un 0. Quand en 2007, tu as sorti un album de reprise de Jacques Brel, sache qu’à l’école quand on copie sur le premier de la classe, ça s’appelle un plagiat, et on prends un 0. La même année, tu n’as pas vraiment chanté en bon français, puisque tu as sorti un album intitulé « C’est comme ça », qui était chanté en espagnol. En cours de français, tu aurais aussi pris un 0 pour hors-sujet !

Et pour ton fils, j’ai un scoop pour toi, son professeur d’arts plastiques se trouve avoir un nom rebeu ! Comment va-t-il faire pour rejoindre le groupe de tête si même le prof porte un nom rebeu ? ((Nadim Zeghoudi, professeur Français (!) de l’équipe, Nadim Zeghoudi, professeur d’arts plastiques))

Mais ce qui m’a le plus scié c’est quand même l’intervention de Frédéric Ferrer pour te donner du grain à moudre dans ton délire raciste. Un vrai duo délinquant ! Je pense qu’il va falloir sérieusement songer à vous exclure quelque temps de la classe publique et médiatique avant que votre comportement ne fasse tâche d’huile !

Une mise à pieds immédiate de Frédéric Ferrer me semble être le minimum, avant son passage en conseil de discipline et d’envisager son exclusion. Quant à toi, j’ose espérer que les adultes des médias et de la culture te feront porter le chapeau d’âne à chacune de tes apparitions. A défaut de quoi, ce serait un signal envoyé à tous tes petits camarades que ta pitrerie raciste est quelque chose de parfaitement convenable.

un rebeu,
Bader Lejmi pour les Indivisibles
Article repris sur Rue89

Le nous musulman frappe à la porte de la démocratie


Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Le drapeau de la Vérité par Arabian Panther @ DeviantArt

Pour un groupe « relativement sans pouvoir », la première insurrection est celle de l’identité. Il en effet consubstantiel à la position dominée que de subir, avec une intensité certes variable, la stigmatisation, voire le déni d’existence. Les individus et les groupes concernés deviennent alors objets plus que sujets de discours : comme le dit Erving Goffman, « l’individu stigmatisé se trouve au centre d’une arène où s’affrontent les arguments et les discours, tous consacrés à ce qu’il devrait penser de lui-même ». L’enjeu, dont on peut considérer qu’il constitue un préalable (non pas chronologique, mais logique) à toute dynamique de mobilisation, est bien alors de s’arracher à cette objectivation, et de constituer un « nous » alternatif, se réappropriant une identité collective jusqu’ici imposée. Les travaux sur les mobilisations fourmillent d’exemples de ces processus, qu’on pourra qualifier, à la suite de Rancière, de subjectivations : ce processus qui « crée [des sujets] en transformant des identités définies dans l’ordre naturel de la répartition des fonctions et des places en instances d’expériences d’un litige ». La subjectivation est donc une opération conflictuelle par essence, comprise dans un processus de mobilisation. Elle passe d’abord par une série d’opérations discursives, en particulier par un travail sur la dénomination du groupe, et par l’insertion de cette dénomination dans une narration universalisante de l’injustice. Ce travail de dénomination est aussi une forme d’inversion du stigmate imposé. (…) Mais l’opération de subjectivation n’est pas que discursive : les formes concrètes d’action adoptées par les groupes mobilisés (le « répertoire d’action » mis en évidence par les travaux de Charles Tilly) sont tout autant porteuses de ce message identitaire. Ces opérations de subjectivation, dans leur diversité, sont donc prises dans le même mouvement : celui d’un « arrachement » aux stigmates et aux représentations imposées, pour constituer une autre narration collective, celle de la colère. Se dessine ainsi, ce qu’on peut appeler, en reprenant un concept devenu récemment très populaire au sein de la sociologie des mobilisations, une économie morale spécifique des groupes mobilisés.

Nous nous affirmons musulmans et satisfaits de l’être : l’Islam pour nous est un cadre structuré et structurant, il ne nous accompagne pas uniquement à la mosquée, mais aussi au foyer, au travail, au marché, à l’école. Le Coran éclaire notre vie. Nous aimons notre Prophète صلى الله عليه و سلم [1] : il est notre modèle : c’est sur ses pas que nous nous efforçons de marcher. Par conséquent, nous ne demandons pas le droit de croire, nous sommes croyants et nous déclarons légitime l’affirmation de notre foi dans la sphère publique. Nous participons, en tant que ce que nous sommes, à la construction de la société dans laquelle nous vivons. Cette société est aussi la nôtre. (…) Nous sommes convaincus du potentiel émancipateur de l’Islam, en dépit de ce que prêche une certaine vulgate laïciste. Nous n’avons pas honte de notre foi islamique. Nous ne cherchons ni à nous justifier de cette foi, ni à offrir le visage “modéré” du Musulman civilisé.

Cercle de Réflexion : Islam, libération et anticolonialisme, Pour un Islam de justice et de libération

L’aliénation, une philosophie mise en musique…

Comme l’âme platonicienne qui saurait reconnaître la vérité qu’elle ne peut pas connaître, quoiqu’ignorant ce que nous sommes nous savons que nous ne le sommes pas. En ce sens, nous ne sommes pas ce que nous sommes. Ce que nous sommes, c’est chose uniquement que nous ayons à être. Notre essence — ce par quoi nous serions ce que nous sommes — est au devant de nous hors de nous. Notre existence est fourvoyée loin de notre essence. Dans notre vie présente nous sommes donc expatriés de notre vraie vie, qui est encore à venir. Au sens où Hegel dit alors que nous n’avons pas notre chez nous dans notre vie, nous sommes exilés, nous sommes des étrangers : nous sommes aliénés. (Car telle est l’étymologie latine alienus, étranger.) Étrangeté au monde, étrangeté aux autres, étrangeté à soi tel est le sens fondamental de l’aliénation, et telle est l’origine de la philosophie. Car la philosophie naît précisément d’une insoumission à cette forme indigente de vivre. C’est au nom d’une vie régénérée que la vie est toujours mise en question par la philosophie, comme si vivre n’avait immémorialement été qu’une forme aliénée de vivre. Si la vie fut toujours inculpée et parfois diffamée par la philosophie, comme Nietzsche en fait le reproche à Platon, ce fut donc toujours par amour de la vie, et pour honorer la vie. Toute philosophie naît donc du sentiment d’une plénitude perdue ou d’une plénitude promise, que la vie se passe inutilement à regretter ou s’épuise vainement à poursuivre. Toute philosophie naît donc en exil, c’est à dire dans l’aliénation. C’est pourquoi la question métaphysique fondamentale est toujours celle de l’origine. Car là où il y aurait un chez nous, c’est là que nous voulons retourner. D’où sommes nous éloignés, nous qui nous sentons loin de la vie ? D’où avons-nous été bannis ? D’où vient que nous n’ayons pas oublié ce dont pourtant nous n’avons plus la mémoire, ou que nous ayons l’idée de ce dont nous n’eûmes jamais l’expérience ? Quel fut le chemin de cet exode ? Comment le retrouver? Comment nous mettre en marche? Par quelle conversion refaire ce qu’avait défait quelle procession ? Toute philosophie a donc pour but de nous faire réintégrer notre propre vie, de réunir notre existence à notre essence. A la médiation qui nous aliène elle s’oppose donc comme la médiation qui nous libère.

Nicolas Grimaldi, Aliénation et liberté, Masson, 1972.

Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.
Karl Marx, XIème thèse sur Feuerbach, 1845

Perspective islamique sur le jeûne

De nos jours, le monde subit le raz-de-marée de la rage matérialiste qui touche la plupart des gens si bien qu’ils ne cessent de demander sans donner, de désirer sans patienter, d’amasser les biens sans savoir les partager, au point de briser en eux l’esprit de lutte contre les penchants et les passions propres. C’est alors qu’arrive l’école du Ramadan pour dispenser une formation qui s’étend sur trente jours de l’année. Le jeûneur sincère y acquiert des leçons pratiques qui renforcent en lui la lutte et la résistance contre ses propres passions.

(c) Miles Aldridge

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Par ailleurs, nul n’est à l’abri des aléas de la vie. Il se peut qu’aujourd’hui se déroule dans l’aisance et que demain soit chargé de difficultés. Si l’homme s’habitue au luxe et à l’aisance puis se retrouve un jour face à l’adversité, il baissera les bras et pliera l’échine car il n’a point connu des moments rudes, ni goûté à l’austérité et à la vie modeste. C’est pour cela que `Umar Al-Fârûq disait : « Entrainez-vous à la rusticité de la vie, car l’aisance ne dure pas. » Le jeûne constitue un entraînement volontaire à cette rusticité avant que ce ne soit une pratique forcée.

(c) Miles Aldridge

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Si le jeûne procure une purification des sens et de l’être, une épuration de l’âme et un renforcement du cœur, il s’agit également d’une méthode de formation saine. En effet, lorsque le jeûne est accompli de façon correcte, il cultive en l’être humain la force de la volonté ; il est ainsi capable de se priver, de plein gré et dans l’espoir de la rétribution, de diverses passions. De même, il forge son endurance qui lui permet de supporter, de lutter et de surmonter les obstacles de son chemin. Il insuffle en lui l’esprit de l’organisation : il jeûne et rompt son jeûne selon des horaires précis. Par ailleurs, le jeûne renforce le sentiment d’appartenir à une communauté lorsque l’on se rappelle que des millions de croyants jeûnent avec nous et rompent leur jeûne au moment où nous le faisons. Il n’y a là rien de surprenant car ils partagent tous le même credo et pratiquent tous la même œuvre de culte. « Les croyants ne sont que des frères. » ((Sourate 49, Al-Hujurât, Les appartements, verset 10.))

Traduit de l’arabe de Yas’alûnaka fî Ad-Dîni wal-Hayâh, de Sheikh Ahmad Ash-Sharabâsî, volume 1, pp. 125-127.

Mahomet, prophète de Dieu ou Muhammad, messager d’Allah ?

Pourquoi retrouvons-nous si souvent le nom Mahomet au lieu de Muhammad ou de Mohammed pour désigner le messager ((Paix et bénédictions d’Allah sur lui)) d’Allah d’après l’Islam ? Même chose pour le terme Dieu remplaçant Allah dans les traductions du Coran alors même que dans le Coran, Allah est le nom de dieu, et que c’est le mot ilah qui s’apparente davantage à dieu. Ce que faisaient les romains avec les dieux des peuples vaincus, et en l’espèce les romains, peut nous permette de mieux comprendre…

Les grands de tous les temps : Mahomet en titre alors que c’est Allah qui est écrit sur la calligraphie…

On s’est souvent étonné que César ne donne pas les noms gaulois de ces divinités essentielles ; certains ont vu dans ce silence la preuve d’un manque d’information : il nous paraît impossible qu’après 6 années de présence et de lutte serrée dans le pays, César n’ait entendu le nom d’aucune divinité gauloise. S’il n’avait pas réussi à connaître ces noms parce que les Gaulois en gardaient le secret, il aurait signalé cette particularité. Si donc il n’a pas transmis cette sorte de renseignements, c’est qu’il ne l’a pas voulu. On trouverait sans difficultés des raisons à ce silence : désir d’affirmer l’universalité des dieux romains ; de valoriser la religiosité des Gaulois en la rapprochant de celle des Romains ; d’atténuer les différences qui séparaient les vaincus (surtout les Éduens, les Rèmes et autres alliés de Rome) et les vainqueurs : chaque fois qu’il le peut, César présente ses adversaires non comme d’horribles barbares, mais comme des êtres évolués, doués de belles facultés d’assimilation, et qu’il est d’autant plus méritoire de mettre à raison (les barbares, ce sont les Germains, qui servent de «repoussoir» aux Celtes). Les Gaulois «se font», dit-il, «de leur dieux à peu près la même idée que les autres peuples» : «Une affirmation de ce genre, dit Jullian, convenait bien aux maîtres du jour, soit aux politiques de Rome, qui inculquaient ainsi aux Gaulois la souveraineté universelle des dieux du Midi, soit aux philosophes grecs, qui rappellent ainsi l’unicité de principe de toutes les religions.» C’est pourquoi César appelle par leurs noms romains ces dieux universels, non par leur noms indigènes.

Duval Paul Marie, Observations sur les dieux de la Gaule. In: Revue de l’histoire des religions, tome 145 n°1, 1954. pp. 5-17.