A propos de l’ijtihad pour un Islam progressiste et populaire
Commentaire d’Omar Mazri à Ijtihad : pour un « Islam progressiste et populaire » que j’ai cru bon de partager avec vous.
J’ai lu et relu votre bilan sur votre action et j’ai analysé vos démarches et propositions. Il y a beaucoup de bien comme il y a beaucoup de pistes à explorer, à tenter et à débattre sur le terrain des acteurs au quotidien. Bravo. Je ne vais pas m’étaler sur l’action positive qui vous honore mais je vais » vous dénigrer amicalement » selon la règle du bon conseil en Islam et selon la peur que j’ai en moi devant toutes les tentatives de saucissoner l’islam, de l’occidentaliser, de le Jahiliser sans l’avoir pratiqué dans sa logique interne qui est une alternative au matérialisme, au paganisme athée ou aux religions païennes (Chirk)
Permettez moi donc de réagir sans malices à ce qui a heurté ma sensibilité de musulman : cette caricature sémantique » Islam progressiste et populaire » et tous les préjugés idéologiques qui la sous tendent comme l »islam français » est soutenu par d’autres préjugés. En aucun ce que je vais dire n’est dirigé méchamment contre vous ou est la négation de vos efforts. C’est un travail de clarification qui va dans le sens de l’Ijtihad que vous, moi et tout musulman ou non musulman concerné par la désastreuse gestion du monde réclament pour sa dignité et la survie de ses enfants et de ses frètes en humanité.
Il faut nous mettre dans la tête et dans le cœur qu’il y un seul Dieu, un seul Coran, un seul et ultime Prophète Mohamed et que c’est une hérésie sur le plan religieux de vouloir présenter plusieurs islams ou de croire en plusieurs islams. Des raisons idéologiques, politiques en Occident veulent que la division soit la règle qui unit les musulmans et que les seuls qualificatifs pour parler de l’islam sont ceux produits par la culture occidentale dans sa version chrétienne ou matérialiste (libérale ou marxiste). L’islam n’est ni libérale ni marxiste, ni populaire ni élitiste, ni progressiste ni réactionnaire, ni essentialiste, ni existentialiste, il est la religion d’Adam, de Moise, de Jésus, de Mohamed, la religion que Dieu a choisi pour le bien être moral, social, spirituel et politique des hommes qu’Il a crée. Ces créatures n’ont pas compétence de donner des attributs ou des qualificatifs à la religion de Dieu autres que Lui même a donné à Sa religion :
Allah atteste, et aussi les Anges et les doués de science, qu’il n’y a point de divinité à part Lui, le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part Lui, le Puissant, le Sage ! Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. Et quiconque ne croit pas aux signes d’Allah, alors Allah est prompt à demander compte ! S’ils te contredisent, dis leur : ‹Je me suis entièrement soumis à Allah, moi et ceux qui m’ont suivi›. Et dis à ceux à qui le Livre a été donné, ainsi qu’aux illettrés : ‹Avez-vous embrassé l’Islam ?› S’ils embrassent l’Islam, ils seront bien guidés. Mais, s’ils tournent le dos… Ton devoir n’est que la transmission (du message). Allah, sur [Ses] serviteurs est Clairvoyant.
Al Imrane, 13
S’il vous plaît tout est à débattre, tout est sujet d’ijtihad sauf ce qui a été défini par Dieu sans possibilité de réforme, de relecture ou d’interprétation. Il n’y a pas et il n’y aura pas d’islam avec un qualificatif que celui donné par Dieu dans le Coran. Il n’y a pas d’islam arabe et d’islam iranien, d’islam du temps du Prophète et d’islam post Prophète, ni d’islam boudhiste, ni d’islam conservateur, ni d’islam sioniste. Il y a l’islam d’Allah al Ahad al Qahar malikou al Moulk1:
Désirent-ils une autre religion que celle d’Allah, alors que se soumet à Lui, bon gré, mal gré, tout ce qui existe dans les cieux et sur terre, et que c’est vers Lui qu’ils seront ramenés ? Dis : ‹Nous croyons en Allah, à ce qu’on a fait descendre sur nous, à ce qu’on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux ; et c’est à Lui que nous sommes Soumis›. Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agrée, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.
Al Imrane, 83
C’est un seul et même islam qui gouverne l’univers, le monde des hommes, des Djinns, des plantes, des animaux, des minéraux. Les hommes peuvent être libres de s’y soumettre totalement ou de le transgresser. S’ils s’y soumettent ils deviennent des mouslims qui peuvent selon leur culture, leur background intellectuel, leurs penchants politiques et leurs intentions être comme Abraham ou Mohamed .
Même pecheur, innovateur, réformateur, moujtahid, transgresseur celui dont le coeur contient une graine de moutarde de foi et un vernis microscopique d’islamité ne peut tolérer que l’islam soit fracionné, partitionné, qualifié selon la mode et les préoccupations même nobles et légitimes des uns ou les stratagèmes les plus complexes des autres. Il n’ y a plus d’Ijtihad quand le socle de la foi le Thawhid ou le monothéisme pur et parfait est mis en doute sur le fond ou la forme :
Aujourd’hui, les mécréants désespèrent de vous détourner de votre religion : ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous.
Al Maida, 3
Les musulmans peuvent diverger sur la manière de résoudre un problème économique, politique, diplomatique car ils constituent en principe un feuillage avec des branches et des fruits multiples sur le plan de la forme , de la couleur et du goût. Dieu et l’Islam sont Un nous les croyants comme toute la création nous sommes multiples, divers et ondoyants :
N’as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l’eau ? Puis nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur. Ceux qui récitent le Livre d’Allah, accomplissent la Salat, et dépensent, en secret et en public de ce que Nous leur avons attribué, espèrent ainsi faire une commerce qui ne périra jamais afin [qu’Allah] les récompensent pleinement et leur ajoute Sa grâce. Il est Pardonneur et Reconnaissant.
Fater, 27
Allah al Fater, le Créateur ex nihilo autorise la divergence et favorise donc l’Ijtihad y compris dans la manière de parvenir jusqu’à sa connaissance et son amour. C’est la loi de l’harmonie qui gouverne l’univers. Dans cette loi il y a trois sous lois qui œuvrent pour l’équilibre et le mouvement créatif : la dialectique, le retour à l’ordre initial, la conjonction des similitudes. Cette même loi de l’Harmonie présidée par la sagesse divine veut que les hommes ne sont pas égaux en efforts, en intelligence et en qualité de foi et il appartient aux plus doués, aux plus vigilants, aux plus responsables d’exercer leurs devoirs vis de Dieu et des hommes pour construire cette harmonie ou y revenir quand elle est troublée :
Et ce que Nous t’avons révélé du Livre est la Vérité confirmant ce qui l’a précédé. Certes Allah est Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant sur Ses serviteurs. Ensuite, Nous fîmes héritiers du Livre ceux qui de Nos serviteurs que Nous avons choisis. Il en est parmi eux qui font du tort à eux-mêmes, d’autres qui se tiennent sur une voie moyenne, et d’autres avec la permission d’Allah devancent [tous les autres] par les bonnes actions ; telle est la grâce infinie.
Fater, 31
La divergence et son corollaire l’Ijtihad est donc recommandée, c’est un devoir, une manifestation de la vitalité, de la vie, une harmonie avec l’œuvre du Créateur qui crée en permanence sans fatigue, sans lassitude et toujours avec sagesse :
Chaque jour (de la création) est dans un état nouveau (Cha’n jadid)
Nous sommes une créature de Dieu, la loi du mouvement nous concerne. Nous devons donc nous mouvoir, exprimer nos divergence et faire l’effort (ijtihad) de réformer, d’innover, d’inventer, de symboliser d’être pleinement humain mais nous ne pouvons diverger sur la vérité, pas la notre mais celle de Dieu L’islam que Dieu a appelé comme le Coran al Haq, la religion de la droiture, din al qayim. Croyants nous ressemblons à ces feuilles, ces branches et ces fruits : ils sont portés par un seul et même arbre celui de la foi, la foi pure et authentique le Thawhid qui a pour nom ISLAM. Nous ne pouvons par la liberté de notre imagination décider d’appeler cet arbre du nom qui nous convient et nous donne vie. Résoudre les défis sur le calcul de la lune, sur la redéfinition du Riba dans ce monde de globalisation et de financiarisation, chercher des facilitations dans un monde plus complexe et plus rapide sont des impératifs logiques qui méritent reconnaissance et récompense. Mais vouloir introduire des particularismes temporels ou spatiaux dans l’ISLAM consciemment ou inconsciemment c’est mettre en doute le principe du Thawhid : l’immuabilité, la vérité, la justice et la perfection du verbe et de l’acte divin.
Et qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allah, alors qu’il est appelé à l’Islam ?
As Saf, 7
Quelque soit notre intelligence, notre richesse lexicale, notre érudition philosophique nous ne pouvons sur le plan de l’unicité et de la permanence de l’islam dire plus, moins ou mieux que Abraham :
Vous qui croyez ! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Afin de réussir ! Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus ; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés ‹Musulmans› avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit témoin pour vous , et que vous soyez vous-mêmes témoins pour les gens. Accomplissez donc la Salat, acquittez la Zakat et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Et quel Excellent Maître ! Et quel Excellent soutien !
Al Hadj, 72
Que les musulmans soient engagés politiquement et socialement à côté de tout ceux qui luttent pour le progrès et les couches populaires c’est un impératif moral, politique et religieux car l’islam a pour vocation la promotion de la justice en général et la réalisation de la justice sociale.
Il ne s’agit donc pas de construire un nouvel islam « progressiste et populaire » mais de redonner vie à l’islam authentique dans le cœur et l’esprit des hommes mais aussi dans les différentes sphères de la société. Il s’agit de mobiliser les populations musulmanes par un enseignement authentique de leur religion et en les impliquant dans la vie de la cité pour qu’ils débattent et surtout qu’ils exercent leur devoir de Vicariat. Entrainer les populations sur des « Islams » c’est faire le jeu des confréries « réactionnaires » et des pouvoirs qui veulent des musulmans analphabètes et inconscients sur le plan de la religion et du monde c’est à dire vivre l’islamité tout simplement en musulmans conscients de ses devoirs vis à vis de Dieu et de son prochain sans dérive angélique et sans confiscation de sa liberté de dire et de faire ce qui est juste et bien. Cet islamité a pour vocation la défense de la dignité de l’humain, la promotion des devoirs de l’homme, la lutte contre le Riba dans sa forme ancienne ou dans sa forme capitaliste, la défense de la femme, la lutte pour la cause de Dieu qui souvent se ramène à la lutte pour défendre les opprimés sans distinction de religion et défendre leurs convictions mêmes si elles ne sont pas islamiques :
Et qu’avez vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, et pour la cause des faibles : hommes, femmes et enfants qui disent : ‹Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes, et assigne-nous de Ta part un allié, et assigne-nous de Ta part un secoureur›.
An Nissa, 75
Ceux qui ont fait du tort à eux mêmes, les Anges enlèveront leurs âmes en disant : ‹Où en étiez-vous ?› (à propos de votre religion et de votre dignité) – ‹Nous étions impuissants sur terre›, dirent-ils. Alors les Anges diront : ‹La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ?› Voilà bien ceux dont le refuge et l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! A l’exception des impuissants : hommes, femmes et enfants, incapables de se débrouiller, et qui ne trouvent aucune voie
An Nissa, 93
Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue
Al Baqara, 225
Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant, ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable.
Al Hadj, 43
La vocation de l’islam n’est de prôner ni la révolution ni le conservatisme ni réactionnaire mais la justice. Sur ce principe de justice nous pouvons nous mobiliser avec tous les hommes de bonne volonté pour que la justice et la paix règne dans nos cœurs, dans nos cités et dans le monde qui nous environne dans le cadre éthique et esthétique qui ne remet pas en cause notre foi monothéiste, notre pudeur, notre dignité, nos devoirs :
O les croyants ! Remplissez fidèlement vos engagements.[...] Et ne laissez pas la haine pour un peuple qui vous a obstrué la route vers la Mosquée sacrée vous inciter à transgresser. Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes oeuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Et craignez Allah, car Allah est, certes, dur en punition !
Al Maida, 1
Tout le problème est un problème de libération des musulmans vivant en France ou vivant dans d’autres contrées. La libération des musulmans est un aspect d’un problème plus en amont : la libération ou l’humanisation des hommes. Le Prophète a laissé un hadith d’une portée capitale en matière d’ingénierie sociale sous l’angle islamique :
Les meilleurs d’entre vous dans l’islam sont les meilleurs d’entre vous avant l’islam s’ils font l’effort de connaître leur religion.
Ce hadith donne à l’Ijtihad un sens plus large et plus universel que celui préconisé par les parisans du sabordage de l’islam de l’intérieur en y introduisant des bidaâ (innovations hérétiques des égarés).
Ma conviction personnelle, ma pratique sur le terrain et mon regard sur la guerre de libération nationale (Algérie) me permettent d’affirmer que nous pouvons tisser des liens de travail et de militance sur des thèmes précis avec les authentiques chrétiens et avec les authentiques marxistes léninistes et trotskistes sans collaboration de classes ni partage de place mais pour l’émancipation de la démocratie et de la justice sociale.
Salam à tous et Ramadhan agréé inchaallah.
Omar Mazri
- l’Unique, le Dominant, le Souverain Absolu [↩]
Le travailleur libre vaincra ! (Non, pas toi…)
«le prolétariat anglais s’embourgeoise de plus en plus et que cette nation, la plus bourgeoise de toutes, veut donc apparemment, en venir à posséder une aristocratie bourgeoise et un prolétariat bourgeois à côté de la bourgeoisie. Il va sans dire que pour une nation qui exploite le monde entier c’est assez normal. Seules quelques années très mauvaises pourraient y remédier, mais il ne faut pas trop compter dessus»
Lettre à K. Marx, F. Engels, 7 octobre 1858, Manchester
« Précisément dans le parasitisme et la putréfaction qui caractérisent le stade historique suprême du capitalisme, c’est-à-dire l’impérialisme. Comme il est montré dans ce livre, le capitalisme a assuré une situation privilégiée à une poignée (moins d’un dixième de la population du globe ou, en comptant de la façon la plus « large » et la plus exagérée, moins d’un cinquième) d’Etats particulièrement riches et puissants, qui pillent le monde entier par une simple « tonte des coupons ». L’exportation des capitaux procure un revenu annuel de 8 à 10 milliards de francs, d’après les prix et les statistiques bourgeoises d’avant-guerre. Aujourd’hui beaucoup plus, évidemment.
On conçoit que ce gigantesque surprofit (car il est obtenu en sus du profit que les capitalistes extorquent aux ouvriers de « leur » pays) permette de corrompre les chefs ouvriers et la couche supérieure de l’aristocratie ouvrière. Et les capitalistes des pays « avancés » la corrompent effectivement : ils la corrompent par mille moyens, directs et indirects, ouverts et camouflés.
Cette couche d’ouvriers embourgeoisés ou de l’ »aristocratie ouvrière », entièrement petits-bourgeois par leur mode de vie, par leurs salaires, par toute leur conception du monde, est le principal soutien de la IIe Internationale, et, de nos jours, le principal soutien social (pas militaire) de la bourgeoisie.»
Si le Ramadan est un pilier de l’Islam, la ramadanophobie est un pilier de l’islamophobie
À Amin et Kamal,
Le Ramadan est LA pratique religieuse la plus populaire parmi les musulmans en plus d’être un des cinq piliers de l’Islam. C’est donc LA pratique par excellence qui permet de distinguer et d’identifier avec le plus de certitude le ou la musulmane attaché à sa religion sans beaucoup d’efforts. Lorsqu’on s’attaque au Ramadan en prétextant qu’il rend improductif, c’est en réalité, à l’Islam qu’on s’attaque. L’Islam moins le Ramadan n’est rien de moins qu’un fantasme taillé sur mesure par les islamophobes. Si le Ramadan est un pilier de l’Islam, alors la ramadanophobie est un pilier de l’islamophobie ! Nous connaissons tous les dénigrements du Ramadan. Mais il en est un qui est à la fois plus subtil et pernicieux que les autres. Celui prétendant que le Ramadan rend improductif. Et s’il est aussi pernicieux, c’est parce qu’il a été repris par des musulmans contre d’autres musulmans et qu’il est l’excuse qui semble la plus solide pour ne pas jeûner.
Le Ramadan revu et innové par Habib Bourguiba

En 1960, Habib Bourguiba, premier dictateur de la jeune République Tunisienne, avait bu un verre de jus d’orange à la télévision durant le jeûne du mois de Ramadan. Il avait commandé une fatwa rendant licite de ne pas jeûner pendant le mois de Ramadan. Fatwa que l’imam de la République, Cheikh Tahar Ben Achour, a refusé de cautionner. Bourguiba est allé beaucoup plus loin, il a poussé l’absurdité jusqu’à décréter qu’il s’agissait là d’un Jihad du développement visant à contrer le retard économique. Ce sous-développement viendrait de l’archaïsme de l’islam qu’il faudrait moderniser ! Le mois de jeûne du Ramadan est un coupable tout trouvé. Il nous rendrait faibles, improductifs pendant la journée et nous appauvrirait…
Pour contredire ce raisonnement absurde, nous ne chercherons pas à prouver le contraire, c’està- dire que le Ramadan augmente la productivité. Voilà quelques exemples qui vont tout de même dans ce sens : le fait que l’on préfère travailler pendant le jeûne plutôt que de ne rien faire, que l’on ne prenne ni pause déjeûner, ni pause café, ni pause clope et que l’on ne soit pas assoupi par la lourdeur du déjeûner. Cependant, prouver le contraire est une démarche de justification qui laisse intact le présupposé islamophobe selon lequel le Ramadan doit être productif pour être légitime. Nous tâcherons au contraire de nous en prendre à la racine de l’islamophobie. D’abord il nous faut comprendre la peur spécifique que produit le Ramadan : la ramadanophobie. Ensuite en quoi la ramadanophobie est une merveilleuse illustration de l’islamophobie. Enfin pourquoi la meilleure manière de lutter contre l’islamophobie durant ce mois de Ramadan est encore de vivre intensément ce mois de jeûne, de prières et de savoir.
La ramadanophobie, un des 5 piliers de l’islamophobie

Le terme « ramadanophobie » est un barbarisme. Non, un barbarisme n’est pas un mot inventé par un barbare, bien qu’en l’occurrence il s’agisse d’un Musulman… Dans le dico, barbarisme c’est un néologisme involontaire et s’il est involontaire, c’est parce que j’aurais préféré ne pas l’inventer ! Ce barbarisme ne désigne pas la haine ou la peur envers Tariq Ramadan – encore qu’elle me semble au moins aussi importante en France que la peur du Ramadan. Ce barbarisme désigne la très civilisée phobie du mois de jeûne de Ramadan.
Le Ramadan empêcherait de travailler correctement. La faim, la soif nous en empêcherait. L’idée sous-jacente est que l’humain a des besoins naturels primordiaux, selon bien connue la pyramide de Maslow, qu’il doit impérativement assouvir pour réaliser une activité. Or nous jeûneurs, l’avons tous expérimenté, le Ramadan nous prouve justement que les sensations de faim, de soif sont tout à fait subjectives. Si boire de l’eau est bien un besoin, il y a boire et boire… Ce mois béni nous apprend que la soif ou la faim est en grande partie psychologique et ne correspond que peu à un réel besoin naturel. Sans compter que les festins que nous nommons impudiquement shour et ftour, les journées où nous jeûnons à l’ombre d’un climatiseur ne méritent probablement pas le nom béni de jeûne du Ramadan. Surtout si on les compare avec les conditions dans lesquelles on jeûnait pendant le mois de Ramadan du temps du prophète Mohammed ibn Abdallah, salallahi wa alyhi wa salaam (Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) et de ses compagnons, radi Allah anhou (qu’Allah les agrée). Ainsi, le jeûne nous permet de nous rendre compte que ces désirs de faim, de soif etc. sont un conditionnement social, culturel et moral. La société moderne de consommation s’acharne à transformer en besoin tout désir pouvant être comblé par une offre commerciale. Le désir de se rapprocher de Dieu qui n’a encore que peu de débouchés commerciaux en France est ainsi mal vu. Derrière la peur du Ramadan, se tapit une soumission totale à ce conditionnement.
L’autre grande peur des ramadanophobes est que s’il est possible de travailler et de jeûner, alors c’est que les pauses déjeûner, café et bien d’autres ne sont pas nécessaires et pourraient nous être retirées ! Les collègues de travail, les camarades de cours, qui s’inquiètent de votre santé durant le Ramadan me font penser à ceux qui s’inquiètent pour vous lorsque vous allez travailler alors que vous êtes enrhumé. Ce qu’ils se disent sans oser vous l’avouer c’est que si vous allez travailler bien que malade, eux aussi devraient le faire, il devient alors impératif de vous encourager à prendre un congé maladie pour le moindre petit rhume et ça dans l’espoir de conserver leur droit effectif à prendre un congé maladie sans se faire mal voir de sa hiérarchie ! L’implicite de cette réflexion c’est que nous n’aurions des droits que parce qu’ils nous rendraient plus productifs. Cette ramadanophobie se base sur une certaine forme de lâcheté, au lieu de se battre pour ses droits, on préfère rogner ceux de ses voisins pour préserver les siens !
La productivité contre le Ramadan, une preuve de l’islamophobie

Contrairement à nous qui vivons dans des pays d’opulence, la plus grande partie de l’humanité fournissant la majorité du travail dans le monde éprouve tous les jours la faim et la soif. Pourtant on considère cette majorité comme moins productive que la minorité de citoyens des pays occidentaux, alors que non seulement elle travaille plus en durée, mais elle produit aussi plus ! Alors… comment est-ce possible ? En ces temps de crise, un peu d’analyse économique et politique ne nous fera pas de mal…
La productivité ce n’est pas la quantité de travail produite. Ce n’est même pas la quantité de travail produite pendant un laps de temps donné. La productivité du travail c’est la somme de la valeur ajoutée du travail produit sur le temps passé à le produire. La distinction est très importante entre quantité et valeur. 1 kg de pommes ne valent pas 1 kg de fraises. Votre productivité dépend donc de la valeur de ce que vous produisez.

La productivité est si importante dans nos sociétés qu’elle permet de justifier à peu près tout et n’importe quoi. Forte, elle justifie d’une augmentation de salaire à une promotion. Faible, elle justifie d’un licenciement jusqu’à l’abandon pur et simple du Ramadan, pilier de l’Islam ! Cette importance tient au fait que notre valeur pour le Système se résume le plus souvent à la valeur de ce que nous lui apportons. Mais il est des gens pour qui ce qu’ils sont détermine la valeur de ce qu’ils font. Il leur suffit d’être « quelqu’un » pour que faire « quelque chose » ait de la valeur. Ils choisissent de faire ce qui est le plus valorisé, et valorisent ce qu’ils choisissent de faire par leur seule présence1. Nous valons ce que nous faisons tandis qu’eux valorisent ce qu’ils font ! N’est-ce pas la preuve que c’est avant tout le statut social qui détermine la valeur de ce que l’on fait et donc notre productivité ? Si vous n’êtes pas convaincu, disons le autrement : le fait que nous soyons réduits à dépendre de notre productivité est la preuve de notre oppression.
« Quand on aperçoit dans son immédiateté le contexte colonial, il est patent que ce qui morcelle le monde c’est d’abord le fait d’appartenir ou non à telle espèce, à telle race. Aux colonie s, l’infrastructure économique est également une superstructure. La cause est conséquence : on est riche parce que blanc, on est blanc parce que riche. C’est pourquoi les analyses marxistes doivent être toujours légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial » – Frantz Fanon, Les Damnés de la Terre, 1961
C’est pourquoi lorsqu’ils disent qu’un musulman pratiquant le Ramadan est moins productif, ils n’ont pas tout à fait tort. Si nous sommes moins productifs, ce n’est pas de la faute du Ramadan mais du statut de l’Islam : sa valeur pour le Système. Or les pays, peuples et communautés d’Islam sont colonisés, postcolonisés ou néocolonisés. C’est ce statut de Colonisé qui fait que la valeur de ce que les musulmans produisent est considérée inférieure et non pas le fait de suivre sa religion en pratiquant le Ramadan.
Qu’est-ce que tu me racontes là ? L’Islam n’est pas colonisé, il n’y a pas de colons en Islam ! Si l’Islam n’est pas une colonie de peuplement, les musulmans sont dominés par l’Occident. Nous le sommes économiquement, mais aussi religieusement, culturellement et politiquement. Pire que dominés, nous sommes aliénés, c’est-à-dire que nous considérons que ce qui vient d’Occident a nécessairement plus de valeur. Et même quand nous rejetons l’aliénation, que nous nous affirmons, nous restons tout de même dépendants. Par exemple le prix de ce que nous leur achetons et de ce que nous leur vendons est fixé par les marchés occidentaux. Un lieu aussi emblématique que Mekka en est une belle illustration. Les avions que nous utilisons pour aller au Hajj, la technologie et l’infrastructure derrière le Hajj ce n’est pas nous qui les produisons, nous l’importons de chez les non-musulmans. Nous sommes dépendants de l’Occident au coeur même de cet autre pilier de l’Islam qu’est le Hajj. Et puis, nous ne sommes pas souverains, c’est-à-dire que nous ne sommes pas maître de notre destin2, nous devons obéir aux directives venues d’Occident, autrement connu sous le nom de « communauté internationale » ou de « valeurs universelles ». Et nous devons sans cesse nous justifier de tout ce que nous pensons ou faisons en tant que Musulmans ou au nom de l’Islam. Sinon on nous réprime au nom de la laïcité ou du sécularisme pour toutes les fois où nous osons exister dans la sphère publique, politique, en tant que Musulmans et Musulmanes. Ce sont ces domination, aliénation, dépendance, contrôle et répression qui font que l’on peut dire que les nations, peuples, communautés et civilisations d’Islam sont colonisées.
C’est d’ailleurs islamophobe que de juger le Ramadan en fonction de la productivité. Conditionner la liberté de culte à quoi que ce soit, ici le travail, est typique de l’islamophobie. Les pratiques des autres religions occidentales, les religions judéochrétiennes3, ne subissent pas ce contrôle et cette répression. Noël, une fête où l’on offre des cadeaux souvent inutiles à des enfants qui n’en feront rien de productif n’est-elle pas complètement improductive ? Enfin, de qui la productivité sert-elle les intérêts si ce n’est des patrons ? Et ces patrons, s’ils sont musulmans décomplexés, ne mettraient-ils pas le respect du Ramadan avant la productivité ? Et, puisque la productivité est utilisée contre le Ramadan cela prouve donc que soit que les Musulmans ne sont pas leurs propres patrons – et donc pas souverains – ou soit que les patrons Musulmans sont aliénés… La subordination du Ramadan à la productivité est donc un bel exemple de notre statut de colonisé en tant que Musulmans, y compris en France hexagonale.
Vivre le Ramadan, vaincre l’islamophobie

La productivité est, on l’a vu, une notion tout sauf neutre. Conditionner le Ramadan à la productivité fait du Musulman un serviteur du Système. Or n’est-ce pas absurde puisque Musulman signifie précisément soumis à Allah sans association aucune ! Or nous voilà soumis à un autre que Lui, ce qui est fort ennuyeux… Dans ce genre de situation d’oppression, la sunnah du prophète (saws) nous indique que « celui qui d’entre vous aperçoit une chose répréhensible qu’il la redresse de la main; s’il ne peut pas, de sa langue; s’il ne peut pas, de son coeur; cette dernière attitude constituant le degré le plus faible de la foi »4. Pour défendre le Ramadan, nous avons donc trois outils : le coeur, la langue et la main. Si vous avez commencé la lecture cet article c’est que la foi et la lumière contenues dans votre coeur suffisent à emporter votre conviction subhanAllah. Après avoir lu les deux premières parties et d’après l’expérience qui est celui du jeûneur dans l’un des leaders mondiaux de l’islamophobie : la France5, du côté de la langue vous devez être costaud. Il ne reste donc plus que la main, c’est-à-dire l’action. Pour ça, je vous propose tout simplement d’être productif.
Quoi comment ça ? Tu nous a bassinés depuis le début de cet article pour dire combien la productivité c’était islamophobe, tu te contredis tout le temps ! Doucement, il y a productivité et productivité. Ce que je vous propose c’est d’être un Musulman productif, c’est à dire d’être productif dans votre soumission exclusive à Allah. Et comme on l’a vu être productif c’est une question de valeur au regard du Système. Quand on se soumet à Allah, le système, le dîn, c’est l’Islam. Pour accroître votre productivité durant le Ramadan, ce mois de jeûne, de prière,de générosité, de pardon et du Coran il suffit donc de suivre les préceptes de l’Islam selon nos savants.
Profitons en pour méditer sur les raisons d’être de l’islamophobie sans réduire notre identité de Musulman à cette lutte contre l’islamophobie. La plus grande des luttes étant celle contre l’ego (Jihad An-nafs). Avec un coeur raffermi par la foi, une langue bien pendue et deux mains promptes à se prosterner, je pense que nous finirons un Ramadan des plus productifs inchaAllah.
Publié initialement sur Al Har
- Comme quand les bobos envahissent nos quartiers et que les prix de l’immobilier flambent. Des boutiques « super sympas » aux prix exorbitants s’installent. Nous sommes alors forcés de plier bagages alors qu’eux, au contraire, sont attirés par la hausse du prix de l’immobilier et le nombre croissant de boutiques « super sympas ». Le quartier prenant de la valeur, il attire des gens de valeur qui à leur tour feront croître sa valeur ! Ce qui est valable pour le prix au m² dans l’immobilier est aussi vrai pour la productivité du travail. [↩]
- « L’humain a par devant lui et derrière lui des Anges qui se relaient et qui veillent sur lui par ordre d’Allah. En vérité, Allah ne modifie point l’état d’un peuple, tant que les ceux qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes. Et lorsqu’Allah veut infliger un mal à un peuple, nul ne peut le repousser: ils n’ont en dehors de Lui aucun protecteur. » Essai de traduction du verset 11 de la sourate 3 du Coran [↩]
- Christianisme Romain et Réformé ainsi que le Judaïsme Sioniste [↩]
- Rapporté par Abû Sa’id al Kudri, radhi Allah anhou [↩]
- Je mets Israël, l’Etat sioniste, en deuxième position sur cette liste. Faut dire, le hijab est autorisé à l’école. Mis à part ça, c’est tout de même un régime sacrément détestable. [↩]


