Tupac Shakur, l’artiste Africain-Américain le plus marquant de notre époque

tupac

J’aurais pu citer Imamu Amiri Baraka (Le Roi Jones) ou Gil Scott-Heron que j’étudie le plus en ce moment, mais à c’est Tupac Shakur que j’ai très vite pensé. Déjà du fait de son nom, Tupac comme le leader Inca-hispanique qui va formenter une insurrection contre le joug colonial. Shakur comme sa tante Assata Shakur, membre du Black Panthers Party, qui s’est échappé de prison pour trouver l’asile politique à Cuba en 1979.

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Apprends à me voir comme un frère

First ship ’em dope and let ’em deal to brothers
Give ’em guns, step back, watch ’em kill each other
« It’s time to fight back, » that’s what Huey said
Two shots in the dark, now Huey’s dead
I got love for my brother
But we can never go nowhere unless we share with each other
We gotta start making changes
Learn to see me as a brother instead of two distant strangers

Tupac, Changes

Que signifie le panislamisme ?

Tan Malakka

« Que signifie d’abord exactement le panislamisme ? Le panislamisme avait autrefois une signification historique, à savoir que l’Islam doit conquérir le monde entier, l’épée à la main… Actuellement le panislamisme a en fait une tout autre signification. C’est la lutte de libération nationale, parce que l’Islam est tout pour le musulman. Il n’est pas seulement la religion, il est l’Etat, l’économie, la nourriture et tout le reste. Ainsi le panislamisme, c’est actuellement la fraternité de tous les peuples musulmans, la lutte de libération, non seulement du peuple arabe, mais des peuples hindous, javanais, et de tous les peuples musulmans opprimés. Cette fraternité signifie actuellement une lutte de libération, non seulement contre le capitalisme hollandais, mais aussi contre le capitalisme anglais, français, italien, contre le capitalisme du monde entier.»

Tan Malakka, dirigeant du Parti Communiste Indonésien, Intervention au IVe congrès de l’Internationale Communiste, novembre 1922

Winter in America and all the healers have been killed

And now it’s winter
Winter in America
Yes and all of the healers have been killed
Or sent away, yeah
But the people know, the people know
It’s winter
Winter in America
And ain’t nobody fighting
‘Cause nobody knows what to save
Save your soul, Lord knows
From Winter in America

The Constitution
A noble piece of paper
With free society
Struggled but it died in vain
And now Democracy is ragtime on the corner (Unemployed)
Hoping for some rain
Looks like it’s hoping
Hoping for some rain

— Gil Scott Heron

L’aliénation, une philosophie mise en musique…

Comme l’âme platonicienne qui saurait reconnaître la vérité qu’elle ne peut pas connaître, quoiqu’ignorant ce que nous sommes nous savons que nous ne le sommes pas. En ce sens, nous ne sommes pas ce que nous sommes. Ce que nous sommes, c’est chose uniquement que nous ayons à être. Notre essence — ce par quoi nous serions ce que nous sommes — est au devant de nous hors de nous. Notre existence est fourvoyée loin de notre essence. Dans notre vie présente nous sommes donc expatriés de notre vraie vie, qui est encore à venir. Au sens où Hegel dit alors que nous n’avons pas notre chez nous dans notre vie, nous sommes exilés, nous sommes des étrangers : nous sommes aliénés. (Car telle est l’étymologie latine alienus, étranger.) Étrangeté au monde, étrangeté aux autres, étrangeté à soi tel est le sens fondamental de l’aliénation, et telle est l’origine de la philosophie. Car la philosophie naît précisément d’une insoumission à cette forme indigente de vivre. C’est au nom d’une vie régénérée que la vie est toujours mise en question par la philosophie, comme si vivre n’avait immémorialement été qu’une forme aliénée de vivre. Si la vie fut toujours inculpée et parfois diffamée par la philosophie, comme Nietzsche en fait le reproche à Platon, ce fut donc toujours par amour de la vie, et pour honorer la vie. Toute philosophie naît donc du sentiment d’une plénitude perdue ou d’une plénitude promise, que la vie se passe inutilement à regretter ou s’épuise vainement à poursuivre. Toute philosophie naît donc en exil, c’est à dire dans l’aliénation. C’est pourquoi la question métaphysique fondamentale est toujours celle de l’origine. Car là où il y aurait un chez nous, c’est là que nous voulons retourner. D’où sommes nous éloignés, nous qui nous sentons loin de la vie ? D’où avons-nous été bannis ? D’où vient que nous n’ayons pas oublié ce dont pourtant nous n’avons plus la mémoire, ou que nous ayons l’idée de ce dont nous n’eûmes jamais l’expérience ? Quel fut le chemin de cet exode ? Comment le retrouver? Comment nous mettre en marche? Par quelle conversion refaire ce qu’avait défait quelle procession ? Toute philosophie a donc pour but de nous faire réintégrer notre propre vie, de réunir notre existence à notre essence. A la médiation qui nous aliène elle s’oppose donc comme la médiation qui nous libère.

Nicolas Grimaldi, Aliénation et liberté, Masson, 1972.

Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.
Karl Marx, XIème thèse sur Feuerbach, 1845

El-Hajj Malik el-Shabazz et la famille traditionnelle

L'Homme Blanc Moderne (Jason Langer - Elevator (1998))

Malcolm X, sa femme et ses 2 filles

El-Hajj Malik al-Shabazz (Malcolm X), sa femme Betty et ses 2 filles

La récupération par Malcolm X de la famille hierarchique et genrée normativement arrive précisément à un moment où le mythe de la famille nucléaire Blanche est contesté par la contre-culture des années 60 et particulièrement par la contre-culture Blanche. Il voit la récupération de cette unité familiale conventionnelle comme essentielle pour la survie et l’avancement des Noirs dans les ghettos des Etats-Unis. La récupération de la famille comme modèle pour les projets du nationalisme Noir a été vivement critiqué par les féministes Africaines-Américaines et les théoricien-ne-s queer. La légitimité de cette critique mise à part, la récupération par les muslims Noirs1 de la famille nucléaire a eu l’effet radical d’inverser la logique du mimétisme colonial. La construction de cette unité familiale au sein de la Nation of Islam, et la propagation par Malcolm X de cette unité familiale dans toute la communauté Noire par ses prêches, coincide avec une anxiété croissante chez les Blancs Américains à propos de l’érosion de cette famille perçue comme élément fondateur de la nation Blanche. En effet, le succès de Nation of Islam dans la propagation de cette idée de la famille produit cette anxiété. Soudain, les familles de muslims Noirs apparaissent comme participant de cette ordre familial genré et structuré avec un plus grand succès que toutes les autres familles, Noires ou Blanches. Les muslims Noirs vivaient le mythe de la famille Américaine nucléaire, « plus encore ».  Cette unité rationalisée et disciplinée de la reproduction économique et idéologique n’est dorénavant plus essentiellement Blanche.

traduit de Maria Josefina Saldana-Portillo, Consuming Malcolm X: Prophecy and Performative Masculinity, Duke University Press, A Forum on Fiction, Vol. 30, No. 3 (Spring, 1997), pp. 289-308,

  1. Black Muslims a été traduit en muslims Noirs suivant les commentaires suivant de Malcolm X lui-même : Here in America the word « Muslim » is westernized or anglicized and pronounced « Moslem. » Muslim and Moslem are actually the same word. The true believers in Allah call themselves Muslims, but the nonbelieving infidels refer to Muslims as Moslems or Muhammadans. L’appellation musulmans semblant être la traduction la plus proche du terme moslems, il ne m’est pas apparu judicieux de la conserver. []