La République est un Etat mais les républicains en ont fait une religion

Cher Mabrouck Rachedi,

J’ai lu avec intérêt ta tribune où tu clames haut et fort être un fondamentaliste républicain.1 Tu seras peut-être étonné, mais je l’écrivais moi-même il y a quelques années dans des termes bigrement proche des tiens. Dans certains jours radieux comme aujourd’hui, je me revois le clamer comme si c’était hier.

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  1.  Mabrouck Rachedi est écrivain, auteur de l’ouvrage. Le petit Malik(éditions Lattès, 2008). Sa tribune « Je suis fondamentaliste et j’assume » est parue le 30 août sur Libération. Pour le lire, cliquez ici. []

Conditions du mouvement révolutionnaire congolais de Guy Debord (commenté)

En ces temps de célébration de Guy Debord, le dirigeant et théoricien principal de l’International Situationniste, voici mes commentaires qui accompagnent une lettre qu’il a adressé au mouvement de libération nationale congolais en 1966. Mes commentaires s’ancrent dans une perspective anticoloniale révolutionnaire. Commenter ce texte en particulier, celui d’une figure à la fois éminente et iconoclaste de la gauche occidentale, c’est traiter du rapport entre le mouvement de libération du colonialisme et la « meilleure » des gauches, celle qui dit nous soutenir mais en posant ses conditions. Déjà dans la forme, en posant des conditions, ce texte rentre dans la catégorie « fraternaliste » si bien décrite par Aimé Césaire dans son texte de rupture adressé à Maurice Thorez, dirigeant du Parti Communiste Français.

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Gérard Depardieu, ou le 1er rôle dans « La Victime Imaginaire »

Ce dimanche 16 décembre, Gérard Depardieu s’est fendu d’une lettre ouverte à Jean-Marc Ayrault, 1er ministre de la République Française lui reprochant de l’avoir traiter de minable pour s’être évadé fiscalement en Belgique. Mieux que ça, il dit rendre son passeport et sa sécurité sociale. Et de là, la polémique est née ! Si le comédien Depardieu nous avait habitué à d’épiques épopées, le citoyen se vautre lui dans une affligeante polémique. Ce que j’y trouve de plus affligeant, c’est la soudaine compassion publique à son égard. Une compassion qui n’en est que plus insupportable en regard du traitement de la moindre parole interprétée comme « anti-française » d’un citoyen Français non-blanc.

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Lettre à mon frère Hamza de la Maison des Potes de St Etienne

Hamza Ould Mohamed, président de la Maison des Potes de Saint-Etienne

Salam Hamza,

j’ai lu l’article de la journaliste Sylvia ZAPPI sur ce que tu as subi à l’université d’automne des Maisons des potes, association du réseau de SOS Racisme. Cette fédération se sert allègrement des quartiers comme un faire-valoir. Elle aime à cantonner les quartiers dans le cliché du jeune beur à casquette qui ne désire qu’une chose, se faire aimer de la France. Cette maison des potes, n’est pas la notre assurément… Mais toi, à St Etienne, tu as su en faire quelque chose de neuf. Tu as su, en toute autonomie avec tes potes, mobiliser 400 jeunes des quartiers de St Etienne. Tu as su faire en sorte que les quartiers se l’approprient pour en faire leur maison. Celle de leur dignité retrouvée et inchaAllah de leur libération.

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Bien plus menaçant pour l’Islam que les B52

Les mots sont le seul canal inaltérable dont nous disposons. C’est la raison pour laquelle ils sont un véhicule de choix pour des concepts extrêmement important comme les 10 Commandements, le Coran, et la Déclaration des Droits. (…) Pour les cultures traditionnelles, en particulier celles basées sur les mots comme l’Islam, il y a bien plus menaçant que les bombardiers B-52. (…) La base du multiculturalisme (or « honorer la diversité » ou peu importe la façon dont vous souhaitez l’appeler [Ndt, « vivre ensemble » en France]) est que les gens doivent arrêter de se juger les uns les autres, d’avoirs des certitudes (et si possible arrêter de croire) que ceci est bon, que cela est mauvais, qu’une chose est moche, et une autre belle, que Dieu existe que ceci ou cela a un ensemble de qualité. (…) La leçon que la plupart des gens ont retenu du XXème siècle est que, pour qu’un grand nombre de cultures différentes coexistent en paix sur la planète (et même dans son voisinage), il est nécessaire que les gens cessent les jugements. (…) Le problème est qu’une fois que vous vous avez écartés la capacité de faire des jugements sur ce qui est bien et mal, vrai et faux, etc., il n’existe plus de vraie culture.

Neal Stephenson, In the Beginning was the Command Line

Frantz Omar Fanon et le racisme colonial


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La racisme est une production de l’ère coloniale or nous avons tous appris sur les bancs de l’école Républicaine que le colonialisme a pris fin avec les indépendances nationales. De la même manière son corollaire la race nous apparaît comme absurde depuis que nous avons appris qu’il n’y a qu’une race : la race humaine. Et pourtant le racisme perdure. Pourquoi ? Et surtout, pourquoi mobiliser Frantz Fanon ici et maintenant pour y répondre ?

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