Islam et indépendance par Al Mawdudi

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La situation vécue au cours de la période de l’indépendance se résume comme suit: dans chaque pays ou État, des hommes dépourvus de conscience islamique et d’une compréhension juste de la religion, ont pris le pouvoir politique et économique. Non seulement ils méprisent et dédaignent les coutumes héritées des musulmans, mais ils pensent qu’en suivant la voie islamique et en s’accrochant a ses valeurs et à ses principes, ils seraient atteints de déshonneur et d’humiliation, ils seraient au bas de l’échelle de l’humanité, sans valeur, privés du progrès et de la renaissance auxquels ils aspirent. Pour rattraper cette civilisation, ils se sentent obligés d’adopter les pensées et les principes de l’Occident, suivis à la lettre et imités dans leurs moindres détails.

Loin d’être spontanés ou naïfs, ces points de vue ont été minutieusement planifiés. Ces gens y ont élevés et éduqués: choisis pour occuper la première place dans les domaines les plus vitaux, ils sont effectivement ceux qui orientent et dirigent les différents secteurs de la vie de chaque pays.

N’est-il pas surprenant, sinon absurde, que l’lslam devienne la première victime des dirigeants de l’indépendance, qui le nient et le rejettent comme un fruit pourri, alors que la guerre de libération a été menée en son nom, et que les peuples musulmans ont accompli, dans ce même but les actes les plus courageux et les plus dignes jusqu’à obtenir satisfaction? L’lslam, par lequel le faible a vaincu le fort Par la Grâce et la Puissance d’Allah. N’est-ce pas le comble de l’absurde?

Reprenons l’Algérie en exemple. Je vous disais, plus haut, que les Algériens n’ont obtenu la bénéfique indépendance qu’après lui avoir sacrifié des milliers de vies humaines, et lui avoir porté en offrandes sublimes la candeur de ses enfants, la fraicheur de sa jeunesse, la maturité de ses vieillards et la douceur de ses femmes, comme en témoignent les vallées, les montagnes, les villes et les ports de ce prestigieux pays. Ce fut la dot du fiancé à sa belle promise. Mais lorsque les drapeaux de l’indépendance furent hissés, la première nouvelle que les Musulmans apprirent fut que l’Algérie sera une république « socialiste ». La même comédie fut jouée en Turquie, au Pakistan, en Tunisie et en Égypte. Indiquez-moi un seul pays ayant échappé à cette sinistre farce.

Le deuxième exemple que je vous citerai est celui de la Tunisie. Lorsque les cris de libération de la patrie au nom de l’Islam se sont élevés, les musulmans ont accouru vers le Jihad dans la voie d’Allah, faisant don de leur vie et de leur fortune. Mais lorsque la Tunisie acquit son indépendance, grâce à ses martyrs, son dirigeant accusa le jeûne du mois de Ramadan d’être responsable de la chute de la production, prenant exemple sur la terreur exercée par les communistes à l’encontre des Musulmans de l’URSS. M. Bourguiba reprit à son compte cette logique, bradant ce qui lui semblait bon, ordonnant aux travailleurs de rompre le jeûne par crainte d’une baisse de la production. Les personnes âgées ne peuvent, évidemment, supporter le jeûne et ils en sont dispensés par la Shari’a. Quant aux jeunes, la loi de Bourguiba leur interdit d’appliquer la Loi divine tant qu’ils travaillent dans les usines de ce dirigeant. C’est là une grave atteinte au troisième pilier de l’Islam.

Ce genre d’individus représente une classe qui tient entre ses mains les rênes du pouvoir, y compris les prérogatives du veto et du commandement. La classe religieuse, quant à elle, ayant réellement assimilé les lois religieuses concernant les interdictions et les ordres divins, sait ce qu’est la civilisation islamique. Elle n’a néanmoins pas acquis la culture contemporaine lui permettant d’être digne de la confiance des musulmans lorsque ces derniers décideraient d’arracher les rênes du commandement à la première catégorie afin de les lui remettre. Serait-elle capable de mener à bien les affaires de l’État et de jouer le rôle dirigeant d’une façon parfaite? Cette dernière catégorie est, en effet, la plus apte à répondre à l’affectivité des musulmans, elle est la plus soudée à leurs sentiments religieux. De plus, les musulmans sont confiants qu’en lui remettant le pouvoir, leur religion restera intacte et leurs coutumes ne seront pas rejetées, tout comme ils croient que les systèmes impies et immoraux ne pourront pas les dominer. Mais il est vrai, par ailleurs, qu’ils ne croient pas à la capacité de cette classe à gouverner correctement l’État contemporain, ni à celle de guider un peuple au milieu des violentes tempêtes suscitées par la civilisation occidentale, ni qu’elle puisse organiser les affaires de la justice, de l’économie, celles de l’intérieur ou celles des relations extérieures, etc.. selon les nécessités de l’époque. Concernant toutes ces questions, les musulmans pensent et leur avis est basé sur la raison et la logique – que cette deuxième catégorie demeure incapable de les organiser d’une façon correcte et satisfaisante.

Sayyid Abul A’la al-Mawdudi, L’Islam aujourd’hui, Editions Tawhid, 1994

4 comments on “Islam et indépendance par Al Mawdudi

  1. 1312 dit :

    un peu approximative l’analyse du monsieur :
    – depuis quand la résistance nord-africaine s’est faite au nom d’Allah ?
    – sans vouloir défendre ce bougre de Bourguiba, il a critiqué la pratique du jeûne sans l’interdire.
    Quand on prétend raconter l’histoire, un minimum de rigueur s’impose, citer des sources, montrer des preuves, ça ne ferait de mal à personne, au contraire. Mais quand je lis « C’est là une grave atteinte au troisième pilier de l’Islam. », je comprends que l’auteur s’intéresse plus au jugement moral qu’à la vérité historique.

  2. Bader Lejmi dit :

    1) la résistance du Maghreb s’est faite au nom d’Allah
    a) Maghreb et non Afrique du Nord : le terme Afrique du Nord était un terme colonial, défendu par les socialistes et les communistes, auquel se sont vigoureusement opposé les partisans de l’indépendance nationale en particulier les nationalistes et les musulmans du Maghreb
    b) Moujahid et Jihad sont des termes islamiques, désignant combattant et lutter dans le sentier d’Allah, qui ont été employé à de très nombreuses reprises par les nationalistes du Maghreb à tel point que la revue du FLN s’appelait al Moujahid
    c) avant l’hégémonie nationaliste, les mouvements anti-colonialistes au Maghreb, en Tunisie notamment, étaient religieux. En Tunisie, le parti du Destour (ancetre du Néo-Destour) se revendiquait très clairement du Coran et de la Sunnah.
    d) durant la lutte pour l’indépendance, l’islam a été mobilisé dans la lutte notamment en Tunisie à travers la figure de Cheikh Fadhel Ben Achour

    2) Interdiction du jeune du mois de Ramadan par Bourguiba
    a) dans l’Etat : de l’aveu meme de témoignages directs, les jeuneurs étaient clairement discriminés dans leur carrière administrative de façon très officielle

  3. xylo dit :

    Alors là, vraiment, le seul problème des nationalismes arabes selon vous a été le manque d’islamité ?
    Sincèrement entre nous, c’est un peu fort de café comme on dit.

    Que pensez-vous par exemple de la manière dont les luttes anti coloniales ont été l’occasion d’épurer complètement les cultures Amazigh (Berbères, comme disent certains) ? En Algérie par exemple, alors que beaucoup de ces Imazighen ont combattu l’envahisseur coloniale français, ils ont été floués à la libération avec des arabes qui en réalité ne souhaitaient qu’une Algérie arabo-musulmane.

    Alors, vous aurez beau aujourd’hui trouver dramatique que l’occident envahissent , acculturent, vous devriez vous rappelez que l’islam et l’arabisation ont été imposés aux Imazighen sans aucune gêne et qu’encore aujourd’hui, l’arabisation et l’islamisation de nombreux berbères continuent à tel point que certains se disent « arabes » et considèrent que leurs langues sont des hontes.

    L’islamophobie actuelle en occident est certes dégueulasse, mais vous ne pourrez pas continuer à utiliser l’histoire contre ces dominants en occidentaux, en omettant de critiquer les processus similaires même si moins puissants aujourd’hui contre les peuples autochtones.

    Ou alors, c’est que vous comme d’autres estimez que ce que les occidentaux n’ont pas le droit de faire, les arabes le peuvent , au nom de l’islam, parce que l’islam civiliseraient les pauvres animistes que sont beaucoup d’Amazigh…

    Si c’est le cas, bonjour la crédibilité pour ensuite critiquer l’assimilation, les normes imposées par l’occident etc etc…

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