Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)

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« Et le procès fait à la violence c’est cela même qui est la brutalité. Et plus la brutalité sera grande, plus le procès infamant, plus la violence devient impérieuse et nécessaire. Plus la brutalité est cassante, plus la violence qui est vie sera exigeante jusqu’à l’héroïsme.»

Jean Genet, Violence et brutalité, 2 Septembre 1977

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides et qui ayant tout disent avec une bonne figure, une bonne conscience : « nous, nous qui avons tout, on est pour la paix … » Je sais ce que je dois leur crier, à ceux là : «  les premiers violents, les provocateurs de toutes violences, c’est vous !  Et quand le soir dans vos belles maisons, vous allez embrasser vos petits enfants avec votre bonne conscience, au regard de Dieu vous avez probablement plus de sang sur vos mains d’inconscient que n’en aura jamais le désespéré qui a prit des armes pour essayer de sortir de son désespoir ». »

Abbé Pierre

La pensée de Malcolm X, fondatrice de la Black Revolution1, a la plupart du temps été présentée comme tout à la fois celle d’un haineux, anti-américain, raciste anti-blanc, extrémiste, révolutionnaire, noir du ghetto du nord, islamiste etc. Ce n’est vraisemblablement qu’à la suite du film de Spike Lee sur la vie de Malcolm X en 1992, que ce dernier fut reconnu comme une figure majeure du mouvement africain-américain.

Il m’a semblé nécessaire d’étudier de près la position de Malcolm X sur la thématique de la violence. Par la suite, c’est la thématique de la violence elle-même qu’il m’a fallu étudier. En effet, loin d’être univoque, la violence est ambivalente, paradoxale, complexe, et loin de se réduire à une opposition entre guerre contre les blancs ou paix, elle est partie prenante d’une vision politique. Il s’agit alors de problématiser la violence et d’en déceler les significations et implications dans les discours de l’un ou de l’autre et les motivations de ces orientations.

La discussion que je propose ne s’inscrit pas tout à fait dans le cadre américain. En effet, le cadre de réception de Malcolm X en France a forgé son image autant que sa position supposée vis-à-vis du problème du racisme. Mon premier postulat est que la manière dont le contexte africain-américain est compris en France n’est pas tant celui de l’histoire des USA, mais celle des Africains-américains. Au sens que les Africains-américains sont interprétés comme une minorité racisée (Noire et, ou Afro-descendante) dans un contexte métropolitain (la France hexagonale ou les USA), post-esclavagiste et post-colonial. D’où mon second postulat qu’il est plus intéressant, pour nous, de comprendre la réception de leur Histoire en France par la caisse de résonance qu’est le problème racial en France, plutôt que par un intérêt pour les USA en eux-mêmes. Cette interprétation n’est pas sans poser de problèmes pour les historiens ou sociologues qui oscille entre l’analogie, la comparaison, la parabole ou la continuité, pour aborder ces deux situations. En sociologie, le terme même de ghetto, importé, dans les années 802, en référence explicite à la situation des africains-américains aux USA, continue de faire débat3. Plus généralement, c’est la notion même de société post-coloniale qui fait débat en France. L’enjeu est notamment de savoir si l’on peut, au nom du continuum colonial assimiler la situation des africains-américains dans les USA des années 60 avec les populations racisées de France métropolitaine de ce début de siècle.

En pratique, je me suis appuyé sur les discours et la biographie de Malcolm X traduits en français et publiés en France. Il s’agit de deux ouvrages : L’Autobiographie par Alex Haley, imprégnée de considérations explicitement politiques de la part de Malcolm X ; et Le Pouvoir Noir, recueil des plus célèbres discours de Malcolm X. Ces textes s’étalent sur une période de 2 ans, de 1963 à 1965, dans la vie de Malcolm. Les changements majeurs dans sa réflexion au cours de cette période suivant sa rupture avec Nation of Islam et son retour du Hajj en 1964. À partir de là, il sortira de l’apolitisme et prendra position en faveur de la lutte contre la ségrégation et pour le droit de vote des Africains-américains dans les États du Sud. Il rejettera le nationalisme séparatiste, le racisme noir, et adoptera l’universalisme Noir et anticolonial. L’essentiel des discours présentés sont de cette seconde période. Le Malcolm que nous présenterons sera, de fait, celui d’après Nation of Islam.

Pour aborder le problème de la violence, nous commencerons avec le plus intime, en abordant la façon dont Malcolm X pense sa propre mort. Puis nous examinerons le phénomène violent que sont les émeutes raciales qui furent l’objet de nombreux commentaires de la part de Malcolm. Ce qui nous amènera à étudier sa critique de la philosophie de la non-violence au cœur du mouvement des droits civiques. Les orientations politiques qu’implique la doctrine de la non-violence sur la Black revolution devront être analysées. Enfin nous concluerons sur la problématique de la violence chez Malcolm X.

Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :

  1. Introduction
  2. Penser sa propre mort
  3. Les émeutes raciales
  4. Enjeux de la stratégie de la non-violence
  5. Condamner la non-violence
  6. Conclusion
  1. Nous retiendrons l’appellation Black Revolution en lieu et place du dominant Mouvement pour les droits civiques parce que le dernier oriente directement la lecture de cette lutte dans un sens intégrationniste, alors que le premier a été employé aussi bien par des intégrationnistes comme Martin Luther King dans le sens d’une réforme radicale, que par des nationalistes tel Malcolm X où elle a pris le sens d’une lutte de libération nationale []
  2. Jeremy ROBINE, SOS RACISME ET LES « GHETTOS DES BANLIEUES » : CONSTRUCTION ET UTILISATIONS D’UNE REPRÉSENTATION, Hérodote, n°113, 2004/2, p. 134-151 []
  3. Michel KOKOREFF, Ghettos et marginalité urbaine, Lectures croisées de Didier Lapeyronnie et Loïc Wacquant, Revue française de sociologie, 50-3, 2009, p. 553-572 []

4 comments on “Malcolm X et le problème de la violence : Introduction (1)

  1. […] texte est tiré d’une étude réalisée par Bader Lejmi ayant pour dessein d’étudier de près la position de Malcolm X sur la thématique de la […]

  2. Danuta pisze:Proszę o pomoc. Gdzie można naprawić . bądż wszyć suwak do kurtki Campusamieszkam w Dąbrowie Górniczej. Wyrwały się 3 ząbki.INFORMACJĘ PROSZĘ NA MAJLA

  3. tracey · Hi Rol – I was kind of surprised about my discovery that I tend to match ‘like’ music with ‘like’ mood … I always thought that when it came to a certain mood and a certain kind of music, that ‘opposites would attract’. Musical rants must surely be the safest and most satisfying way to release a bad mood. I’m a recent convert to the wonder that is Amanda Palmer and The Dresden Dolls … but I’m REALLY loving all of it at the moment!

  4. http://www./ dit :

    15 février 2012 Quand il se transforme, il devient tout de suite plus…Oh mon dieu, Musclor est un gay fétichiste cuir (et fourrures).Heureusement qu’il nous reste Capitaine Flam…(ah zut, c’est vrai qu’il est en couple avec Mala)

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