Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)

Malcolm fut menacé de mort à plusieurs reprises et finalement assassiné le 21 février 1965 à 39 ans. Le personnage de Malcolm X est la figure qui incarne la violence révolutionnaire anti-coloniale dans l’imaginaire collectif.

Le sacrifice de Malcolm X pour son peuple

au nom de la liberté1

L’assassinat de Malcolm X s’inscrit dans un récit où sa propre mort sert de schéma fondateur des luttes des Africains-américains à venir. L’objectif serait de les orienter dans la perspective unificatrice et révolutionnaire portée par Malcolm X.

Les affiches Malcolm X avec ses portraits, dont celle où il tient un fusil, légendées par des citations confirment la réussite de l’auto-fabrication de ce récit. Parmi ces affiches, trois traitent directement de la question de la violence et de la mort.

La première et plus explicite :« Si vous n’êtes pas prêt à mourir pour la liberté, retirez ce mot de votre vocabulaire. »2; ce qui, dans un pays où la liberté tient lieu de valeur fondatrice, enjoint davantage à se tenir prêt à mourir pour la liberté plutôt qu’à y renoncer.

La seconde, qui n’est pas vraiment une citation mais une simple affirmation faisant écho à ses propres propos, déclare « Il était prêt ! »3, sous-entendu prêt à mourir, et implicitement mourir pour la Black revolution puisqu’il s’agit d’une affiche postérieur à l’obtention des droits civiques et la multiplication des émeutes signant la fin du mouvement pour les droits civiques.

La dernière et plus connue, celle avec un Malcolm X tenant un fusil et regardant par la fenêtre, est légendée par le fameux «Par tous les moyens nécessaires »4 qui semble résumer à elle seule ce que le grand public a le plus retenu de Malcolm X.

J’ai toujours pensé que moi aussi je mourrais de mort violente. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour être prêt.5

Liberate your minds

Libérer nos esprits, par tous les moyens nécessaires, affiche postérieure à la mort de Malcolm X le 21 février 1965

au nom de la famille

Je n’ai jamais pensé que je vivrais assez longtemps pour être vieux. Je sais, j’ai toujours su, que je mourrais de mort violente. C’est dans ma famille. Prenez les choses auxquelles je crois, prenez mon tempérament, ajoutez-y le fait que je me dévoue corps et âme à la cause que je défends – avec tous ces ingrédients, comment voulez-vous que je meure dans mon lit ?6

Malcolm X met en scène dans son autobiographie sa propre mort et celle de son père au profit d’un récit de tragédie optimiste, une tragédie personnelle pour un espoir collectif. Sa mort, il l’inscrit dans une destinée filiale de père en fils…

La mort de son père est présentée comme le déclencheur de la chute irrémédiable de sa propre famille, en même temps qu’un sacrifice pour avoir continué son combat pour la dignité de la race noire au côté de l’UNIA de Marcus Garvey. Marcus Garvey, originaire des Caraïbes, fut un tribun panafricaniste d’Harlem qui organisa à travers l’UNIA (United Negro Improvement Association – Association de l’Amélioration de l’Unité Nègre) le plus grand réseau de radicaux Noirs des USA. Il popularisa le slogan One God, One Aim, One Destiny (Un Dieu, Un But, Une Destinée) inspiré du concept de Tawhid de la résistance anticoloniale islamique en Égypte que lui a enseigné le musulman noir égyptien Dusé Mohamed Ali. C’est au nom de Dieu que ce pasteur et père de Malcolm X a ainsi sacrifié sa famille nucléaire, pour une famille élargie, celle du peuple noire.

Pour un homme dans une société patriarcale, le sacrifice de sa famille représente un sacrifice inimaginable. Imaginez un peu la hauteur du sacrifice lorsque cette même famille, loin d’être un acquis, relève quasiment du privilège7 pour un noir dans une société post-esclavagiste du Sud.

L’organisation communautaire Nation Of Islam à laquelle Malcolm X appartient et doit sa découverte de l’Islam, joue sur sa capacité à réaliser des succès moraux, ce qui implique en premier lieu la réussite du modèle conventionnel américain de la famille. La famille de Malcolm X en sera le prototype.

Si Malcolm X n’évoque pas cette question, nous ne pouvons passer à côté de cet élément essentiel. De fait, en réemployant le drame paternel pour la future mort dans laquelle il se projette, Malcolm X s’insère également dans cette lecture sacrificielle du père de famille noir pour l’amour de son peuple-famille Africain-américain.

 

Malcolm X, sa femme et ses 2 filles

Malcolm Shabazz, sa femme Betty X, et ses 2 premières filles, entre 1962 et 1964, durant son mandat de porte-parole national à Nation of Islam qu’atteste le portrait d’Elijah Muhammad accroché au mur

au nom de la masculinité8

« Personne ne peut vous donner la liberté. Personne ne peut vous donner l’égalité ou la justice ou quoi que ce soit. Si vous êtes un homme, vous la prenez ! ». Se tenir prêt à la mort s’articule également avec une masculinité virile que la polysémie du mot homme permet et dont Malcolm X joue à de nombreuses reprises.

En écoutant Mme Hamer, cette femme noire qui pourrait être ma mère, ma sœur ou ma fille, décrire ce qu’on lui a fait subir dans le Mississipi, je me demande comment nous pouvons espérer être jamais respectés en tant qu’hommes, alors que nous tolérons que de pareilles choses soient faites à nos femmes et que nous ne faisons rien pour les défendre ? (…) Nous ne méritons pas d’être reconnus pour des hommes et respectés en tant que tels, tant que nos femmes pourront subir des brutalités comparables à celles qu’a décrites cette femme, sans que nous fassions, pour les défendre, autre chose que de rester assis à chanter « We shall overcome » (Ndlr, « Nous vaincrons », slogan du mouvement non-violent des droits civiques).9

Le récit de soi pour contrer celui du noir haineux

Ce que Malcolm craint le plus de cette mort violente, c’est qu’on l’exploite pour l’accabler, lui le prêcheur désigné « extrémiste et haineux », de sa propre mort. Malcolm évoque à travers cet extrait de son autobiographie, où il cite nommément le Dr. Martin Luther King, que la mort guette tout leader politique Africain-américain et que la mort ne discrimine pas entre violent et non-violent :

Ma voix n’est qu’une voix parmi d’autres, mais notre but a toujours été le même. Certes, mes méthodes sont radicalement opposées à celles du Dr Martin Luther King, apôtre de la non-violence (doctrine qui a le mérite de mettre en relief la brutalité du Blanc à l’égard des Noirs). Mais dans l’atmosphère qui règne actuellement en Amérique je me demande lequel de ces deux « extrémistes » : le « violent » Malcolm X ou le « non violent » Dr King, sera mort le premier.10

Dans la même logique montrant qu’il perçoit le récit que l’on fera de sa mort comme étant celle d’un leader noir haineux, il déclarera :

La presse blanche identifiera Malcolm X à la « haine ». Vous verrez. L’homme blanc se servira de moi mort, comme il s’est servi de moi vivant : j’incarne à ses yeux, la « haine » – incarnation commode, car elle lui permet de nier la vérité, de nier que je n’ai fait que tendre à l’homme blanc son propre miroir, afin de lui montrer les crimes abominables de sa race contre ma race. (Ndt, fait allusion ici à un attentat suprématiste blanc contre une école)11

Sommaire de Malcolm X et le problème de la violence :

  1. Introduction
  2. Penser sa propre mort
  3. Les émeutes raciales
  4. Enjeux de la stratégie de la non-violence
  5. Condamner la non-violence
  6. Conclusion
  1. La thématique de la mort hante les discours et la biographie de Malcolm X. Que ce soit sa propre mort. Mais aussi celle des révolutionnaires Africains-américains, qu’ils soient intégrationnistes ou nationalistes. Mais surtout l’assassinat tragique de petites filles noires, qu’il mentionne au détour d’un discours mentionnant un attentat suprématiste blanc contre une école, et de tout noir Américain. Et seulement en dernier lieu la mort des suprématistes blancs, et des blancs américains dans leur ensemble, Quelquefois dans un parallèle avec les colons européens blancs au Kenya tués par les Mau-Mau. []
  2. If you’re not ready to die for it , take the word freedom out of your vocabulary. []
  3. He was ready! []
  4. By any means necessary []
  5. Alex Haley, Malcolm X, L’autobiographie de Malcolm X, p. 22 []
  6. Alex Haley, Malcolm X, L’autobiographie de Malcolm X, p. 300 []
  7. Majors, Richard, et Janet Mancini Billson, Cool Pose: The Dilemmas of Black Manhood in America, New York: Lexington Books, 1992 []
  8. Une autre citation articule la liberté non pas avec la mort mais avec l’humanité, ou plutôt la masculinité, ici confondu dans le mot polysémique homme []
  9. Malcolm X, Il nous faut un mouvement Mau-Mau, 20 décembre 1964 []
  10. Alex Haley, Malcolm X, L’autobiographie de Malcolm X, p. 299 []
  11. Alex Haley, Malcolm X, L’autobiographie de Malcolm X, p. 301 []

2 comments on “Malcolm X et le problème de la violence : Penser sa propre mort (2)

  1. […] aborder le problème de la violence, nous commencerons avec le plus intime, en abordant la façon dont Malcolm X pense sa propre mort. Puis nous examinerons le phénomène violent que sont les émeutes raciales qui furent […]

  2. camara Alya dit :

    Malcolm x etait un homme forte qui à fair en sorte que les blancs et les noirs soit au même pied égalité pour mettre fin à la ségrégation racial dont les noirs d’amerique etaie victime pandent 400 ans en tanten d’eveiller la conscience des noirs à traver l’enseignement qu’il a reçu par le biai de lija mohamed de conduir black muslim dans la bonne direction avec tout les deux forme de révolution à savoir la revolution noir et la revolution nègre. Malcol x etai l’un des meilleurs pasteurs de l’histoir noir americain de harlème de par sont courage à disputer avec les policier du harlème par la suit de l’agretion de l’un de leur frère johnson par la police, il a toujour defandue l’homme noir mais helas il a été tuer par ce même personne lar la complicité des blancs. Paix à son ames.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *