Racisme de la beauté et de l’intelligence
L’intellectuel Bourgeois Blanc est Beau et Intelligent. Il l’est tellement qu’il Ecrit Nu. Sa Beauté ainsi se transmet à son écrit. Or un Homme, aussi Beau et Intelligent qu’il soit, transpire des aisselles. Si sa Beauté (avec un grand B comme dans Boursouflure) transpire de sous ses écrits, il en est de même pour la crasse sous les paillettes et le parfum… Laver, parfumer et emballer un crapeau n’en fait pas un prince. Tout comme une grenouille en robe de soirée n’est pas une princesse.
« [Le racisme de l'intelligence] est propre à une classe dominante dont la reproduction dépend, pour une part, de la transmission du capital culturel, capital hérité qui a pour propriété d’être un capital incorporé, donc apparemment naturel, inné.
Le racisme de l’intelligence est ce par quoi les dominants visent à produire une « théodicée de leur propre privilège », comme dit Weber, c’est-à-dire une justification de l’ordre social qu’ils dominent. Il est ce qui fait que les dominants se sentent justifiés d’exister comme dominants ; qu’ils se sentent d’une essence supérieure. »
(Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, Minuit, 1984, p.264)
Articles similaires
Tout le monde est laïque, mais certains MOINS que d’autres…
Etant allé à l’école de la République depuis tout petit et notamment aux cours d’instructions civiques aux collèges, l’on m’a enseigné les principes républicains dont la laïcité. Les enseignants insistaient beaucoup sur ce point avec nous. L’Eglise est séparée de l’Etat depuis 1905 ! Ce devait être normal, et je pensais alors que tous les élèves de France avaient reçu cette éducation et qu’elles concernaient toutes les religions sans aucune discrimination. Mais bien mal m’en a pris ! Ce que j’ignorais à l’époque c’est que vu qu’une grande majorité de ma classe étant de culture musulmane nous aurions du à cause de notre culture religieuse au mieux déficiente sur ce sujet, au pire incompatible, recevoir un surplus d’éducation en laïcité. C’est d’ailleurs ce que préconise désormais le Haut Conseil à l’Intégration dans un récent rapport tenu privé. Heureusement depuis 2001, on ne cesse de me le rappeler !
Lors de la loi de 2004 sur l’interdiction du voile islamique à l’école, malhabilement nommée Loi française sur les signes religieux dans les écoles publiques, j’ai commencé à avoir de forts soupçons. Personne n’avait porté autant d’attention aux jeunes venant avec une croix chrétienne, au poisson le vendredi ou aux visites scolaires des églises et cathédrales. Personne n’en porte davantage aujourd’hui il me semble. J’ai commencé à douter de la réelle signification du principe de laïcité. Ce mot a commencé à devenir un mystère pour moi…
En consultant les débats de sénateurs sur la transposition d’une proposition européenne encourageante sur la mise en oeuvre de l’égalité de traitement entre les personnes sans distinction de religion ou de convictions, de handicap, d’âge ou d’orientation sexuelle (E 3918) de 2008, quelle ne fut pas ma surprise de lire que combattre les discriminations était d’inspiration communautariste et contraire aux principes fondamentaux de la République. Cette incompatibilité avec notamment le principe de laïcité était illustré par l’exemple de la prière du vendredi des musulmans. Incongru l’exemple n’est-ce pas ? Détrompez-vous ! L’égalité des citoyens français de culture musulmane avec les autres est incompatible avec la laïcité et la République. Est-ce ça qu’il fallait comprendre ? Le mystère du concept de laïcité s’épaissit…
Lors du débat sur l’identité nationale et puis celui sur le voile intégral j’ai encore une fois entendu le concept de laïcité appelé à la rescousse. La religion ne devait pas être affiché publiquement. Le président Sarkozy indiquait même que «ceux qui arrivent», comprenez les musulmans, devaient respecter «ceux qui accueillent». A vrai dire je ne savais pas trop que nous arrivions et que nous étions accueilli tels des invités. Il me semblait bien au contraire, naïf que je suis, être chez moi en France. Il a également ajouté « chacun doit savoir se garder de toute ostentation» et «pratiquer son culte avec (…) humble discrétion». Dans la même veine du «baisse la tête et reste discret», j’ai ensuite entendu le slogan adressée aux femmes musulmanes et devenu désormais culte : «Arrête de me me montrer ton cul-te».
Ça commence à faire beaucoup, et ma barbe de quelques jours devenue soudainement islamique, si ce n’est islamiste, au yeux de certains commençait sérieusement à sentir le roussi… Je me rassurais intérieurement en me disant que, Dieu oups République merci, cette conception de la laïcité contrevenait à l‘article 18 de Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, indiquant notamment que : «Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ce droit implique la liberté de [...] manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.»
Le coup de grâce je l’ai reçu le 2 février 2010 en lisant un article de Véronique Soulé dans Libération (un journal de la gauche-anti-raciste-anti-lepen pourtant !) intitulé « La laïcité perdante au jeu de la carte scolaire » dans lequel nous pouvons lire, je cite : « »La laïcité, c’est aussi le brassage social. Il faut éviter que nos établissements deviennent homogènes ethniquement, culturellement et scolairement. Or avec la libéralisation de la carte scolaire, on observe des dérives. » explique Philippe Tournier, responsable du SNPDEN, le syndicat majoritaire des proviseurs.» et plus loin «Pour défendre une laïcité qu’il juge menacée [...] le SNPDEN a décidé de lancer une campagne [...] afin de mesurer la diversité sociale [...] dans les lycées et les collèges.». Ce que je lis c’est que l’homogénéité ethnique et culturelle menace la laïcité. Ce que je lis, c’est qu’une majorité d’élèves musulmans c’est un danger pour la laïcité. Autrement dit, la laïcité n’est en sécurité qu’avec une minorité d’élèves musulmans. Parano dites-vous ? J’aurais préféré…
Il n’en reste pas moins que je reste quand même nostalgique de la définition de la laïcité telle que l’on m’avait enseigné à l’école.
Laïcité : neutralité de l’Etat, des collectivités locales et de tous les services publics par rapport à une ou des religions, une ou des philosophies. En France, la laïcité de l’Etat a été consacrée en 1905 par la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.
(Passage supprimé : Reste que nombreux sont ceux qui pensent qu’il ne s’agit là que d’un facheux malentendu que l’on pourrait facilement dissiper à grand coups d’éducation citoyenne. Pourtant, c’est bien la même définition de la laïcité que tous les élèves dela République ont appris sur les bancs de l’école : Laïcité : neutralité de l’Etat, des collectivités locales et de tous les services publics par rapport à une ou des religions, une ou des philosophies. En France, la laïcité de l’Etat a été consacrée en 1905 par la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat.)
Or si un banal écolier, tel que vous et moi, a appris cette définition, que pensez des hommes politiques, des intellectuels et journalistes qui entretiennent la confusion ? Sommes-nous les cancres et eux les premiers de la classe républicaine ? A l’école nous avons tous appris à lever la main et attendre patiemment avant que le maître nous donne la parole. Mais alors, pourquoi le maître ne nous donne jamais la parole, ou si rarement, lorsque nous levons la main pour corriger les trop nombreuses fois où laïcité et islamophobie sont confondus ? Pourquoi seuls les islamophobes et autres laïcistes enragés ne sont autorisés à s’exprimer ? La seule réponse logique que je vois, c’est que le maître a ses chouchous. Or personne n’aime les fayots. Dans ce cas là, allons nous continuer à nous laisser gronder par une autorité injuste ? Ne nous laissons pas faire taxer d’insolents et d’insoumis alors que nous nous élevons contre l’injustice qui nous est faîtes. Car si la parole nous est confisquée, il n’y a pas d’autres alternatives que de s’imposer aux autres par la force du nombre, de la volonté et de la persévérance.
Mais nous ne sommes plus à l’école. Il est grand temps de laisser derrière nous cette mentalité d’écolier docile et de se comporter en adultes. Bâtir ensemble un mouvement politique décomplexé de ceux qu’on prive de parole sans attendre les encouragements du maître me semble être de notre devoir autant que de notre droit, pour nous et pour les générations futures. Générations qui passeront elles-aussi par cette école de la République, ses maîtres souvent injustes et ses fayots…
Articles similaires
Miss France est-elle compatible avec l’identité nationale?
Le 6 décembre, le site du Point titrait sans rire: «Diversité: Miss France 2010 sacre une métisse kabyle». Pourquoi diable Malika Ménard serait-elle une métisse kabyle? Un prénom arabe, un nom de famille français… Mais comme il s’agit de Miss France, le mythe colonial des kabyles –plus intégrables car plus proches des Européens– n’est probablement pas loin !
Pourtant, l’article propose une autre «origine»: «Avant de mourir, je rêverais de voir une Beurette devenir Miss France», confiait Geneviève de Fontenay, la mère du concours Miss France, quelques jours avant l’élection. Et d’ajouter: «Le concours Miss France a, en effet, tendance à rebuter les jeunes Françaises d’origine maghrébine en raison du défilé « en maillot de bain », expliquait Geneviève de Fontenay, impuissante à lutter contre les préjugés religieux.» Nous voilà rassurés sur la «diversité»: Malika Ménard serait donc une «Beurette» affranchie des préjugés de l’Islam?
Le lendemain, au Grand journal de Canal Plus, c’est peut-être en s’autorisant de sa propre origine, marocaine, que le journaliste Ali Baddou n’hésite pas à poser directement la question à celle-ci: «Et comment est-ce que vous prenez le fait d’être un symbole, parce que Madame de Fontenay vous a présentée comme ça: première Miss Beur, je ne sais pas ce que ça veut dire, mais en tout cas elle était fière…?» Et la nouvelle Miss France de répondre: «Je suis française, moi, hein. Je n’ai aucune origine. C’est juste… mes parents ont trouvé ce prénom joli, avec une jolie signification.» En effet, Malika veut dire «Reine» en arabe.
Le Point corrige donc: «En dépit d’un prénom arabe, Malika Ménard est 100 % française, contrairement aux premières informations qui nous sont parvenues.» En dépit? Il n’est donc pas évident qu’on puisse être pleinement français et porter un prénom arabe? En revanche, on n’irait pas qualifier de métis italien l’auteur de l’article, Emmanuel Beretta, malgré son nom. Future journaliste elle-même, Malika Ménard l’a bien compris: «Personne ne m’interrogerait sur mon prénom si comme des milliers de jeunes Françaises nées à la même époque que moi, je portais un prénom américain à la « Megan », « Kelly », ou « Brooke », largement relayés en France par des séries télévisées. »
D’ailleurs, certains s’échinent encore à tenter de démasquer les origines maghrébines de Miss France. Nous avons ainsi pu lire, dans des commentaires sur Internet, que nombreux sont ceux cherchant dans son visage, en particulier dans son nez prétendument «sémitique», des traits orientaux afin de déterminer s’il s’agit d’une «vraie» ou d’une «fausse» française.
Il est vrai que Malika Ménard aggrave son cas: «En plus, ma mère et ma grand-mère maternelle ont vécu au Maroc». Arrivé en France à 17 ans après une jeunesse au Maroc, Éric Besson appréciera, lui qu’un «jeune», Yassine Belattar, Républicain et musulman, natif de Conflans-Sainte-Honorine, et qui a toujours vécu en France, interpellait ironiquement le 4 décembre: «Quelle est votre définition d’être français puisque vous êtes arrivé après les autres en France?»
Or c’est justement pour lutter contre de tels préjugés que notre collectif, «Les indivisibles», a été fondé –sur le constat que les Français non-blancs, semblaient ne pas être reconnus comme Français à part entière.
Songeons au récent récit de Mustapha Kessous, journaliste au Monde, qui témoignait du racisme ordinaire dont il était la cible. Là où Malika se contente d’un prénom arabe, Mustapha fait le doublé avec son nom de famille. Français à 50%? Et puis évoquons ce jeune étudiant de Sciences-Po, Anyss Arbib, agressé par un CRS après des manifestations fêtant la qualification de l’Algérie au Mondial de Football 2009. En manifestant pour l’Algérie, il l’avait bien cherché, non? Celui-là, à coup sûr, c’est un Français allégé, à 0%?
L’identité française serait-elle donc un fromage qu’on divise en parts, au gré des origines? C’est bien ce que suggère le débat sur l’identité nationale: tout se passe comme si on reconduisait sans fin le partage entre «ceux qui arrivent» et «ceux qui accueillent», selon la formule de Nicolas Sarkozy – entre ceux qu’il faut encore et toujours intégrer, bien qu’ils soient déjà Français, et ceux qui n’ont pas à donner de gages d’intégration. Autrement dit, les Français sont égaux, mais certains plus que d’autres.
Or Malika apporte une réponse bien différente à la question de l’identité nationale. Elle déclare certes, sur RTL, qu’elle est «100% française», comme pour dissiper des soupçons. Mais quand l’intervieweur l’interroge: «Symbole de l’identité française dont on parle tant en ce moment?», elle répond avec fierté: «Je suis surtout le symbole de la tolérance de mes parents, qui trouvaient que c’était un prénom joli.» Et de parler «d’ouverture d’esprit»: «Mes parents ne se sont pas posé la question de savoir si ça pourrait me porter préjudice plus tard…» Aussi leur fille se déclare-t-elle fière de son prénom malgré les préjudices qu’elle évoque. Miss Normandie, devenue Miss France, pourrait donner des idées à la région de Brice Hortefeux: imaginez sa tête si un couple d’Auvergnats s’avisait de baptiser son fils Mohammed? L’intégration, ça peut marcher dans les deux sens!
Malika Ménard est la première Miss élue par le public; dans le même temps, elle a eu les faveurs du jury et de ce fait est une Miss incontestable. Ne boudons pas notre plaisir, même s’il faut reconnaître que l’institution, bien française, des Miss écorne le principe d’égalité hommes-femmes dont monsieur Besson prétend se faire le défenseur face aux «immigrés» en l’inscrivant dans l’identité nationale… D’ailleurs, Harry Roselmack n’est-il pas le présentateur préféré des Français et Rama Yade la membre du gouvernement jouissant du plus fort taux de popularité? Décidément, les Français sont de sacrés farceurs quand il s’agit d’identité nationale. Le gouvernement ne devrait-il pas prendre acte de ces votations populaires?
Nous lui proposons donc de revoir le processus de naturalisation en abrogeant la loi de 2003 exigeant l’assimilation à la communauté française ainsi que de cesser de proposer lourdement aux candidats à la naturalisation de franciser leur nom et prénom. Car enfin si Malika Ménard avait à demander sa naturalisation aujourd’hui, sa préfecture pourrait tout à fait la lui refuser au motif d’un déficit d’assimilation suite à un refus ostentatoire de changer de prénom…
Bader pour Les indivisibles



