Rien ne vaut une burqa pour se découvrir une vocation de féministe

hijab

Introduction

De nombreux hommes politiques de droite comme de gauche se sont récemment élevés pour l’interdiction du voile intégral, dénommé à tort burqa, en évoquant son incompatibilité avec les « valeurs de la République »1 et à leur tête André Gérin, député-maire communiste de Vénissieux. Pour eux il est inconcevable qu’une femme le porte après un choix librement consentie. Pour expliquer pourquoi il ne croit pas à la liberté de ce choix, Jacques Myard, député-maire UMP de Maisons-Laffitte dans les Yvelines, l’un des plus ardent prohibitionniste trouve judicieux de comparer ces femmes à des prostituées : « Ça me rappelle ces prostituées qui disaient : « Je me prostitue librement, je n’ai pas de proxénètes ». Et quelques années après elles disent : « On était sous la pression des proxénètes ». »2 Le père, le mari, le frère incarneraient ici la figure du proxénète. Les femmes portant le voile intégral semble donc toutes désigner à faire partie des mi putes mi soumises dénoncées dans le titre de l’association « Ni Putes Ni Soumises » qui d’ailleurs se prononce en faveur de son interdiction.3

Mais est-il réellement question de l’oppression de la femme, ou plutôt de la gêne de ceux qui voient des femmes en niqab4 ? Bernard Debré, député UMP de Paris, déclare ainsi « C’est une humiliation à la fois pour la femme et pour les passants qui voient ces filles grillagées. »5. Dans cette déclaration, la première partie dénonçant l’humiliation de la femme n’est qu’un faire-valoir pour ceux qui veulent laver l’humiliation subie par « les passants qui voient ces filles grillagées ». C’est en déconstruisant la prétendue défense de la dignité de la femme que nous montrerons que les motivations de ces hommes politiques, ou devrais-je dire de ces mâles blancs politiciens cumulards, sont en réalité la défense du patriarcat et de la souchitude6. Si nous sommes pour la plupart habitué à ce terme de patriarcat, celui de souchitude demande une petite explication. De Gaulle affirmait que les français sont « quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture greque et latine, et de religion chrétienne » et que sinon ce n’était plus la France7. Les français se définissant comme « De Souche » adhèrent à ce point de vue. La souchitude est l’idéologie derrière la conception de la France comme le pays appartenant aux « De Souche ». Le pays où même si la « diversité » peut-être tolérée, les « De Souche » doivent en rester les maîtres.

Les faits

Pour étayer ces assertions qui ne font pas dans la demie-mesure, je me suis richement documenté en m’appuyant sur une série de prises de positions politiques et de comportements de la part des protagonistes :

Conclusion

Les motivations réelles de ceux qui portent la volonté d’interdire le voile intégral sur le territoire national sont loin d’être la dignité de la femme mais bien une vision raciale de la société française au profit de l’hégémonie « De Souche ». Le souchisme allié circonstanciel d’un féminisme paternaliste colonial institutionnel s’est largement approprié dans le débat publique le principe de laïcité à des fins assimilationnistes voir manifestement racistes. Ces féministes institutionnels, car reconnues par toutes les instances de la République et cooptées par la sphère médiatique et culturelle, ne veulent pourtant pas voir qu’elles s’allient à la frange politique la plus sexiste même lorsqu’elles l’ont combattu dans le passé8. Ainsi comme le prédisait Christine Delphy, rédactrice en chef de la revue Nouvelles Questions Féministes, dans son livre Classer, dominer9, Houria Bouteldja, porte-parole du Mouvement des Indigènes de la République, Nacira Guénif-Souilamas et Éric Macé, la dénonciation du patriarcat arabo-musulman sert essentiellement à exonérer le patriarcat à l’oeuvre dans toute la société et en particulier dans la société « De Souche »10 ainsi qu’à sauver le modèle racial assimilationniste de la République11. Espérons qu’un jour, dire de quelqu’un qu’il a trouvé sa burqa, signifierait qu’il a trouvé un bouc-émissaire pour s’exonérer.

  1. Libération (20/06/2008), « Le débat sur le voile intégral continue » []
  2. http://www.saphirnews.com/Jacques-Myard-assimile-la-femme-en-burqa-a-une-prostituee_a10319.html []
  3. http://www.niputesnisoumises.com/blog/2009/06/17/ni-putes-ni-soumises-souhaite-le-debat-sur-la-burqa/#more-2003 []
  4. Nom du voile intégral le plus commun []
  5. Le Figaro (17 /08/2009), « Bernard Debré : «Il faut une loi contre la burqa»  par Bruno Jeudy []
  6. Equivalent français de l’anglo-saxon blanchitude []
  7. http://www.contreculture.org/AG%20De%20Gaulle%20id%E9es%20directrices.html []
  8. http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/10/13/1775-tous-au-zenith-pour-touche-pa-sa-mon-adn []
  9. http://www.amazon.fr/Classer-dominer-Qui-sont-autres/dp/2913372821 []
  10. http://www.tactikollectif.org/article.php3?id_article=164 []
  11. http://lmsi.net/spip.php?article660 []

5 comments on “Rien ne vaut une burqa pour se découvrir une vocation de féministe

  1. gml dit :

    « les motivations de ces hommes politiques, ou devrais-je dire de ces mâles blancs politiciens cumulards, sont en réalité la défense du patriarcat »

    gniiii ?

  2. Bader Lejmi dit :

    @gml, je sais pas ce qui est pas clair dans ce que je dis… J’ai montré que le passé politique de ces hommes politiques est clairement entaché d’une volonté manifeste de s’opposer aux droits des femmes et à la défense du patriarcat en général. Leur soudain intérêt pour la femme musulmane, ce n’est pas un souci d’égalité, mais un souci paternaliste de main mise. L’objectif derrière cette idée c’est de se présenter comme les protecteurs des femmes, une position O combien patriarcal, puisqu’ils dénient aux femmes l’initiative et surtout interdisent la critique quant à la domination masculine dans notre société. Ils l’interdisent puisque selon eux, elle n’existe que chez Eux, les Barbares…

    D’ailleurs j’ai entendu à la radio récemment une phrase significative d’André Gérin qui expliquait que l’égalité hommes-femmes des « salafistes » étaient totalement différente de la notre. En fait le terme « rapports hommes femmes » est totalement remplacé par « égalité hommes femmes » ! Comme si des rapports de forces à l’évantage de l’homme sur la femme voulait dire l’égalité entre l’homme et la femme…

    Donc tout leur truc sur les femmes musulmanes, c’est avant tout une façon d’acquérir une légitimité féministe pour pouvoir briser toute forme d’attaques contre leur société patriarcale tout en soumettant les indigènes…

  3. CLS dit :

    Excellente note ! une vraie bulle d’air. Durant cette affaire de Burqa, j’éprouvais un vrai malaise devant la levée de bouclier, y compris de certaines blogueuses féministes que je lis et dont je partage habituellement les opinions (http://www.mrs-clooney.fr). En raccourci, je pense que la burqa sert de cache-sexe à l’islamophobie ordinaire, mais tu as raison de souligner que c’est aussi une manière de ne pas questionner les comportements machistes et avillissants des français « de souche ».

    Bon en tout les cas ce blog est une délicieuse découverte matinale, je bookmark hop. Au plaisir de te lire !

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