20 ans de changements en Tunisie…

novembre 8, 2007 · Posted in Messages, Politique, Tunisie 

Cela fait aujourd’hui 20 ans jour pour jour, que le président tunisien Zine El Abidine Ben Ali est au pouvoir. J’ai lu beaucoup d’articles de la presse française critiquant sa personne et le régime tunisien. Mais j’y trouve de plus en plus des relents d’un certain chauvinisme français qui ne veut voir en la Tunisie qu’un pays sous-développé bon qu’à exploiter le tourisme… Dans ces mêmes journaux, je n’ai jamais l’occasion de lire des articles sur la Tunisie qui parle de ses réussites sociales, économiques et culturelles.

Alors au lieu de m’ajouter au concert de l’opposition de l’étranger et des énnemis déclarés du régime, je préfère prendre un peu de recul et parler de quelques faits avant toute chose. Car c’est ça également être un citoyen libre revendicant la liberté d’expression et d’opinion. Faire le portrait d’un dualisme manichéen : le président d’un coté et les opposants de l’autre, ne fera rien avancer. Certes le président tunisien tiens le pouvoir depuis 20 ans, mais c’est également le président d’une République avec une justice, une vie sociale, culturelle pluraliste et un pays dans lequel la pauvreté recule tandis que l’éducation progresse.

L’espérance de vie du tunisien à la naissance en 2007 est de 75 ans. Le taux d’alphabétisation des adultes est de 74% en 2007, soit le plus élevé du Maghreb et le deuxième d’Afrique. Le taux de scolarisation universitaire se situe en 2006-2007 à 34,6% et de 77% pour le secondaire. La pauvreté est passé de 14% de la population en 1990 à 3.7% en 2007 ! Ne pas mettre au crédit du président Zine El Abidine Ben Ali ces réussites serait intellectuellement malhonnête, surtout que l’on met au crédit de l’ancien président Habib Bourguiba la libération de la femme.

Le président Zine el Abidine Ben Ali a ainsi déclaré dans un récent interview au mensuel ARABIES, je cite : « Autant nous respectons ceux qui ont des évaluations différentes de la nôtre et accueillons favorablement toute appréciation objective, autant nous rejetons les jugements excessifs, sans relation avec les réalités tunisiennes, qui d’évidence tendent à déformer l’image du pays.». Il faut admettre que je ne tente pas de déformer l’image du pays, et cite chiffres à l’appui des réalités tunisiennes qui sont tout à l’honneur de la Tunisie. Mais comme l’a exprimé l’opposant, candidat aux présidentielles de 2004, Mohammed Ali Halouani : « Nous sommes conscients que le pays a fait des progrès appréciables au niveau de l’éducation, de la santé, de l’économie et de l’émancipation de la femme, mais nous ne devons pas dormir sur nos lauriers ». En effet, selon de nombreuses ONG tunisiennes ou étrangères, dont Amnesty International et la Ligue Internationale des Droits de l’Homme, les droits de l’Homme et des libertés fondamentales n’est pas garantie. Alors même que le président a déclaré «[veiller] à ce qu’ils soient scrupuleusement respectés dans la pratique», or avouons-le ils sont loin d’être scrupulusement respectés.

En terme d’indice de perceiption de la corruption, la Tunisie a perdu 10 places en une année selon le classement de Transparency International (61e avec 4,2 en 2007 contre 51e avec 4,6 en 2006). Mais le pays reste plus ou moins bien lotie par rapport au Maroc (72e) et l’Algérie (99e). Ainsi entre 2006 et 2007, en Tunisie le phénomène de corruption semble s’aggraver. Cet indice n’est ni excessif, ni éloigné des réalités tunisiennes puisqu’il a même été cité par l’Economiste Maghreb et BabNet, médias tunisiens. Selon cette même ONG, les organismes ou groupes jugés les plus touchés par la corruption sont les partis politiques, le pouvoir législatif et la police. Des institutions intimement liés à l’Etat. Or dans sa déclaration radiophonique du 7 novembre 1987, Zine el Abidine Ben Ali déclairait : «Nous agirons en vue de restaurer le prestige de l’Etat et de mettre fin au chaos et au laxisme. Point de favoritisme et d’indifférence face à la dilapidation du bien public.» Ce prestige est aujourd’hui menacé par la corruption qui le gangrène. Or une simple observation nous indique que les pays les moins minés par la corruption sont également ceux qui sont les plus démocratique, et où le peuple est le plus souverain.

Le 7 novembre 1987, le président tunisien Zine el Abidine Ben Ali déclarait que le peuple tunisien avait «atteint un tel niveau de responsabilité et de maturité que tous ses éléments et ses composantes sont à même d’apporter leur contribution constructive à la gestion de ses affaires». Si en 1987 il l’avait atteint, c’est qu’aujourd’hui c’est encore plus le cas vu les progrès réalisés ! Et pour ne pas régresser, il faut avancer… Si tous ses éléments et ses composantes en sont à même, pourquoi en exclure certains ?

En dehors de l’action de l’Etat également, la société civile agit. Des ONG telle que ENDA Inter-Arabe contribue fortement à la réduction de la pauvreté et au développement par l’octroi de micro-crédit souvent plus efficaces que les lourdes politiques de défiscalisation et de zones spéciales. L’action d’enda inter arabe a permis en dix ans à 33 000 micro-entrepreneurs d’accéder à une source de financement continu à travers plus de 98000 prêts octroyés d’une valeur cumulée de près de 41 millions de dinars. Ainsi début 2006, après la Banque de l’Habitat (avec 2 MDT), c’est l’Union Internationale de Banques (UIB) qui a accordé un prêt de 1 million de dinars tunisiens à l’ONG. Ce sont ce genre d’initatives dont j’aimerais que la Tunisie fasse davantage la promotion ! Et je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi les voix de ces personnes ne portent pas davantage en Tunisie quand je lis leurs propos saillants à la fois de réalisme et d’optimisme.

Autre point intéressant, l’Agenda 21 en Tunisie. Il s’agit d’un programme international pour le développement durable dont la réalisation se déroule dans un cadre local et participatif. Voilà une belle initiative permettant aux citoyens de s’exprimer et de participer activement à la gestion locale de leur ville. Qui mieux que les habitants d’une ville peuvent travailler en faveur d’un développement plus humain et harmonieux de leur propre ville ? Ses réalisations très concrètes, comme dans la ville d’El Jem, a permis de sonder les participants qui ont exprimé leurs priorités, puis de ces priorités ont été un vrai programme de gestion municipal incluant la promotion de la vie associative ou la gestion des infrastructures, notamment ceux des déchêts. Pourquoi ne pas pousser plus loin cette expérience en élargissant et généralisant l’expérience de démocratie participative à l’ensemble des habitants d’une ville, puis de toutes les villes de Tunisie. De nombreux pays en voie de développements et émergents l’ont entrepris telle la municipalité de Porto Allegre au Brésil. Il ne s’agit pas de sélectionner les plus «compétents» pour gouverner car ça ne consistera pas en une bonne gouvernance. De telles initiatives ne doivent pas consister à réunir les notables locaux y compris associatifs pour qu’ils se mettent d’accord entre eux sinon on en reviendrait à un clientélisme des plus archaïque, mais bien à une implication réelle des citoyens.

Car le problème de la démocratie en Tunisie est plus important à développer encore au niveau local que national. C’est là que sont présentes les instances suspectées de corruption, c’est là que se trouve les possibilités d’améliorer et de réformer le dialogue entre les pouvoirs publics et les citoyens. C’est là encore, que la lutte contre le clientélisme, la corruption et en faveur des droits des citoyens peut se faire. Car attendre encore et toujours que le pouvoir agisse, comme il promet de le faire, c’est toujours et encore se positionner comme sujet plus que comme citoyen responsable. C’est seulement lorsque les citoyens agissent en tenant «compte de l’histoire et de la culture de notre pays, c’est-à-dire de ses spécificités», pour paraphraser le président Zine El Abidine Ben Ali, qu’à mon sens des changements peuvent avoir lieu. C’est ainsi que je comprends désormais son discours, en résumé : prenez des initiatives.

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Comments

One Response to “20 ans de changements en Tunisie…”

  1. Bernard K. on avril 29th, 2008 10:57

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

    Vous me pardonnerez de douter fortement des chiffres de ces statistiques. Il est flagrant qu’il y est un gigantesque décalage entre les chiffres présentés et la réalité de la rue. La majorité de la population tunisienne vit de crédit bancaire ou de crédit chez l’épicier voisin et ceci est une réalité. En Tunisie, il n’y a pas de travail et lorsqu’il y en a, il est très mal payé. La population ne peut pas acheter si elle n’a pas d’argent, la rue est au bord du desespoir.
    En plus de cela, la politique de répression pousse des centaines de jeunes à fuir la Tunisie, de peur de se retrouver sans ressource ou en prison. Les faits divers misent au jour tels que celui de madame Sameh Harakati ne font rien pour rassurer cette jeunesse qui à soif de travail et d’évolution.
    Je n’ai pas eu l’impression dans cet article que l’on parlait de la même Tunisie. Je vous propose de vous y rendre tout comme moi pour mieux juger de la situation, les chiffres ne veulent rien dire et surtout lorsqu’ils sont faux.
    La croissance profite uniquement à la haute société, la classe moyenne n’en voit pas la couleur. Croissance, j’ai parlé de croissance…….les prix flambent et le pouvoir d’achat ne suit pas…..où est la croissance ?

    http://tunisie-harakati.mylivepage.com

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