Le personnage d’Angela Davis, fruit de l’américanisation et de la contre-culture de Chloé Zollman
Extrait du mémoire de master en Histoire «L’Engagement pour Angela Davis en Belgique (août 1970 – juin 1972)» de Chloé Zollman en 2009 à l’Université catholique de Louvain au sous la direction du Prof. Paul Servais.

J'ai moi-même redécouvert ce vieux livre jauni, dans la bibliothèque de ma mère en Tunisie : «Angela Davis Parle»...
Le personnage d’Angela Davis, fruit de l’américanisation et de la contre-culture1
Après avoir parcouru la vie d’Angela Davis, il nous semble important d’inscrire le personnage dans son époque, une époque qui oscille entre fascination et rejet de total des États-Unis.
L’américanisation est un terme qui recouvre des réalités diverses. Une définition générale nous est donnée par Dominique Barjot dans son introduction à la publication des actes d’un colloque sur le sujet. Selon lui, l’américanisation est :
« la généralisation d’un mode de vie, d’une civilisation née outreatlantique par fusion d’apports multiples euxmêmes venus, pour l’essentiel, d’Europe. (…) [Elle] résulte d’un transfert vers l’Europe occidentale des méthodes de production, des modèles de consommation, du mode de vie, des pratiques socioculturelles ou des cadres de pensée nés ou adoptés originellement aux États-Unis. »2.
Cette définition peut être enrichie par une nuance qu’apporte George McKay. Être américanisé, ce serait avoir acquis les codes culturels permettant de « comprendre les produits culturels américains comme si l’on était américain »3.
Phénomène apparu au XIXe siècle, l’américanisation connaît un essor particulier après la Seconde guerre mondiale. À la fin du conflit, face à une Europe détruite par cinq années de guerre ou d’occupation, les États-Unis, grands vainqueurs avec l’Union soviétique, se posent en modèle de réussite à tous les niveaux (économique, social, culturel, conceptuel). L’aide américaine pour la reconstruction du vieux continent s’organise et avec elle, les méthodes et modes de pensée américains se propagent. Avec le début de la Guerre froide (1948), les deux blocs tentent d’accroître leurs zones d’influence respectives ; l’Europe est, dans cet objectif, un enjeu particulier. Les positions stratégiques des puissances Est et Ouest se fixent avec la conclusion des alliances militaires (OTAN en 1949 et Pacte de Varsovie en 1955).
Cette situation de Guerre froide est donc la force motrice des relations entre l’Europe et les États-Unis. L’Amérique s’engage en Europe dans différents domaines : militaire, politique et économique d’abord ; ensuite, et par conséquent, culturel, la dimension économique s’étant diffusée dans tous les secteurs de la société. Cette américanisation sera généralisée en Europe mais ne sera jamais dominante. Des pays y résistent, d’autres sélectionnent, adaptent, transforment les apports américains selon leurs identités nationales propres.
L’ensemble des auteurs consultés se rencontrent en général sur un point : le décalage qui existe entre l’Amérique telle qu’elle est imaginée par les Européens et la réalité des États-Unis. Cette vision est tantôt réductrice, tantôt construite de toutes pièces, formée autour d’images stéréotypées issues du mythe du « rêve américain ». Un espace utopique de désirs mais aussi de peurs se crée, régi par des valeurs de libération, de rêve, de jeunesse, parfois aussi de violence. Ce système exerce son influence tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de son cadre de production. Il joue aussi un rôle dans la vision qu’ont les Américains d’euxmêmes, avec les déceptions que cela peut engendrer – le Willy Loman de Death of a Salesman en est l’exemple parfait4.
Avec l’américanisation, c’est la culture de masse qui se propage dans le monde entier et, en tout premier lieu, en Europe. La société libérale de tous les possibles à l’américaine rencontre une Europe où milieux sociaux et formes spécifiques de culture sont encore intimement liés. De cette confrontation naîtra un changement du système culturel européen. Les frontières entre culture d’élite et culture populaire se gomment, les générations sont à présent sur un pied d’égalité face à la culture.
Au cours des décennies d’aprèsguerre, une évolution s’opère. La rhétorique de libération promouvant le modèle américain est peu à peu utilisée dans le cadre de discours soutenant un autre mode de pensée. L’américanisation, vue par certains comme libératrice, commence à être envisagée comme potentiellement annihilante. La génération des baby boomers exprime sa frustration face à une société bourgeoise qui semble stagner. Dans le cadre des revendications des mouvements afroaméricains, de la guerre du Vietnam et des mouvements estudiantins, une revendication générale ébranle les bases de la société américaine en remettant en cause ses fondements. Cette contreculture rejette non seulement la civilisation mais aussi l’idée même de civilisation. Dans une société où les valeurs spirituelles semblent écrasées par le matériel, il faut réinventer une culture et, avec elle, de nouvelles valeurs enfin égalitaires. Cette profonde remise en cause émane principalement des mouvements de gauche, voire d’extrême-gauche, qui légitiment la révolution comme seule voie de destruction du passé. Les structures sociales sont au centre des critiques puisqu’elles produisent cette culture majoritaire blanche et masculine où les minorités n’ont pas leur place. La contre-culture, lieu de contestation des positions sociales établies, est une lame de fond qui va bouleverser profondément la société, d’abord américaine, puis, par extension, européenne. Cette critique de l’ethnocentrisme occidental est le signe d’une rupture générationnelle qui se traduira dans différents domaines, notamment dans celui de la culture.
Angela Davis s’inscrit parfaitement dans son époque dont elle est à la fois un produit et un élément moteur. La société américaine des années d’après-guerre peut être caractérisée par une série de phénomènes et d’événements : les mouvements afro-américains pour les droits civiques, l’américanisation et la culture de masse, la Guerre froide, la guerre du Vietnam, la montée des contestations notamment étudiante et féministe. D’une manière ou d’une autre, le parcours d’Angela Davis est lié à ces moments de l’histoire des États-Unis.
Angela Davis naît dans un milieu afro-américain de classe moyenne, un milieu où la ségrégation est déjà affaiblie puisque ses parents ont tous les deux fait des études et qu’ils pourront permettre à leur fille d’en faire également, notamment en Europe. Néanmoins, A.Davis grandit dans un quartier où les tensions entre les communautés noire et blanche sont exacerbées, ce qui la confronte à ce problème américain qu’est le rapport entre les « races ». Le manque de cohérence entre cette réalité et le discours égalitaire et libéral à l’américaine la conduit tout naturellement à chercher des alternatives. Dans un contexte de Guerre froide, l’idéologie communiste semble une possibilité rêvée, d’autant plus que c’est un système de pensée qu’A. Davis a déjà côtoyé dans sa famille.
Durant ses années d’études aux États-Unis et en Europe, Angela Davis entre dans un milieu intellectuel à une époque où certaines revendications, notamment étudiantes, sont menées par des intellectuels. Ce monde brasse un ensemble de contestations propres à la contre-culture qui, dans les années soixante, en sont à leurs débuts. Angela Davis est étudiante en philosophie, élève de Marcuse. Sa sensibilité contestataire ne peut que s’épanouir dans les divers combats à mener. La guerre du Vietnam, les conditions de vie des Afro-Américains, la liberté des femmes sont autant de luttes qui correspondent à différents aspects de sa personnalité. La profonde intellectualité d’Angela Davis couplée à son engagement communiste la mène logiquement à l’action sur le terrain, auprès de ses frères.
Par ailleurs, avec les années soixante, le mouvement des droits civiques se transforme et se mue en un mouvement dont l’influence dépasse la simple sphère politique. Le concept de Black Power est né et avec lui, l’idée de la spécificité de la culture noire par rapport à la culture blanche majoritaire. Le Black Power peut être considéré comme une philosophie pragmatique – et non anarchiste comme ont voulu le croire certains – qui déclare que le pouvoir doit souvent être arraché ou gagné et qu’il n’est que rarement partagé de plein gré. Différentes idéologies sont groupées sous l’expression « Black Power » mais une volonté leur est à toutes commune : les Afro-Américains doivent prendre leur destin en main. L’expression culturelle afro-américaine doit donc s’auto-déterminer afin de se construire une identité propre et indépendante. Le Black Power va se diffuser dans tous les secteurs de la culture, qu’il s’agisse des arts plastiques, de la mode ou de la musique. Le combat d’Angela Davis pour les Afro-Américains se situe dans ces optiques-là. Tout d’abord, la lutte comme moyen d’aboutir à ses objectifs, « la lutte politique, par le peuple en mouvement qui se battrait pour ceux qui se trouvaient derrière les murs »5, notamment lorsqu’elle s’engage pour la libération des prisonniers politiques. Ensuite, la culture comme moyen de revendication. Angela Davis, vingt ans dans les années soixante, arbore une coupe de cheveux afro, symbole de rébellion à l’image du poing revendicateur des militants noirs américains.
Juxtaposer le contexte social, politique et culturel des années soixante et les dimensions multiples du personnage d’Angela Davis nous montre en quoi celle-ci est typiquement un personnage de son époque. Les années d’après-guerre seront celles d’une tentative d’américanisation profonde de l’Europe dans les sphères politique, économique, sociale et culturelle. Le mouvement parallèle de la contre-culture, qui émane notamment d’une attitude paradoxale d’amour-haine à l’égard de l’Amérique, se diffuse par les mêmes canaux. Dans cette époque de contacts intenses entre l’Europe et les États-Unis, les différents aspects ainsi que les formes que prendra la lutte d’Angela Davis sont déterminés par les influences idéologiques qu’elle subit, les milieux qu’elle traverse, les personnes qu’elle rencontre. Certes, tout engagement est le fruit d’une conjonction de paramètres souvent imprévisible, peu palpable et dépendant totalement des opportunités saisies ou manquées. Néanmoins, dans le cas d’Angela Davis, il faut constater qu’elle combine des attributs rarement réunis. Pensons, par exemple, à son engagement communiste. Schématiquement, une telle adhésion, conjuguée à sa réflexion intellectuelle profonde, lui permet de potentiellement toucher des ouvriers réunis autour des promesses libératrices de cette idéologie, mais aussi des universitaires déçus par un système capitaliste dans lequel ils ne se retrouvent plus. Active dans les mouvements afro-américains, elle y défend aussi la place de la femme. Une telle spécificité de combat lui permet d’être une figure représentative pour des cercles de militants dont les luttes peuvent être très différentes. Cette caractéristique peut probablement expliquer pourquoi son emprisonnement et son procès ont provoqué une telle levée de boucliers. La pluralité de son combat et de son personnage pouvait toucher des personnes issues d’horizons très divers, animés par des valeurs différentes et connaissant des parcours de vie extrêmement dissemblables.
- BARJOT (D.), « Introduction », in BARJOT (D.), RÉVEILLARD (C.), dir., L’américanisation de l’Europe occidentale au XXe siècle. Mythe et réalité. Actes du colloque des Universités européennes d’été, 911 juillet 2001, Paris, 2002, pp. 737 ; EUDES (Y.), La conquête des esprits. L’appareil d’exportation culturelle du gouvernement américain vers le tiers monde, Paris, 1982 ; HAROUEL (J.L.), Culture et contrecultures, Paris, 1998, pp. 111 ; MCKAY (G.), Yankee go home (& take me with u) : Americanization and popular culture, Sheffield, 1997, pp. 1253 ; STEPHAN (A.), « Cold War Alliances and the Emergence of Transatlantic Competition : an Introduction », in STEPHAN (A.), ed., The Americanization of European culture, diplomacy and Anti Americanism after 1945, New York, 2006, pp. 120 ; VAN DEBURG (W.L.), New Day in Babylon (…), pp. 1162. [↩]
- BARJOT (D.), op. cit., p. 7. [↩]
- MCKAY (G.), op. cit., p. 14 (traduit par nous). [↩]
- MILLER (A.), Death of a Salesman, 1949. [↩]
- DAVIS (A.), op. cit., p. 246. [↩]
A propos de l’ijtihad pour un Islam progressiste et populaire
Commentaire d’Omar Mazri à Ijtihad : pour un « Islam progressiste et populaire » que j’ai cru bon de partager avec vous.
J’ai lu et relu votre bilan sur votre action et j’ai analysé vos démarches et propositions. Il y a beaucoup de bien comme il y a beaucoup de pistes à explorer, à tenter et à débattre sur le terrain des acteurs au quotidien. Bravo. Je ne vais pas m’étaler sur l’action positive qui vous honore mais je vais » vous dénigrer amicalement » selon la règle du bon conseil en Islam et selon la peur que j’ai en moi devant toutes les tentatives de saucissoner l’islam, de l’occidentaliser, de le Jahiliser sans l’avoir pratiqué dans sa logique interne qui est une alternative au matérialisme, au paganisme athée ou aux religions païennes (Chirk)
Permettez moi donc de réagir sans malices à ce qui a heurté ma sensibilité de musulman : cette caricature sémantique » Islam progressiste et populaire » et tous les préjugés idéologiques qui la sous tendent comme l »islam français » est soutenu par d’autres préjugés. En aucun ce que je vais dire n’est dirigé méchamment contre vous ou est la négation de vos efforts. C’est un travail de clarification qui va dans le sens de l’Ijtihad que vous, moi et tout musulman ou non musulman concerné par la désastreuse gestion du monde réclament pour sa dignité et la survie de ses enfants et de ses frètes en humanité.
Il faut nous mettre dans la tête et dans le cœur qu’il y un seul Dieu, un seul Coran, un seul et ultime Prophète Mohamed et que c’est une hérésie sur le plan religieux de vouloir présenter plusieurs islams ou de croire en plusieurs islams. Des raisons idéologiques, politiques en Occident veulent que la division soit la règle qui unit les musulmans et que les seuls qualificatifs pour parler de l’islam sont ceux produits par la culture occidentale dans sa version chrétienne ou matérialiste (libérale ou marxiste). L’islam n’est ni libérale ni marxiste, ni populaire ni élitiste, ni progressiste ni réactionnaire, ni essentialiste, ni existentialiste, il est la religion d’Adam, de Moise, de Jésus, de Mohamed, la religion que Dieu a choisi pour le bien être moral, social, spirituel et politique des hommes qu’Il a crée. Ces créatures n’ont pas compétence de donner des attributs ou des qualificatifs à la religion de Dieu autres que Lui même a donné à Sa religion :
Allah atteste, et aussi les Anges et les doués de science, qu’il n’y a point de divinité à part Lui, le Mainteneur de la justice. Point de divinité à part Lui, le Puissant, le Sage ! Certes, la religion acceptée d’Allah, c’est l’Islam. Ceux auxquels le Livre a été apporté ne se sont disputés, par agressivité entre eux, qu’après avoir reçu la science. Et quiconque ne croit pas aux signes d’Allah, alors Allah est prompt à demander compte ! S’ils te contredisent, dis leur : ‹Je me suis entièrement soumis à Allah, moi et ceux qui m’ont suivi›. Et dis à ceux à qui le Livre a été donné, ainsi qu’aux illettrés : ‹Avez-vous embrassé l’Islam ?› S’ils embrassent l’Islam, ils seront bien guidés. Mais, s’ils tournent le dos… Ton devoir n’est que la transmission (du message). Allah, sur [Ses] serviteurs est Clairvoyant.
Al Imrane, 13
S’il vous plaît tout est à débattre, tout est sujet d’ijtihad sauf ce qui a été défini par Dieu sans possibilité de réforme, de relecture ou d’interprétation. Il n’y a pas et il n’y aura pas d’islam avec un qualificatif que celui donné par Dieu dans le Coran. Il n’y a pas d’islam arabe et d’islam iranien, d’islam du temps du Prophète et d’islam post Prophète, ni d’islam boudhiste, ni d’islam conservateur, ni d’islam sioniste. Il y a l’islam d’Allah al Ahad al Qahar malikou al Moulk1:
Désirent-ils une autre religion que celle d’Allah, alors que se soumet à Lui, bon gré, mal gré, tout ce qui existe dans les cieux et sur terre, et que c’est vers Lui qu’ils seront ramenés ? Dis : ‹Nous croyons en Allah, à ce qu’on a fait descendre sur nous, à ce qu’on a fait descendre sur Abraham, Ismaël, Isaac, Jacob et les Tribus, et à ce qui a été apporté à Moïse, à Jésus et aux prophètes, de la part de leur Seigneur : nous ne faisons aucune différence entre eux ; et c’est à Lui que nous sommes Soumis›. Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agrée, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.
Al Imrane, 83
C’est un seul et même islam qui gouverne l’univers, le monde des hommes, des Djinns, des plantes, des animaux, des minéraux. Les hommes peuvent être libres de s’y soumettre totalement ou de le transgresser. S’ils s’y soumettent ils deviennent des mouslims qui peuvent selon leur culture, leur background intellectuel, leurs penchants politiques et leurs intentions être comme Abraham ou Mohamed .
Même pecheur, innovateur, réformateur, moujtahid, transgresseur celui dont le coeur contient une graine de moutarde de foi et un vernis microscopique d’islamité ne peut tolérer que l’islam soit fracionné, partitionné, qualifié selon la mode et les préoccupations même nobles et légitimes des uns ou les stratagèmes les plus complexes des autres. Il n’ y a plus d’Ijtihad quand le socle de la foi le Thawhid ou le monothéisme pur et parfait est mis en doute sur le fond ou la forme :
Aujourd’hui, les mécréants désespèrent de vous détourner de votre religion : ne les craignez donc pas et craignez-Moi. Aujourd’hui, J’ai parachevé pour vous votre religion, et accompli sur vous Mon bienfait. Et J’agrée l’Islam comme religion pour vous.
Al Maida, 3
Les musulmans peuvent diverger sur la manière de résoudre un problème économique, politique, diplomatique car ils constituent en principe un feuillage avec des branches et des fruits multiples sur le plan de la forme , de la couleur et du goût. Dieu et l’Islam sont Un nous les croyants comme toute la création nous sommes multiples, divers et ondoyants :
N’as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l’eau ? Puis nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des sillons blancs et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est, certes, Puissant et Pardonneur. Ceux qui récitent le Livre d’Allah, accomplissent la Salat, et dépensent, en secret et en public de ce que Nous leur avons attribué, espèrent ainsi faire une commerce qui ne périra jamais afin [qu’Allah] les récompensent pleinement et leur ajoute Sa grâce. Il est Pardonneur et Reconnaissant.
Fater, 27
Allah al Fater, le Créateur ex nihilo autorise la divergence et favorise donc l’Ijtihad y compris dans la manière de parvenir jusqu’à sa connaissance et son amour. C’est la loi de l’harmonie qui gouverne l’univers. Dans cette loi il y a trois sous lois qui œuvrent pour l’équilibre et le mouvement créatif : la dialectique, le retour à l’ordre initial, la conjonction des similitudes. Cette même loi de l’Harmonie présidée par la sagesse divine veut que les hommes ne sont pas égaux en efforts, en intelligence et en qualité de foi et il appartient aux plus doués, aux plus vigilants, aux plus responsables d’exercer leurs devoirs vis de Dieu et des hommes pour construire cette harmonie ou y revenir quand elle est troublée :
Et ce que Nous t’avons révélé du Livre est la Vérité confirmant ce qui l’a précédé. Certes Allah est Parfaitement Connaisseur et Clairvoyant sur Ses serviteurs. Ensuite, Nous fîmes héritiers du Livre ceux qui de Nos serviteurs que Nous avons choisis. Il en est parmi eux qui font du tort à eux-mêmes, d’autres qui se tiennent sur une voie moyenne, et d’autres avec la permission d’Allah devancent [tous les autres] par les bonnes actions ; telle est la grâce infinie.
Fater, 31
La divergence et son corollaire l’Ijtihad est donc recommandée, c’est un devoir, une manifestation de la vitalité, de la vie, une harmonie avec l’œuvre du Créateur qui crée en permanence sans fatigue, sans lassitude et toujours avec sagesse :
Chaque jour (de la création) est dans un état nouveau (Cha’n jadid)
Nous sommes une créature de Dieu, la loi du mouvement nous concerne. Nous devons donc nous mouvoir, exprimer nos divergence et faire l’effort (ijtihad) de réformer, d’innover, d’inventer, de symboliser d’être pleinement humain mais nous ne pouvons diverger sur la vérité, pas la notre mais celle de Dieu L’islam que Dieu a appelé comme le Coran al Haq, la religion de la droiture, din al qayim. Croyants nous ressemblons à ces feuilles, ces branches et ces fruits : ils sont portés par un seul et même arbre celui de la foi, la foi pure et authentique le Thawhid qui a pour nom ISLAM. Nous ne pouvons par la liberté de notre imagination décider d’appeler cet arbre du nom qui nous convient et nous donne vie. Résoudre les défis sur le calcul de la lune, sur la redéfinition du Riba dans ce monde de globalisation et de financiarisation, chercher des facilitations dans un monde plus complexe et plus rapide sont des impératifs logiques qui méritent reconnaissance et récompense. Mais vouloir introduire des particularismes temporels ou spatiaux dans l’ISLAM consciemment ou inconsciemment c’est mettre en doute le principe du Thawhid : l’immuabilité, la vérité, la justice et la perfection du verbe et de l’acte divin.
Et qui est plus injuste que celui qui invente un mensonge contre Allah, alors qu’il est appelé à l’Islam ?
As Saf, 7
Quelque soit notre intelligence, notre richesse lexicale, notre érudition philosophique nous ne pouvons sur le plan de l’unicité et de la permanence de l’islam dire plus, moins ou mieux que Abraham :
Vous qui croyez ! Inclinez-vous, prosternez-vous, adorez votre Seigneur, et faites le bien. Afin de réussir ! Et luttez pour Allah avec tout l’effort qu’Il mérite. C’est Lui qui vous a élus ; et Il ne vous a imposé aucune gêne dans la religion, celle de votre père Abraham, lequel vous a déjà nommés ‹Musulmans› avant (ce Livre) et dans ce (Livre), afin que le Messager soit témoin pour vous , et que vous soyez vous-mêmes témoins pour les gens. Accomplissez donc la Salat, acquittez la Zakat et attachez-vous fortement à Allah. C’est Lui votre Maître. Et quel Excellent Maître ! Et quel Excellent soutien !
Al Hadj, 72
Que les musulmans soient engagés politiquement et socialement à côté de tout ceux qui luttent pour le progrès et les couches populaires c’est un impératif moral, politique et religieux car l’islam a pour vocation la promotion de la justice en général et la réalisation de la justice sociale.
Il ne s’agit donc pas de construire un nouvel islam « progressiste et populaire » mais de redonner vie à l’islam authentique dans le cœur et l’esprit des hommes mais aussi dans les différentes sphères de la société. Il s’agit de mobiliser les populations musulmanes par un enseignement authentique de leur religion et en les impliquant dans la vie de la cité pour qu’ils débattent et surtout qu’ils exercent leur devoir de Vicariat. Entrainer les populations sur des « Islams » c’est faire le jeu des confréries « réactionnaires » et des pouvoirs qui veulent des musulmans analphabètes et inconscients sur le plan de la religion et du monde c’est à dire vivre l’islamité tout simplement en musulmans conscients de ses devoirs vis à vis de Dieu et de son prochain sans dérive angélique et sans confiscation de sa liberté de dire et de faire ce qui est juste et bien. Cet islamité a pour vocation la défense de la dignité de l’humain, la promotion des devoirs de l’homme, la lutte contre le Riba dans sa forme ancienne ou dans sa forme capitaliste, la défense de la femme, la lutte pour la cause de Dieu qui souvent se ramène à la lutte pour défendre les opprimés sans distinction de religion et défendre leurs convictions mêmes si elles ne sont pas islamiques :
Et qu’avez vous à ne pas combattre dans le sentier d’Allah, et pour la cause des faibles : hommes, femmes et enfants qui disent : ‹Seigneur ! Fais-nous sortir de cette cité dont les gens sont injustes, et assigne-nous de Ta part un allié, et assigne-nous de Ta part un secoureur›.
An Nissa, 75
Ceux qui ont fait du tort à eux mêmes, les Anges enlèveront leurs âmes en disant : ‹Où en étiez-vous ?› (à propos de votre religion et de votre dignité) – ‹Nous étions impuissants sur terre›, dirent-ils. Alors les Anges diront : ‹La terre d’Allah n’était-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ?› Voilà bien ceux dont le refuge et l’Enfer. Et quelle mauvaise destination ! A l’exception des impuissants : hommes, femmes et enfants, incapables de se débrouiller, et qui ne trouvent aucune voie
An Nissa, 93
Et si Allah ne neutralisait pas une partie des hommes par une autre, la terre serait certainement corrompue
Al Baqara, 225
Si Allah ne repoussait pas les gens les uns par les autres, les ermitages seraient démolis, ainsi que les églises, les synagogues et les mosquées où le nom d’Allah est beaucoup invoqué. Allah soutient, certes, ceux qui soutiennent (Sa Religion). Allah est assurément Fort et Puissant, ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salat, acquittent la Zakat, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable.
Al Hadj, 43
La vocation de l’islam n’est de prôner ni la révolution ni le conservatisme ni réactionnaire mais la justice. Sur ce principe de justice nous pouvons nous mobiliser avec tous les hommes de bonne volonté pour que la justice et la paix règne dans nos cœurs, dans nos cités et dans le monde qui nous environne dans le cadre éthique et esthétique qui ne remet pas en cause notre foi monothéiste, notre pudeur, notre dignité, nos devoirs :
O les croyants ! Remplissez fidèlement vos engagements.[...] Et ne laissez pas la haine pour un peuple qui vous a obstrué la route vers la Mosquée sacrée vous inciter à transgresser. Entraidez-vous dans l’accomplissement des bonnes oeuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression. Et craignez Allah, car Allah est, certes, dur en punition !
Al Maida, 1
Tout le problème est un problème de libération des musulmans vivant en France ou vivant dans d’autres contrées. La libération des musulmans est un aspect d’un problème plus en amont : la libération ou l’humanisation des hommes. Le Prophète a laissé un hadith d’une portée capitale en matière d’ingénierie sociale sous l’angle islamique :
Les meilleurs d’entre vous dans l’islam sont les meilleurs d’entre vous avant l’islam s’ils font l’effort de connaître leur religion.
Ce hadith donne à l’Ijtihad un sens plus large et plus universel que celui préconisé par les parisans du sabordage de l’islam de l’intérieur en y introduisant des bidaâ (innovations hérétiques des égarés).
Ma conviction personnelle, ma pratique sur le terrain et mon regard sur la guerre de libération nationale (Algérie) me permettent d’affirmer que nous pouvons tisser des liens de travail et de militance sur des thèmes précis avec les authentiques chrétiens et avec les authentiques marxistes léninistes et trotskistes sans collaboration de classes ni partage de place mais pour l’émancipation de la démocratie et de la justice sociale.
Salam à tous et Ramadhan agréé inchaallah.
Omar Mazri
- l’Unique, le Dominant, le Souverain Absolu [↩]
Mettre en scène la «fin» du colonialisme pour un colonialisme sans fin
Une branche de la tradition critique, incapable d’imaginer la fin du colonialisme, en nie même l’existence. Selon cette conception, l’indépendance des colonies a signifié la fin du colonialisme ; depuis lors, l’anticapitalisme est devenu le seul objectif légitime de la politique émancipatrice. Cette branche de la pensée critique se focalise sur la lutte des classes et, de ce fait, ne reconnaît pas la validité des luttes ethnoculturelles. Au contraire, elle valorise l’hybridité ou le métissage – qu’elle identifie comme un élément clé du colonialisme ibérique – comme preuve supplémentaire du dépassement du colonialisme. En conséquence, la démocratie raciale est célébrée comme la représentation de l’état actuel des choses, et n’est pas présentée comme un but à atteindre.
de Sousa Santos Boaventura , « Épistémologies du Sud » ,
Etudes rurales, 2011/1 n°187, p. 21-49.


